Salut tout le monde !
Et non, pas d'oubli cette semaine, ce qui tient du miracle !
Voici donc le dernier chapitre de cette histoire, le plus court, alors que vient enfin le temps des confessions. Et vous voulez savoir ? Même là, j'ai réussi l'exploiter de limiter le fluff pour encore plus de drama ! Que voulez-vous, on ne se refait pas !
Merci à Angelica R, Arc2145 et Noct Liddell pour leur review !
Bonne lecture !
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PARTIE V : Fleur de sentiment
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Il prit une inspiration tremblante, maitrisant difficilement les fleurs en folie qui semblaient vouloir s'échapper de sa poitrine, et désigna à Anakin la chaise près de son lit, où Bant était assise quelques instants plus tôt. Le jeune jedi s'assit, et ils se regardèrent un long moment en silence. Si longtemps à vrai dire, qu'Obi-Wan craignait de ne jamais trouver le courage de prononcer les mots qu'il avait dissimulé si longtemps, silence et mensonge devenant chez lui une seconde nature. Il ouvrit la bouche, prêt à se jeter à l'eau.
Et Anakin toussa.
Brutalement coupé dans son élan, Obi-Wan se figea. Baissa les yeux. Là, parmi le sang et les violettes qu'il avait recraché par centaines un peu plus tôt, ressortait une poignée de pétales d'un noir d'encre, ainsi qu'une fleur entière. Délicatement, il l'effleura du bout des doigts avant de s'en saisir, les parles de sang qui la maculaient venant s'échouer au creux de sa main.
« Tulipe noir, » murmura-t-il doucement. « Elle symbolise un amour intense qui vit dans la souffrance. »
« Vous voilà devenir un expert en botanique, » lui lança Anakin, tout le dédain et le mépris de sa voix ne pouvant masquer sa douleur.
« Anakin… Depuis quand ? » poursuivit-il, refusant de se laisser atteindre.
« Vraiment maitre, allons-nous jouer à ça ? »
« Cela fait bien longtemps que je ne suis plus ton maitre Anakin. »
Si Anakin se contenta de détourner la tête sans rien trouver à ajouter, Obi-Wan en revanche ne pouvait le quitter des yeux. Il lisait bien plus que de la fatigue dans les cernes qui pesaient sous ses yeux, bien plus que de la tristesse dans le courbe maussade de ses lèvres, bien plus que de la détresse dans les plis de son visage trop pâle. Envolé le Héro sans peur, comme l'appelaient si souvent les médias de Coruscant et d'ailleurs. Obi-Wan se demandait depuis combien de temps son ancien padawan jouait un tel rôle aux yeux de tous, y compris des siens. Surtout des siens.
« Anakin… » soupira-t-il de nouveau, sans toutefois savoir quoi ajouter. Pourtant, cela suffit à ramener sur lui l'attention du jeune homme, qui le toisa avec un regard noir. « Anakin, je ne te demanderai pas si tu sais ce qu'est la maladie d'Hanahaki, tu n'étais que trop peu surpris par l'apparition de ces fleurs dans ta bouche pour que tu l'ignores. »
« Et alors ? »
« Alors si tu connais cette maladie, tu en connais également la cause. Qui peut en être la cause. »
Pour toute réponse, Anakin se releva brutalement avant de commencer à arpenter la pièce en long, en large et en travers. Bras croisés derrière le dos, sa cape tourbillonnait et claquait entre ses jambes, au rythme de ses enjambées furieuses. Obi-Wan en avait presque le tournis. Mais le pire ? Le pire était le sifflement inquiétant qui montait de sa gorge, et qu'il ne reconnaissait que trop bien comme le symptôme de davantage de fleurs.
« Anakin, calme-toi je t'en prie. »
« Me calmer ? Vous me demandez de me calmer ? » éructa-t-il, se tournant brutalement vers lui pour lui tenir tête. « Comment voulez-vous que je me calme ? Vous êtes mourant, bien plus atteint que je ne le suis. Et pourquoi ? Parce que vous avez contracté la maladie il y a deux ans au bas mot et avez fait tous les efforts du monde pour le dissimuler, ce qui n'a en rien arrangé votre cas ! »
« Aurait-il fallu que je t'en parle selon toi ? »
« Oui ! » s'insurgea-t-il aussitôt. « Bien sûr que oui ! »
« Et quelle différence cela aurait-il fait dis-moi ? »
« Tout ! Cela aurait pu tout changer ! Nous aurions pu trouver une solution, ensemble ! Vous auriez pu vous faire opérer, ou alors… »
« L'opération n'a jamais été un choix envisageable, » l'interrompit-il, l'empêchant de poursuivre. « Tu dois bien le comprendre, puisque tu souffres du même mal que moi et refuse toi-même l'intervention. Quant au fait que mes sentiments me soient retournés… Je savais dès le début n'avoir aucune chance, et les événements récents se sont bien chargés de me faire comprendre que la fin était inéluctable. Il n'y a pas d'autre option Anakin. Pas pour moi. »
Ce qu'Obi-Wan ne disait pas, c'est la douleur que provoquait chez lui la vue des fleurs d'Anakin. Outre la mort inévitable de ce dernier, elles étaient le symbole même des sentiments d'Anakin, comme les violettes étaient synonymes des siens. Elles étaient la preuve qu'Anakin aimait dans la souffrance un autre que lui, et que par conséquent jamais son amour ne saurait lui être rendu.
« Inéluctable ? Vous vous foutez de moi ? »
« Ton langage Anakin, » trouva-t-il sans trop savoir comment la force de répliquer.
« Mais bordel, qu'est-ce qu'on peut bien en avoir à faire de mon langage ? Tu vas mourir Obi-Wan, est-ce que tu t'en rends seulement compte ? Mourir, parce que tu aimes de toute ton âme quelqu'un qui ne t'aimeras jamais en retour ! Ça me tue ! Et littéralement d'ailleurs, puisque ces maudites fleurs que je crache ? C'est pour toi Obi-Wan ! Pour toi, parce que je t'aime à en crever, je t'aime comme toi tu ne m'aimeras jamais ! »
Et sans qu'il ne l'ait vu venir, Anakin se précipita vers lui, empoignant fermement sa nuque et l'embrassant avidement. Quelques fugitives, maudites, délectables secondes, où rien d'autre n'exista que la douceur des lèvres d'Anakin sur les siennes. Avant qu'Anakin ne lui soit arraché, alors que le jeune jedi reculait violemment. Son visage jusqu'ici animé par la colère était désormais transfiguré par la douleur qu'il ne cherchait même plus à dissimuler. Obi-Wan lui voulait simplement le rassurer, lui dire que tout irait bien. Et ce ne serait même pas un mensonge, puisqu'Anakin l'aimait. Il l'aimait. Obi-Wan n'en revenait pas encore tout à fait, mais il supposait avoir le temps de se faire à cette idée. Ils pourraient en discuter plus tard, puisqu'à présent ils avaient tout le temps du monde. Il tendit la main vers Anakin, voulant à son tour lui faire part de ses propres sentiments et apaiser sa souffrance. Mais la seule chose qui franchit ses lèvres fut une toux brulante comme il n'en avait encore jamais connu, lui donnant l'impression terrible d'être déchiré de l'intérieur.
« Maitre ? »
Anakin s'agenouilla à son chevet, sa fureur totalement oubliée. Obi-Wan toussa, toussa encore, sans parvenir à articuler le moindre mot, cherchant désespérément de l'air. La main d'Anakin dans la sienne tandis qu'ils s'accrochaient l'un à l'autre, puisant de la force dans la présence du plus jeune à ses côtés. Ce n'était pas la fin. Pas maintenant. Pas pour eux.
« Maitre ! »
« Tout ira bien Anakin… » haleta-t-il difficilement.
Une ultime fleur à la couleur sanglante germant à ses lèvres, ce fut les derniers mots qu'il prononça avant de perdre connaissance.
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Anakin n'avait pas compris ce qui s'était passé. Il était tellement plus simple de revêtir le masque de la colère que d'afficher aux yeux de tous – aux yeux d'Obi-Wan – sa souffrance ! Pris par sa diatribe furieuse, il avait confessé sans le vouloir cet amour qui le rongeait de l'intérieur, emporté dans un élan irrésistible et incapable de s'arrêter avant qu'il ne soit trop tard. C'est cette même impulsion subite qui l'avait poussé à couvrir ses lèvres des siennes, en découvrant pour la première et la dernière fois la chaleur. Force, il avait si souvent fantasmé sur ces lèvres ! Pour autant, jamais aucun de ses songes n'avait su retranscrire la douceur – la douleur – de cet unique baiser.
Trop rapidement cependant, l'adrénaline s'était muée en glace dans ses veines, alors qu'il mesurait pleinement toute l'horreur de ce qu'il venait de faire. En soit, confesser son amour à Obi-Wan était déjà l'assurance de le perdre définitivement. L'embrasser de la sorte, quand il se mourrait littéralement d'amour pour un autre… C'était réduire en cendres toute la confiance et le respect qui avait un jour pu exister entre eux.
Mais avant qu'il n'ait pu lui présenter ses plus plates excuses – ou plus surement fuir la pièce sans se retourner – Obi-Wan s'était brutalement mis à tousser, ne parvenant clairement plus à inspirer de l'air, avant de finalement perdre connaissance. Il fut bien vite mis à la porte de la chambre par les guérisseurs et les droïdes médicaux qui avaient rapidement – pas assez vite – débarqué, ses doigts venant cueillir in extrémis cette dernière fleur éclose au coin de ses lèvres et qu'il avait refusé de lâcher depuis.
Tout ira bien Anakin. Ces mots, les derniers prononcés par Obi-Wan, hantaient son esprit enfiévré. Serait-ce les derniers qu'il n'entendrait jamais de sa part ? Comme un automate, il quitta le temple et se réfugia chez Padmé. Fort heureusement, l'heure avancée de la soirée fit qu'elle était déjà présente, et elle le laissa entrer sans poser la moindre question en voyant son visage défait. Abattu, dévoré par le poids du chagrin et de la culpabilité, il fit à la sénatrice le récit des dernières heures écoulées.
« Et tu as donc craché cette fleur, » conclut finalement Padmé après de longues minutes de silence, désignant la fleur rouge entre ses mains qu'il n'avait toujours pas lâché.
« Non, à vrai dire c'est Obi-Wan qui l'a recraché, juste avant qu'il ne s'évanouisse. »
Padmé avait l'air interloqué, et vaguement confuse.
« Tu en es bien certain ? »
« Oui, pourquoi ? »
« Ani, c'est un œillet, » lui dit-elle en lui souriant avec tendresse. Puis, voyant qu'il ne comprenait pas son soudain changement de ton, elle poursuivit. « L'œillet rouge est un symbole d'amour partagé. Ça ne peut pas être une coïncidence qu'il l'ait craché après ta propre déclaration. Il t'aime Anakin. Il t'aime. »
Et tout ce qu'Anakin put faire, c'est commencer à pleurer.
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Lorsqu'Obi-Wan émergea du sommeil, tout son corps était engourdi et ses pensées brumeuses. Pourtant, il ne lui fallut guère de temps pour s'apercevoir d'un changement majeur. En effet, si sa gorge était toujours irritée et qu'il lui était difficile de déglutir, il avait l'impression de respirer presque normalement, pour la première fois depuis des mois – des années même.
Mais bientôt, son attention fut attirée par sa main droite, qu'il sentait être tenue par un autre. Il pensait – il espérait – savoir de qui il s'agissait, mais il avait désespérément besoin d'en avoir la certitude. Il lui fallut néanmoins de longues minutes pour parvenir à ouvrir les yeux, et sa vision était rendue floue par la fatigue et la douleur sourde de ses membres fourbus.
A ses côtés, c'était bien Anakin qui lui tenait la main. Fort, si fort, comme s'il craignait ce qu'il pourrait advenir si jamais il venait à la lâcher. Toute la fatigue du monde n'empêcha pas Obi-Wan de la serrer en retour, attirant son attention sur lui. Son visage aux traits usés par l'épuisement était maquillé de traces de larmes séchées, mais qui ne parvenait en rien à atténuer la chaleur du sourire qui lui était destiné. Il inspira lentement, savourent le plaisir innocent de l'air venant gonfler ses poumons sans encombre. Son cœur battait paisiblement dans sa poitrine, enfin tranquille.
Anakin ouvrit doucement leurs mains jointes. Pressée au creux de leurs paumes s'épanouissait un œillet aux pétales d'un rouge chatoyant.
« Je sais maintenant. »
Et Obi-Wan sourit.
J'espère que cette histoire vous aura plût, et en particulier à toi aurelPatte, dont c'était le cadeau pour le Secret Santa, il y a un an déjà.
A la prochaine !
