TITRE : Hurricane

Résumé : Et si il n'y avait que trois petites choses à changer, trois actes ridicules pour que l'histoire d'Harry Potter change du tout au tout ? Et si ces trois détails entraînaient bien plus que complications et de changement qu'on ne l'aurait cru ? UA (Élevé par Sirius)

Rating : T - maybe M pour des scènes de mort (D'un autre côté qui lit le Rating en cliquant sur une histoire ?)

Disclaimer : Comme chaque personne ici... On en rêve et pourtant ils ne sont toujours pas à nous !

Playlist : Julia Michel - Issues ; Halsey - Him and I (surtout; surtout elle haha) ; Halsey - Colors ;

Pour fêter le premier chapitre, j'offre un extrait du deuxième pour chaque review ;)


C'était le vendredi.

Elle se levait sur la pointe des pieds et marchait silencieusement à travers la pièce pour ne pas réveiller Vernon, qui lui aurait fait des observations sur ce qu'elle s'apprêtait à faire de bonne heure. Elle s'habillait, ses vêtements déjà préparés la veille et posés délicatement sur une chaise du salon. Ensuite, elle préparait le petit déjeuner, marchait de long en large ; elle se mettait devant les fenêtres, et regardait la vie s'éveiller dans la résidence.

L'éclat doré de l'aurore annonçait le petit jour, et la maison de sa voisine – dont les volets restaient fermés jusqu'à la demie – reflétait les rayons paresseux sur ses tuiles bien lustrées.

Pétunia Dursley, née Evans s'était toujours targuée de vivre une vie parfaitement constante, pas bouleversée pour un sou et traçant une ligne droite au fil du temps qui n'avait pas vocation de vaciller. Merci pour elle. Elle se contentait avec une opiniâtreté impressionnante de sa routine confortable, refusant de près ou de loin ce qui menaçait sa paisible quiété.

Le seul petit bémol qu'elle reprochait à ses parents et qui restait inscrit dans son coeur - coincé entre la jalousie du nouveau four à micro-ondes d'Esther, sa voisine, et l'élan de résignation qu'elle avait eu au départ en épousant un fade commercial - était sa sœur, Lily Evans. C'était en quelque sorte le mouton noir de la famille, celle dont on ne parlait pas. L'ombre qui planait sur le sourire factice qu'elle affichait, comme un vautour prêt à planter ses serres dans le tableau qu'ils renvoyaient, pour en déchirer la toile cirée.

Lily Evans était une sorcière. Oh bien sûr, Pétunia s'était chargée de l'oublier, en épousant quelqu'un de parfaitement normal. Jamais quiconque n'aurait imaginé qu'ils puissent se trouver impliqués dans quoi que ce soit d'étrange ou de mystérieux.

Ils n'avaient pas de temps à perdre avec des sornettes.

Sa sœur savait faire de la magie.

En soi rien de bien palpitant jurait-elle mais qui lui pinçait le coeur en observant les familles parfaites que formaient les femmes de son voisinage. Cependant ce n'était qu'un détail et la rénovation de la cuisine que venait de lui offrir son nouvel époux effaçait très certainement cet écart de conduite.

Vernon Dursley n'avait aucune minute à gaspiller pour ce genre de chose. Il dirigeait la Grunnings, une entreprise qui fabriquait des perceuses, avec détermination et ambition – sans pour autant négliger sa vie de famille. Il venait toujours embrasser le sommet du crâne de Dudley, leur enfant , quand il partait au travail, et gratifiait Pétunia d'un baiser au coin des lèvres. Son passage laissait toujours une effluve de déodorant masculin et de musc, un cadeau de Pétunia pour leur anniversaire de mariage.

Si Pétunia Dursley avait la carrure fine et élancée des femmes des magazines, attisant avec satisfaction la jalousie des voisines, elle entrait dans cette catégorie de normalité qu'elle refusait de quitter. Sa différence, elle la cultivait par sa ligne quand ses amies enchaînaient régimes et magazines de fitness.

Ses cheveux blonds et fins, qu'elle coiffait en un carré qui entourait son visage – comme elle l'avait lu dans le dernier Gala – étaient soigneusement entretenus à coup de teintures et de soins. Pétunia se fondait dans la masse, et c'en était délicieusement agréable. Son long cou était orné de colliers venant cacher sa particularité. Elle ne se trouvait pas particulièrement jolie, pas laide non plus, elle faisait partie de ces femmes qu'on regarde dans leur jeunesse et oublie quand fane la fleur de leur beauté.

Elle n'avait pas à se plaindre. Les Dursley avaient tout ce qu'ils voulaient. La seule chose indésirable qu'ils possédaient, c'était un secret dont ils craignaient plus que tout qu'on le découvre un jour. Si jamais quiconque venait à entendre parler des Potter, ils étaient convaincus qu'ils ne s'en remettraient pas. Mrs Potter était la sœur de Mrs Dursley, mais toutes deux ne s'étaient plus revues depuis des années. En fait, Mrs Dursley faisait comme si elle était fille unique, car sa sœur et son bon à rien de mari étaient aussi éloignés que possible de tout ce qui faisait un Dursley.

Et puis, de la magie, c'était dire !

Oh, Pétunia Dursley avait bien essayé de garder le contact avec sa sorcière de sœur, par complaisance. Dans sa grande générosité, Vernon avait accepté de les rencontrer le temps d'un dîner. Après tout, Lily Potter était née Evans, elle ne pouvait pas être si… bizarre, si étrange. Mais les deux Potter avaient bafoué la confiance des Dursleys quand ils avaient osé pointer leur baguette sur Vernon, utiliser de la magie ! De la magie, alors qu'eux se targuaient en toute fierté d'être une famille tranquille – normale. Ils avaient enchaîné les mouvements, récitant des formules stupides en une langue que tous avaient oubliés, s'étaient liquéfiés en éclats de rire quand le bouquet de fleur avait surgi du vide. Sans voir le pincement de lèvres apeuré de Pétunia, la prudence extrême avec laquelle elle avait effleuré les tiges artificielles, le regard méfiant d'un animal pourchassé – ils avaient juste ri, et eux s'étaient figés de terreur.

Vernon avait tempêté, ce bon à rien de James Potter s'était moqué d'avantage, les regardant avec condescendance comme si eux étaient les anormaux ! Comme si c'était lui qui était tout à fait normal, et qu'eux faisaient partie d'une sous-espèce particulièrement repoussante. Pétunia Dursley en avait été écoeurée pendant des jours – et leurs échanges s'étaient contentés d'une carte à Noël, avant de disparaître tout à fait. Une obligation, pour le passage traditionnel à la boîte aux lettres, pour ne pas stimuler les racontars.

Cependant, les Dursley tremblaient d'épouvante à la pensée de ce que diraient les voisins si par malheur les Potter se montraient dans leur rue. Ils savaient que les Potter, eux aussi, avaient un petit garçon, mais ils ne l'avaient jamais vu. Son existence constituait une raison supplémentaire de tenir les Potter à distance: il n'était pas question que le petit Dudley se mette à fréquenter un enfant comme celui-là.

Dudley était un marmot gâté comme un prince. A l'instar de certains idéaux spartiates, Vernon avait en tête un objectif bien précis – voulait qu'on l'élève royalement, pour lui former une bonne constitution. Le premier mot du bambin avait été «Veux Pas » ce qui avait ravi le père, affichant un sourire grand comme son enthousiasme. Pétunia, elle, traînait toujours dans les pas de son enfant. Elle veillait à lui raconter des histoires, à le fournir en jouets et gâteries, monologuait dans des discours sans fin, dans des babillements sur sa vie quotidienne – l'enfant ne l'écoutant jamais longtemps.

Elle rêvait pour lui. Elle voyait déjà directeur d'une entreprise, haut fonctionnaire, grand, fort, beau, décidé. C'était un enfant qui savait ce qu'il voulait, avait-elle déjà remarqué. Et si elle s'était tue, avalant sa rage en un stoïcisme muet quand Lily Potter envoyait ses lettres enflammées sur son monde anormal, cette fois elle ne tarissait pas d'éloges. Les chouettes ne portaient pas le courrier, les balais servaient à récurer le sol déjà propre, la mort venait par arme et sans étincelles et son fils n'était pas quelqu'un de banal.

Ses amies déjà jalousaient le caractère affirmé et la force de son fils – il ferait assurément un homme extraordinaire, se rengorgea-t-elle.

Mais le confronter au fils des Potter ? Voyez-vous ça, une petite racaille comme son père, toute aussi anormale. Elle en avait des frissons, à l'idée que Dudley se retrouve influencé par le petit Potter. Et si elle souriait en disant au revoir à son mari le matin, si elle penchait son long cou par la fenêtre pour saluer Mrs Cole, la vieille voisine aux idées étranges – elle scrutait toujours attentivement la brume, à la recherche de… Elle ne savait pas vraiment quoi.

Un signe peut-être, la longue silhouette de Mrs et Mr Potter qui se découperaient dans la grisaille du temps anglais, leurs lourdes capes qui claqueraient dans le vent. La pluie qui viendrait s'écraser à grosses gouttes sur leurs capuchons, alors qu'elle fermerait rapidement la fenêtre et viendrait se coller le dos à la porte d'entrée, vaine tentative de protection. Son dos serait sali par une poussière inexistante, elle se serait penchée pour ôter son habit, tenant à paraître impeccable.

Elle aimait la pluie. Elle prétexterait bien sûr que c'était l'Angleterre qui lui plaisait, les gouttes synonymes de cette tranquillité après laquelle elle courait. En réalité, la pluie, ça lave. Ça lave ses mains qui sont couvertes de sang même après qu'elle les aient lavées lavées lavées lavées frottées avec du savon, jusqu'à ce que la peau parte, qu'elle les passe sous l'eau brûlante, sans que ces maudites tâches ne partent. Sa peau doit briller, le mobilier aussi, parce qu'elle doit laver.

Elle frotte alors – de toute ses forces. Elle ne veut pas de fantômes du passés dans sa maison, parce que ça s'installe, ça tisse son nid et c'est à Vernon de la secouer au milieu de la nuit, quand elle invoque la pluie qui vient goutter sur ses joues trop maigres.

La pluie, ça justifie que les perles d'eau aient un goût salé sur sa langue.

Non, autre chose s'en dégageait, un autre mystère, plus profond, plus grave, flottait dans la brume épaisse des gouttes de pluie. Car ce n'est pas dans l'eau stagnante des flaques, dans l'humidité du brouillard, que remuaient et germaient les prémices de la vie ?

La porte claqua brutalement derrière elle, l'arrachant à sa contemplation de la fenêtre. Un sourire un peu faible, aux coins écornés comme une page qu'on a relu des dizaines de fois, un peu tremblant sur les bords. Ses mains tremblaient – grelottaient sans que le froid n'en soit la cause. Derrière elle, Vernon finissait d'attacher les derniers boutons de sa chemise, rajustait le col de sa cravate.

Il faudrait lui en acheter de nouvelles, songea-t-elle. Il ne pouvait décemment pas s'afficher avec les mêmes vieilles fripes d'avant son contrat avec la ville.

Elle ferma les yeux, aspirant l'air frais qui lui caressait les paupières.

Lorsque l'horloge sonna huit heures et demi, Dudley bien confortablement sanglé dans son siège – bien qu'hurlant de la force de ses pleins poumons, Vernon attrapa son attaché-case. Pétunia ramassa d'un air distrait la boîte de céréales, renversée par son fils. Peut-être faudrait-il acheter une marque de meilleur goût – elle ne supporterait pas de se contenter du médiocre pour Dudley.

En proie à une vraie crise de nerf, celui-ci balançait tout ce qu'il attrapait par la main sur le mur – son assiette allant s'écraser en une multitude d'éclats brisés de porcelaines. Sans s'en fâcher, Vernon Dursley rit et embrassa les lèvres de Pétunia, offertes sans y penser. Il se dirigea vers son fils en tentant d'en faire de même, sans succès. Le petit garçon s'égosillait de colère, son visage juvénile se tordant en une grimace de rage. Les traits poupins, charmants bien que déjà empâtés, se déformaient totalement pour s'enlaidir – en proie à la plus affreuse des colères.

Les colères de Dudley étaient comme des éruptions, le volcan grondait jusqu'à exploser, les longues traînées de lave se forgeant un passage destructeur – le magma durcissant pour s'approprier l'espace.

Pétunia tiqua une micro-seconde. Elle en restait figée, arrêtée dans son élan, sans comprendre pourquoi. Une drôle de sensation glacée peut-être, qui lui gelait les membres, qui engourdissait son esprit.

Son regard croisa celui de Vernon, incompréhensif, alors que le redémarrage cérébral reprenait à vive allure. Son coeur se serra un instant, à l'idée qu'il ne lui en fasse la remarque.

« Sacré petit bonhomme ! Et bien, impressionnée, Pétunia ? »

Et elle se sentit rassurée par cette réflexion pateline, qui donnait à sa soudaine faiblesse l'apparence flatteuse de préoccupation supérieure.

En clignant des yeux, Pétunia s'empressa d'attraper un balai-brosse pour nettoyer les victimes de la rage meurtrière de Dudley, alors que Vernon secouait la tête avec un air enchanté en ouvrant la porte d'entrée.

Un éclat de porcelaine entailla le doigt de Pétunia alors qu'elle fronçait les sourcils en le portant à ses lèvres. Le sang était toujours compliqué à nettoyer sur la moquette – regretta-t-elle en voyant une goutte teinter le sol. Mais alors qu'elle allait se relever pour restaurer la brillance initiale, un glapissement étouffé se fit entendre, ceux qui combinaient terreur et surprise en un mélange odieux.

Pétunia se releva immédiatement, courant presque vers la porte. Que.. En son sein, elle priait que ce ne soit pas les Potter qui les aient gratifiés d'une visite impromptue. Et si les fantômes du passé lui avaient arraché le coeur pour le dévorer, l'enserrant d'une poigne de fer désagréable, les oui-dire et on-dit gardaient cette place primordiale.

Elle faillit se stopper net en voyant la porte grande ouverte, l'air fâché de Vernon – un peu surpris aussi – prêt à cingler une remarque grinçante. Lily ? Lui traversa immédiatement l'esprit, avant que sa rationalité ne lui scande d'un ton condescendant que ça ne pouvait en aucun cas être elle. Ce ne fut pas les Potter qui l'attendaient – simplement une silhouette engoncée dans une cape sombre qui aspirait en elle toute la luminosité, la main cadavérique qui se lève, le ton sifflant.

Ce fut l'atmosphère glacée, ce rire suraïgu, qui tranchait avec le soleil qui commençait à peine à se lever qui l'attendit. Le vent qui sifflait déjà un concerto de violence, symphonie meurtrière, qui apportait avec lui l'odeur de la mort.

Ce fut l'éclat vert qui frappa d'abord Vernon alors qu'elle entendait une femme hurler, sans reconnaître sa propre voix, ce fut la terreur – la terreur pure, qui se glisse sinueusement dans les veines et suinte son venin dans votre sang. Celle qui rit dans votre corps, quand le temps s'arrête et que le sang gèle dans ses propres vaisseaux. Qu'il se change en stalactites, effilés et dangereux avant qu'ils ne se brisent en un millier d'éclats destructeurs. Ce fut la glace, la douleur, ce corps qu'elle voit chuter devant ses yeux, qui vient s'écraser en arrière, la bouche toujours tordue en une expression irritée, répugnée. Le coeur qui s'arrête, qui repart frénétiquement, affolé, ce fut confronter ses yeux avec ceux terribles et impitoyables.

« Avada Kedavra ! »

Mr et Mrs Dursley, qui habitaient au 4, Privet Drive, avaient toujours affirmé avec la plus grande fierté qu'ils étaient parfaitement normaux, merci pour eux.

Et plus jamais Harry Potter ne viendrait troubler la normalité qu'ils s'étaient forgés dans l'amertume et les fantômes.

.

Comme les anges à l'œil fauve,

Je reviendrai dans ton alcôve

Et vers toi glisserai sans bruit

Avec les ombres de la nuit;

.

Et je te donnerai, ma brune,

Des baisers froids comme la lune

Et des caresses de serpent

Autour d'une fosse rampant.

.

Le Survivant

.

La rue était silencieuse. Il semblait que la nuit avait apporté avec elle ce calme et cette solitude que seules les étoiles parvenaient à apporter. De façon étrange, même les lampadaires sur les bas-côtés de la route s'étaient éteints – ayant succombé à leur tour sous la lourde présence du crépuscule.

Pas une seule étoile ne déchirait le ciel cette nuit-là, seule la lune, immense et ronde s'imposait comme astre dominant. On lui prêtait de nombreuses vertus, mais ce soir elle semblait couronner telle une reine, impériale sur les rues désertes. L'impression de solitude renforcée par ses éclats blanchâtres, l'éclairage vacillant apporté sur l'asphalte.

Un homme, cependant, avait bravé l'évidente contrariété céleste pour s'enfoncer dans les rues noires. Il semblait avoir surgi de nulle part, rescapé de l'obscurité suintante, ses pas claquant comme des coups de fouets sur le béton. Seul les clacs clacs incessant de son avancée troublaient la tranquillité paisible sans que l'homme ne semble y accorder de l'attention.

Le quartier n'avait jamais vu qui que ce soit qui partageât un air de ressemblance avec cet homme. Il était très grand, reflétant une ombre élancée sur la pâle clarté de l'asphalte. Sa taille allait de paire avec sa très faible corpulence, mince à la limite de la maigreur. Sa robe flottait autour de son corps, trop grande, comme s'il n'avait pas eu la prétention d'en changer – indifférent. Le froid du temps anglais ne l'atteignait pas grâce à une lourde cape violette, accompagnant d'un même rythme la mélodie des bottes claquant sur le bitume.

Mais si ses habits paraissaient tirés d'un roman de fantasy, d'un autre-monde, son extravagance était compensée par son allure majestueuse. Il marchait d'un pas vif, la démarche ferme, décidée. Ses pas étaient alertes et rapides, et sa maigreur ne semblait pas l'empêcher d'avoir l'air résistant à l'effort.

L'homme était vieux, également. Il avait des airs de vétéran, sa barbe argentée lui descendant jusqu'à la taille, nouée en un cordon de perle qui lui permettait une aisance de mouvements. Ses cheveux, couverts par un long chapeau de sorcier, possédaient la même couleur vif-argent qui témoignaient de son âge et de son expérience. Son visage bien qu'émacié et ridé par le temps, ornait son teint pâle d'une paire d'yeux brillants, saisissants. Deux perles de chlores, d'un bleu impressionnants qui pétillaient. Ils étincelaient, se posant pour mieux repartir.

Il possédait également un long nez crochu, qui semblait avoir été brisé au minimum deux fois, sur lequel reposaient une vieille paire de lunette métallique– au moins aussi âgée que lui – aux verres en demi-lune.

De lui se dégageait une impression de prestance et de respect.

Cet homme s'appelait Albus Dumbledore.

L'homme tendit la main en avant, effleurant une surface invisible que seul lui pouvait toucher. Ses doigts puis sa main disparurent dans l'invisibilité de l'espace avant qu'il ne ramène à lui sa paume, l'examinant avec attention.

Un miaulement le tira de son examen. Il releva la tête d'un air brusque, prêt à dégainer l'étrange bâton qu'il serrait entre les doigts de son autre main. Pour une raison quelconque, la vue du chat parut l'amuser amèrement.

« J'aurais du m'en douter. »

Sa main était crispée sur ce qui lui servait d'arme. Les vieux doigts la serrait d'une poigne de fer, comme on se raccroche à la vie. Sa voix, qui se voulait assurée, vacilla un brin sur les bords, plus brisée par les évènements que le temps qui passait.

Le chat s'avança, à pas feutrés. Les prunelles brillaient dans la nuit, iris élargis pour capter au mieux la faible luminosité. Un nouveau miaulement déchirant brisa le silence qui avait rétabli ses droits, son ouïe fine captant au loin des grognements contre ces maudits animaux incapables de se taire. L'animal fixait Albus Dumbledore avec un regard trop humain, avant de venir le rejoindre en face de l'étrange portail.

« C'est amusant de vous voir ici Professeur McGonagall. »

Un frisson parcourut le dos du chat, qui sembla gonfler au sein de l'obscurité, rengorgé par la noirceur de la nuit. Albus fixait l'ombre réfléchie sur un pan du mur, qui grossit jusqu'à se changer en une silhouette humanoïde.

Ce n'était plus un animal qui lui faisait face mais une femme, d'âge moyen. Son visage était anguleux, d'allure sévère et elle portait un chignon serré qui lui vieillissait d'avantage les traits. Son teint, d'habitude coloré par l'agacement, était livide et son regard semblait préoccupé. La cape verte qu'elle portait en guide de manteau rejoignait l'accoutrement étrange dont était affublé le vieil homme mais elle n'y faisait pas attention, ses lèvres pincées en une grimace soucieuse.

En temps normal, elle se serait empressée de lui demander comment il avait bien pu la reconnaître. En temps normal, elle se serait agacée de cette facilité qu'il possédait à la distinguer malgré sa forme quadrupède, mais pas aujourd'hui. Ses yeux fuyaient Dumbledore, revenaient se poser sur lui avant de se détourner.

« Est-ce que- » Sa voix s'enroua, alors qu'elle cherchait ses mots. Elle paraissait étouffée, un peu faible, contrastant avec l'apparence confiante du professeur. « Est-ce que c'est vrai Albus ? »

Elle lui lança un regard perçant.

« Les rumeurs qui circulent… Vous savez ce que tout le monde dit sur les raisons de la disparition de Vous-savez-qui ? Ce qui a fini par l'arrêter ? Comment- »

Albus Dumbledore ne prononça pas un mot. Il se contenta de tendre la main pour qu'elle traverse à nouveau le portail invisible, avant de la ramener, serrée contre son coeur. Il se tourna vers elle avant d'incliner la tête, incapable de dire quoi que ce soit.

« Comment ? Comment est-ce juste simplement possible ? Peter, c'était… Un garçon si prometteur, si gentil ! Il traînait toujours avec eux, comment aurait-il pu les trahir, oh Albus ! Ce n'est… » La voix du professeur McGonagall semblait hachée, comme entrecoupée de sanglots qui refusaient de sortir. « Ce pourrait être une erreur ! »

« Je suis désolé. » fit-il d'un ton navré.

« Désolé ? Albus ! Lily et James… Je n'arrive pas à y croire… Je ne voulais pas l'admettre.. Oh, Albus… »

Dumbledore la regarda fixement, l'air sérieux, avec une ride qui lui traversait le front en une raie noire, répondant d'une voix lente :

« Je sais… Je sais. Je regrette à présent cette terrible erreur d'avoir refusé d'être leur gardien du secret. »

« Vous regrettez ? »

Minerva McGonagall éclata d'un rire désespéré, un de ceux qui sonnent plus l'amertume et la tristesse que la joie, ces rires amers qui faisaient tressauter ses épaules. Son dos s'était terriblement voûté, avec l'impression de porter tous les malheurs du monde.

Elle était responsable. Au lieu de se cacher, de fuir, elle avait conseillé le Fidelitas à Lily Potter, à James Potter, et c'était de sa faute s'ils…

« Regretter ne les fera pas revenir, Albus ! Vous saviez pourtant que même si le choix paraissait évident, qui aurait pu s'attaquer à vous ? » cracha-t-elle presque avec venin et amertume, sans penser ce qu'elle disait. Mais tout le monde avait besoin d'un bouc émissaire quand la colère et la tristesse courait dans vos veines.

Quoi que coupable, il avait un coeur et ces mots plus violents les uns que les autres étaient autant de coups de poignards que de plaies qui saignaient en continu. Les souffrances morales n'étaient pas à ignorer, raison de la délicatesse des âmes et certains mots parcouraient l'échelle des douleurs pour en arriver au sommet.

« Je sais, Minerva, croyez-moi, je le sais bien. »

« Albus, je suis tellement désolée ! » renifla la Professeur en réalisant l'injustice des mots jetés. « Je sais que ce n'est pas votre faute mais c'est si injuste ! Ils étaient si jeunes, si prometteurs… Et Harry ! Reprit-elle d'une voix tremblante. On dit qu'il a essayé de tuer Harry. Mais il en a été incapable. Il n'a pas réussi à supprimer ce bambin. Personne ne sait pourquoi ni comment, mais tout le monde raconte que lorsqu'il a essayé de tuer Harry Potter sans y parvenir, le pouvoir de Vous-savez-qui s'est brisé, pour ainsi dire - et c'est pour ça qu'il a... disparu. »

Dumbledore hocha la tête d'un air sombre.

Les yeux de Minerva s'écarquillèrent sous ses lunettes, embuées de larmes. Elle tira un mouchoir en dentelle pour essuyer ses yeux rougis, alors qu'elle bredouillait :

« C'est... c'est vrai ? Après tout ce qu'il a fait.. tous les gens qu'il a tués ... il n'a pas réussi à tuer un petit garçon ? C'est stupéfiant ... rien d'autre n'avait pu l'arrêter... mais, au nom du ciel, comment se fait-il que Harry ait pu survivre ? »

« On ne peut faire que des suppositions, répondit Dumbledore avec un sourire amer, le regard résolument pointé droit devant lui. On ne saura peut-être jamais. »

Toujours fixant l'étrange portail, il finit par apercevoir un éclair violacé venant de l'autre côté, présentant galamment son bras pour en franchir le seuil. La Professeur l'attrapa avec reconnaissance, pas certaine d'être capable de tenir sur ses jambes.

Aussitôt, ils franchirent d'un pas commun la barrière invisible – la sensation singulière les faisant frémir de la tête aux pieds. La Professeur vacilla, sa main se faisant plus ferme sur le bras du plus vieux, avant qu'elle ne se redresse – une main sur ses lunettes.

C'était une vraie tempête qui semblait avoir ravagé les lieux. Sur les ruines chaotiques, au milieu de ces espaces largement ouverts, un fin crachin tournoyait, semblait soufflé par les quatre coins du ciel. On ne voyait pas à dix pas grâce à la brume, tout se noyait dans cette poussière volante. L'ancienne demeure majestueuse avait disparue, remplacée par la destruction. Tout semblait mort, comme si la rafale de pluie venait jeter le silence de son drap d'eau et de neige sur les corps éperdus. Ils avançaient péniblement, le long de celle allée infinie, la maison détruite comme récompense amère.

Sous eux le sol fuyait, les embourbaient dans un mélange d'eau et de terre, boue putréfiée aux relents de défaite. Les branches des arbres s'agitaient vers eux comme des bras tendus de cadavres, le vent soufflait à leurs oreilles des menaces qu'appuyaient la douce caresse des feuilles sur leurs joues.

Des lumières vertes et violettes dansaient sur les murs de l'ancienne bâtisse, se reflétaient dans les gouttes, dans les flaques et venaient porter un spectacle effrayant d'artifice et de magie. Les mouvements chatoyants des lueurs rappelaient des marionnettistes fantômes, les fils tirés dans l'obscurité de la nuit pour en illuminer la noirceur.

Au centre des ruines, on y voyait un homme.

Son étrange bâton qu'il partageait avec les deux nouveaux arrivants était pointé vers le ciel, et en surgissait de nouvelles volutes de fumée violette. L'artiste la tenait toujours en l'air, sans arriver à percevoir dans la pénombre la présence du vieil homme et de la Professeur.

Le visage sombre de Dumbledore se figea en un sourire un peu tordu. Bien sûr, il s'attendait à le voir là, après tout c'était presque lui en personne qui lui avait demandé de venir. La main du Professeur se crispa sur sa manche alors qu'il la rassurait d'un tapotement maladroit sur l'épaule.

Fidèle à lui-même, l'homme au centre des débris attirait toute la lumière. Elle venait se fondre dans sa cape comme aimantée, attrayée. Il avait cette aura fascinante qui déployait dans la nuit ses ailes tout juste sorties de la chrysalide, avait cet air de fleur colorée sur laquelle le papillon vient se poser pour être dévoré. Semblable à des filaments de fumée, sa cape se tordait et se distendait pour venir étancher toutes les directions, propulsait le coin pointu du tissu pour venir effleurer l'air, le sentir. Comme la langue d'un serpent.

Il semblait enveloppé de cette lourde fumée noire, vapeur qui se modifiait, avançait, reculait, toujours en mouvement sans réussir à trouver un point d'ancrage. Seul son visage hâve, blafard, tranchait brutalement au centre de ce nuage de poussière noir.

Avec peine, un pas après l'autre, Dumbledore comme McGonagall finirent par le rejoindre, l'homme – si c'en était un – les dévisageant froidement en abaissant sa baguette.

A mesure que la clarté l'éclairait davantage, ses traits se dessinaient davantage. Ils semblaient brouillés, comme un rescapé d'incendie. On aurait dit une poupée de cire ayant fondu, les contours de son visage étrangement déformés. Ses lèvres fines et striées de cicatrices semblaient avoir été cousues sur ses traits, irrégulièrement, des gerçures gelées. Ses joues étaient creuses, émaciées et colorées de marbrures bleues-violettes, encadrées par un rideau de cheveux noirs.

Cependant il n'avait pas le visage irréel qu'on aurait pu lui connaître dans un autre monde, la ressemblance avec un serpent se faisant moins proche que celle d'un grand brûlé.

Son nez, présent mais mince et droit ne faisait qu'attirer le regard sur ses yeux. Le blanc était injecté de sang, on voyait les fins vaisseaux sanguins explosés, brisés. Cependant ce qui attirait l'attention, c'était l'éclat d'obsidienne, iris noire comme la fumée qui le portait, les yeux sont la fenêtre de l'âme – et l'âme est noire, l'âme est faîte de douleur, de démons et de mensonges. Ce sont les yeux, pas encore iris reptiliens, pas encore rouges mais toujours noirs qui semblent être des orbites béantes, qui ne reflètent que l'obscurité de la nuit.

L'homme posa ses pieds au sol. La fumée l'avait doucement déposé, comme un dernier adieu peut-être ou la douceur d'une mère, et il attendit le temps d'une seconde de retrouver son équilibre avant d'incliner la tête. Froidement, sans sourire.

Il était grand, très grand, peut-être même plus que le vieil homme qui lui fait face. Sa maigreur ne rendait sa taille que plus impressionnante et les volutes de fumées s'estompèrent pour se changer en une tunique qui l'habillait, qui descendait jusqu'à ses pieds au même titre que sa cape.

« Dumbledore. »

Sa voix crissait désagréablement, comme des ongles sur un tableau noir, suraiguë, glaciale.

« Tom. »

Ni l'un ni l'autre ne présentèrent la Professeur qui s'est redressée. Un seul regard échangé avec l'homme, ils n'avaient pas besoin de plus – une méfiance teintée de respect vis à vis d'une condescendance néanmoins estimée.

« Où est Harry ? » s'empressa-t-elle néanmoins de demander, l'absence de l'enfant cruellement ressentie entre les bras vides du sorcier.

« Tempérez vos suiveurs, Dumbledore, je n'ai pas encore signé pour pomponner le garçon. » siffla l'homme. « Je l'ai laissé dans ce qui lui sert de lit, je suis sûr que désormais l'absence de bras réconfortants sera une habitude à prendre. »

« Professeur Riddle, ça reste un enfant ! » s'exclama McGonagall d'un ton indigné, en se précipitant vers l'intérieur des ruines, soulevant ses robes d'une main.

Le Professeur émit un chuintement d'un ton bas qui ressemblait à s'y méprendre à un rire agacé, alors qu'il dardait son regard injecté de sang vers Dumbledore.

« Ils sont bien morts. Il ne leur a laissé aucune chance, ces imbéciles n'avaient pas leur baguette. Et pourtant ils savaient bien ce qu'ils risquaient, ce n'était pas force de les avoir suffisamment prévenus ! Mais non, évidemment, laisser sa baguette au rez-de-chaussée est si clairvoyant ! Il ne fallait pas s'étonner qu'ils finissent par mourir !» s'irrita le Professeur Riddle en finissant de pester dans une autre langue, plus – reptilienne.

« La Mort n'est rien d'autre qu'une nouvelle aventure. » dit Dumbledore après un moment de silence, regardant le ciel.

Le regard agacé et méprisant que lui jeta l'autre le fit presque sourire.

« Tu n'as toujours pas compris Tom ? Accoutumons-nous à considérer la mort comme une forme de vie que nous ne comprenons pas encore. Apprenons à la voir du même œil que la naissance. Il est tout à fait raisonnable et légitime de se persuader que la tombe n'est pas plus redoutable que le berceau. »

« Je suis sûr qu'Harry Potter sera fort aise de vous l'entendre dire. » rétorqua l'autre en se détournant. Au loin, on pouvait entendre les hurlements de l'enfant qui s'atténuaient, provoqués et arrêtés par la Professeur.

« Il comprendra en temps voulu. » commenta-t-il. « Peux-tu me dire ce qui s'est passé après le meurtre de James et Lily Potter ? J'espère que tu as vérifié l'état de santé d'Harry avant de le laisser dans son berceau » fit remarquer le vieil homme d'un ton pensif, l'éclat pétillant de ses yeux éteint. Ses rides lui donnaient un visage froid au sein de la clarté lunaire.

Il tourna la tête vers la maison détruite, fixant un point à l'horizon.

« Le garde-chasse se serait pourtant fait une joie d'être dépêché en temps que baby-sitter impromptue du garçon. Mais il faut se faire une raison, je suis là.» renifla le Professeur. Il reprit un ton plus calme, toujours de cette même voix froide. « Il semblerait comme je vous l'ai déjà dit dans mon message, qu'il n'ait pas pu toucher au garçon. J'ai moi même eu du mal à briser la protection de Lily Potter autour du berceau – ingénieux vraiment, un ancienne rituel de sang, de la magie noire. Plutôt étonnant venant d'une servante de la lumière… »

« En enseignant à Poudlard, j'avais cru comprendre que vous auriez saisi l'intérêt d'un subtil mélange de ces deux magies. »

« Il a simplement été repoussé, réduit à l'état de spectre. Il ne faut pas se faire d'illusions, il n'est pas mort loin de là – et il reviendra. Les… Les reliques lui ont accordé une seconde chance. A cette heure, il doit être en train de flotter, immatériel dans les limbes. Reste simplement à savoir quand est-ce qu'il reviendra matériellement. » continua l'homme, ses yeux fuyant ceux de Dumbledore et ignorant son intervention.

Ses doigts fins et squelettiques, allongés et pâles comme la neige mêlée à la pluie, se crispaient et se desserraient sur sa baguette. Il la caressait doucement, comme on caresse un animal, en les faisant glisser sur le bois verni, lustrant les contours.

Des mains crayeuses, à peine méritant le titre d'humaines.

« Ce n'est pas fini, Dumbledore. Ses partisans seront plus furieux que jamais, plus désespérés. Il faudra renforcer les protections – faîtes attention au peu qu'il vous reste, n'est-ce pas… » Sa voix doucereuse s'éteignit en un nouveau chuintement.

Le vieil homme secoua la tête, comme tiré de ses pensées.

« Désespérés et farouchement déterminés à prouver qu'il existe sur terre certaines exceptions juridiques pour une poignée d'élus. »

« Est-ce de vous dont j'entends ces paroles ? Les gens ordinaires se devraient de vivre dans une obéissance servile, car voyez-vous ils seraient ordinaires. Quant aux gens extraordinaires, bien sûr, ils bénéficient de l'affranchissement de leurs crimes, d'une transgression continue des lois et ceci précisément car ils sont hors du commun. Est-ce bien ainsi si je ne m'abuse ? »

Dumbledore sourit à la déformation outrée et intentionnelle de sa pensée.

« Ce n'est pas tout à fait cela, Tom. J'entends simplement que ceux qui se déclarent hors du commun se trouvent bien généralement les plus petits prétextes pour justifier leur manquement des lois. Peut-être en as-tu déjà entendu parler. »

Le Professeur pinça ses lèvres fines, le regard mauvais. L'allusion le frappait directement, et il savait que si Dumbledore avait accepté de l'embaucher ça avait été principalement pour garder un œil sur lui. Peu lui importait. Il ignora une seconde fois la réplique du vieil homme et dirigea ses yeux voilés de colère sur l'habitation. Jusqu'à ce qu'une lumière rougeâtre ne leur parvienne de l'intérieur, renvoyée par la transparence de quelques fenêtres survivantes.

D'un accord commun silencieux, les deux hommes se dirigèrent à leur tour vers la maison. Si les bottes lourdes de Dumbledore claquaient contre le sol, les pas feutrés du Professeur Riddle semblaient être comparables à des avancées félines. Les deux hommes montaient en silence le long des escaliers détruits, gardant leurs lèvres hermétiquement closes par respect.

Les lieux montraient des traces de lutte. Il semblait qu'un ouragan se soit produit dans la pièce, fracassant une pendule d'un autre temps, son cadran brisé en six et son balancier éperdu un peu plus loin, comme éjecté par le choc. Les chaises étaient renversées, leurs pieds brisés nets, et on voyait encore des débris projetés aux quatre coins de la pièce. On aurait dit qu'un monstre avait étendu ses griffes sur la pièce, éventrant les coussins jusqu'à en faire ressortir les plumes tordues, réduisant en miettes le verre et la porcelaine, qui saupoudraient le sol comme un manteau de neige.

Une seconde la vision du salon la veille encore se superposa à celle-ci. Pas encore cette odeur douceâtre de poussière, de saleté et d'humidité qui empreignait les murs, suintait en dégoulinant le long des parois. On aurait dit une de ces maisons hantées, abandonnées des années auparavant. Ne manquait que les toiles d'araignées aux lampes, aux encornures pour compléter le tableau. La scène sonnait affreusement sinistre - malsaine. On sentait jusque dans ses chairs qu'il y s'était passé des choses ici, de la magie très noire. On ressentait le frisson incontrôlé quand les poils s'hérissaient au contact de l'air putréfié.

Pas de sang néanmoins et ça semblait atrocement déplacé dans ce spectacle d'horreur, pas le moindre corps et surtout – une baguette. Fièrement posée sur un coussin rescapé, les regards des deux hommes convergeaient vers elle, l'élément incongru.

« Qu'est-ce que je vous disais. Un imbécile. » martela le Professeur d'une voix où teintait l'agacement.

Dumbledore s'approcha néanmoins de la baguette, avant de la soupeser entre ses mains. Il lui jeta un regard navré, comme si c'était un peu de James Potter envers qui il s'excusait. L'homme finit par glisser la baguette dans sa poche, après avoir parcouru une dernière fois des yeux ses contours irréguliers. Il n'appartenait plus qu'à un autre Potter de la posséder.

« Il faudra construire leurs tombes hors du Fidelitas. Où as-tu-»

« Je n'allais pas laisser leurs corps dans le passage, Dumbledore. » le coupa l'autre du même ton vaguement ennuyé. « Vous apprécierez sûrement la méthode, elle est moldue. J'ai… Disons que je les ai installé dans leur lit définitif pour les années à venir. »

Le vieil homme se contenta de secouer la tête, d'un air habitué. Il lui faudrait revenir plus tard.

Ils reprirent leur marche funèbre et silencieuse, dont aucun n'osait briser l'humilité par une parole. Au loin, seuls les pleurs qui s'atténuaient de seconde en seconde leur parvenait, comme un écho sanglant des derniers actes ici-même.

La porte de la chambre de l'enfant pendait sur ses gonds, furieusement arrachée. L'air suintait la magie noire, ces mêmes volutes oppressantes de fumée qui avaient baigné le Professeur Riddle. Celui-ci plissa d'ailleurs le nez, lui aussi affecté par le nuage de noirceur qui planait dans la pièce, comme une menace pas tout à fait écartée.

Au centre, le Professeur McGonagall berçait un enfant, inconsciente du brouillard aux relents acides. Il trahissait la pourriture et la décomposition, déployant partout ses pans de fumée fétides, putrides. L'enfant et la vieille femme semblaient placés dans une bulle, petit instant hors du temps où rien ne comptait sinon ses mouvements mécaniques qui avaient fini par endormir le garçon. Les volutes du nuage venaient effleurer cette bulle pour en être systématiquement déviés, repoussés.

« Professeur McGonagall, je vous prierais de sortir de cette pièce, il ne fait pas bon de rester trop longtemps en de pareils lieux. »

Elle sursauta, le charme brisé. Le garçon cependant dormait toujours profondément entre ses bras, suffisamment pour que son sursaut ne le tire du sommeil. Acquiesçant d'un vif hochement de tête, elle se contenta de récupérer la couverture qui avait enveloppé l'enfant, la calant sous son bras.

Elle s'approcha d'eux avant de tendre l'enfant vers Dumbledore, qu'il enjoignit cependant Riddle de récupérer. La Professeur se tourna cependant vers le directeur, perdue.

« Que va-t-il devenir, Albus ? Des gens pareils seront incapables de comprendre ce garçon ! Il va devenir célèbre - une véritable légende vivante—je ne serais pas étonnée que la date d'aujourd'hui devienne dans l'avenir la fête de Harry Potter. On écrira des livres sur lui. Tous les enfants de notre monde connaîtront son nom ! »

Les deux hommes échangèrent un regard sombre.

« C'est justement la raison pour laquelle je souhaitais le confier à son oncle et sa tante, Mr et Mrs Dursley. »

Son timbre de voix était hésitant, sourd. Il parlait d'une voix bien plus grave, bien plus basse que d'ordinaire et ce fut ça qui conduit le Professeur McGonagall à reprendre ses mots, sans s'attarder sur le fait qu'ils n'étaient que moldus.

« Souhaitais ? Vous en parlez au passé-»

« Je crains que cette solution ne soit plus à envisager, désormais, Professeur. »

La vieille femme étouffa un cri horrifié, sa main plaquée contre sa bouche. Son coup d'oeil sur l'enfant, porté en une étreinte maladroite, se fit plus désespéré encore. Et Dumbledore aussi jetait un regard navré sur le garçon, le seul qui semblait à la fois paniqué et révulsé était le Professeur Riddle, qui essayait sans grand succès de caler l'enfant entre ses bras.

Malgré la gravité de la situation Dumbledore masqua difficilement son sourire, qui fut capté par le Professeur. Celui-ci lui renvoya un regard mauvais, presque furieux, alors qu'il finissait par réussir à coincer à peu près agréablement l'enfant.

« Où comptez-vous le placer si sa famille n'est plus d'actualité ? J'espère que la pensée de l'orphelinat ne vous a pas traversssé l'essssprit » siffla le Professeur en reculant d'un pas. « Ne me faîtes pas croire qu'il n'y a aucune famille sorcière qui ne voudrait de lui, toutes rêveraient d'accueillir Celui-qui-a-survécu. Toutes seraient submergées par l'honneur d'élever le Survivant, seraient éblouies par l'accueil d'une telle célébrité. »

Dumbledore choisit ses mots avec attention, marquant une pause.

« Je n'ai pas dit ça. J'aurais préféré ne pas en arriver à cette solution, mais il ne semble qu'il ne me reste plus que celle-ci à choisir. »

« Qu'est-ce que vous voulez-dire ? » reprit la Professeur McGonagall, inquiète.

« A qui voudriez-vous le confier si ce n'est son parrain ? »

Le visage de de Riddle eut un frémissement interloqué.

« Black ? Vous n'y pensez pas, encore faudrait-il qu'il soit apte à s'occuper de lui-même ! » feula-t-il en un grondement indigné.

« Préfériez-vous l'orphelinat en fin de compte ? » fit mine de s'agacer Dumbledore poliment en perdant patience, avant de fermer les yeux.

Il fut plus calme quand il les rouvrit, un peu contrit de s'être irrité si facilement. L'autre, même mouché, gardait ses fines lèvres pincées en une grimace désapprobatrice. Bien qu'en réalité, il n'eut pas grand-chose à pouvoir dire – et en toute sincérité, ne s'en souciait qu'à cause de l'avenir du garçon.

« Nous n'avons plus d'autre choix, Professeurs. Il est vrai que sa tante aurait fourni un endroit idéal mais nous devons faire avec ce qu'il nous reste. Il y aurait de quoi tourner la tête de n'importe quel enfant. Être célèbre avant même d'avoir appris à marcher et à parler ! Célèbre pour quelque chose dont il ne sera même pas capable de se souvenir ! Ne comprenez-vous pas qu'il vaut beaucoup mieux pour lui qu'il grandisse à l'écart de tout cela jusqu'à ce qu'il soit prêt à l'assume ? »

La vieille femme ouvrit la bouche. Elle parut changer d'avis, avala sa salive et répondit douloureusement :

« Oui... Oui, bien sûr, vous avez raison. Si c'est ce dont il a besoin... »

Et elle tourna la tête vers la nuit, ses yeux brillant un peu trop étrangement pour qu'il ne s'agisse que d'un reflet lunaire.

.

.

.

Quand viendra le matin livide,

Tu trouveras ma place vide,

Où jusqu'au soir il fera froid.

Comme d'autres par la tendresse,

Sur ta vie et sur ta jeunesse,

Moi, je veux régner par l'effroi

.

.

Si Dumbledore et le Professeur McGonagall avaient transplané, il leur était impossible d'emmener un enfant – de surcroît aussi jeune. Le corps humain était bien fait, à n'en pas douter, et si un adolescent pouvait déformer ses particules de matière, un enfant – toujours en constante évolution – ne pouvait s'en jouer avec la même insouciance, sans risquer de déformer à jamais sa constitution.

La Magie aimait ses sorciers, c'était un point qui restait infaillible et elle prenait soin à ce qu'ils sachent les risques qu'ils encourraient.

Ils en étaient néanmoins réduits à devoir attendre leur dernier compagnon, l'enfant toujours enserré dans les robes luxueuses. Ils attendaient en silence, l'un respectueusement l'autre avec plus d'agacement, son pied tapotant en rythme avec ses pensées le dur sol du bitume.

Jusqu'à ce qu'enfin ils ressentent à nouveau cette même brume qui avait enveloppé le Professeur Riddle, qu'un nuage noir d'ombre et de poussière ne leur cache la lune. Juste le temps d'une seconde, de plonger la ruelle dans cet état d'obscurité qu'il amenait avec lui, et qu'un tourbillon de fumée noire ne leur révèle le corps digne et droit de leur compagnon.

« Je commençais à croire que vous n'arriveriez jamais » l'informa sèchement McGonagall. « Qui sait s'il vous prenait l'envie de garder le garçon pour vos propres désirs. »

« Je pensais en avoir déjà discuté avec vous, Dumbledore. S'il plaît à vos enseignants de ne pas m'accorder la même confiance qu'ils disposent entre eux, qu'au moins il se gardent de m'insulter. » répliqua-t-il, sa voix claquant dans la nuit. « La voie des ombres est plus ardue à emprunter, à moins peut-être que vous ne préféreriez que je n'arrive qu'avec une moitié désartibulée du garçon ? »

Les narines de la vieille femme frémirent d'agacement alors qu'il l'ignorait, fixant son attention sur la maison apparue entre les numéros Onze et Treize.

Les marches usées du perron semblaient très peu avenantes, tout comme la vieille porte miteuse. La peinture d'un noir sombre s'écaillait par endroit, révélant un bois rongé par les termites. La poignée d'argent tranchait avec la pauvreté évidente de l'endroit, en forme de serpent forgé.

« Quel dommage. » déplora l'homme. « Une maison si chargée de puissance-»

Le regard envoyé par Dumbledore le fit taire, alors qu'ils s'avançaient d'un même mouvement vers l'endroit, très peu attrayant. Le Professeur McGonagall avait un air pincé, désapprobateur, qui se comprenait aisément si on utilisait l'endroit pour élever un enfant.

« Je sais que vous et Black avez des différents » le prévint Dumbledore d'un ton calme, presque paternaliste. « Comme à peu près avec tous les membres de l'ordre.. Cependant, il est d'une importance capitale qu'il comprenne ce qui implique l'adoption d'Harry. »

Riddle acquiesça, légèrement en retrait. Les… tensions entre lui et Black s'expliquaient principalement par le dédain de l'homme envers les manières paysannes et douloureusement rebelles qu'affichait le jeune homme envers les traditions sang-pures.

Il lui paraissait presque inconcevable que ce crétin puisse bafouer et renier tout ce qui faisait de lui ce qu'il était, en particulier quand il avait été honoré d'une telle naissance. Il secoua la tête froidement, se jurant de rester impassible face à tant de stupidité.

Aussitôt, le professeur Dumbledore frappa trois coups à la porte, non sans jeter régulièrement des coups d'oeils méfiants derrière lui. Si comme Riddle l'avait dit, Il avait été réduit à l'état de spectre, ses partisans n'en seraient que plus furieux et vindicatif.

La porte grinça terriblement en s'ouvrant, les faisant faire face à une baguette tendue, fermement pointée par un jeune homme campé sur ses positions.

Il parut soulagé en les voyant, abaissant sa baguette. Immédiatement l'air farouche qu'il arborait se fissura et se brisa, comme un masque qu'on arrache et son attitude désespérée refléta sa douleur.

Il paraissait n'avoir pas plus de vingt ans, bien qu'il les ait dépassé déjà, tant l'accablement lui donnait des airs d'enfant perdu. Son dos était voûté, comme s'il n'avait pas la force de tenir droit, et ses cheveux noirs retombaient en boucle sale sur un t-shirt de rock. Plus que jamais il n'avait l'air d'un adolescent ayant grandi trop vite, et ses yeux semblaient vitreux, éteints.

« Professeur Dumbledore, je- je vous attendais. » articula-t-il avec peine, la parole trop difficile pour garder un ton calme et posé.

Le vieil homme le regardait d'un air désolé, comme s'il comprenait sa détresse.

« J'ai reçu votre Patronus qui me disait de ne pas surtout pas sortir » énonça-t-il laborieusement, sa main venant frotter sans délicatesse ses yeux déjà rouges. « Il est arrivé quelque chose à Peter ? Comment est-ce que Lily et James ont pu… Je croyais que le Fidelitas les protégeait ! Et moi, moi qui avait refusé d'être leur gardien du secret parce que c'était bien trop évident, je pensais que Peter était en sécurité ! »

« Peter n'a pas été torturé pour ses aveux, Black. » se joignit Riddle en fronçant les sourcils, son ton calme contrastant furieusement avec leur aversion habituelle.

« Comment ça ? Tu veux dire.. » Sirius Black, car c'était lui, sembla réaliser, ses traits déjà plissés par l'affliction déformés davantage par la colère. « Peter n'aurait jamais pu les trahir, il était notre ami ! »

« Je crains que beaucoup d'entre nous ne se soient trompés sur les réelles motivations de nos amis. Nous croyons les connaître jusqu'à ce que les évènements nous prouvent qu'il ne s'agissait que d'un masque permanent. »

Ses beaux traits tordus par un rictus de rage s'affaissèrent, alors qu'il les suppliait du regard. Qu'ils disent n'importe quoi, n'importe quoi mais par pitié que ça ne soit pas vrai.

« Alors laissez-moi le trouver, laissez-moi le ramener et comprendre pourquoi ! » implora-t-il.

« Ne te fais pas plus stupide que tu ne l'es, Black. Que crois-tu qui se passera si tu pars à sa poursuite ? Dans le pire des cas tu seras mort et Harry devra fleurir une tombe de plus dans son avenir, et dans le meilleur tu le tueras et te retrouvera à Azkaban. Que voilà un glorieux futur ! »

Ce sont deux yeux éperdus qui se posèrent sur lui, qui fourmillent de haine et de regrets, qui luisent de tristesse amère et de fureur enragée. Il en reculerait presque, si retrouver ce regard chez un membre de l'ordre sonne délicieusement déplacé.

Et c'est à lui qu'on devait confier l'enfant ?

Le Professeur Riddle eut un mouvement instinctif, ses robes se refermant sur l'enfant. Le potentiel qu'il avait était tout simplement fascinant. Ces questions sans réponses, primordiales. Comment un môme de cet âge avait-il pu repousser un mage noir ? Comment avait-il pu le détruire au point de le renvoyer manu militaris dans les limbes qu'il se complaisait à gouverner ? Et surtout, lui qui possédait les reliques, comment avait-il pu les abandonner au sein de la maison Potter, alors qu'elles symbolisaient la base de son pouvoir ?

Sa main se glissa dans sa poche, réflexe primitif. Les doigts faméliques se resserrèrent sur une pierre tranchante, aux éclats rougeoyants qui lui entailla la peau. Caressèrent le tissu chatoyant d'une cape d'héritage, effleurèrent les bosses biscornues d'une baguette.

Le regard perçant de Dumbledore, fixé sur lui.

« Où est Harry ? » exigea presque l'homme-enfant. « Je, j'aimerais le garder. Je sais que je peux m'occuper de lui, je sais que je peux faire attention ! Je l'aime déjà. » plaida-t-il, une lueur enfiévrée dans les yeux.

Ses mouvements se firent brusques, précipités. Le Professeur McGonagall eut un recul, pourtant silencieuse dans son observation de la scène. Il semblait suffoqué, effrayé, comme si on risquait de lui retirer l'enfant à tout moment.

« Dumbledore, vous savez que je saurais prendre soin d'Harry. C'est ce qui semble le plus sensée, à qui voudriez-vous le confier ? Je connais Harry ! Je vous jure que je ne ferais aucun écart, je changerais même de maison, Square Grimauld n'est peut-être pas le plus adapté ! Remus… Remus, il est intelligent, il m'aidera ! »

Il avait commencé avec calme, se réjouissant d'avance de ce qui lui semblait une suite logique, mais il acheva hors de lui et suffoquant, les traits tirés et le visage blême.

« Sirius, je ne compte pas confier Harry à une autre personne que toi » le tempéra Dumbledore, sous le regard agacé et les yeux levés au ciel du Professeur. « Simplement, je souhaite être certain que tu comprends bien ce qu'élever un enfant implique. Tu es jeune-»

« La jeunesse ne fait pas tout, Lily et James avaient mon âge quand ils ont eu Harry ! Je vous jure, s'il vous plaît, s'il vous plaît, je vous en fait la promesse – Il est tout ce qu'il me reste ! »

Les yeux du jeune homme larmoyaient et il avait des allures pathétiques, sa main tendue désespérément vers Dumbledore, les yeux rougis par sa détresse. Il avait l'air épuisé en cet instant, accablé.

Sa voix était porteuse d'espoir. Une dernière supplication, mettant à bas sa dignité.

« Je ferais tout ce que vous voudrez » jura-t-il d'un ton solennel, fébrile.

« Un enfant n'est pas une moto. » fit remarquer très justement le Professeur Riddle alors que trois regards sceptiques venaient se poser sur lui. « Ne soyez pas idiots, vous comprenez ce que je viens de dire ! » s'irrita-t-il, leur décochant un regard noir. « Vous ne pouvez pas juste la laisser au garage et venir la récupérer le lendemain ou l'oublier pendant quelques heures, vous avez besoin d'une attention conssstante ! Ce n'est pas un hibou que vous pouvez oublier de nourrir ! »

« Je le sais bien ! »

« Au contraire. Il va être insupportable, vous aurez probablement envie de le jeter par la fenêtre et pourtant vous allez être obligé de le garder. »

Sirius Black lui jeta un regard à faire pâlir un inferi sans que ça ne le perturbe outre-mesure. Finies les larmes et les supplications, il se tenait enfin droit et digne – comme il aurait dû l'être. Sa colère s'en allait croissante, tordant ses jolis traits en une grimace affreuse.

« Sirius- » commença la vieille femme en s'avançant, ses mains se tordant et dénouant avec nervosité.

« Non, Minerva, membre de l'ordre ou pas, je ne le laisserais pas parler d'Harry comme ça ! » prononça-t-il d'une voix basse mais sombre et distincte. « Il est mon filleul et j'en prendrais soin comme ma propre vie ! S'il faut me tenir à l'écart du monde magique pour ça, je le ferais. S'il faut ne pas poser un pied sur le chemin de traverse ou dans le Londres Magique, je le ferais. Peu m'importe de vivre à la moldue, la seule chose qui m'intéresse soit qu'il aille bien. »

« Et c'est pour cette raison que nous sommes venus ce soir pour vous confier Harry. » les coupa Dumbledore d'un ton un peu trop calme pour être sincère. « Cependant, vous soulevez un point intéressant, Sirius. Je crois qu'il serait en effet préférable d'éloigner Harry du monde sorcier jusqu'à ce qu'il soit prêt. »

« Vous n'y pensez pas-»

« Tom ! » La voix de Dumbledore claqua comme un fouet, clairement agacée. « Je suis conscient de votre avis sur le sujet mais c'est pour le mieux. Comme je l'avais énoncé, il y aurait de quoi tourner la tête à n'importe qui… »

Les trois autres acquiescèrent d'un air sombre. Même le Professeur Riddle qui avait frémi d'un tremblement qui n'augurait rien de bon quand Dumbledore l'avait coupé. A contrecoeur, et avec une visible répugnance, il sortit Harry de son berceau corporel, les yeux de Sirius s'illuminant à sa vue.

Le garçon était toujours plongé dans ce profond sommeil, ses mains potelées de bébé agrippée à l'étoffe qui le recouvrait. Le tissu, d'un rouge carmin très profond, tranchait artistiquement avec la noirceur des robes, tandis que voletaient le long de l'étoffe des vifs d'ors cousus à la main. La couverture sembla ramener des souvenirs à Sirius qui se crispa, son visage tordu par la douleur.

Sur le front juvénile se découpait déjà une cicatrice. La cicatrice, pourrait-on dire. Elle est enflammée, rouge, gonflée. Récente. La forme se découpait en un éclair, qui deviendrait tristement célèbre. Le doigt livide courut sur le front, effleura la blessure.

Le visage encore rond de l'enfant était déjà orné d'une touffe de cheveux noirs, et si ses yeux étaient résolument fermés, il n'y a avait aucun doute sur le fait que ce serait deux prunelles vertes, saisissantes.

Aux reflets d'Avada Kedavra.

L'enfant se pelotonnait contre le torse du Professeur, couvert de la froideur de la nuit grâce à la lourde cape qui le cachait aux yeux des autres.

Il y eut un nouveau silence.

« Eh bien voilà. »

Les bras tendus, Sirius finit par récupérer l'enfant. Il l'observa une seconde, un peu perdu malgré ses belles paroles. Il avait un être vivant contre lui, quelqu'un pour qui se battre, pour qui vivre en dépit les pertes. Un sourire étira ses lèvres gercées, asséchées par les pleurs et les paroles.

« Au revoir, Harry Potter. » souffla Riddle, mal à l'aise. Il s'attarda un instant sur la cicatrice du garçon, son regard traînant avec insistance sur lui. Alors comme ça, ça se finirait ici. L'homme finit par secouer la tête, presque agacé de lui-même.

Il salua le Professeur Dumbledore d'un signe de tête sec, sa silhouette tremblant imperceptiblement – vacillant dans l'obscurité de la nuit. Jusqu'à ce qu'elle ne se fonde complètement en ce même nuage de fumée tourbillonnant, qui disparut en glissant sinueusement le long de la rue.

La vieille femme lui emboîta le pas, disparaissant à son tour dans un CRAC sonore, alors qu'il ne restait que Dumbledore et le jeune homme.

Le directeur ne fit pas mine de bouger, son regard se perdant sur la ruelle où avait disparu l'enseignant.

« Pourquoi était-il là ? » demanda abruptement Sirius. « Malgré son opposition plus qu'évidente à Vous-savez-qui et son admission au sein de l'ordre, Tom – ou Voldemort comme il préfère – n'a jamais été un enfant de choeur. »

« C'est vrai. » admit Dumbledore sans se retourner vers lui. « Mais Tom, s'il use de ces moyens douteux n'a pas sa pareille en connaissance de la magie, en particulier si elle s'aventure sur des chemins bien sombres. »

« Vous même reconnaissez qu'il use de la magie noire. Pourquoi l'autoriser à enseigner ? » Le ton de Sirius sonnait accusateur, incompréhensif. Il baissa les yeux un instant, la main du garçon fermement enveloppée autour de son index, sourit.

« Il y a de ces personnes qu'il vaut mieux avoir près de soi que dans l'autre camp, Sirius. »

Dumbledore eut un soupir désolé, trahissant son âge.

« Je crois bien qu'Harry aura grandement besoin de son aide lorsque le temps sera venu. Il ne me plaît pas de penser ainsi, mais si la prophétie est juste et qu'il s'avère qu'il est le seul à pouvoir le détruire… » Le vieil homme ferma les yeux, poussant pour la seconde fois un long soupir fatigué. « Je me fais déjà vieux, Sirius, et en temps de guerre nous avons toujours besoin de toute l'aide possible et je ne refuserais celle de Tom pour une histoire de différent et à cause de ma fierté mal placée. »

Sirius acquiesça lentement, pas réellement convaincu. Néanmoins, le directeur savait ce qu'il faisait…

Celui-ci le salua avant de reprendre son chemin, s'éloignant le long de la rue du même pas alerte qui l'avait amené chez les Potter. Dans sa poche, sa baguette semblait plus lourde que jamais, et il vait un poids sur le coeur qu'il espérait, s'estomperait au cours de dix ans à venir. En partant, il aperçut le petit tas de couverture entre les bras de Sirius et eut un nouveau pincement au coeur.

« Bonne chance, Harry. » murmura-t-il.

Et il disparut à son tour dans le même CRAC qui avait emporté son enseignante.

Une brise glaciale agitait les feuilles du peuplier de Grimauld Place. La rue avait retrouvé son silence morose d'avant leur venue, impassible sous le ciel d'encre. Jamais on n'aurait pu imaginer que les évènements se seraient passé ainsi, que le jeune homme frivole aurait caressé lentement le front de l'enfant avant de fermer la porte derrière lui.

Harry Potter se retourna dans ses couvertures, indifférent à ce qui l'entourait. Sans savoir qu'il était déjà célèbre et orphelin, que dans quelques heures il serait réveillé par le grand déménagement de Sirius Black, qu'ils quitteraient définitivement l'endroit pour une maison plus ensoleillée, plus chaleureuse. Sans savoir qu'il ne découvrirait pas la magie avant de longues années, ni qu'il avait échappé aux longs hurlements braillards de Dudley Dursley ou au placard sous l'escalier.

Il ne savait pas qu'il avait échappé aux cris de Vernon, aux tâches assignées en plein été, et toutes ces choses parce que l'action d'un seul homme avait tranché le fil tissé par les Parques.


Woooooooh, j'en ai mal aux doigts ! xD

Vous avez sûrement pu constater que j'ai tiré plusieurs phrases d'Harry Potter à l'école des Sorciers, au départ c'était pour bien faire comprendre dans quelle période de temps on était - cf, Pétunia et Vernon - mais surtout pour rajouter un peu de réalisme. Donc, j'espère que ça ne vous a pas dérangé, à priori c'est la seule fois où je reprendrais et ait repris des rares phrases mot à mot.

Je me suis posée l'idée de cette fic en relisant le tome 5, et surtout en en discutant avec ma soeur - merci à elle - (petite dédicace car je t'ai fais lire au moins dix fois mon premier jet pour que tu me donnes ton avis) et si Dumbledore avait accepté de donner un poste à Voldemort ?

Donc la fic se base sur trois détails, trois détails qui doivent tout changer à ce qui aurait pu arriver à Harry.

1) Si Voldemort avait été accepté pour enseigner la DCFM

2) Si Harry avait été élevé par Sirius

3) Petite surprise pour les chapitres d'après ;)

De plus je crois que vous avez du remarquer que le nom du mage noir remplaçant ici Voldemort n'est pas cité, pas d'inquiétude, c'est quelqu'un que l'on connait et c'est fait exprès mes amis, c'est pour vous enjoindre à chercher, qui peut bien être ce fameux mage ?

N'hésitez surtout pas à me laisser un avis - si vous plaîîîîît - parce que je vous jure que j'en ai passé du temps sur ce chapitre xD Donc, j'espère que ça vous plaira ! Comment est-ce que vous avez ressenti l'apparition de Voldemort ? :D La mort des Dursleys ?

Le rythme est régulier et on part sur le moment sur un chapitre toutes les deux semaines (Personne ne veut se dévouer pour passer à ma place les épreuves de Science Po, Sésame et Access ? *pleure*)

XOXO,

Skaelds