*FALINESTI*
VAL-BOISÉ
DOMAINE ALDMERI
Lewis Heron admirait la vue imprenable qui s'offrait à lui. Jamais auparavant, pas depuis l'époque de Tiber Septim lui-même, une telle assemblée n'avait eu lieue. L'événement était déjà appelé le « Camp du Drap d'Or » et cela serait le cas, il n'en doutait pas, pour des centaines d'années. Les divers diplomates envoyés semblaient déterminés à se surpasser les uns les autres dans l'opulence de leur entourage. Même sa tente, faite de véritable fourrure de Smilodon blanc, semblait rustique et primitive à côté de celles des elfes qui étaient en soies et des tentes Impériales richement ornées et brodées.
Là, dans la tente centrale, Titus Mede II, Empereur de Cyrodiil, assis, était vêtu dans toute la splendeur de sa fonction. La Couronne de Rubis trônait sur son front, et l'armure qui recouvrait ses atours était incrustée de saphirs, rubis et améthystes.
Llewellyn Hereon était également vêtu des habits dignes du Haut-Roi de Bordeciel : il portait la Couronne d'Os, Mort-Dragon à sa hanche et la Hache d'Ysgramor sur son dos. Son armure, d'autre part, était suprêmement fonctionnelle, mais non moins impressionnante, faite des écailles de Dragon noir du Dévoreur de Monde lui-même. Cela faisait de lui un adversaire de taille pour le Roi Kelan-Tel du Marais Noir, également blindé de la tête aux pieds et portant dans son dos deux épées Argoniennes en forme de faucille.
Près de lui se trouvait le Roi Lleril Morvayn de Morrowind, qui, en contraste, ne portait pas d'armure, seulement des atours rouges et noirs, mais non moins splendides. Il semblait étrange pour Llewellyn de voir un Dunmer et un Argonien assis côte-à-côte comme des alliés, quand on pensait que leur histoire était remplie de récits de leurs armées réduisant en esclavage les populations des uns et des autres. Mais pourtant, ils étaient là.
Les deux nouveaux occupants dans la tente étaient le Haut Chef Baajirra d'Anequina et Galas Valrivière, fraîchement nommé Silvenar du Val-Boisé Libre.
Un son perçant de trompette signala l'arrivé des envoyés du Domaine Aldmeri. Les diverses conversations étouffées cessèrent, et les dirigeants de la délégation Impériale allèrent à leurs sièges ou se tinrent fièrement pour observer l'arrivée des trois nouvelles silhouettes qui débarquèrent dans la tente, accompagnées de leur entourage :
Dame S'hila Jatani de Pellitine fusilla du regard son compagnon Khajiit debout à côté de l'Empereur Impérial. Elle était la dernière générale Khajiit à ne pas avoir baissé les bras. Malgré leur forte infériorité numérique, elle avait repoussé non seulement les forces Impériales et Argonniennes, mais aussi celles qui avaient faites défection pour se joindre à la cause Impériale.
A côté d'elle, le Seigneur Zimba du Val-Boisé n'avait pas choisi de raser sa fourrure comme nombre de ses semblables. Le seigneur Imga se déplaçait sur ses pattes arrière, ce qui lui donnait une taille de près deux mètres et demi très impressionnante. La fourrure noire et argentée luisait, sans doute enduite d'huile et de parfums. Il fut étrange pour Llewellyn que ces deux races d'Hommes-bêtes aient choisie de rester loyales à un régime qui méprisait tout de leur existence même, mais telle était la volonté du Destin, semblait-il. Les Imgas s'étaient engagés envers le Domaine et, en tant que tels, avaient fourni un noyau dur inestimable autour duquel les forces loyalistes Bosmers s'étaient rallié. Avec sagesse, ils n'avaient jamais offert de bataille rangée aux armées de Llewellyn et Tullius, mais avaient réussi à rendre toute offensive impossible alors qu'ils tentaient de défendre leurs longues lignes d'approvisionnement vers le territoire Impérial.
Mais plus frappant que ces deux souverains fut l'Altmer, qui, par son armure et ses robes, devait être le Haut-Chambellan Aldnaro de l'Archipel du Couchant. Il arborait la même apparence orgueilleuse propre aux Altmers, mais sous elle, Llew put déceler la douleur que les autres Altmers qu'il avait connus n'avaient jamais montrée. Lorsque le Haut-Chambellan ouvrit la bouche pour parler, il n'utilisa pas le ton arrogant et aigu pour lequel ses compatriotes étaient connus. A la place, une voix basse se fit entendre, celle d'un guerrier expérimenté.
« Maintenant que nous ne n'avons plus à nous pavaner devant notre public à l'extérieur, puis-je suggérer que nous renoncions au paraître et à l'autosatisfaction et que nous passions aux aspects pratiques de ces négociations ? »
Les bouches s'ouvrirent de surprise. Entendre un Altmer demander à raccourcir les pourparlers, c'était comme... comme... voir le soleil devenir noir dans le ciel, ou voir une armée attaquer la patrie des Altmers : impossible.
Nous vivons dans un monde de fous.
« Voudriez-vous donc, en tant qu'hôte, parler le premier, Haut-Chambellan ? » demanda l'Empereur Titus Mede II en s'en tenant au protocole du Domaine.
« Je vous remercie, Empereur, » acquiesça le Haut-Chambellan tandis que les trois envoyés du Domaine prenaient place sur l'estrade. « Rassemblés… seigneurs et dames, je vois peu ou pas d'intérêt aux menaces vides de sens ou aux promesses autoritaires. L'heure est aux faits, implacables et indiscutables. Et les faits sont les suivants : Vous avez envahi notre territoire et gagné de nombreuses victoires. Nombre de nos armées ont été dispersées. »
Un silence inquiétant s'ensuivit.
« Comme vous l'avez sans aucun doute appris, » poursuivit Aldnaro, impassible. « Notre Troisième Flotte a été vaincue à Stros M'Kai par cette nouvelle Alliance des Vodahmin, et boutée hors de Lenclume. »
Quoi que le groupe ait imaginé, il n'y avait guère une telle franchise ou honnêteté.
« Mais il n'en reste pas moins que, aussi sombre que la situation soit ailleurs, nous avons encore plusieurs armées ici, sur le continent, capables de se battre pendant encore cent ans. »
La salle se tendit.
« Mais ce n'est ni notre désire, ni notre but. »
« Quel est votre désire, alors ? » questionna Titus Mede, adoptant presque un ton de voix semblable à celui d'un gentil grand-père.
« Nous souhaitons seulement rentrer chez nous, » répondit Aldnaro. « Libérer l'Archipel du Couchant de ceux qui ont profané les temples sacrés. Ceux qui sont maudits aux yeux des Aedra. »
« …et maintenant, vous n'avez pas de flotte pour vous permettre d'y retourner, » dit Llewellyn en hochant la tête. « Pas depuis que les Rougegardes ont coulé la Troisième Flotte. »
Si Aldnaro fut offensé, il ne le montra pas et ne fit qu'acquiescer en signe d'assentiment au fait énoncé.
« Donc, que proposez-vous ? » demanda Lleril Morvayn.
« Une cessation des hostilités, » intervint simplement le Seigneur Imga. Galas se leva instantanément, le regard du combattant de la résistance Bosmer brûlait de colère.
« Nous vous tenons en joue, à deux doigts de l'extinction, » se moqua-t-il. « BIEN SUR que vous souhaitez un cessez-le-feu maintenant. »
« Nous avons essuyé des défaites, oui, » rétorqua Zimba, le gorille massif montrant des dents blanches et pointues. « Mais nous sommes loin de l'extinction, Heretai. »
La main de Galas se porta à sa ceinture, et ce ne fut que la main rapide et puissante de Llewellyn qui se referma sur son poignet qui l'empêcha de tirer la dague qui y était rangée.
« La question est donc, » déclara Dame S'hila, adoptant un ton légèrement plus conciliant. « Êtes-vous prêts à vous battre pendant une autre décennie dans l'espoir de peut-être remporter une victoire sanglante et coûteuse, tout cela pour une horde de vampires sur l'Archipel du Couchant ? »
Les discussions reprirent de plus belle, principalement sur la question de savoir où, EN CAS de trêve, se situerait la frontière entre Anequina et Pellitine, ainsi que sur la part du Val-Boisé que le Domaine conserverait. Lorsqu'un bref répit fut annoncé et que des serviteurs arrivèrent avec du vin et de la nourriture, Titus Mede II trouva le moyen de se tenir à côté de Llewellyn.
« Llew ? » demanda-t-il gentiment en utilisant le prénom du Haut-Roi. « Vous avez été remarquablement silencieux ce matin. »
« Nous sommes en train de négocier le transport des restes du Domaine vers l'Archipel du Couchant, » répondit lentement Llewellyn.
« Pour qu'ils puissent reprendre l'île de la horde de vampires qui terrorise maintenant la patrie des Altmers, » dit Titus Mede en acquiesçant.
« Cette « horde de vampires » est la seule raison pour laquelle chacun d'entre nous a eu le succès qu'il a obtenu, » le contra Llewellyn. « Sans Tala Niwot et les Vodahmin, le Domaine Aldmeri aurait été capable de transporter des renforts à travers la Division Bleue, et Baajirra n'aurait jamais fait défection avec Anequina, sans parler de Valrivière et de la Résistance Bosmer. »
« C'est vrai, » déclara pensivement Titus en hochant de la tête. « Mais maintenant, ils sont tout ce qui se tient entre nous et une victoire finale et durable. »
« Quelle victoire ? » demanda Llewellyn. « En supposant que nous puissions les faire traverser sans rencontrer la flotte des Rougegardes ou des Brétons, et en supposant qu'ils puissent réussir là où deux armées Altmers ont échoué et tuer Tala Niwot et la Horde qu'elle dirige maintenant, cela ne fera QUE conduire à une nouvelle guerre dans le Nord. Les Parjures et les Brétons iront au sud, avides de venger leur reine, et Lenclume suivra. »
« Les Rougegardes n'ont aucun intérêt à nous déclarer la guerre, » dit Titus Mede en faisant un geste dédaigneux de la main. « Nous leurs donnerons quelques concessions territoriales et davantage de postes commerciaux pour leurs marchands, et ils resteront hors de cette soi-disant Alliance de Daguefilante. Sans eux, il s'agit seulement de Hauteroche contre un Tamriel combiné, désespérément surpassé numériquement. »
« Néanmoins, » persista Llew. « Si nous leur tournons le dos maintenant... non, si VOUS les TRAHISSEZ maintenant, ce seront les villes et villages Nordiques qui subiront le courroux des Vodahmin, ce sera le sang Nordique qui coulera. »
*RUINES D'HAVREBRUME*
ARCHIPEL DU COUCHANT
DOMAINE ALDMERI
« Et c'est pourquoi Llew m'a envoyé ici, Tala. »
« Je lui dois beaucoup pour ça, Barbas, » acquiesça Tala. « Et à vous aussi. »
Barbas s'assit, sa queue s'agita d'abord, mais ralentit ensuite alors qu'il examinait les visages furieux devant lui.
« Alors c'est ça, » persifla Venarus Vulpin. « Nous sommes trahis par les alliés que nous avons sauvés. »
« Titus Mede a l'attention de rétablir son Empire, » dit Vighar en haussant des épaules. « Ce geste lui vaudra, sinon l'amitié des Altmers, au moins leur coopération. »
« Avec son flanc sud sécurisé, il se dirigera vers le Nord, » déclara Movarth Piquine, hochant de la tête en approuvant. « Avec le Marais Noir en arrière-garde et Bordeciel à l'avant, il peut le faire. »
« C'est bien beau, tout cela, » ajouta Sérana. « Mais quelles sont nos options, alors ? Cela prendra à la Flotte au moins une semaine pour contourner la Digue de Protection et nous rejoindre à Alinor. »
« Une quinzaine de jours, plutôt, » corrigea Icando Rune-Damnée. « En supposant que Titus Mede II ne déploie pas d'abord une flotte pour les intercepter. »
« Nous n'avons pas besoin de la flotte, » déclara franchement Tala Niwot, d'un ton de voix que le conseil reconnut comme celui qui voulait dire « Je-Sais-Quoi-Faire ». « Barbas ? Dites-lui que c'est le moment. »
« Dire à qui que c'est… OH, » acquiesça Barbas, puis le serviteur de Vil Clavicus disparut dans un flash de fumée violet.
« Dire à qui que c'est le moment ? » demanda Sérana d'un air perplexe.
« A votre mère, ma chère. »
Le visage de Sérana afficha un air d'autant plus perplexe.
« Le moment de quoi ? »
« Le moment d'organiser un autre passage vers la maison. »
La question posée dans ce chapitre est la suivante : « Jusqu'où va un dirigeant pour s'assurer la victoire ? ». Est-ce que cela inclut de devoir trahir ses alliés et de revenir sur sa parole ? Cela inclut-il le fait de se rebeller contre son souverain et de chercher de nouvelles protections pour assurer sa liberté ?
Comme toujours, je serais ravie d'avoir votre avis sur cette histoire !
A plus !
Nephariel
Cette fanfiction appartient à Tusken1602.
