*MARKARTH*
LA CREVASSE
La Région de Markarth n'avait jamais, dans sa longue histoire, vu une telle foule remplir ses rues. Elle débordait des murs de la ville en une célébration apparemment composée de danses interminables, de festoiement et de chants. Les nouvelles du retour de non seulement leur Reine, mais aussi de la majorité de l'armée qui était partie pour l'Archipel du Couchant, avait provoqué des festivités similaires dans tout le nord-ouest de Tamriel. Dans la foulée de cette annonce, la souveraine avait proclamé une Fête de la Victoire, qui serait célébrée le trentième et unième jour de Soufflegivre.
C'était désormais il y avait presque six jours. La fête d'une journée s'était spontanément transformée en un festival de près d'une semaine, très probablement, comme beaucoup le soupçonnaient, sous l'influence du Seigneur de Val Brumeux, ou peut-être du Prince de la Folie, ou d'une combinaison des deux, voire plus. Mais à présent, la foule devint relativement silencieuse, et tous les regards se tournèrent vers le surplomb qui avait été construit au-dessus d'eux, sur ce qui avait été la guérite de la muraille de la ville.
Une silhouette solitaire marcha sur la plateforme, vêtue de la tête aux pieds d'une robe écarlate et de ce qui semblait être un manteau de plumes miroitantes de corbeau noir. Sur sa tête, la splendide Couronne des Vodahmin nouvellement fabriquée entourait le petit cercle qui avait été le diadème enchanté de la Reine-Louve.
La vue de la pierre noire polie, poncée jusqu'à obtenir une brillance à l'effet miroir, était peut-être encore plus impressionnante que la silhouette de la reine des Vodahmin. Le Trône d'Obsidienne fut le labeur de centaines de forgerons Orsimers, forgé et ramené depuis le cœur de leur forteresse du nord de Hauteroche.
Tala Niwot, petite face à la masse étendue de personnes de toute race, foi et peuple, s'assit et saisit les bras de son nouveau trône ; un symbole physique de la place qu'elle occupait désormais dans le cœur de son peuple.
MON peuple, bondit son cœur avec émotion.
Puis, elle ouvrit la bouche. La Magie des Mots fut forte dans sa voix, comme purent en témoigner toutes les personnes rassemblées, aussi bien à côté du surplomb, qu'à l'opposé des écuries de la ville, et celles amassées autour des dédales de la Cité de Pierre. Toutes les âmes entendirent la voix de leur reine de manière parfaitement claire, comme si elle était assise vers leur âtre et ne parlait qu'uniquement à eux.
« Mes sujets… mes seigneurs et dames… oserais-je dire, mes amis ? »
Une vague de fierté parcourut le cœur de toutes les personnes présentes et les têtes se hochèrent presque inconsciemment.
« Les nobles Orsimers, non plus les Orques sans abris et parias, ont été rendus à leur foyer légitime d'Orsinium. »
Les guerriers à la peau verte levèrent leurs armes et verres à vin avec tout autant d'enthousiasme, rugissant leur approbation.
« Le Peuple de la Crevasse, non plus les Parjures méprisés, règnent et vivent dans la Crevasse en paix, pour eux et les enfants de leurs enfants. »
Nombreux dans la foule, toujours habillés de leurs coiffes de plumes et d'os habituelles, crièrent d'adoration.
« Les Enfants des Daedra, vampires et créatures-garous, vivent en harmonie avec leurs voisins. »
Encore plus de gorges et de lames se déployèrent alors qu'ils s'acclamaient pour démontrer leur dévotion.
« Le Domaine Aldmeri, ceux qui ont cherché à éradiquer le culte de Talos ainsi que des Daedra, et qui ont insisté pour chasser leurs adorateurs comme des animaux, sont tombés. Leurs temples sont abattus, leurs forteresses brisées, leur peuple enchaîné et réduit en esclavage. »
Les yeux de Tala flamboyèrent et elle se leva, ses émotions donnant du poids et de la véhémence à son discours :
« Tout ce que nous avons entrepris de réaliser, nous l'avons accompli. Les Peuples de l'Alliance des Vodahmin, de Daguefilante à Markarth, de Stros M'Kai à Fharun, sont libres. Rougegardes et Brétons, Vampires et Nordiques, Exilés et Méprisés…
TOUS.
SONT.
LIBRES ! »
La Cité de Pierre fut secouée par le rugissement qui suivit les mots. Des siècles plus tard, les bardes narreraient les histoires et les chansons des gobelets de verre et des fenêtres se brisant sous l'effet du bruit absolu.
« GLOIRE A LA REINE TALA ! »
« SALUEZ-LA AVEC ELOGE ! »
Parmi les rangs de ses vétérans, un chant de guerre éclata, et le reste de la foule se joignit à la chanson guerrière qui devint si populaire durant la Seconde Grande Guerre :
Nous sommes la pointe !
Nous sommes le tranchant !
Nous sommes les loups que Potéma a nourris !
Nous sommes le tenon !
Nous sommes la hampe !
Nous sommes les flèches que les Daedra lancent !
Tala permit au chant de se répéter quelques fois avant de lever une unique main en signe de reconnaissance, les rugissements et applaudissements redoublant alors qu'elle descendait de la plateforme pour se diriger dans les rues. Vêtue d'une armure daedrique noire, Teyrn'garwch mena ses gardes du corps avec, parmi eux, Skoberth Chant-Noir, ainsi que d'autres de ceux qui avaient été avec elle depuis ses premiers jours à Solitude, à travers les rues bondées, les foules se séparant devant le guerrier Drémora d'un autre monde. Elle fit signe à la foule en liesse, saluant ici et là ses guerriers par leur nom, rendu à chaque fois d'un sourire radieux de dévotion incontestée.
Après un moment, les portes du Château de Cœur-de-Roche claquèrent derrière elle, étouffant les sons de la foule psalmodiant. Tala soupira, mais se redressa lorsqu'elle pénétra dans ce qui avait été la zone où Calcelmo avait installé son atelier. Désormais, un large cercle de trônes remplaçait les artéfacts Dwemers et la table d'enchantement. Se levant alors qu'elle entrait, les Seigneurs des Vodahmin s'inclinèrent profondément pour saluer leur Reine-Sorcière :
Icando Rune-Damnée, Main de la Reine,
Nestor Constantine, Chef de la Recherche et du Développement,
Movarth Piquine, Gardien du Sud,
Le Seigneur Vighar, Seigneur de la Ville Souterraine,
Dame Kaie, Chambellan de Markarth,
Borkul la Bête, Gardien du Nord,
Laila Juste-Loi, nouvellement nommée Maîtresse de la monnaie,
Et Aela, le sang neuf, Dame de la Chasse, les canines de son prédécesseur, Helmmir, ornant son cou aux extrémités d'un torc d'or.
Les autres trônes étaient occupés par des têtes couronnées :
Le Roi Burguk d'Orsinium,
Le Roi Andorak Septim de Taillemont, Gardien de Hauteroche,
Le Seigneur Kematu, Gardien de Lenclume,
Le Roi Aelfric d'Abondance,
Le Roi Telstar de Jehanna,
La Vice-reine Beira de Fharun,
Et Dame Valérica des Volkhiars.
Deux nouveaux personnages avaient rejoint leur cercle :
L'Amiral Hasdach Chard, auto-proclamé et toujours incontesté Seigneur des Corsaires de Haltevoie,
Et le jeune Roi Emeric représentait la couronne unie de Daguefilante et de Camlorn.
Son père, Allaric, avait combattu longtemps et ardemment cette nouvelle Alliance des Vodahmin, et les histoires étaient, comme par hasard, vagues quant à savoir s'il avait tué lui-même son père délirant et pris le pouvoir, ou (comme il le proclamait haut et fort) s'il l'avait repris à une cabale de généraux et de commandants militaires de son défunt père qui avait tenté un imprudent coup d'État.
Et il ne faut pas s'intéresser de trop près à cette affaire, gloussa Potéma alors que Tala se rendait à son siège, deux ours-garous jumeaux déposant le Trône d'Obsidienne à sa place avec un bruit sourd. Derrière elle se tenait la silhouette discrète mais voluptueuse de Sérana, qui posa une main sur l'épaule de son amante et la serra légèrement alors que Tala était assise.
« A présent, mes amis, » dit-elle avec une voix déterminée tandis que ses vassaux reprenaient place. « La tâche la plus difficile nous incombe : nous avons sécurisé notre autonomie et notre liberté. Maintenant, nous devons les garder. Nous avons gagné une guerre : vient maintenant la tâche, la plus difficile, de gagner notre paix. »
Les têtes acquiescèrent gravement tandis que Sérana fit un geste de ses mains, une carte de Tamriel apparaissant dans le cercle vide créé par les trônes.
« Nous avons combattu tous ensemble, épaule contre épaule dans le mur de boucliers. »
Debout derrière Laila Juste-Loi, Kottir Rouge-Fond s'inclina légèrement, un sourire affiché sur le visage de l'ancien général Sombrage.
« Maintenant, nous devons vivre ensemble, voisin avec voisin, frères et sœurs, en paix. »
La Masse de Molag Bal apparut dans sa main, et fut posée avec une douceur presque comique sur ses genoux.
« Et la préserver de ceux qui voudraient nous la prendre. »
*QUELQUES TEMPS PLUS TARD*
La Cité était toujours en pleine célébration des festivités, le festival prenant un ton complètement différent à la tombée de la nuit. La ville elle-même était éclairée de torches, et les nombreuses foules en dehors de celle-ci étaient illuminées par de géants feux de joie, autour desquels de petites silhouettes pouvaient être vues en train de danser. Tala sourit gentiment alors que le faible son de musique et de chant s'élevait jusqu'au sommet du Château de Cœur-de-Roche, avec l'odeur du vin et de la viande rôtie.
A ses côtés, Durnehviir et Miraak scrutaient également la ville qui se trouvait à présent bien en dessous du trio.
« Nous nous préparons à partir, » dit doucement Miraak. Tala se tourna pour lancer un sourire au Premier Enfant de dragon.
« Stros M'Kai n'est pas Solstheim, mais ils ont besoin d'un dirigeant, » déclara-t-elle avec douceur. « De plus, ils ont encore plus désespérément besoin d'un défenseur et d'un protecteur. »
Les sourcils de Miraak se froncèrent et Tala se rappela à nouveau combien les joueurs des jeux "Elder Scrolls" de son monde avaient été déçus de ne jamais avoir pu voir le beau visage sous ce masque impassible qui pendait maintenant à sa ceinture.
« Tu n'avais pas à me donner quoi que ce soit, Tala du Wyoming, » dit-il d'une voix encore plus calme. Tala se rapprocha d'un pas en posant une main sur son bras, attendant que le regard de l'homme et le sien se croisent.
« Tu es mon ami, Miraak, » sourit-elle. « Je te dois la vie, et ma liberté. »
Le sourire qu'il lui donna en retour fut à la fois doux et nostalgique.
« Ce qui n'est pas plus que ce que je te dois. »
« Plus que ce que nous te devons, Qahnaarin, » gronda le grand dragon à côté d'eux. « DII LAAS LOS HIN : ma vie est tienne. Je porterai le Dovahkiin jusqu'à Stros M'Kai et le soutiendrai avec mon Thu'um et mes ailes, en tant que Grah-Zeymahzin. Comme ce fut le cas il y a longtemps, il en sera de même à l'avenir. »
« Et cette fois, » acquiesça Tala. « Il n'y a pas Alduin ou ses alliés pour s'opposer à vous. »
« Et aucun être pour réclamer nos âmes, » gloussa Miraak, et Tala ainsi que le dragon désormais libre se joignirent à l'éclat d'hilarité.
« Peut-être y a-t-il un espoir pour toi d'aller en Sovngarde après tout, Miraak de Solstheim, » rit Tala.
« Peut-être, » ricana-t-il. « Des choses étranges sont arrivées au cours des derniers mois seulement, hein ? »
« Viens, FAHDON, » dit l'antique dragon, étirant ses ailes et sentant le vent. « Nous devrions être partis depuis longtemps. »
Miraak tendit une main et replaça le masque tentaculaire sur son visage. « Tout juste, mon vieil ami, » déclara-t-il, grimpant sur le cou du dragon pour le chevaucher. Tala se leva, posa une main douce sur le cou du dragon et serra la main de Miraak de son autre main.
« Envois-moi un message, et surveille le sud et l'est, » dit-elle avec sérieux. « Je pense que nous n'avons pas vu les Altmers ou l'Empire pour la dernière fois. »
Miraak hocha la tête avec assentiment, puis Durnehviir battit ses grandes ailes. Le duo décolla de la plateforme, survolant la ville avant de virer à droite, en direction de l'ouest.
« C'est dangereux. »
Potéma Septim apparut près de Tala, observant la silhouette ailée disparaitre dans le faible clair de lune.
« Nous aurions dû aussi entraver son masque. »
« Il a été manipulé et contrôlé pendant des centaines d'années, plus longtemps qu'aucune d'entre nous n'a été vivante, Potéma, » expliqua Tala en secouant la tête. « Il aurait réalisé ce qu'il était en train de se passer. »
« Peu importe ce qu'il a fait pour nous dans le passé, tu ferais bien de te souvenir qu'il s'est rebellé contre Alduin, » fit remarquer Potéma. « Lui donner sa propre île à gouverner ne fera qu'aiguiser son appétit et l'amènera à comploter notre propre renversement. »
« Les masques des autres seigneurs et dirigeants vont bientôt commencer à les maintenir sous notre emprise, » l'apaisa Tala. « Ils ne seront même pas capables d'envisager une rébellion, et si Miraak commence à se retourner contre nous, il ne pourra pas résister à nous tous. En plus, il aura besoin de nous lors de sa confrontation avec ce cher Lewis, et vice versa. »
« Les masques permettront aux autres dirigeants de s'enticher de toi et de te rester fanatiquement fidèles, » approuva Potéma. « Mais il n'y en a pas assez pour tout le monde. Nous devons entrevoir la possibilité d'en créer plus par nous-mêmes. Hasdach et Emeric sont ceux qui sont avec nous depuis le moins longtemps et qui sont de toute façon les plus susceptibles d'essayer de tracer leur propre voie bientôt. Peut-être que quelques anneaux enchantés pourraient s'avérer utiles, » ajouta-t-elle en faisant un clin d'œil à la Voyageuse de la Terre.
Tala ignora la référence et secoua à nouveau la tête.
« Pas des anneaux, » dit-elle. « Ils ont tous les deux bien assez de bijoux, et les masques que nous fabriquerions ne seraient pas aussi puissants que les anciens, ce qui serait pris comme un affront. »
« Enchanter ce torque d'or pour cette hypocrite de salope-garou était inspiré, » gloussa Potéma. « Elle est si fière d'avoir ouvert la gorge du pauvre Helmmir, qu'elle le portera jusqu'à sa mort. Et nous n'aurons aussitôt pas à nous inquiéter des petits messages qu'elle croit envoyer hors du château en toute discrétion. Tu sais, je pense qu'elle aime, en fait, toujours cet insupportable Enfant de dragon ? »
« Les goût ne se discutent pas, » déclara Tala en haussant les épaules et souriant avec la Reine-Louve. « Que penses-tu d'une épée enchantée pour le Corsaire ? C'est quelque chose d'immensément pratique dans la vie de tous les jours. »
« Pas mal, » admit Potéma après un moment de réflexion. « Ça doit être quelque chose d'assez puissant pour qu'ils l'utilisent suffisamment souvent pour que l'enchantement prenne effet mais aussi assez souvent pour que leurs héritiers ou successeurs l'acceptent facilement en héritage. J'aime bien. »
Il y eut un instant de silence entre elles.
« Tu sais, tu as fait bien mieux que ce que je pensais, ma Petite Tala, » lâcha finalement Potéma. « Ce jour-là, à l'extérieur de la Grotte du Crâne de loup ? »
« Et tu ne t'es pas avérée être une salope aussi enragée que je le pensais, Ô-Si-Maléfique-Et-Effrayante-Potéma » rétorqua Tala, mais son sourire correspondit à celui de la Septim.
« Hé, à présent, » dit la reine, haussant un sourcil. « Rappelle-toi de la phrase de ton monde que tu m'as enseignée. »
Tala fronça les sourcils. « La quelle ? » demanda-t-elle. « Il y en a eu beaucoup. »
Potéma sourit, et la silhouette spectrale regarda le royaume qu'elles avaient nouvellement gagné.
« Les salopes font bouger les choses. »
Eh bien, c'est une fin d'épisode pour Le Réveil de la Reine-Louve !
Ce chapitre complète l'arc original que Tusken avait écrit pour l'histoire, et plutôt que d'avoir une histoire indigeste de 60 chapitres, l'auteur a pensé que les lecteurs préfèreraient qu'une seconde histoire soit publiée.
Enfin, ce n'est pas tout à fait la fin, puisqu'un épilogue, le chapitre 47, sera posté pour notamment teaser la suite des aventures de Tala, alors restez à l'affut !
Avant de commencer la traduction du prochain épisode, « La Reine-Louve règne ! », je vais me pencher sur une relecture de cette première partie, afin de corriger les éventuelles fautes et tournures de phrases qui ne me conviennent pas. Alors n'hésitez pas à repasser de temps en temps par ici !
Je suis vraiment satisfaite d'être parvenue à traduire une histoire aussi longue. Ça a été autant un bon exercice qu'un plaisir à faire, car j'ai redécouvert certaines facettes de cette fanfiction.
Merci à tous ceux qui sont arrivés jusqu'ici et aux personnes qui ont écrit des reviews, ça fait chaud au cœur ! Je tiens aussi à particulièrement remercier Tusken pour avoir accepté de me laisser faire cette traduction !
A plus !
Nephariel
La fanfiction originale appartient à Tusken1602.
