Un flot noir et sourd m'empara brutalement. Un serrement si fort et oppressant me tordit les entrailles. L'envie de vomir. De rire aussi. Je tremblais des mains tout d'abord puis mon corps se transforma en un petit être tout déboussolé. Je me contorsionnais et mon loup reprit le contrôle. Il se libéra et grogna d'excitation. Ses crocs claquèrent et de la bave coula de sa mâchoire. Il se lécha les babines par réflexe. Un bruit sonore canin s'échappa de sa gorge. Il fixait de ses yeux or la personne à quelques mètres de lui. Sa queue se balançait aux aguets. Ses oreilles étaient relevées fièrement attendant le moindre mouvement. Son grognement s'accentua en ne voyant aucune réaction venant de son désormais compagnon. Pourquoi ne réagit-il pas ? Le loup s'impatientait et ses pattes grattait le sol, ses muscles tendus à bloc. Il attendait malgré tout car il le devait. Aucune réaction. L'inquiétude commençait à s'immiscer chez le loup. Pourquoi ? Ne devrait-il pas ressentir ce lien ? Son loup s'énerva et il amorça un pas. L'homme en face de lui recula instinctivement d'un pas. Un couinement plaintif non contrôlé sortit de sa grande gueule. L'homme, étonné, revint à sa place. Un léger ronronnement si bas gronda de ce grand loup. Le loup se calma ostensiblement. L'homme ne savait que faire et ne comprenait pas la situation. Il n'osait désormais plus bouger d'un iota. Ses confrères regardaient la scène d'un air tout aussi ahuris que lui. Alice fixait ces deux êtres que tout opposait, circonspecte. Son compagnon posa sa main sur la sienne et lui fit signe de la tête. Elle comprit rapidement, les yeux grands ouverts. Imprégnation. Mais comment ? Elle grignota les ongles de son autre main inoccupé, tout en réfléchissant.
Edward lui fixait toujours son vis-à-vis. Son cœur pourtant insensible était dérangé. Il fronça les sourcils. Il ne comprenait pas. Pourquoi Jacob réagit-il comme ça ? Lui avait-il fait quelque chose de mal ? Il ne se rappela pas qu'il ait fait quoi que ce soit…
Sa famille, Bella et lui faisaient un barbecue. Bella lui avait demandé auparavant si les loups pouvaient venir puisqu'ils s'entendaient un peu mieux ces derniers temps. Il avait bien entendu accepté devant ses si beaux yeux chocolat malgré l'irrépressible envie de refuser. Ces chiens… Rien que les voir nous donnait l'envie de les déchiqueter et de les vider entièrement. En règle générale. Mais il y avait bien des exceptions, nous étions tout de même dotés de sang froid pour pouvoir nous supporter. Nous avions commencé l'apéro et d'un seul coup on s'arrêta tous sauf Bella qui continua à grignoter un petit apéritif. Tous les vampires étaient tournés vers la forêt et comme attendu une personne en émergea. Jacob. Le premier arrivé. Les autres suivraient prochainement sûrement. Edward voulu aller le saluer, histoire de faire plaisir à sa compagne mais voilà dans quelle situation il se trouvait. Celui-ci s'était statufié à sa venue et s'était transformé, hors de contrôle. Pourtant il ne semblait pas vouloir l'attaquer. Aucune manifestation agressive. C'était juste inquiétant.
Je gémissais, coincé. Je n'arrivais pas à reprendre contrôle. Mon loup me retenait en dehors de tout ça. Il était beaucoup trop dominant et fort. Je cherchais depuis des secondes une solution pour redevenir humain. Mais je ne trouvais rien. Je n'y connaissais rien en imprégnation ou en tout cas je ne m'en étais pas personnellement intéressé plus que ça. J'aurais peut-être dû en fin de compte. Car voilà dans quelle emmerde j'étais. Mon loup était calme. Il s'était assis et attendait je ne sais quoi.
- Hum… Hey, tout va bien ?
Son museau se releva au son appréciateur de son compagnon et il jappa de contentement, sa queue frétillante joyeusement. Oh mon dieu… Les réactions de son loup étaient bien trop gênantes. Il n'était pas son chien, mince ! Même à son Alpha il ne s'était jamais autant ridiculisé. Edward le fixait, un rictus amusé se pointant furtivement face à ce comportement typiquement canin. Je grogne intérieurement lourdement, écœuré par son semblant de sourire à la con. Mon loup ne put réfréner le profond râle qui sortit de sa grande gueule suite à mon agacement.
- J'ai l'impression qu'il est en combat intérieur, annonça Alice après ce que venait de faire le loup.
- Tu crois ? C'est vrai qu'il est assez contradictoire dans ses gestes…
Alice était la seule, excepté Jasper, à avoir compris le fond de cette histoire. Les autres s'interrogeaient comme Emmett à l'instant.
- Il a un problème avec moi.
Edward le savait. En même temps c'était évident. Le loup n'écartait pas son champ de vision de lui. Et le problème c'était qu'il ne pouvait pas lire dans ses pensées pour savoir ce qu'il en était. C'était terriblement frustrant. Il se craqua un doigt, tendu. Le loup réagit à ce craquement en jetant un coup d'œil à celui-ci tout en grognant dangereusement. Menace ?
- Je ne pense pas qu'il te ferra de mal. Il n'est pas en position d'attaque.
Carlisle, toujours aussi terre à terre, exposait son analyse. Sa femme, Esmée, était agrippé à son bras et observait, indécise la scène en hochant tout de même de la tête suite aux paroles de son homme.
Edward avait les yeux accrochés à ceux du loup, hypnotisé presque. Il le sentait qu'il ne lui ferait pas de mal. Le regard du loup l'enveloppait tout doucement et vicieusement. Il voulait comme l'attirer. Il s'avança. Le loup l'observa. Patient. Arrivé devant lui, il commençait à relever son bras prudemment mais il fut interrompu par Bella.
- Mais que fais-tu ? Il va te sauter dessus !
Elle était paniquée et Edward s'arrêta net, se surprenant dans son geste.
Rosalie commençait à grogner, excité par l'immense loup. Emmett essaya de la calmer du mieux qu'il put. Il savait qu'elle ne pouvait supporter ces cabots. Ce barbecue était juste pour faire plaisir son frère.
Il avait voulu établir un contact avec le loup. Mais que faisait-il ? Devenait-il fou ? Un vampire hypnotisé ? Il se recula précipitamment et la réaction surprenante du loup ne se fit pas prier à se manifester à la suite du refus de son compagnon. Il couina pathétiquement et se ratatina sur lui-même. Il ne le veut pas. Une douleur sans nom le transperça de fond en comble. Pourquoi Bella l'avait-elle arrêté ? Une haine surgit de lui aussi puissante que sa détresse. Une vague de tristesse secoua le lien de la meute.
- Mais que se passe-t-il bon dieu ici ?
Sam. Sa voix forte, grave et autoritaire retentit autour d'eux alors que le clan entier sortait de la forêt pour les rejoindre, envoyant un vent glacial. Leur lien avait détecté quelque chose d'anormal qui se passait pour Jacob et ils s'étaient dépêchés de se ramener. La vague de profonde mélancolie les ébranla brutalement. En le regardant aussi misérable à l'état de loup, il comprit immédiatement ce qui se passait. De souvenirs furtifs et toujours aussi acides surgirent dans son esprit. Rapidement balayé.
- Jacob.
Il se rua vers Jacob et le prit dans les bras malgré sa forme lupine. Ce dernier sursauta et sniffa son chef de manière désorganisé. Comme essoufflé. Il lui murmura des mots si bas que même les vampires ne purent entendre malgré leur fine audition. Il essayait de le calmer du mieux qu'il pouvait en tant qu'Alpha. Ses ondes calmantes et apaisantes se transmettaient à travers lui et le loup commençait à se sentir un peu mieux petit à petit malgré quelques halètements qui continuait à sortir de lui. Signe de sa souffrance. Tout le monde était sidéré par ce qui se passait. Bella s'était collé à Edward, inquiète. Ce dernier soupçonnait quelque chose mais n'osait pas s'y concentrer au risque de ne pouvoir s'en défaire de la tête. Il caressait les avant-bras de sa femme, pensant, les sourcils froncés. Sam se retourna devant tous le monde après que Jacob, toujours en loup, s'endormit. Le visage encore marqué par la douleur.
- Je repars à la réserve. Avec Jacob. Vous, vous restez ici et amusez-vous, je m'occupe de lui. Lorsque vous rentrerez, ne venez pas le voir tant que je ne vous en aurai pas autorisé.
Il s'adressait à sa meute. Aucun ne broncha malgré l'inquiétude apparente de la meute. On ne désobéissait pas à l'Alpha. Le regard dur de Sam se dirigea ensuite vers Edward pendant un rapide instant. Ce dernier reconnut de l'appréhension et de l'incompréhension. Se détournant d'eux, il repartit rapidement avec Jacob dans les bras, malgré son poids massif. La force des Quileutes n'était plus à remettre en question. Edward était dubitatif. Il lui semblait que le loup avait voulu lui faire comprendre quelque chose… mais quoi ?
