Partie 2
~ Rhapsodie ~
« La poésie est une espèce de musique : il faut l'entendre pour en juger.» - Voltaire
Alors que quelqu'un fait (enfin!) remarquer aux autres élèves la forme particulière des chocolats envoyés (« Non, ce n'est pas un cœur transpercé par une flèche, Ronald ! ») (Mais une réplique d'un attribut masculin, à l'échelle un cinquième, pour ceux qui auraient des doutes) le gnome-cupidon (qu'on avait presque oublié) se manifeste en jouant de la lyre… signal parfait pour un retour en arrière dans la narration.
- Flashback –
Poudlard, 14 mars 1999
Pendant un cours barbant d'Histoire de la magie, une boulette de papier me percute à l'épaule et atterrit sur la table. J'arrête d'écrire sur mon parchemin une seconde, puis l'air de rien, je capture le bout de papier et je me remets à prendre des notes.
Les roses sont rouges et les violettes sont bleues. Il paraît que le beau temps vient après la pluie.
Ça n'a rien à voir avec ce que raconte Binns, mais ma plume à papote prend des notes sur la Révolte des gobelins de 1612 et je peux ainsi prendre un peu d'avance sur mes devoirs.
Ça dure trois lignes avant que le papier serré dans ma main gauche commence à chauffer. Quelle impatience ! Avec le plus de discrétion possible (vive le sortilège de Désillusion !) je déplie le papier et je lis son message, agacé, mais curieux de savoir ce qu'il peut bien y avoir de si important à dire qui ne saurait attendre ce soir.
Mon cher Paco,
Tu savais qu'il y a 67 fissures dans le plafond de cette salle ? Je les ai comptées car je m'ennuie, à ce point oui ! Hâte d'être à ce soir… (clin d'œil) H. Podfleur
PS : Ou je peux sécher facilement le cours suivant et te retrouver à l'endroit habituel après Histoire de la Magie ?
Ma réponse est assez courte et bien plus lisible :
Sois plus attentif en cours, Podfleur. Et cesse de me distraire. Paco
PS : désolé, mais je vais devoir décliner : faut que je termine ce fichu poème pour le cours d'étude des Moldus et aussi que je révise pour le contrôle de Métamorphose, à la bibliothèque. Seul ! (Pas comme l'autre fois !) … Facilement, vraiment ? Tu ne doutes de rien.
Bien entendu, Harry, alias Henry Podfleur, aime contredire mes ordres et un autre message me parvient quelques instants plus tard. (Il cherche à nous faire punir ou quoi ?! Tss. C'est bien la peine d'utiliser des pseudonymes afin de garder notre identité secrète, au cas où quelqu'un viendrait à intercepter nos mots-doux /messages, si on se fait surprendre à s'envoyer des notes pendant le cours.)
D'accord, alors je tairai le fait que je m'étais préparé consciencieusement sous la douche, ce matin, en récitant ceci :
Ode à Paco par H. Podfleur :
"Ses yeux gris, comme le ciel après la pluie,
Ses cheveux sont blancs comme des pissenlits,
C'est un pur génie et l'homme de ma Vie
C'est mon héros et c'est mon roi, pour moi.
Je voudrais tant qu'il soit en moi. (Oh, oui !) "
De la part de Celui qui a combattu et vaincu.
L'infâme Voldy-Sans-Nez à mains nues. "(4)
PS : Dommage, j'aurais adoré me glisser sous la table et tu aurais pu continuer à jouer l'intello snobinard sexy… Slughorn m'apprécie et il est aisé de le corrompre. Alors, tu acceptes ?
Je serre ma plume si fortement que je la sens craquer sous mes doigts. Je pince les lèvres et tente d'apaiser cette doucereuse et fulgurante chaleur qui coule dans mes veines et se répand dans tout mon corps. Je suis quasiment sûr que je rougis et ça m'énerve de ne pouvoir mieux me contrôler. J'écris avec une lenteur calculée pour laisser le temps à ma fréquence cardiaque de ralentir et à ma respiration d'être moins saccadée.
Je devrais te punir pour plagiat honteux ! (Oui c'était de moi le poème en 2ème année.)
PS : Aguicheur et lèche-bottes… C'est quand même non !
J'évite de regarder Harry car je sais que si je le fais, je vais craquer. Il ne faudrait pas qu'il pense qu'il lui suffit de me faire les yeux doux pour que j'accepte sa proposition indécente. J'aime me faire désirer et il pourrait être un peu plus poli dans sa démarche. Il met presque dix minutes pour me répondre et je ne peux que me féliciter pour garder mon calme et soupirer de soulagement en toute discrétion quand le morceau de parchemin me parvient.
Des promesses, toujours des promesses… (Je m'en doutais. Tu me laisseras lire stp ton nouveau poème ?)
PS : Dixit le plus doué pour lécher le cul des professeurs… S'il te plaît ? S'il te plaît ? S'il te plaîiiiiiiiit ?
Je me mords la joue si fortement qu'elle est toute engourdie. Je sens cette force qui monte et qui est sur le point d'exploser. J'écris une réponse rapide :
Tu es incorrigible… (Peut-être...)
PS : Seulement le tien ! … ok ! (parce que c'est demandé si poliment.)
Ma main est un peu tremblante en envoyant le message. Je n'arrive plus à me contenir et j'ai besoin de voir sa réaction. Je relève la tête. Harry me sourit comme si j'étais le Père Noël avec neuf mois d'avance et n'y tenant plus, j'éclate de rire, faisant sursauter Weasley endormi à côté de Potter et tourner les têtes de nos camarades dans ma direction. Le professeur Binns s'arrête aussi de parler, pendant une minute. Temps qu'il me faut pour me calmer et m'excuser.
Je n'écoute qu'à moitié la fin du cours, perdu dans mes pensées qui se résument en deux mots : Harry Potter.
Moins de dix-sept minutes plus tard, après la fin du cours, alors que je m'enfonce avec bonheur et délectation en Harry (préparé consciencieusement, tu parles ! Heureusement que j'ai vérifié avant, l'inconscient !) je comprends que ce n'est pas grave si j'ai perdu dix points pour avoir perturbé la classe avec mon fou rire. C'est équitable : Harry est prêt à écoper d'une heure de colle pour séchage de cours de Potions. (Spoiler alert : son excuse « J'avais une terrible migraine » passera comme une lettre à la poste. Tssk.)
Il a mérité un beau, parfaitement proportionné, qui se languissait d'être à sa place et alléchant dédommagement.
- Retour au présent –
Après une intro musicale de cinq minutes, le Cupidon déclame un poème signé « Paco Merveilleux pour Henry Podlfleur » qui ferait siffler d'admiration Lord Byron :
« Il vole tout en beauté comme un papillon
De nuit dans les nuages des cieux étoilés.
Les roses sont rouges et les violettes sont bleues.
Ses yeux verts, et noirs comme le jais sont ses cheveux.
Il paraît que le beau temps vient après la pluie.
Le ciel tout gris de ma vie s'est éclairci car
mon ennemi est devenu plus qu'un ami.
Avec ces rimes, es-tu content mon amant ?
Si oui, rejoins-moi à minuit, pour une nuit
De pure folie. Je t'y attends. Impatiemment. » (5)
Le gnome-cupidon joue encore quelques notes avant de s'arrêter (Au loin, quelqu'un applaudit avant de vite s'interrompre. Tiens, j'oubliais que le professeur Flitwick était de surveillance.) et de s'en aller en trottinant joyeusement.
Les murmures vont bon train. Harry ne peut s'empêcher de rougir et de sourire. Malgré sa gêne, il est ému. Ses yeux sont brillants. Fleur-bleu comme il est, ça ne m'étonne guère... Ah, au temps pour moi, il pleure...de rire. Cela en est presque vexant. Je devrais être en colère et le punir de se moquer si ouvertement. Cependant le voir si heureux me gonfle de bonheur. (Je soupire.) Oui, je suis blasé d'être tombé bien bas dans le cliché. Cela dit, pas d'inquiétude à avoir, je trouverais bien une autre raison de me venger et occasion de le voir me supplier, de préférence à genoux.
Au bout de quelques minutes, les conversations reprennent comme si tout était normal. Alors, ça, c'est agaçant ! Franchement, je m'attendais à plus de réactions expansives de la part des Deux-Tiers du Trio. Je ne sais pas si je dois être soulagé de leur acceptation muette, ou carrément inquiet de représailles à venir.
Très bien, il est temps pour le clou du spectacle de faire son entrée... (Rira bien qui rira le dernier, Potter !)
J'ajuste ma cravate (I cœur-attribut masculin- HP) et recoiffe mes cheveux. (Façon de parler, ils sont impeccablement coiffés, cela va sans dire.) J'attrape ma baguette. Une dernière retouche maquillage... Pour finir : un sortilège pour plonger la salle dans la pénombre et un maléfice de Flagrance qui ricoche de la jambe de Blaise à celle de Ginevra (Oups, désolé. Pas désolé.) pour l'inciter à braquer son Lumos avec plus de rigueur et d'intensité sur ma personne, au lieu de bécoter sa copine.
Showtime !
Je veux dire, dans un français parfait : « En piste !» (Oui, car en plus d'être un virtuose à la guitare, je parle français, Potter !)
À suivre…
(4) parodie de mon invention du point (3) partie 1.
(5) Mouais, cette version de poème aussi est de ma plume... Passons... (Les deux premiers vers sont inspirés de "She walks in Beauty" de Lord Byron.)
