Bonjour !

Ce recueil répond à la première édition du défi "Sur Votre 31" organisé par la page Bibliothèque de fictions (avec près d'un an de retard... xD). Pour rappel, ce défi consiste en l'écriture de 31 drabbles entre 100 et 1000 mots sur le même couple/duo, chacun sur un thème différent. Comme pour ma première participation, j'ai choisi d'écrire sur le duo formé par Cersei et Tyrion. Je voulais au départ attendre d'avoir fini d'écrire tous les drabbles pour poster mais puisque j'ai presque terminé... :).

Bonne lecture !

Thème du jour : Main

Contexte : AU S8


Lorsque Jaime avait perdu sa main, Tyrion savait qu'il avait comme perdu une part de lui-même : il s'agissait de sa main d'épée, la main qui faisait de lui un chevalier, la main qui ne tremblait jamais au combat, la main qui était synonyme de gloire et de victoires.

Il aurait pu se laisser abattre et devenir l'ombre de lui-même, mais il ne l'avait pas fait.

Il lui restait une main, après tout – tout n'était pas perdu.

Lorsque Cersei perdit sa couronne des années plus tard, Tyrion ne put s'empêcher de penser que c'était là un coup bas particulièrement ironique du destin – les deux jumeaux dorés perdant chacun ce à quoi ils tenaient le plus (à part l'autre, évidemment).

Pourtant, alors qu'ils furent renvoyés à Castral Roc après le couronnement de Daenerys, il s'aperçut que la situation était bien différente.

Jaime avait perdu sa main droite mais il avait pu se raccrocher à sa main gauche.

Cersei avait perdu sa couronne et elle n'en aurait plus jamais d'autre.

Sa sœur dépérissait à vue d'oeil. Même le lionceau qui grandissait dans son ventre ne parvenait pas à la faire sourire. Elle marchait à travers les couloirs pendant des heures, la tête basse, se murait dans un silence inquiétant et se mettait parfois à pleurer sans raison apparente.

Elle n'avait plus de couronne – elle avait perdu ce pouvoir qu'elle avait cherché durant toute sa vie, ce pouvoir sans lequel elle pensait ne rien valoir du tout.

Jaime avait perdu sa main mais était resté un chevalier.

Cersei avait perdu sa couronne et son titre de reine.

« Je ne supporte plus de la voir comme ça, » dit Jaime à Tyrion un jour, désespéré, alors que Cersei était assise dans les jardins, son regard inexpressif tourné vers le ciel. « Comment pourrions-nous faire en sorte qu'elle aille mieux ? »

Tyrion se mordit la lèvre. Il fallait qu'ils trouvent un moyen de faire comprendre à Cersei qu'elle n'avait pas tout perdu, qu'elle ne se résumait pas à une stupide couronne qu'on lui avait un jour déposée sur la tête, que la vie valait encore la peine d'être vécue.

Un matin, il eut une idée et entraîna Jaime avec lui dans les jardins.

« Aide-moi à cueillir des fleurs. »

« Cueillir des fleurs ? » répéta Jaime en écarquillant les yeux. « Mais pourquoi ? »

« Tu verras. »

Curieux, il obtempéra. Tyrion s'assura que Cersei n'était nulle part en vue : ceci était censé être une surprise (et puis il songea que même si elle était dans les parages, elle serait tellement perdue dans ses pensées qu'elle ne ferait peut-être même pas attention à eux).

Une fois qu'ils eurent cueilli suffisamment de fleurs à son goût, Tyrion et Jaime se rendirent dans les cuisines.

« Vas-tu m'expliquer ce que tu as en tête, maintenant ? »

« Nous allons fabriquer une couronne de fleurs. »

Perplexe, Jaime se gratta le menton avant de lever sa main d'or.

« Et comment suis-je censé faire avec ça ? »

Tyrion roula des yeux.

« A nous deux, nous avons trois mains valides, Jaime. Nous devrions nous en sortir. »

Parce qu'il savait que c'était pour Cersei, pour l'aider à aller mieux, Jaime obtempéra sans protester davantage. Ni lui, ni Tyrion n'étaient particulièrement doués lorsqu'il s'agissait de travaux manuels, aussi la couronne qu'ils parvinrent tant bien que mal à fabriquer était loin d'être splendide, mais Tyrion parvint à s'en satisfaire.

Ce n'était pas tant la couronne qui importait que les mots qui l'accompagneraient.

« Viens, allons retrouver Cersei. »

Ils se rendirent dans sa chambre. Assise sur son lit, elle frottait son ventre d'un air absent. Une toute petite lueur apparut dans ses yeux lorsqu'ils entrèrent, et c'était pour cette lueur qu'il avait envie de se battre.

Jaime l'embrassa sur le front et lui montra la couronne.

« C'est pour toi, » fit-il d'une voix douce.

Elle effleura la couronne du bout des doigts. Un léger sourire étira ses lèvres lorsque Jaime la déposa sur sa tête mais il mourut bien vite.

« Une couronne, » fit-elle, amère. « Je ne règne plus sur quoi que ce soit, désormais. »

« C'est faux, » rétorqua Tyrion.

Il lui prit la main et la déposa sur sa poitrine.

« Tu règnes sur notre cœur. »

Jaime acquiesça et lui donna un baiser d'une tendresse infinie.

« Nous t'aimons, Cersei. Nous t'aimons plus que tout, et nous serons toujours là pour toi. »

Émue aux larmes, elle les laissa la prendre dans leurs bras et les embrassa sur la joue.

Lorsqu'elle s'écarta, ses émeraudes étincelaient, plus brillantes qu'elles ne l'avaient été depuis leur départ de Port-Réal.

« C'est une belle couronne, » dit-elle doucement.

Tyrion songea que ce n'était pas seulement une belle couronne – c'était la plus belle couronne du monde parce que Jaime et lui l'avaient fabriquée pour Cersei. Elle était le symbole du lien qui les unissait tous les trois. Les fleurs finiraient par faner mais pas l'affection qu'ils se portaient.

Et il ferait tout pour que Cersei ne l'oublie jamais.