Deathmask marchait tranquillement dans le Yomotsu. Il n'y venait pas souvent, encore moins depuis la fin de la Guerre Sainte et la réincarnation des chevaliers. Malgré ça, il appréciait vraiment le calme de l'endroit. Calme assez relatif si on prenait en compte les âmes en route pour les Enfers mais il avait toujours considéré ça comme du calme.

Au détour d'un rocher, il tomba sur son ancien terrain de jeu. Là où il allait autrefois, lorsqu'il était encore enfant et que son entraînement prenait fin. Il y avait toujours des marques dans le sol et des vieux bouts de jouets en plastique traînaient par terre. Cela lui arracha un petit sourire. Ça lui rappelait de vieux souvenirs.

Il reprit sa marche. Il n'avait pas d'objectif précis. Il déambulait dans cet endroit si familier dans lequel personne ne viendrait le déranger.

Seulement, il entendit un rire d'enfant. Signe de deux choses qui n'allaient pas. Déjà, aucun enfant ne se faisait entendre ici, sauf à de très rares exceptions. Ensuite personne ne riait ici, et il n'y avait aucune exception.

Maintenant très curieux, le chevalier se dirigea vers la source de ce son. Il arriva dans un renfoncement rocheux et vit enfin l'enfant. Et il eut un instant d'arrêt. Car un gamin blond aux yeux bleus vivant jouait avec ses deux peluches de dragons. C'était exactement le genre de chose que l'adulte ne se serait jamais attendu à voir.

« Hé, gamin ! »

L'enfant releva la tête et son sourire s'effaça à la seconde où il reconnu le visage en face de lui. Ses yeux écarquillèrent doucement et ses membres se mirent à trembler légèrement. Deathmask haussa simplement un sourcil mais ne prit pas le temps de se poser de questions.

« Où sont tes parents ? »

L'enfant ne répondit pas. Le chevalier se rendit alors compte qu'il ne devait pas avoir plus de cinq ou six ans. Est-ce que ces trucs savaient déjà parler à cet âge ? Les apprentis le pouvaient bien, mais on ne pouvait pas dire que les enfants du Sanctuaire soient véritablement dans la norme. Tant pis, il n'avait qu'à ramener le gosse, le Grand Pope saurait sûrement quoi en faire.

Deathmask s'approcha pour attraper le marmot mais celui se mit enfin à réagir. Il attrapa ses peluches et les serra contre sa poitrine en se mettant à secouer la tête de droite à gauche. L'adulte fronça les sourcils et l'attrapa par dessous les aisselles.

Il retourna au Sanctuaire sous les gémissements et les tentatives de libération du gosse. Franchement, qui avait un jour eut l'idée de créer ces êtres démoniaques ?

Enfin, il arriva au treizième temple. Il entra dans le bureau du Grand Pope en défonçant la porte d'un coup de pied. Le dit Pope, surprit, releva la tête de ses papiers et demanda calmement.

« Que me vaut le plaisir de cette visite ?

- J'ai trouvé ça dans le Yomotsu. »

Sur ces mots, il lâcha l'enfant qui s'écrasa sur le sol, des larmes menaçant de quitter le coin de ses yeux. Shion cligna une fois des yeux avant de les baisser sur le petit garçon blond au sol. Un petit garçon qui ressemblait étrangement à Kanon au même âge. Est ce que Deathmask s'en était rendu compte aussi ? Peu probable.

Shion congédia le chevalier et alla s'agenouiller devant l'enfant.

« Ça va petit ? »

Le petit regarda Shion dans les yeux et immédiatement il eut l'air rassuré. Il lâcha ses peluches et se jeta sur le Pope.

« Papi Shishi ! »

Hein ? Shion baissa les yeux sur l'enfant pendu à son cou, arborant un petit sourire sur ses lèvres. Papi ? Comment ? Pourquoi ? Qui était ses parents pour qu'il l'appelle ainsi ? L'homme était perdu. D'autant plus perdu que la ressemblance avec Kanon était encore plus frappante de près. Mais Kanon était célibataire et n'avait pas d'enfant.

Mais il fit en sorte de ne pas rendre son trouble visible. À la place, il serra l'enfant contre lui pour qu'il ne tombe pas. Il ramassa les deux peluches, se leva et retourna s'asseoir à son bureau. Il le posa sur ses genoux avec ses peluches et il se mit à jouer innocemment.

Qui qu'il soit, Shion allait devoir en parler à Kanon. Et en privé de préférence. Mais pas maintenant. Pour l'heure, il avait encore beaucoup de paperasses urgentes.

XxX

En cette fin de journée, Kanon se dirigeait vers le treizième temple. Il avait été convoqué un peu plus tôt et on lui avait demandé de venir seul. Étrange. D'habitude ce genre de détails n'était pas préciser. Mais c'était sûrement un hasard. Oui un hasard.

Et c'était ce même hasard qui faisait qu'un gosse venait de se jeter sur lui en criant « maman ». Maman. Mais pourquoi maman ?! Il serait quand même au courant s'il était devenu père ! Et surtout avec qui ! Mais l'enfant avait l'air persuadé de ce qu'il venait de dire. Mais qu'est ce que c'était que cette merde ?!

Il entendit distinctement Shion soupirer. Il releva la tête et vit le Grand Pope appuyé contre le dossier de son siège, se pinçant d'une main l'arrête du nez.

« Vous pouvez m'expliquer ? »

Le plus vieux se redressa et répondit.

« Deathmask a trouvé cet enfant au Yomotsu, on ne sait rien de plus. À part qu'il me considère comme son grand-père et toi comme sa mère.

- Comment avez vous su ça ?

- Je me demandais simplement si tu avais le moindre lien avec lui à cause de votre ressemblance, mais apparemment ce n'est pas le cas. Cela dit, je ne pense pas que se soit une bonne idée de le laisser en liberté dans le Sanctuaire…

- Non. »

Kanon savait très bien ce que le Pope allait ensuite suggérer et il était hors de question qu'il se coltine un marmot. Surtout pas si celui-ci l'appelait maman. Il venait à peine de réussir à se faire tolérer de tous les chevaliers et à se lier d'amitié avec certains. S'il se retrouvait à s'occuper de l'enfant, tout ça pourrait disparaître. Après tout, comment être sûr que l'enfant ne soit le résultat d'un projet de Kanon ? Comment être sûr qu'il ne chercherait pas à leur nuire ? D'autant que s'il était rattaché à Kanon, il y avait de forte chance qu'il sache déjà se servir de son cosmos. En plus qui était sa mère, ou son père ?

À ce moment, Kanon se rendit compte qu'il en ignorait la réponse. D'ailleurs, était-ce une bonne idée de vouloir le savoir ? Malgré ça, il devait avoir une réponse. Ne serait-ce que pour savoir quoi faire ensuite.

Sur cette pensée, il inspira un grand coup puis s'agenouilla au niveau du gamin. D'aussi près leur ressemblance n'en était que plus flagrante.

« C'est qui ton papa ? »

Il aurait certainement pu demander avec un peu plus de gentillesse ou de tact mais il n'allait pas s'encombrer de tout ça. Le petit le regarda droit dans les yeux. Il semblait se demander s'il avait le droit de répondre. Kanon n'avait pas penser à cette éventualité. Si c'était le cas, alors la suite s'annonçait bien compliquée. Puis, après de longues minutes, avec un air solennel et fier sur le visage, le petit ouvrit doucement la bouche.

« Papa, c'est un juge des Enfers ! »

Kanon se figea. Il avait mal entendu, pas vrai ? C'était une farce. Une farce de très mauvais goût. Peut-être que quelqu'un qui lui en voulait se servait de ce gosse ? Peut-être pour déclencher une nouvelle guerre ? Les traités de paix étaient encore fragiles, le moindre conflit pourrait les envoyer valser. Se servir d'un gamin. Même lui n'avait pas osé. Il refusa sciemment de croire que ce que l'enfant venait de dire puisse être vrai. Parce que ce n'était pas possible n'est-ce pas ?

En face de lui, Shion en était arrivé aux mêmes déductions. Il en était dégoûté. Pourtant il garda l'éventualité que l'enfant dise la vérité dans un coin de son esprit. C'était bien plus qu'improbable, mais il avait apprit que l'impossible n'existait pas. Pas lorsque que vous vous battiez pour une déesse antique.

XxX

Finalement, Kanon était resté au treizième temple avec le petit. Lui et Shion avait convenu que c'était la meilleure chose à faire pour le moment. Aucun d'eux n'avaient eut le courage de demander de quel juge il s'agissait. D'ailleurs, ils étaient certains que le savoir ne changerait rien. Il n'y avait aucune chance que le juge connaisse l'enfant. En fait, si jamais ils se rencontraient, cela risqueraient de mettre en péril la paix. Ça ne devait jamais arriver. Voilà pourquoi Shion et Kanon préféraient le cacher le plus possible. Ils devaient simplement trouvé une excuse pour justifier sa présence permanente au treizième temple. Ils devaient faire en sorte que le moins de monde possible soit au courant de son existence. Peut-être un soit disant trouble psychologique ? Il avait été trouvé au Yomotsu, ça n'étonnerait personne.

En attendant, et sûrement aussi longtemps que personne ne saurait rien au sujet du gamin, Kanon devait s'occuper de lui. Ça ne l'enchantait pas. Pas du tout. Car il ne pourrait lui non plus presque plus sortir. Il devrait se consacrer entièrement au gosse. Si le Grand Pope ne trouvait pas rapidement une solution, il craquerait. Il ne supporterait pas de passer ses journées avec un enfant de cinq ans qui était aussi mature que ce à quoi on pouvait s'attendre à cet âge, quoi que, peut-être un peu plus. Mais certainement pas assez pour ne pas rendre lentement le chevalier remplaçant fou. Parce qu'il trouvait ça con de jouer à la poupée. Parce que ces conversations enfantines n'avaient pas le moindre sens. Parce qu'il se faisait chier pendant les deux heures de siestes quotidiennes. Parce que le manque d'entraînement commençait à lui peser.

Pourtant, oui pourtant, il faisait tout son possible pour rester calme. C'était sa mission. Et son honneur en prendrait un sacré coup s'il s'avérait qu'il n'était pas capable de gérer un gamin de cinq ans. Mais aussi parce qu'il était adorable.

Cet enfant aux longs cheveux blonds et aux yeux bleus d'une teinte qu'il ne partageait qu'avec Kanon était un concentré de douceur et d'admiration. De l'admiration quasi exclusivement pour lui ou pour son père. Ce qui voulait dire qu'il passait son temps à dire qu'un jour, il serait aussi fort que lui. Qu'il était le plus fort, enfin, il hésitait entre lui et le père. Qu'il était un héro. Un héro qui avait fait de mauvaises choses, mais un héro. Et, même si Kanon ne l'avouerait jamais, ça lui faisait du bien. Ça faisait du bien de se sentir important et respecté. Même si c'était par un enfant sûrement manipulé.

Au bout d'un moment, Kanon craqua. Il réclama au Grand Pope de pouvoir sortir pour se défouler. Shion fut contre. Il n'en savait toujours pas plus sur l'histoire du petit et il préférait rester prudent. Mais Kanon insista. Il insista encore et encore. Jusqu'à ce que sa requête soit acceptée, mais à certaines conditions. Il devait emmener le gamin et rester sur les terrains normalement interdits d'accès près du temple. Kanon avait mit moins d'une seconde à dire oui.

Et le voici à pouvoir enfin refaire un peu d'exercice. Ce ne serait pas aussi efficace que les combats amicaux entre chevaliers d'ors mais c'était déjà ça. C'était suffisant pour relâcher la pression. Après qu'il ait pulvérisé un amas de rochers, il entendit le petit poser ses peluches – il les gardait tout le temps avec lui – et s'approcher de lui.

Il se mit en garde face à lui, un petit sourire aux lèvres. Kanon haussa un sourcil. Qu'est ce qu'il foutait ? Il n'avait jamais montrer la moindre capacité à se servir du cosmos.

« Eraste ? »

Ah, oui, le gosse s'appelait Eraste. Amour en grec. Non, mais franchement, qui avait décidé de ça ? C'était ridicule. Enfin, passons. Eraste donc, se redressa et abaissa sa garde.

« Oui ?

- Qu'est ce que tu fais ?

- C'est pas pour s'entraîner qu'on est venu là ?

- … Si, bien sûr. »

Donc il allait devoir combattre le môme. Fantastique. Dire que cette journée s'annonçait meilleure que les précédentes. Enfin, ça ne devrais pas lui prendre trop de son temps non plus. Au vue de la carrure du gosse et des ses capacités présumées, dix minutes seraient amplement suffisantes.

Ils se mirent en garde et le blond chargea. Kanon n'eut aucun mal à l'esquiver et à riposter, l'envoyant au sol. L'autre se releva et un léger cosmos commença à apparaître autour de lui. Un cosmos d'une étrange couleur entre le bleu et le violet. Il chargea encore, mais cette fois, il dépassa le mur du son. Peut-être n'était-il pas si faible finalement. Mais il était encore bien trop lent pour espérer pouvoir toucher Kanon. Pourtant, au file des minutes, il continua à gagner en vitesse et en puissance. Au point où le plus vieux se mit sérieusement à se demander quel était son véritable niveau. Pour savoir ça, il n'y avait pas trente-six solutions.

Il engagea véritablement le combat. Il était encore loin d'être à pleine puissance, mais ce niveau était suffisant pour qu'il n'ait pas l'impression de bouger et de frapper comme un mollusque. Il voulait savoir jusqu'où il pourrait aller. Quelle puissance et quelle vitesse le gosse pourrait atteindre. Il ne lui fallut pas longtemps pour avoir sa réponse. Après un joli coup de pied retourné, Eraste atteignit la vitesse de la lumière. Pendant un instant, il fut capable de se déplacer quasiment à la même vitesse que Kanon. Pendant un instant seulement, car celui d'après, il s'effondra par terre. La dépense d'énergie était apparemment trop élevé pour lui. Cependant, Kanon devait reconnaître qu'il ne s'attendait pas du tout à ça. Au mieux, à la puissance d'un apprenti bronze peut-être mais pas plus. Et là, il venait de voir que son niveau dépassait clairement nombre de chevaliers d'argents.

Il s'avança et s'accroupit face au petit. Il leva une main et lui ébouriffa les cheveux avec.

« Bien joué gamin. »

Le blond lui renvoya un sourire éclatant.

XxX

Kanon avait finit par s'habituer à la routine qui était maintenant la sienne. Eraste n'était pas si mauvais que ça, et l'entraîner n'était pas tant que ça une corvée. Bien sûr, Kanon devait retenir ses coups. Bien sûr, il devait trouver comment lui expliquer certains concepts un peu trop compliqués pour lui. Bien sûr il devait trouver une façon plus simple et moins brutale de le pousser au maximum de ses capacités. Mais c'était pourtant de très bons moments qu'ils passaient tous les deux. Car plus le temps passait et plus Kanon aimait ce gamin. C'était un fait qui l'étonnait quotidiennement mais qui était pourtant véritable. Kanon s'était habitué à sa présence et il avait apprit à l'apprécier. Il aimait la façon qu'avait l'enfant de se blottir contre lui pour dormir. Il aimait voir toute la joie qui emplissait son visage dès que Kanon faisait usage de son cosmos. Il aimait l'entendre parler de lui comme de la meilleure personne qui soit. Il aimait la façon qu'il avait de lui sourire. En fait, il aimait tout chez ce gosse.

Un soir, alors que le soleil se couchait doucement, Kanon et Eraste étaient allongés dans le grand lit de leur chambre, le plus petit sur le torse de son père et ses peluches dans ses bras. Kanon sentait qu'il ne faudrait plus longtemps avant que le blond ne s'endorme. Mais il ne dormait pas encore et il avait assez d'énergie pour parler.

« Dis, maman, quand est-ce qu'on retournera sous la mer ? »

Kanon tourna la tête vers lui, le visage impassible mais l'esprit en ébullition. Qu'est ce qu'il voulait dire ? Où ça « sous la mer » ? Pourquoi ? Était-ce une autre des manipulations dont avait été victime l'enfant ? Malgré toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête, Kanon se força à répondre d'une voix calme.

« Je ne sais pas. C'est grand la mer, tu voudrais aller où ?»

Eraste émit un petit bruit de réflexion. Il leva la tête vers sa mère et répondit.

« Chez papi Poséidon. Ça fait longtemps qu'on est pas allé le voir. »

Hein ? Que... ? Eraste connaissait Poséidon ?! Comment ? Était-il déjà aller au Sanctuaire Sous-Marin ? Pourquoi ? Avec qui ? Pourquoi ceux qui se servait de lui l'auraient-ils conditionné avec ces informations ? Ça n'avait aucun sens. Kanon n'avait pu empêcher la surprise de se peindre sur son visage et ça avait l'air d'inquiéter Eraste.

« Maman ? Ça va ? »

Kanon se secoua mentalement.

« Oui, je suis juste fatigué. On en reparle demain. »

XxX

Kanon était assit dans un siège, les bras croisées sur ses jambes, dans le bureau de Shion, juste en face de ce dernier. Il venait de lui expliquer ce qu'Eraste lui avait dit la veille. Shion se pinçait l'arrête du nez, une expression désespérée sur le visage. Kanon fronça les sourcils. Le silence s'étirait depuis trop longtemps pour que ça ne cache pas quelque chose. Pourquoi le Grand Pope ne répondait-il pas ? Malheureusement, Kanon n'était pas connu pour sa patience et il ne tarda pas à poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Shion soupira. Il se laissa tomber au fond de son fauteuil et leva les yeux au ciel.

« Athéna et Poséidon ont convenu d'envoyer l'un de leur protecteur pour montrer leur volonté de maintenir les traités de paix. Poséidon a accepté d'envoyer Isaak et Athéna a accepté de t'envoyer toi. »

Kanon écarquilla les yeux et du retenir un cri alors que ses sourcils commençaient à se froncer de colère. Il était envoyé au Sanctuaire Sous-Marin et ce n'était que maintenant qu'il l'apprenait ? Et tout avait été fait sans que personne ne vienne lui demander son avis ? Au vu du visage de Shion, il était aussi embêté que lui. Sans Kanon au Sanctuaire, qui allait s'occuper d'Eraste ? Seul Deathmask était au courant de son existence et il avait l'interdiction d'en parler. Pour tous les autres, Kanon était en mission longue durée.

« Pourquoi j'apprends ça que maintenant ?!

- Tu aurais dû l'apprendre demain, pour ton départ. »

Kanon serra les poings. Pourquoi personne ne l'avait prévenu ? S'il n'était pas venu aujourd'hui à cause d'Eraste, il aurait dû partir en catastrophe. Et le gamin ? Comment aurait-il réagit ? Qui se serait occupé de lui ? Certainement pas Shion, il avait beaucoup trop de travail. Et la seule autre personne connaissant son existence terrifiait le gosse. Cette pensée surprit Kanon. Il s'inquiétait pour le gosse. La colère qu'il ressentait venait autant du fait que tout lui tombait dessus au dernier moment que du fait qu'Eraste se serait retrouvé seul. Il se força à reprendre son calme. Il inspira et expira doucement, puis, il cala son dos contre le dossier et croisa les bras sur sa poitrine.

« Eraste vient avec moi. »

Ce n'était pas négociable et Shion le compris très certainement. Il se contenta de hocher la tête alors qu'un lourd soupir quittait ses lèvres. Il comprenait la réaction de Kanon. Il se demandait même pourquoi Athéna avait choisit de ne rien dire. Peut-être pour que Kanon et Eraste passent leurs derniers jours au Sanctuaire tranquillement ? Pas sûr que ce soit le meilleur moyen d'arriver à ce résultat. Au moins, les deux ne seraient pas séparés. Pour Shion, c'était mieux, il n'aurait pas à trouver d'étranges excuses sur l'absence d'un autre chevalier. Mais il était étonné de la demande de Kanon. Il se serait attendu à ce qu'il saute sur l'occasion pour se débarrasser de l'enfant, mais apparemment c'était tout le contraire. À quel point l'enfant était-il devenu important pour Kanon ? Shion se le demandait. Mais il craignait un peu la réponse. Si Kanon s'attachait trop, ceux qui avaient envoyé Eraste pourrait très bien se servir de lui. Il ferrait bien de faire surveiller ces deux là, juste au cas où.

XxX

Près du Cap Sounion, Shion, Athéna, Kanon et Eraste attendaient. Isaak ne devrait plus tarder à arriver, et Kanon à partir. Dans ses bras, Eraste serrait fermement ses deux peluches contre lui et tressautait presque d'excitation. Il avait un grand sourire et semblait se retenir d'exprimer sa joie verbalement. Kanon, lui, retenait un sourire en voyant la joie du gamin.

Puis, la chevelure verte d'Isaak fit son apparition. Il était habillé de manière décontracté et un sac reposait sur son épaule. Il s'avança et s'agenouilla devant Athéna pour la saluer. Cette dernière lui demanda rapidement de se lever et le marina obéit. Mais il marqua un instant d'arrêt en voyant Kanon. Visiblement, il n'était pas au courant de qui allait venir au Sanctuaire Sous-Marin. Mais avant que son visage n'ait eut le temps de prendre une expression énervé, son regard atterrit sur Eraste et ses yeux s'écarquillèrent. L'enfant lui fit un grand coucou de la main, manquant par la même occasion de tomber des bras de sa mère.

Kanon ne prit pas la peine de prêter attention à la surprise de son ancien camarade. Il salua Shion et Athéna puis partit vers le Sanctuaire de Poséidon.

À son arrivé, il remarqua immédiatement les marinas présents et en rang, et en face de lui Poséidon. Il s'agenouilla en faisant tout de même attention à Eraste. Eraste qui avait l'air au paradis tant il souriait et s'agitait. Il attira ainsi l'attention de toutes les personnes présentes. Aucune d'elles ne réussit à cacher sa surprise de voir Kanon avec un enfant lui ressemblant autant dans les bras. Mais celui-ci resta impassible. Il était ici en tant qu'envoyé diplomatique, même si ça ne lui plaisait pas le moins du monde. Poséidon finit par lui donner l'autorisation de se lever et l'ancien marina s'exécuta. Dans ses bras, Eraste avait de plus en plus de mal à tenir en place.

Et tout le temps où Poséidon expliqua à Kanon comment les choses se passeraient le temps où il serait ici, les marinas gardèrent leurs yeux fixés sur Eraste, même s'ils avaient finit par réussir à cacher leur surprise. Enfin, Poséidon congédia Kanon. Il hocha la tête et fit demi tour avec toute la fierté qui était la sienne.

Une fois hors de vue de ses hôtes, il laissa enfin Eraste marcher par lui même. L'enfant se mit à courir vers les buissons de corail. Il passait de buisson en buisson et finit par revenir vers Kanon avec un bouquet coloré à la main. L'adulte le prit et offrit un petit sourire au gamin. Eraste attrapa l'une des mains de Kanon et se mit à le tirer vers l'un des piliers du Sanctuaire. Celui de l'Atlantique Nord. Quand il s'en rendit compte, le bleuté ne put s'empêcher de se figer. Il ne s'était plus retrouvé là depuis des années. Ce Sanctuaire n'était plus le sien et les gardes qui les suivaient discrètement en était une preuve bien suffisante. Mais Eraste ne semblait pas du même avis. Il continua de tirer sur le bras de sa mère.

« Pourquoi tu t'arrêtes ? On peut pas aller voir les tortues ?

- Si, bien sûr que si. C'est juste que… »

Juste que quoi ? Qu'il avait trahis absolument toutes les personnes vivant ici et qu'il avait en prime manipulé le dieu qu'ils servaient ? Comme s'il pouvait répondre quelque chose comme ça. Il était certain qu'Eraste était déjà au courant de ça. Ou tout du moins qu'on lui avait raconté une version plus adapté à son âge. Mais il ne voulait pas faire un pas de plus ici. Il était un étranger. Il n'était pas le bienvenu. Sûrement qu'Athéna s'était dit qu'avec son passé ici, il était le candidat idéal pour ce poste. Ou bien peut-être parce que son écaille continuait de le désigner comme digne d'elle. Peut-être un mélange des deux. Il ne savait pas. Mais il voulait remonter à la surface. Il se sentait oppressé ici.

« C'est parce que tu leur as fait du mal ? »

Kanon baissa les yeux vers l'enfant. Il était tourné vers les gardes, bien qu'ils soient cachés, et son cosmos s'étendait doucement autour de lui pour identifier d'autres présences. Puis il tourna la tête vers sa mère. Mère qui hocha doucement de la tête. Mais contrairement à ce à quoi il aurait pu s'attendre, le blond lâcha sa main et vit se dresser sur la pointe des pieds devant lui, tendant à bout de bras l'une de ses peluches, celle en forme de dragon des mers.

« Regarde ! C'est toi et papa qui me l'avaient donné ! Avec elle, je suis en sécurité, car personne peut être plus fort que toi ! »

Kanon ne voyait pas trop où il venait en venir. Quel était le rapport avec le reste de la conversation ? Mais Eraste n'avait pas finit.

« Alors ça veut dire que tu peux tout faire ! Même te faire pardonner pour tout ce qui s'est passé ! »

Même s'il avait dit ça d'une voix forte et sûre, il avait une mine incertaine. Sans doute voulait-il simplement rassurer sa mère. Oui, sûrement. Et ça fonctionnait. Kanon se sentait mieux. Il savait que ça ne pouvait pas être aussi simple, mais le fait que quelqu'un accepte de le croire capable de réparer ses erreurs l'aidait à se sentir mieux. Il s'accroupit au niveau de l'enfant, ramassa la deuxième peluche qui s'était retrouvé par terre et le prit dans ses bras. Le blond prit moins d'une seconde à nouer ses petits bras autour de son cou.

Ils continuèrent leur chemin vers le pilier de l'Atlantique Nord, puis ils le dépassèrent. Eraste demanda où ils allaient mais Kanon ne répondit pas. Il préférait garder la surprise. Il contourna un amas de rocher et reposa le gamin au sol. Le petit avait les yeux grands ouverts et remplis d'étoiles. Tout autour d'eux, de grands tortues de mers nageaient, se laissant porter par les courants. Certaines regardaient vers eux, d'autres ne les remarquaient même pas. À cet endroit à la jonction entre l'océan et le Sanctuaire, les animaux étaient toujours remarquablement nombreux. Leurs couleurs paraissaient plus vives et ils bougeaient avec plus d'énergie.

Eraste confia ses peluches à Kanon puis il courut après les tortues, mais sans sortir du champ de vision du plus vieux. Mais arriva un moment où l'enfant fut trop fatigué pour tenir encore debout. Kanon le prit dans ses bras et s'allongea. Ici le plafond océanique était à peine à quelques mètres au dessus d'eux. C'était si calme. C'était si paisible.

XxX

Kanon ouvrit doucement les yeux. Il n'avait même pas réalisé qu'il s'était endormit. Il était toujours au repère des tortues. Mais quelque chose n'allait pas. Il ne sentait pas aucune présence autour de lui alors qu'Eraste s'était endormis sur son torse. Il se leva d'un bond et regarda partout autour de lui. Aucune trace de l'enfant. Merde. Où était-il ? Il n'avait pas pu partir bien loin.

D'un pas trop rapide pour ne pas être suspect, il se mit à faire le tour du Sanctuaire Sous-Marin. Il passa par chaque pilier, fouilla chaque endroit qu'il avait pu montrer au gamin, mais rien. Il n'était nul part. Kanon commençait vraiment à s'inquiéter. En plus, son comportement avait dû alerter des gardes. Merde ! Où était-il ?! Il avait fouillé partout ! Non... Il y avait un endroit qu'il n'avait pas vérifié. Il n'y avait aucune chance que le gosse y soit. Mais et si... ? Kanon doutait. Et ce fut ce doute qui le poussa vers le temple de Poséidon.

À son arrivée, il remarqua le nombre anormalement élevé de gardes. Il fronça les sourcils. Il avait agit de façon si suspecte que ça ? Apparemment oui. Mais ce n'était pas ça qui allait l'arrêter. D'une simple vague de cosmos, il envoya valser les gardes. Il s'avança dans le temple, ses jambes accélérant sans qu'il n'en donne l'ordre, le poussant à courir jusqu'à la salle du trône.

Mais quand il arriva, ce qu'il vit le figea sur place. Eraste était là. Poséidon aussi. Et Eraste était par terre, pleurant bruyamment, l'une de ses peluches éventré près de lui. Le sang de Kanon ne fit qu'un tour. La rage brûlant dans son regard, il avança vers Poséidon. Poséidon qui ne prêtait aucune attention à l'enfant en larmes et qui souriait d'une façon si détestable en voyant la réaction de son ancien général. Pourtant, soudainement, il s'arrêta. La colère était toujours visible sur son visage mais il s'efforçait de la repousser. Il s'accroupit et prit Eraste dans ses bras. Il passa une main dans ses cheveux, l'autre faisant des cercles apaisants dans son dos. Mais les pleurs ne s'arrêtèrent pas. La colère se fit écrasante dans l'esprit et le corps de Kanon. Poséidon avait osé s'en prendre à Eraste. Il avait osé faire du mal à un enfant comme lui. Mais avant que Kanon ne puisse dire la moindre parole, Poséidon le devança.

« Crois-tu pouvoir me berner à nouveau ? Et avec un enfant en plus de ça. »

Le dégoût dans la voix divine était presque palpable. Kanon ne fit pas attention aux accusations du dieu. Il était prêt à toutes les assumer. Mais personne n'avait le droit de s'en prendre à Eraste. Et surtout pas pour les fautes qu'il avait commis seul. Il darda sur le dieu son regard le plus noir. Il ramassa le cadavre de la peluche, celle représentant un dragon des mers, et se releva.

« Je crois au contraire que je n'aurais aucun mal à le faire, si je le souhaitait réellement. Mais je vous interdit de vous en prendre à quelqu'un qui n'a rien à voir dans cette histoire. »

Dans les bras de sa mère, Eraste renifla. Ses petites mains agrippèrent le tee-shirt face à lui et un petit murmure se fit entendre.

« Maman… »

Poséidon fronça légèrement les sourcils en entendant cela. Kanon serait-il vraiment... ? Non. Il n'aurait pas osé ? Sous son nez en plus au vue de l'âge de l'enfant. Mais après tout pourquoi pas ? Qu'est ce qui aurait pu l'empêcher d'avoir un enfant s'il l'avait souhaité ? Rien. Personne. Il n'aurait sans problème pu cacher une femme et leur enfant à la surface. Mais pourquoi un gamin ? Avec la Guerre Sainte si proche de commencer, quel était l'intérêt de s'en encombrer ? C'était ridicule. Mais quand Poséidon posa son regard sur l'homme et l'enfant en face de lui, quelque chose le frappa. Que se soit la façon dont l'enfant s'accrochait à Kanon, ou la manière qu'avait ce dernier de tenir le petit contre lui, tous leurs gestes étaient criant de l'attachement qu'ils se portaient l'un à l'autre. Se pourrait-il que Kanon soit simplement tombé amoureux ? Et que ce gosse soit le résultat de cet amour ? La divinité avait bien du mal à le croire. Mais Kanon pouvait tout aussi bien vouloir le manipuler de nouveau. Là aussi, c'était peu probable. Il avait déjà échoué une fois et en beauté. Ce serait d'une idiotie incroyable que de recommencer. Mais tout ceci n'expliquait en rien la présence de l'enfant. Quel que soit les attentions de Kanon, c'était absolument débile de faire venir un gamin au Sanctuaire Sous-Marin avec toutes les tensions qui y régnaient encore. D'ailleurs, qui était-il ?

« Qui est cet enfant ? »

Les bras de Kanon se resserrèrent autour de leur charge.

« C'est mon fils. »