Edition 20/02/2020 : si vous voulez discuter avec d'autres lecteurs/auteurs de fanfictions YGO, n'hésitez pas à nous rejoindre sur le groupe Facebook Le club de l'écrivain duelliste.
Cette fanfic comporte à la fois des couples potentiels, canons au manga (j'avoue avoir un faible pour Yûgi et Anzu, désolée), et... d'autres... qui feront fuir ceux et celles qui détestent le yaoi/BL/MM (appelez ça comme vous voulez). Tout est de la faute de Inukisama, qui voulait une fanfic sur un certain pairing temporellement impossible... Il fallait que je relève le défi, et c'est parti très loin. Ce n'est pas strictement une romance, la romance est juste un plus, et ne vous attendez pas à quoi que ce soit de chaud avant x chapitres, car l'histoire et le développement des personnages est ce qui m'importe le plus (la fanfic fait déjà plus de 200000 mots, ahem).
Le canon utilisé est celui du manga original avec quelques emprunts à YGO R.
Prologue
« Il avait merdé de façon quantique »
I can't get these memories out of my mind
And some kind of madness has started to evolve
I tried so hard to let you go
But some kind of madness is swallowing me whole
Muse - Madness
Seto n'avait pas pour habitude de s'excuser de ses erreurs, encore moins de les reconnaître.
Après tout, il n'avait jamais effectué son mea culpa auprès des personnes qu'il avait écrasées sans la moindre pitié et parfois tuées.
Il n'avait pas réclamé le pardon non plus pour avoir enlevé le grand-père de Yûgi. Ou pour avoir déchiré le quatrième dragon blanc aux yeux bleus. Ou pour avoir essayé de tuer Yûgi et ses amis dans son parc d'attractions. Ou pour avoir laissé les ghouls et Marik participer à Battle city. Ou… hum… et cetera.
Même s'il s'était senti vaguement coupable de deux ou trois choses – et coupable il ne l'était pas réellement, ayant toujours eu de bonnes raisons d'agir comme il l'avait fait, estimait-il –, il ne l'aurait jamais avoué à quiconque, pas même à Mokuba.
Mais alors qu'il frottait le sable sur son manteau et sa combinaison pour retrouver un semblant de dignité, Seto était bien contraint d'accepter la terrible réalité.
Il avait merdé.
De façon cosmique.
Voire quantique.
— Toi, ne m'ignore pas ! tonna une voix dans son dos.
Seto poussa un soupir de pure irritation. Ce ne fut que difficilement qu'il résista à la tentation de fermer les yeux pour nier l'existence de l'autre. De toute manière, ce n'était pas comme si celui-ci allait s'évanouir dans l'air brûlant du désert, telle une hallucination provoquée par les rayons ardents du soleil. Seto aurait préféré, pourtant, et seul ce qu'il venait d'accomplir l'obligeait à accepter la vérité. Il venait de transgresser la vie et la mort ; a priori, aucune n'avait apprécié la plaisanterie, et toutes les deux l'avaient gratifié d'un encombrant cadeau en retour.
Il ne s'était pas attendu à revenir…
Une main agrippa son épaule. Seto soupesa la boîte quantique avec une moue sceptique.
Ferait-elle l'affaire ? Le seul moyen de s'en assurer serait en expérimentant.
Il se retourna pour fracasser l'artefact contre la tempe de son vis-à-vis. Pas assez fort pour le tuer, mais assez pour l'assommer, ce qui comblait ses attentes. Il avait besoin de réfléchir à la suite. Les invectives d'un Égyptien mort depuis plusieurs millénaires ne l'y aideraient pas.
Seto baissa les yeux sur le corps inconscient et fit claquer sa langue. Quel bordel… ! Et il ne pouvait blâmer personne d'autre que lui-même pour cela.
Non sans soupirer une nouvelle fois, il se résolut à passer un appel qu'il savait par avance désagréable.
La voix perçante de son cadet emplit le casque de son duel disk, au point qu'il fut certain d'avoir à subir un horrible sifflement dans les oreilles durant les jours à venir.
— Seto, c'est toi ? C'est vraiment toi ?
Il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.
Certes, Mokuba l'avait supplié de ne pas tenter le pire en utilisant un ascenseur dimensionnel encore jamais testé auparavant. Mais il était parti, quoi, quelques heures ? Le temps d'un duel avec le pharaon. Duel qu'ils n'avaient même pas achevé.
Cette fichue boîte quantique avait décidé de faire des siennes à grand renfort d'effets pyrotechniques. Elle l'avait renvoyé droit à la case départ – ou presque, s'il en jugeait par le désert qui l'entourait.
Seto racla ses dents les unes contre les autres à cette pensée. Ses scientifiques avaient passé des jours et des jours à décoder le fonctionnement du mystérieux cube afin que sa technologie – sa magie aurait dit certaines personnes – soit implantée dans le système de l'ascenseur dimensionnel. De ce qu'ils savaient, l'objet n'était pas censé fonctionner de façon autonome. La dernière fois que Seto avait posé ses yeux dessus, le cube était gris, éteint, comme il l'était présentement.
— Oui, c'est moi, fit-il enfin, laconiquement.
Et avec un soupçon d'agacement, parce que, franchement, qui d'autre que lui aurait pu appeler Mokuba avec son numéro personnel ?
Seto haussa un sourcil perplexe lorsqu'il ne reçut aucune réponse. Pour tromper l'attente, il secoua la boîte quantique comme une vulgaire boule à neige, sans trop d'espoir de déclencher quoi que ce soit. Au bout de quelques instants, il se demanda si son casque dysfonctionnait ou si son frère avait raccroché dans un geste de rage puérile inhabituel. Cependant, il entendait la respiration de son cadet dans son oreille, signe que ses hypothèses étaient fausses.
— Mokuba ?
— Je… Tu… Mais… Comment… ?
— Viens me chercher.
Une main sur son front de plus en plus humide de sueur, Seto jeta un regard autour de lui.
— Je suis quelque part… en Égypte, je suppose ?
Tout avait toujours rapport avec l'Égypte, alors il y aurait mis sa main à couper.
— De toute manière, il te suffit de tracer mon…
Mokuba prit une grande inspiration, presque étranglée, et se mit à hurler.
— Tu as disparu trois mois ! Trois mois ! Trois putains de mois ! Plus de quatre-vingt-dix jours, Seto ! Comment tu peux faire comme si de rien n'était ?! Je t'avais demandé de rester ! Je t'ai fait chercher partout, je voulais pas croire que tu reviendrais jamais et quand enfin j'accepte que ton plan stupide pour revoir Atem a… a… Que tu es… que tu étais… Que… Que… Merde ! Comment tu peux faire comme si de rien n'était ?!
Après un moment à fixer les dunes d'un regard vague, Seto jeta la boîte quantique sur le sable brûlant, ôta son manteau avant de se liquéfier sur place et se laissa tomber sur les fesses – ce qu'il regretta tant le sable irradiait de chaleur.
Trois mois ?
Il cligna des yeux alors qu'il essayait de digérer les paroles de Mokuba et, surtout, de trouver une explication à ce non-sens.
Comment avait-il pu disparaître trois longs mois ?
N'importe qui se serait roulé en boule en se lamentant, mais pas Kaiba Seto.
Il se retourna pour observer l'homme toujours inconscient. La voix de Mokuba résonna à nouveau dans le casque, sans pour autant que Seto, toujours plongé dans ses réflexions, saisisse réellement la nature de ses propos.
Il n'aurait sans doute jamais de réponse à ses questions. Le fait était là, tout comme son bagage non désiré. S'il considérait le désordre qu'avait causé la boîte quantique dans l'autre monde, celle-ci avait fort bien pu transformer quelques heures en quelques mois. Son pouvoir agissait sur les dimensions, alors pourquoi pas sur le temps ? Ce ne serait pas la chose la plus bizarre qui lui serait arrivée au cours de l'année…
— Seto ?
— Hum… Ai-je eu un bel enterrement ?
— Seto !
Il se frotta les tempes et grimaça. Les raisons de la colère de Mokuba lui échappaient quelque peu. Le voyage dimensionnel aurait pu le tuer, et il était là, bel et bien vivant, même si accompagné et avec trois mois de retard sur l'horaire prévu. Il avait merdé, oui, mais les choses auraient pu être pires.
Plusieurs secondes s'écoulèrent avant que Seto ne tente, avec fort peu de conviction, un :
— Je… suis… désolé ?
— Crétin !
Seto fronça les sourcils et se pinça l'arête du nez avec irritation. Voilà une des multiples raisons pour lesquelles il évitait les excuses comme la peste.
— Tu vas venir me chercher ou tu regrettes tellement que je ne sois pas mort que tu préfères me laisser me dessécher dans ce désert ?
Mokuba marmonna quelque chose où les mots « crétin » et « pharaon » revenaient plusieurs fois. Il crut aussi distinguer un « monomaniaque », mais peut-être souffrait-il d'un début d'insolation. Sa combinaison lui collait à la peau. Il n'avait jamais autant sué de sa vie. Même l'espèce de paradis égyptien n'était pas aussi étouffant.
L'homme que Seto avait assommé se mit à grogner et à gémir. Seto ramassa le cube et, avec un nouveau soupir agacé, s'assura de le renvoyer dans l'inconscient.
— Est-ce que tu es seul ? demanda Mokuba avec suspicion.
Seto pouvait sentir le regard accusateur de son petit frère en dépit de la distance. Il marmonna sans offrir de réponse claire.
— Est-ce que tu es revenu accompagné… ? insista Mokuba d'un ton curieusement acide.
— C'est… compliqué…
Une courte hésitation s'ensuivit, puis Mokuba s'écria avec indignation :
— Oh mon dieu, tu as ramené Atem ? J'y crois pas ! Il avait raison ! C'est plus de la rivalité à ce stade, c'est de l'obsession ! Pervers… !
Seto ouvrit la bouche pour protester et demander « qui » avait raison, parce qu'il avait l'envie pressante d'écorcher vive cette personne.
Sa volonté s'étiola toutefois – et exceptionnellement – très vite à l'idée du genre de réponses qu'il pourrait recevoir.
Il allait oublier ce que Mokuba venait de clamer. Il ne voulait pas découvrir que son précieux petit frère n'avait plus rien d'innocent. Un choc à la fois.
— Je n'ai pas ramené Atem.
— Oh !
L'exclamation de Mokuba laissait entendre qu'il s'attendait tellement au contraire qu'il en était quelque peu désappointé. Seto décida de ne pas avouer qu'il aurait lui aussi préféré que cela soit le cas, d'autant plus qu'il aurait tout fait pour empêcher son rival de s'enfuir une nouvelle fois, quitte à le garder dans une pièce avec tout le confort nécessaire. Certains auraient appelé cela une prison, mais Seto estimait qu'il s'agissait d'un abus de langage si l'hôte recevait trois repas par jour et pouvait se distraire avec tout ce que KaibaCorp avait à offrir en matière de divertissements. Considérant le fait qu'Atem était parti sans un adieu et ne s'en était pas excusé, il se considérait même généreux. C'était Seto qui était destiné à le combattre, pas Yûgi.
Un silence inconfortable tomba entre son frère et lui.
— Mais alors qui ?
Seto jeta un regard par-dessus son épaule.
Quand la boîte quantique avait commencé à semer le chaos dans l'autre monde, il avait eu l'impression que son être entier et l'univers lui-même se disloquaient.
La brûlure s'était étendue de ses doigts à l'ensemble de son corps. Il avait tenté de s'emparer de l'artefact qui avait surgi devant lui seulement pour constater que ses membres se dissolvaient en un scintillement doré. Atem avait étendu le bras pour l'atteindre, mais il s'était évaporé avant d'y parvenir.
Un voile ténébreux avait recouvert la vision de Seto, et une douleur encore plus abominable que la précédente lui avait enserré le cœur. Il mourait, avait-il pensé. Il mourait comme lorsqu'il avait tenté de rejoindre Atem grâce à l'ascension spirituelle provoquée par le projet Duel Links. Et cette fois, Mokuba ne le sauverait pas de lui-même.
Lorsqu'il s'était éveillé au milieu des dunes, c'était pour se retrouver nez à nez avec un Égyptien à la peau sombre, prêt à lui saisir la gorge pour l'étrangler jusqu'à ce que mort s'ensuive. Ce n'était pas une surprise en soi. À sa place, Seto aurait aussi éprouvé quelques pulsions meurtrières.
— Je crois que j'ai ramené son prêtre, Seth.
