*CAIRN DE L'ÂME*
OBLIVION
« Par tous les Daedra. »
Le Seigneur Vighar cligna des yeux, secoua la tête, puis recligna des yeux.
« Je n'y aurais jamais cru si je ne l'avais pas vu de mes propres yeux. »
Rang par rang, l'Armée des Vodahmin franchit le portail qui s'était formé sous leurs pieds, dans le tourbillon de Magie du Chaos qui s'ouvrait sur le royaume du Cairn de l'Âme. Les rangs vampiriques traversaient sans être affectés, et les autres se cramponnaient aux gemmes d'âme noires qui étaient le prix de leur passage. Au pied des marches, Tala, Sérana et les autres officiers les dirigeaient vers l'avant.
« Votre mère est venue pour nous, » sourit Tala en observant le pilier blanc au loin, dans l'horizon du Cairn de l'Âme. « Là-bas se trouve notre porte d'entrée : droit dans le cœur de Markarth, et dans le Château de Cœur-de-Roche. »
« Un passage d'un millier de lieues parcourues en un seul jour, » s'émerveilla Sérana, souriant aux côtés de sa royale bien-aimée. « Tala, mon amour… vous êtes un génie. »
« J'essaie, » dit Tala en faisant apparaître un rictus modeste.
« Ma Reine ! »
Skoberth Chant-Noir accourut vers le duo.
« Quelque chose arrive de par-là, ma Dame. »
Tala acquiesça et commença à marcher jusqu'à l'avant de l'armée, son entourage se rangeant derrière elle. Souriant, elle invoqua un Sort de Conjuration dans sa main droite et Arvak apparut à côté d'elle. Avec un saut pratiqué depuis qu'elle était une petite fille dans le ranch de son père dans le Wyoming, Tala fut à cheval sur le destrier spectral et rit en devançant ses camarades. En seulement quelques instants, elle atteignit les premiers rangs de l'armée et descendit de sa monture près de Miraak.
« Qui arrive ? »
« Qui d'autre ? » dit le premier Enfant de dragon en haussant les épaules. « Mais je crois qu'ils sont venu pour parler. »
« Ce sont les Maîtres Idéaux, » reconnut Tala. « C'est ce pour quoi ils sont bons. »
« Ils essaieront de conclure un marché, » déclara Miraak, un millier d'avertissements découlant de cette simple phrase.
Tala ne fit que hocher la tête et avança lentement jusqu'où le géant Gardien d'os se tenait, un Espadon massif fait d'ossement enfoncé dans le sol à côté de lui.
« Vous parlez au nom des Maîtres Idéaux ? » demanda-elle d'une voix forte alors qu'elle se rapprochait.
La silhouette imposante se contenta d'acquiescer, lentement. Le son issu de sa mâchoire squelettique ne fut pas une unique voix, mais plutôt une chorale de grognements.
« Vous semez le chaos et la destruction où que vous alliez, Tala de la Terre, » proféra le porte-parole. « A cause de vous, l'ordre soigneux du Cairn de l'Âme est déséquilibré. Quittez ces terres, ou d'autres âmes innocentes souffriront. »
« Je peux voir que les choses sont vraiment parties en couille depuis la dernière fois que je suis venue, » accorda Tala, regardant les ruines les plus proches autour d'eux. « Et il n'y avait que moi et ma petite-amie. Maintenant, j'ai une armée de morts-vivants à mon entière disposition, sans mentionner le Premier Enfant de dragon. Que pensez-vous que je puisse faire en un seul après-midi ? Combien de ravages je peux faire en un mois ? Une année ? »
Le Gardien squelettique ne montra aucune trace d'émotion.
« Allons, Petite Tala, » grinçait-il, et sa tête s'inclina dans un simulacre de sourire macabre. « Nous sommes tous raisonnables, ici. Concluons un marché et échangeons des vérités, plutôt que des menaces. »
« DES VERITES ? » s'esclaffa Tala. « Depuis quand les Maîtres Idéaux respectent la vérité ? Des Demis-Vérités, peut-être, pour couvrir des mensonges et des supercheries. Je devrais démolir chaque pierre de ce plan et vous laisser avec rien d'autre qu'un désert désolé et profané sur lequel régner. »
« Nous reconstruirions, » gloussa le Gardien. « Qu'est-ce que le Temps pour les Maîtres Idéaux ? »
« Un maudit inconvénient, » répondit Tala. « Combien d'ÂGES ont été nécessaires pour soigneusement construire ces tours et collecter ces âmes ? Je peux construire des portails à volonté et transporter en masse vos âmes soigneusement gardées de l'Autre Côté. »
« VOUS N'OSERIEZ PAS. »
Les os tremblèrent d'une furie indicible, et les mains massives se serrèrent dans une explosion d'ardeur incontrôlable.
« Vous lâcheriez des milliers d'âmes libres sur Tamriel ? » grognèrent les Voix. « Pensez au pandémonium qu'elles apporteraient, de la folie que cela pro… Vous n'en avez cure, n'est-ce pas ? »
« Pas le moins du monde. »
Il y eut un long moment de silence, puis chaque mot qui s'échappa des dents du Gardien sonna comme un coup de poignard :
« QUE. VOULEZ. VOUS ? »
« Durnehviir. »
La tête du Gardien s'inclina à nouveau, confuse. De toutes les réponses auxquelles ils s'attendaient, celle-ci n'en faisait apparemment pas partie. « Quoi ? »
« Abandonnez toutes les revendications que vous avez sur Durnehviir et rendez-lui le temps et la vitalité que cet endroit lui a volés, » développa Tala. « Il sera renvoyé sur le Plan de Tamriel en pleine santé, sans aucun serment, ni obligation, ni servitude pesant sur lui ou sur son âme. »
« Son âme est NOTRE, » soufflèrent les Voix. « Il a accepté le marché, de son plein gré et sans contrainte. »
« Et maintenant, nous faisons un nouveau marché, » agréa simplement Tala. « De gré ou de force. »
Les mains se contractèrent ; une fois, deux fois, et une troisième fois.
« Et vous quitterez la Cairn, sans plus jamais y revenir ? » dirent finalement les Voix.
« Une fois que moi et mon armée aurons atteint notre destination, » acquiesça Tala, pointant du menton la direction du pilier de lumière blanche au loin, marquant l'endroit où Valérica avait ouvert un portail. « Vous avez ma parole. »
« ET VOTRE SERMENT ? »
Tala dégaina une dague du bas de son dos et dessina une fine ligne rouge sur sa paume ; suffisante pour laisser tomber une unique goutte de sang sur le sol à l'allure surnaturelle.
« QU'IL EN SOIT AINSI. »
Le Gardien se leva de toute sa hauteur, puis s'écroula en pièces devant elle, laissant la femme se tenir seule dans la plaine.
« Alors… pas de combat, donc. »
« Il semblerait bien, » répondit Tala, son œil gauche restant vert tandis que celui de droite brillait en bleu. « Et si tu souhaites qu'il n'y en ait pas, tu restes invisible. »
« C'est le plus difficile, » se plaignit Potéma, irritée. « Une fille doit se dégourdir les jambes de temps en temps. »
« Pas ici, » souffla Tala. « Et pas devant notre putain d'armée entière. »
« Très bien. »
A ce moment-là, son entourage s'approcha, suivi d'un Miraak amusé.
« Eh bien ? » demanda Sérana.
« Je viens tout juste d'avoir une conversation fascinante avec les Maîtres Idéaux, » sourit Tala.
« Et ? » s'enquerra Icando après un long moment de silence. « Ma Reine ? »
« On nous a accordé un passage sûr de l'autre côté, » acquiesça Tala. « Et en retour, pour ne pas avoir envahi Oblivion, ils ont été d'accord de relâcher Durnehviir. »
Miraak sursauta comme s'il venait de se faire gifler, faisant volte-face pour regarder Tala.
« Signalez aux hommes de continuer d'avancer, Movarth, » ordonna Tala, ré-invoquant son cheval. « Je veux être à Markarth d'ici la fin de la journée. »
Elle marqua une pause après être remontée sur son cheval.
« Pauvres Aldmeris, » soupira-t-elle en secouant la tête. « Ils étaient si prêts à combattre et mourir pour venger leurs familles et bien-aimés, tout cela pour reconquérir leur patrie. Maintenant, ils l'ont récupérée, sans même avoir porté un seul coup. »
Elle se tourna sur la selle pour voir les colonnes de captifs et prisonniers, encerclés par leurs ravisseurs vampiriques, regardant avec horreur le Cairn de l'Âme qui les entourait.
« Et tout ce qu'ils trouveront dans leur patrie récupérée est de la cendre brûlée, et une horde de morts-vivants errant sans but. »
Elle claqua sa langue et Arvak s'élança en avant, dispersant des étincelles bleues de feu magique dans son sillage. Alors qu'ils la regardaient suivre les premiers rangs de son armée, Vighar se mit à rire.
« Il n'y a pas plus d'un an, » dit l'antique vampire. « Nous étions des réfugiés chassés, tapis dans des grottes et des donjons en ruine, priant les Daedra pour ne pas être découverts. »
« Maintenant, nous marchons à travers un Plan d'Oblivion, » poursuivit Nestor Constantine en hochant la tête. « Avec le butin d'une province entière porté sur le dos d'une armée. »
« Qui aurait pensé qu'une telle chose était possible ? » souffla doucement Sérana.
« Elle, » leur répondit Miraak, suivant du regard la silhouette lointaine. « Et c'est pourquoi elle l'a accompli et pas vous, pauvres fous. »
On approche de la fin du premier tome de cette histoire, plus que deux chapitres !
J'espère que vous appréciez le déroulement de celle-ci. Comme toujours, n'hésitez pas à laisser un commentaire !
Merci d'avoir lu et à la prochaine !
Nephariel
Cette fanfiction appartient à Tusken1602.
