Hélène faisait les cents pas dans le couloir des urgences. Cela faisait déjà plusieurs heures que Balthazar avait été admis et elle n'avait toujours aucune nouvelles. Se pouvait-il qu'il soit mort ? Elle balaya cette pensée d'un clignement d'yeux. L'attente se faisait de plus en plus longue et l'angoisse la rongeait. Elle alla dans les toilettes et se passa de l'eau sur le visage. Elle s'observa un instant dans le miroir, elle avait encore les yeux rouges d'avoir pleuré et le teint pâle. Elle avait la nausée et frissonnait, un peu de froid, mais surtout d'angoisse. Appuyée sur le lavabo, elle ferma les yeux. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point ? Jérôme laissé pour mort dans sa voiture… Heureusement il s'était rapidement réveillé. Balthazar peut être déjà mort… Tout s'effondrait autour d'elle. Elle ré-ouvrit les yeux, bu une gorgée d'eau fraîche et retourna faire les cents pas dans le couloir.

- Capitaine Bach ?

- Oui ! s'exclama-t-elle en se retournant vivement.

- Votre ami est en réanimation, nous avons stoppé l'hémorragie mais il a perdu beaucoup de sang. Il est toujours inconscient mais son pronostic vital n'est plus engagé. Vous souhaitez le voir ?

- … Oui, dit-elle dans un souffle.

- Venez, suivez-moi.

Elle suivi le médecin, longeant différents couloirs qui se ressemblaient tous. Elle détestait les hôpitaux, l'odeur de détergent/désinfectant qui y régnait accentuait sa nausée et lui donnait le tournis.

- C'est ici, annonça solennellement le médecin.

Il ouvrit la porte et s'écarta pour la laisser entrer.

- Avez-vous des questions ?

- Dans combien de temps va-t-il se réveiller ? dit-elle d'une voix sèche et sans timbre.

- Je ne sais pas, ça peut être rapide mais ça peut aussi prendre du temps. Nous allons de nouveau le transfuser, ça devrait l'aider à récupérer.

- Merci…

Le médecin inclina la tête et sorti en silence.

Balthazar était allongé dans son lit, inconscient et terriblement pâle. Un gros pansement compressif cerclait son cou et plusieurs tubulures de perfusions serpentaient dans son lit. Son costume de mariage lui avait été retiré et il revêtait à présent une vulgaire blouse d'hôpital. Si la situation n'était pas aussi tragique, Hélène en aurait presque rit : il n'aurait pas supporté cette tenue. Elle s'approcha doucement du lit et saisit d'une main tremblante la sienne.

- Faut pas nous lâcher Raphaël… Ne me lâche pas… J'ai besoin de toi…

- Je suis tellement désolée, ajouta-t-elle dans un murmure. Cette fois-ci elle ne pu réprimer ses larmes, qu'elle laissa couler sur ses joues.

Elle entendit la porte la chambre s'ouvrir mais ne se retourna pas. Eddy se précipita au chevet de son mentor, il pleurait lui aussi. Fatim s'aperçu immédiatement du désarroi d'Hélène. Elle s'approcha d'elle et la prit par les épaules.

- Venez Hélène, on va aller boire un café.

Elle se laissa faire et avança comme un automate jusqu'à la machine à café. Le liquide brûlant et amer lui fit reprendre ses esprits.

- Il va s'en sortir, j'en suis sûre, j'ai discuté avec le médecin, il est optimiste, dit Fatim en brisant le silence.

- Oui…

- Vous ne voulez pas rentrer vous changer ? Vous êtes couverte de sang et vous tremblez, vous devez être gelée.

- Vous avez raison, je vais repasser chez moi.

- Vous voulez que je vous accompagne ?

- Non non ça va, je vais prendre un taxi. Restez auprès de lui et tenez-moi au courant. Je reviens au plus vite. Il faut que j'aille voir Jérôme aussi.

- D'accord, je vous tiens au courant au moindre changement.

La douche brûlante lui fit du bien, elle se sentait mieux. Elle enfila un jean, un chemisier et un pull et s'assit dans son canapé. Elle jeta un coup d'œil à son portable : 16h. Elle n'avait pas dormi depuis près de 36h mais ne se sentait pas fatiguée. L'adrénaline devait encore agir. Elle repensa aux dernières heures écoulées. Pourquoi n'avait-elle pas comprit plus vite qui était réellement Maya ? Pourtant elle savait que quelque chose de louche se tramait avec cette fille. Elle nourrissait une réelle haine contre elle. Elle se promit en son fort intérieur de tout faire pour lever le voile sur ses meurtres et de l'envoyer à perpétuité derrière les barreaux. Elle ouvrit son ordinateur et continua ses recherches sur Maya Deval. Elles ne furent pas plus fructueuses que les éléments qu'elle avait découverts jusqu'à présent. Vers 19h, elle reprit la direction de l'hôpital.

- Comment tu te sens Jérôme ? demanda-t-elle avec un sourire.

- Ben ça va, un peu fatigué et j'ai mal à la gorge mais ça aurait pu être pire…

- Je suis si soulagée que tu sois en vie… dit-elle en l'étreignant. Tu me racontes ce qu'il s'est passé ?

- Je suis allée au foyer des Ursulines à Clamart et j'ai discuté avec la directrice. Elle m'a raconté que Maya était une môme étrange, elle aurait noyé un chat dans son enfance. Puis elle m'a parlé de sa mère et de la façon dont elle a été égorgée par son père après lui avoir broyé les mains. Quand je suis ressorti j'ai essayé de te joindre mais ça ne répondait pas et quand je suis monté dans ma voiture j'ai senti qu'on me piquait à la gorge puis je ne me souviens de rien. Quand je me suis réveillé, ça puait l'essence et le brûlé et je me suis sorti de la voiture.

- Qu'elle salope vraiment celle-ci ! enragea Hélène les dents et poings serrés.

- C'est toi qui avais raison, je suis vraiment désolé pour ce que je t'ai dit.

- Ouais c'est pas grave, dit-elle amère.

- Fatim et Eddy sont passés, ils m'ont dit pour Balthazar. Ca va toi ?

- Ca va, répondit-elle en tentant de masquer son inquiétude.

- Tu as une sale tête Hélène, tu devrais te reposer un peu.

Elle ne répondit rien, comment pouvait-elle trouver le sommeil alors que Balthazar se trouvait encore entre la vie et la mort ?

- Tu ne veux pas aller le voir ?

- Je vais passer voir comment il va. Je reviens te voir tout à l'heure. De toute façon vous êtes dans le même couloir.

- Eh Hélène ! Il va s'en sortir.

Pour toute réponse, elle se contenta de lui adresser un sourire. Ils l'agaçaient à tous lui dire ça. Aucun d'eux n'était voyant.

Elle fit quelques mètres et entra dans la chambre de Balthazar. Elle fut soulagée de voir qu'Eddy et Fatim étaient partis. Qu'est ce qu'il était pâle… Etendu de la sorte, il avait perdu toute son arrogance, elle aurait donné cher en cet instant pour entendre une de ses blagues. Elle tira le fauteuil plus près du lit et s'y laissa tomber. Sur l'adaptable était nonchalamment posé un sac avec les affaires de Balthazar dedans et elle y aperçu un dossier qui dépassait. Elle le saisit : le rapport d'autopsie de Janvier. Que pouvait-il bien faire avec ça à son mariage ?

Elle commença à le lire, il était très fourni. Visiblement Eddy et Fatim l'avaient observé sous toutes les coutures. Il y avait la photo d'un tatouage, elle reconnu immédiatement l'un des Tweedle du livre Alice au pays des merveilles. Qui pouvait avoir envie de se faire tatouer ça ? Comment avait-il compris le lien avec Maya ?

Les heures défilaient, une infirmière entra dans la chambre.

- Les visites sont finies depuis longtemps Madame, il faut partir.

Le sang d'Hélène ne fit qu'un tour. Elle brandit furieusement sa carte et son badge de flic. L'infirmière ne broncha pas et la laissa dans la chambre.

A mesure que le temps passait, elle avait de plus en plus de mal à rester éveillée. Ses yeux la piquaient et elle finit par s'endormir. Ce fut de courte durée. Un éclat de verre la réveilla en sursaut, elle dégaina instinctivement son arme, la pointant à l'aveuglette.

- Oh doucement Capitaine, dit Balthazar d'une voix grave et pâteuse.

- Ba… Balthazar ? dit-elle incrédule. Etait-elle en train de rêver ? Elle remit précautionneusement son arme dans son étui et alluma la lumière.

- J'avais soif, s'excusa-t-il, je ne voulais pas vous réveiller…

- Oui bien sûr, de l'eau…

Elle tourna sur elle-même pour trouver la carafe et un deuxième verre. D'une main tremblante, elle l'aida à soutenir sa tête pendant qu'il savourait une gorgée d'eau fraîche.

- Merci, lui dit-il.

- Comment vous vous sentez ? Vous vous êtes réveillé il y a longtemps ?

- Non, à l'instant… Capitaine… Je suis tellement désolé… dit-il honteux en détournant le regard.

- Moi aussi je suis désolée, murmura-t-elle, sentant ses larmes monter à nouveau.

Un silence gênant s'installa.

- Vous avez vraiment une tête épouvantable Hélène.

Elle ressenti un frisson au moment où il prononça son prénom.

- Charmant. Vous ne vous êtes pas vu non plus.

- Merci pour… merci pour ce que vous m'avez dit quand… quand j'étais…

Hélène sentit ses joues s'empourprer, elle redoutait le moment où viendrait cette conversation. Il tendit une main vers elle et lui attrapa le bras. Elle se laissa tomber assise sur le lit. A quoi bon résister ? Elle essuya d'un revers de main une larme qui perlait à nouveau au coin de son œil. Elle détestait perdre ainsi le contrôle et ne pas réussir à afficher cette image de femme forte et indestructible qu'elle s'était forgée.

- J'ai vraiment été un crétin fini… Je suis désolé Hélène… Tu comptes beaucoup pour moi, je m'en veux, acheva-t-il.

Ils s'observèrent yeux dans les yeux durant quelques instants qui parurent durer des heures. Il était sincère et semblait à présent tellement vulnérable. Il rompit le silence.

- Venez vous allonger à côté de moi, ce sera plus confortable que ce fauteuil.

- Quoi ?! dit-elle avec surprise.

- Venez dormir un peu, vous avez vraiment l'air fatiguée. En plus vous adorez mon torse, dit-il avec un sourire malicieux.

Elle eut un éclat de rire mais ne broncha pas et s'allongea doucement contre lui. Il l'entoura de son bras et la serra fort contre lui.

- J'ai eu tellement peur pour toi… souffla-t-elle.

Il ne répondit rien et se contenta de resserrer son étreinte pour la rassurer. Elle avait lové sa tête sur son torse et s'assurait de ne pas lui faire mal. Il dégageait une chaleur intense qui électrifiait Hélène. Elle se sentait tout à coup en sécurité, comme si plus rien ne pouvait arriver.

- Je regrette la façon dont je vous ai traitée ces derniers jours, murmura Raphaël la voix brisée.

- Vous le pensiez ?

- Non, bien sûr que non… J'étais agacé et perdu car entre nous c'est… on a parfois du mal à se parler sincèrement.

- Oui…

C'était le moins que l'on puisse dire. En cet instant, elle aurait voulu lui crier son amour, mais rien ne sortait. Elle se redressa sur son coude et happa son regard. Lorsqu'il se pencha vers elle, son cœur fit un bond dans sa poitrine. Elle s'avança doucement et leurs lèvres se rencontrèrent. C'était un court baiser, comme un baiser d'excuse.

- Je vais y aller, bafouilla Hélène.

- Promettez-moi de dormir et de manger un peu, vous avez vraiment l'air exténuée…

- C'est surtout à vous de vous reposer et ne faites rien de stupide.

- A vos ordres mon Capitaine, clama-t-il avec un sourire candide.

Elle leva les yeux au ciel et sortit en silence de la chambre.