*RIMMEN*

ELSWEYR

DOMAINE ALDMERI

Titus Mede II sirotait un verre de vin en observant la table et les quelques statuettes de porcelaine qui en décoraient sa surface. Là, à Rimmen, une forme représentant son armée assiégeait la ville, marquée d'un autre symbole à la tête de chat.

Au sud, une statuette Argonienne se tenait à l'extérieur de la cité de Senchal, indiquant la position de l'armée Argonienne et la progression de leur invasion.

« Mon Roi ? » interpella le Commandant Maro. « Il est ici. »

« Seul ? » lui demanda Titus.

« En petit comité, » répondit Maro. « Mais non-armé, comme convenu. »

« Ce sont des Khajiits, commandant, » dit Titus en hochant la tête. « Ils n'ont guère besoin d'armes. Mais faites-le entrer, s'il vous plaît. »

Le commandant du Penitus Oculatus s'inclina et releva le rabat de la Tente Royale pour permettre à l'autre personnage d'entrer. Le Chef Baajirra d'Anequina avait une stature imposante à la fourrure dorée et était vêtu de la tête aux pieds d'une armure Khajiit de couleur rouge.

« Empereur. »

« Je vous remercie de votre venue, Chef, » le salua Titus avec un léger acquiescement. « Je vous en prie, asseyez-vous. Pardonnez-moi, je prends seulement maintenant mon repas de midi. Puis-je vous proposer quelque chose ? »

Le Khajiit observa les opulents plateaux de nourriture, et ne fit que secouer la tête.

« Non… mais Baajirra vous remercie. »

Les deux leaders s'échangèrent un regard, sans un mot. La lueur involontaire dans l'œil du Khajiit fut suffisante pour laisser penser à Titus que la nourriture n'était pas encore assez abondante pour rendre ce festin ordinaire, mais pas assez rare non plus pour le rendre irrésistible.

« L'Empereur a convoqué Baajirra ici, » dit le Khajiit en inclinant la tête à son tour. « En sachant que Baajirra ne pourrait refuser. Quelles sont ses paroles pour Baajirra ? »

« Direct et précis, » acquiesça Titus avec reconnaissance. « Je le respecte. Permettez-moi de vous retourner la faveur : je cherche à mettre fin à ce siège inutile. »

« La défense du foyer de celui-ci ne peut être définie comme inutile, » sourit Baajirra, sans joie. « Du moins, pas aussi facilement qu'une invasion sans but. »

« Les Khajiits sont de féroces guerriers, » lui accorda Titus en remplissant un autre verre de vin et le tendant au chef Khajiit, qui l'accepta gracieusement, mais sans pour autant le siroter avant que Titus n'en fasse de même. « Seul un imbécile dirait le contraire. Mais qu'a fait le Thalmor, pour mériter la loyauté d'un noble guerrier tel que Baajirra ? »

« Il a mis fin à la Crise d'Oblivion, » dit Baajirra en haussant les épaules. « Sans lui, les Khajiits seraient aujourd'hui les esclaves des Daedra. »

« Vraiment ? » demanda Titus. « Quelle parole, si ce n'est la sienne, avons-nous pour vérifier cela ? Après tout, les registres Impériaux déclarent que c'est Martin Septim qui a mis fin à la Crise d'Oblivion, lui seul. Ici, en Elsweyr, si mes souvenirs des Histoires qui m'ont été présentées sont corrects, les Khajiits ont résisté aux Portes d'Oblivion par eux-mêmes. »

« Le Thalmor a rendu les saintes lunes aux Khajiits, » le contredit Baajirra, avec un doigt accusateur pointé vers l'Empereur de Cyrodiil. « Ils ont mis fin aux Nuits du néant en ramenant Masser et Secunda. »

« Peut-être que oui, peut-être que non, » déclara Titus en haussant les épaules. « Je ne suis ni un érudit, ni un mage, pour que je sache ces choses. Mais je ne suis pas là pour débattre de ce qu'à fait ou non le Thalmor dans le passé. »

« Non ? » questionna Baajirra, haussant un sourcil dans l'expectative. Le Khajiit s'attendait à une dispute, en jugea Titus, et s'était préparé à passer les prochaines heures dans un débat philosophique.

« Non, » répéta Titus. « Je suis ici pour vous demander ce qu'a fait le Thalmor pour Elsweyr depuis qu'il a assassiné la Crinière. »

Un grondement sourd s'échappa du chef Khajiit, et ses doigts griffus pianotèrent le verre en or.

« La Crinière a été assassinée par le Thalmor, » insista Titus, « Sur cela, il n'y a aucun de doute, n'est-ce pas ? »

« Tant de gens y croient, » grogna Baajirra, sans volonté.

« Et depuis, ils ont divisé une terre autrefois unie en deux principautés, » poursuivit Titus. « Ils ont encouragé les conflits tribaux et les petites querelles qui ont privé les Khajiits de la puissance indomptable qu'ils possédaient autrefois. »

Baajirra ne dit rien et ne fit que pendre une autre gorgée soigneusement mesurée de l'excellent vin de Cyrodiil.

« Pardonnez-moi, » déclara Titus en faisant marche arrière. « J'ai divagué dans les spéculations et les rumeurs. Retournons-en aux faits, tangibles et indiscutables. Jusqu'à présent, le Royaume du Sud, Pellitine, n'a pas été capable de résister à l'armée Argonienne. »

« Jusqu'à présent, » acquiesça Baajirra.

« Et jusqu'à présent, Anequina n'est pas parvenue à repousser l'Empire. »

« Les Khajjits, on peut l'affirmer, repoussent l'Empire avec succès, » le contra Baajirra. « Chaque jour que l'Empereur passe devant les murs de Rimmen est un jour où il ne peut agir ailleurs contre le Domaine. »

« Et pourtant, seuls, les Khajiits ne sont pas assez puissants pour chasser l'Empire de leurs murs, » insista Titus. « Combien de renforts du Domaine sont arrivés depuis à Rimmen ? Combien de soldats Altmers ont saigné pour garantir aux Khajiits de Rimmen de pouvoir manger à leur faim ? Combien de Bosmers se sont tenus aux côtés des Khajiits pour nous combattre ? »

« Combien d'Argoniens sont venus pour se tenir aux côtés de l'Empereur, » sourit Baajirra.

« Bientôt, des milliers. »

Les deux hommes se tournèrent vers la provenance de la voix, les poils du Khajiits s'hérissèrent de manière visible sur sa tête. Kelan-Tel, Roi du Marais Noir, s'avança depuis l'entrée de la tente, puis accepta le troisième verre que Titus Mede lui offrait.

« Alors, Senchal est tombée ? » demanda Baajirra, en faisant des allers-retours du regard entre les deux souverains. « Non, c'est impossible : Baajirra en aurait entendu parler… Les Argoniens ont levé le siège et marché vers le nord. Mais… comment ? Pourquoi ? »

« Ont nagé vers le nord, en fait, » corrigea Kelan-Tel. « Nous, Argoniens, pouvons nous déplacer aussi rapidement en remontant une rivière que vous, Khajiits, en traversant les sables chauds. »

« Mais le fait est, Chef, » sourit Titus. « Que Rimmen fait désormais face à deux armées devant ses murs, huit fois plus nombreuses. »

« A moins que Pellitine ne vienne au nord à notre secours, » rétorqua rapidement Baajirra.

« Baajirra, » dit Titus en secouant la tête. « Même si ces mots s'échappent de votre bouche, votre vacuité est révélée. Le Thalmor s'est assuré que la vendetta entre le Nord et le Sud soit trop importante pour que les Khajiits du Sud viennent à votre aide, Domaine ou non. Non, ils ne vont rien faire, si ce n'est vous regarder mourir juste pour leur faire gagner du temps et leur permettre de reconstituer leurs forces. »

Baajirra posa son verre sur la table qui le séparait des deux autres personnages, et ses mâchoires et ses poings se serrèrent avec une frustration à peine dissimulée.

« Les Khajiits seront donc les esclaves de l'Empire, plutôt que ceux du Domaine, » déclara-t-il amèrement. « Toujours à servir, jamais gouverner. »

« Je n'ai pas parlé d'asservissement, » ajouta Titus avec hâte. « Je ne vous demande pas de vous rendre, Baajirra. »

« C'est une offre pour nous rejoindre, » approuva Kelan-Tel. « Comme un égal, et un frère. »

Le Khajiit regarda chacun d'entre eux avec une incrédulité grandissante sur son visage.

« Vous êtes sérieux ? »

« Les Altmers vous ont abandonnés, » expliqua Titus. « Ils dirigent leurs propres forces en direction de l'ouest, aussi vite que possible, pour sauver leur peau. Ils ont laissé votre peuple mourir car pour eux, vous serez toujours des Betmers, ou peut-être, plus adéquatement, des Bêtes ; tout juste mieux que des animaux. »

« Venons-en à un accord, grand Chef, » poursuivit Kelan-Tel. « Nous nous unissons dans un but commun : Non pas un seul gouvernant sur tous, mais comme des égaux, unis dans l'objectif de mettre fin à cette guerre inutile. Mais nous ne pouvons le faire tant que le Thalmor croit que les Altmers sont supérieurs et plus pures que les humains, ou les Betmers. »

« Alors, que proposez-vous ? » demanda lentement Baajirra.

« Simplement ceci, » répondit Titus. « Qu'Anequina se tienne aux côtés du Marais Noir et de Cyrodiil lorsque nous nous redirigerons vers le sud. Nous allons rapidement mettre Pellitine au pied du mur. S'ils n'ont pas pu résister à une armée précédemment, ils n'ont aucune chance contre trois. »

« Et ensuite ? »

« L'Elsweyr unie aura besoin d'un nouveau chef, » dit Kelan-Tel. « De quelqu'un qui unisse les Khajiits sous une même bannière, sous un seul trône. »

Baajira montra ses dents et sortit ses griffes.

« Le saint office de la Crinière ne peut PAS être pris ou accordé, » insista-t-il. « Baajirra ne commettra pas un tel sacrilège, ou permettre à tout autre Khajiit de le faire. »

« Bien sûr que non, » approuva Titus avec une indignation presque aussi grande que celle du Khajiit. « La Crinière renaît, dans la lumière de la Troisième Lune. Si les dieux le veulent, elle nous reviendra, et bientôt. »

Baajirra pencha sa tête, surpris qu'un humain en sache autant sur la religion des Khajiits.

« Mais jusqu'à qu'elle revienne, » continua Titus. « Quelqu'un va devoir diriger… en lieu et place ou en l'absence de la Crinière. Un nouvel office… un nouveau rang… peut-être un Grand Chef, ou même un Roi. Et je ne pense à aucun autre Khajiit plus adéquat pour remplir ce rôle que… Baajirri. »

Le chef Khajiit sursauta légèrement alors que le suffixe Royal fut ajouté à son propre nom. Il cligna des yeux, très lentement, puis se redressa légèrement et inconsciemment.

« Un Elsweyr uni, » prononça-t-il lentement.

« Quelqu'un qui s'assurera que personne, Homme, Mer, ou Betmer, ne puisse être assez fort pour oppresser à nouveau les Khajiits, » approuva Kelan-Tel d'un hochement de tête. « Quelqu'un qui puisse s'asseoir au Conseil des Rois, avec une voix et un rang égal. »

« Le Conseil des Rois ? »

« Une rencontre annuelle entre tous les dirigeants de Tamriel, » expliqua Titus. « Un endroit où les problèmes et conflits de Nirn pourraient être résolus avec diplomatie, sans épée ou dague. Un moyen d'assurer une paix durable ; forgée sans conquérants ni tyrans. »

« Le Haut-Roi Llewellyn de Bordeciel, le Roi Morvayn de Morrowind, l'Empereur Titus de Cyrodiil, et moi-même sommes tous d'accord de former ce Conseil, » déclara Kelan-Tel. « L'union d'Hauteroche et de Lenclume à cette nouvelle… Alliance des Vodahmin, s'alliera aussi à nous en entreprenant directement l'invasion de l'Archipel du Couchant. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne nous rejoigne formellement. »

Baajirra se tint là un long moment, fixant la carte sur la table.

« Ce… n'est pas une décision que Baajirra peut prendre seul, » dit-il finalement. « Baajirra présentera vos paroles aux autres chefs. Il… il se peut qu'ils soient d'accord avec Baajirra… et acceptent cette proposition. »

Titus sentit une vague de soulagement le submerger, et il dût résister à l'envie d'étreindre le Khajiit alors que Kelan-Tel et Baajirra s'échangeaient des salutations. Il serra ensuite la main du chef.

« Nous attendrons… Baajirri, » sourit-il, et fut récompensé par un sourire carnassier de la part du Khajiit tandis qu'il se tournait et quittait la tente. Il se retourna vers le dirigeant Argonien.

« Comment s'est passé le voyage ? » demanda-t-il.

« Vous savez, j'avais presque oublié à quel point il était excitant de voyager seul, » répondit Kelan-Tel en ramassant des morceaux du festin étalé devant eux avant de se décider à prendre une cuisse de poulet. « Pas de gardes, pas d'entourage… ça me rappelle presque deux jeunes princes qui voyageaient sur les routes de Cyrodiil après avoir échappés à la vigilance de leurs tuteurs et escortes. »

Titus Mede rit aux souvenir partagés, puis son visage devint à nouveau sérieux alors qu'il reportait son regard sur la carte, bougeant des pièces tandis qu'il parlait.

« J'espère que vous gérer votre siège mieux que le mien, » dit-il, bourru. « Chaque fois que nous ouvrons une brèche dans un mur, leurs maudits mages le réparent avant même que nous puissions organiser un assaut. »

« Le siège de Senchal se passe bien, » acquiesça l'Argonien. « Mes ingénieures creusent des tunnels sous le mur est. Dans peu de temps, nous aurons ouvert une brèche. »

Titus déplaça une pièce Altmer et la mit dans le sud du Val-Boisé.

« Llewellyn immobilise la Seconde Armée Altmer à Falinesti, et nous nous sommes occupés de briser la Première Armée entre nous. »

La queue de Kelan-Tel fit glisser paresseusement l'icône de la Première Armée, l'envoyant hors de la table.

« Les survivants sont bel et bien repartis vers Pointe-Sud. »

Titus rit à nouveau et secoua la tête. « Les Altmers se préoccupent bien peu de leurs alliés, lorsque leur patrie brûle et que leurs familles souffrent. Je vous le dis, mon ami, une guerre est bien plus amusante quand vous la gagnez. »

« Nous nous sommes bien débrouillés, » approuva Kelan-Tel. « La campagne s'est déroulée beaucoup plus facilement que ce que nous avions prévu. »

« Oui, car il n'y a pas eu de renforts envoyés depuis l'Archipel du Couchant. Le dernier messager a rapporté que les Vodahmin ont enchaîné les victoires lors du Jour du Soleil de Sang. Crépuscule, Soltenure et Étincelance sont toutes tombées sous la coupe des Vodahmin. Lillandril a été évacuée. Ce qu'il reste de la Garde Nationale Altmer s'est repliée à Havrebrume. »

« Une invasion de la patrie des Altmers, » s'émerveilla Kelan-Tel en secouant la tête. « Qui l'aurait cru ? Cette Tala Niwot a fait des merveilles, je vous le dis… rendre le Soleil noir durant une journée entière ? Suivie d'une nuit éclairée de lunes de sang… pas étonnant que certains la surnomment la Reine-Sorcière. »

« J'aimerais la rencontrer, » acquiesça sensiblement Titus Mede.

« Vraiment ? » s'exclama Kelan-Tel en haussant un sourcil. « Vous voulez rencontrer la femme qui a non pas volé une, mais bien trois provinces du joug Impérial ? »

« Et combien de légions aurais-je reçu de la part d'Hauteroche ? » dit Titus, haussant les épaules. « Sur combien de dirigeants Rougegardes et Brétons aurais-je pu compter avant son arrivée ? Dans la plus grande ironie du sort, en menant une rébellion contre moi, nous avons gagné un immense allié dans cette guerre. »

« Vu comme ça », gloussa Kelan-Tel. « Perdre le Nord au profit de l'Alliance des Vodahmin fut la meilleure chose qui nous soit arrivé. Pas même les Hists n'avaient prédit l'avènement des Vodahmin, et ils voient tout… »

« C'était… certainement inespéré, » admit Titus. « Lorsque Tullius et Llewellyn ont mis fin à la Rébellion Sombrage d'Ulfric, je pensais que tout cela serait fini. Mais cela signifiait aussi que j'aurais dû envoyer des troupes pour garder la moitié de Bordeciel, sans parler d'aider mes « alliés » Brétons dans leurs querelles intestines inutiles. »

Titus Mede toisa l'icône aux yeux rouges trônant sur l'Archipel du Couchant, représentant l'armée des Vodahmin.

« D'où venez-vous, Tala Niwot ? » se demanda-t-il à voix haute. « Et plus important encore, que comptez-vous faire ensuite ? »


Eh bien, nous avons encore une autre perspective dans cette Guerre, un autre agenda. Titus Mede II n'est pas Tiber Septim et qui plus est, il le sait. Il cherche à gagner du pouvoir et de l'influence via un moyen complétement différent : une manière plus diplomatique.

Le vieil homme que vous avez rencontré sur le Katariah n'était pas un conquérant, ou même un tyran d'ailleurs. Mais il n'y a aucune option pour ne PAS le tuer dans le jeu, et je trouve ça exaspérant. Pourquoi ne PAS se ranger aux côtés de l'Empereur au lieu de tuer le traitre, en échange de plus d'or, et peut-être entreprendre une relation lucrative en tant qu'assassin personnel de l'Empereur ?

Enfin, j'espère que vous avez aimé ce chapitre. Laissez-moi savoir ce que vous en avez pensé !

Merci d'avoir lu et à la prochaine !

Nephariel

Cette fanfiction appartient à Tusken1602.