/… Chapitre vingt .../

"Haunted" - Birocratic


Les jours défilaient, les uns après les autres, et ma peine se diluait avec eux. Petit à petit je reprends goût au quotidien, à la douceur de Fondcombe, le calme de ses habitants, l'air frais du matin ; même l'air sévère de Glorfindel me faisait sourire.

Gandalf a rapporté Nordeline, que j'avais laissé au pied du roi Thranduil. J'ai passé des heures à la regarder sans pour autant la prendre entre mes mains. La lame était émoussée, c'était pourtant une lame forgée par les elfes, résistante à n'importe quelle épreuve. Une année entre mes mains avait suffit pour la mettre dans cet état.

Elle était pour moi le reflet de mon âme, usée et couverte de rayures en si peu de temps. Lindir m'a juré qu'il pourrait la rendre comme au premier jour, mais j'ai refusé. Je pense qu'il me faudrait la laisser comme ça, et la contempler, j'étais une autre personne aujourd'hui, et Nordeline faisait partie du passé.

Je dois aller de l'avant et laisser derrière moi la douleur, devenir une autre personne que l'aveugle que j'étais avant, et surtout l'assumer. Maintenant je sais à quoi m'attendre, je ne suis pas préparée, personne ne le peut, c'est impossible ; mais je sais maintenant, je connais les enjeux et la mort.

J'arrive à sentir la tour sombre dans mon cœur, la force qui m'habite me fait peur autant qu'elle me rassure. Je sais que j'ai succombé une fois, laissant cette partie de moi prendre les commandes de mon corps, cacher les images horribles qui aurait pu encore plus me traumatiser… Mon cœur était comme hanté par l'obscurité, par une autre "moi", une moi capable de voir tout ce sang sans aucune émotion…

Que dois-je faire au juste? La cacher, en parler? Un nuage noir plane au-dessus de moi, je le sais très bien... S'il n'y avait que ça… Mais il y a aussi autre chose, une chose que je n'arrive pas à oublier malgré les années qui passent.

Arwen est retournée en Lorien il y a des années maintenant et sa présence me manque. Elle est devenue pour moi comme une sœur, ma meilleure amie, celle à qui je pouvais confier tous mes secrets, toutes mes peurs.


FB

- Ton cœur est encore sombre Maliha.

Tu pars dans une semaine alors que tu viens à peine de revenir Arwen…

- Je suis revenue parce que tu avais besoin de moi.

- J'aurai toujours besoin de toi.

- Maliha.

J'ai regardé les yeux de la belle elfe en face de moi, elle affichait un doux sourire, sourire qui m'a toujours rassuré. Elle m'avait tant manqué pendant son absence, elle était ma seule confidente, ne me jugeant jamais.

- Arwen, je dois te parler de quelque chose.

- Je t'écoute.

- Et bien… Il s'est passé quelque chose pendant ma mission avec les nains… Quelque chose auquel je ne m'attendais pas.

- Explique moi.

J'ai soupiré sentant le rouge me monter au joue alors que les souvenirs m'envahissent petit à petit.

- J'ai fait une rencontre à Mirkwood.

- Oh.

Elle fit apparaître un fin sourire en buvant son thé. L'air était doux en ce mois de juillet, l'eau coulait doucement dans le lit de la rivière, les insectes dansant au-dessus en silence. J'ai pris une grande inspiration en regardant les rochers, essayant de contenir les souvenirs qui remontent le long de mon dos.

- J'ai rencontré un elfe, et je ne sais pas pourquoi… Je ne l'ai rarement vu mais… Je ne sais pas c'est bizarre...

Les mots restaient coincés dans ma gorge, je n'arrivais pas réellement à définir mes sentiments, même envers moi-même, alors les expliquer...

- Il ne t'a pas laissé indifférente c'est ça?

- Oui.

- Et?

- Et… Je ne sais pas, je n'arrive pas à me le sortir de la tête. ça reste là en permanence, je dois bien avouer maintenant après plusieurs années que c'est relativement inhabituel pour moi. Je ne comprends pas vraiment pourquoi il ne sort pas de mon esprit.

J'ai froncé les sourcils en revenant à la contemplation de l'eau clair, c'était absurde…

- As-tu des sentiments pour cet elfe?

La question m'a heurté de plein fouet en la dévisageant. "Des sentiments", que mon coeur batte si vite au simple souvenir de ses yeux, que mes mains deviennent moites…

- Et bien… Je ne sais pas... Les sentiments que je ressens, je ne les comprends pas vraiment. Je sais qu'il m'a attiré, mais pas de la même manière dont j'avais l'habitude, pas comme avant.

- C'est-à-dire?

- C'est fort, ça me colle. J'ai l'impression que c'est là en permanence. J'ai déjà été amoureuse si c'est ta question, et c'est autre chose, c'est complètement différent du verbe "aimer" tel que je le connaissais…

Elle affiche un air sévère en posant sa tasse de thé sur la table en bois.

- Qui est cet elfe?

J'ai hésité en la regardant.

- Qu'importe, je finirai par m'en débarrasser un jour ou l'autre non? Il doit y avoir raison quelconque, peut-être que c'est parce que c'est la première fois que quelqu'un m'atire ici, et je suis juste incapable de contrôler mes sentiments comme d'habitude...

- Maliha c'était il y a cinq ans maintenant et visiblement tu ne l'as pas oublié. Que te dis ton cœur?

Je soupire encore en passant une main sur mon visage. Mon regard se pose sur le parquet de la terrasse avant de poser ma tête dans ma main.

- Tss, c'est absurde Arwen… J'ai peur, je sais que j'ai peur...

- Pourquoi as-tu peur?

- Parce que je ne le reverrai peut-être jamais, j'ai peur qu'il n'y ai personne d'autre que cette image de cet elfe dans ma tête, c'est comme si c'était gravé au fer rouge Arwen. C'est comme si je n'avais pas le choix...

- Je vois, ton amour s'est réveillé.

- Quoi? Non Arwen, je ne sais pas ce que je ressens tu comprends? Et puis c'est impossible…

J'avais plus peur encore...

- Comment ça?

- Il ne peut pas, il ne semble pas m'apprécier alors...

- Maliha arrête de tourner autour du pot, qui est-ce?

Encore un soupir, et je capitule.

- Legolas GreenLeaf.

Elle pose sa tasse et me regarde sévèrement avant de reprendre.

- Oh alors tu l'as rencontré.

- Oui…

- Et pourquoi ce prince ne semble pas t'apprécier?

- Il m'a poignardé à l'épaule, et c'était purement et simplement de l'orgueil.

Elle me questionna encore et encore pendant des heures, je lui ai raconté chaque détail, chaque instant que j'avais passé avec lui, notre première rencontre, son père, notre discussion, la fuite, la blessure, la guerre et nos adieux silencieux. Plus mon histoire défilait et plus je la voyais baisser les yeux de réflexion, un air sombre sur le visage.

- J'avoue ne pas comprendre son comportement, mais il semble néanmoins que tu ne le laisses pas indifférent.

- N'importe quoi… J'ai murmuré en passant encore une main sur mon visage.

- Le fil de Thranduil ne se lance pas dans une conversation étroite avec n'importe qui Maliha, je l'ai rencontré à mainte reprise et nous avons échangé bien moins en plusieurs centaines d'années. Alors je peux t'affirmer que tu ne le laisse pas indifférent.

J'ai soupiré d'exaspération. Rien dans son comportement m'avait paru anormal ou de voir une quelconque attirance, c'était même le contraire, et cet orgueil...

- Et sa lame alors, tu vas me dire qu'il a fait ça par courtoisie, je t'en pris…

- Peut-être qu'il voulait simplement t'arrêter.

- M'arrêter? J'ai ri jaune.

- Tu m'as dit qu'il ne connaissait pas les titans, donc il ne sait pas que tu es immortelle Maliha, il ne sait pas non plus que tu guéris très vite. Il a peut-être voulu te blesser justement pour que tu ne puisse pas continuer le combat.

- Tu vas chercher ça loin Arwen… Beaucoup trop loin pour que ce soit crédible.

- Il est comme son père, impulsif et froid avec les sentiments… Cela ne m'étonnerai pas en réalité.

Je l'ai regardé incrédule avant de rire en posant ma tasse de thé durement dans la soucoupe.

- C'est quand même tiré par les cheveux. Il aurait pu simplement me le dire non?

- Ne te l'a-t-il pas dit du tout?

Je cherche dans ma mémoire avant de retrouver les images.

- Si… Si plusieurs fois même.

- Alors tu vois… J'ai peut-être raison.

Je ris encore en la voyant lever un sourcil.

- Mouai… Bref tout ça pour dire que je ne sais pas quoi faire et quoi penser…

- Tu le reverras Maliha et quand ce jour viendra ton cœur t'en dira certainement plus. Je crois même que tu sais déjà ce qu'il veut te dire, mais que tu n'ose pas voir la vérité en face.

- Arwen si c'est le cas je suis perdue.

- Tu ne sais rien du tout de ses sentiments mon amie.

- Ce que je sais c'est que c'est un elfe, partant de ce point la chose est quasiment impossible.

- Tu te dénigres beaucoup trop Maliha. Regarde toi, tu es belle, intelligente, certe ton caractère est peu conventionnel, voir explosif, mais tu as des atouts non négligeables.

- Oui et je suis une machine à tuer…

Maliha..

Et c'était pourtant vrai… J'étais l'incarnation d'Attila le Hun, une belle image de l'homme.

F-FB


Mon cœur avait pendant longtemps serré ma poitrine au souvenir de ses yeux. Le sentiment n'avait pas grandi, mais pas diminué non plus et je sentais cette partie de celui-ci battre douloureusement en silence. Petit à petit il s'est calmé, je le sentais moins douloureux, mais c'était toujours là… Quand je regardais le ciel, quand je regardais les arbres, quand je regardais les longs arcs dans la salle d'entrainement, je pensais à Legolas.

Je voyais mes cheveux blanchir, perdre leur couleur, années après années, mais ce sentiment ne décolorait pas lui. J'avais lu une phrase un jour dans un livre que j'adorais, "quelque soit nos luttes, nos triomphe, la façon dont ils nous affecte, ils ne tardent pas à se fondre en lavis, comme de l'encre dilué sur du papier", pourtant lui ne partait pas et le temps ne faisait rien d'autre que me montrer ma perte.

Puis Arwen est partie, je suis restée seule dans mes souvenirs. La méditation était bénéfique et chaque année je devenais plus calme, la tour au fond de mon cœur était loin, mais toujours présente.

J'ai encore essayé de trouver des informations sur mes prédécesseurs, mais toujours rien, et j'avais l'impression que tous les elfes ici gardaient précieusement leurs secrets. J'étais certaine qu'il y en avait un...

- Je ne comprends pas pourquoi vous vous obstinez à en savoir plus sur ces hommes Maliha. Le passé est le passé, de plus vous n'avez pas de lien de sang entre vous. Peste Vairëla.

- Je m'interroge, vous n'étiez pas là devant le roi Thranduil à ne pas comprendre la moitié de ces reproches. Je cherche juste à comprendre cette réaction.

- Oh alors vous êtes finalement passé par Mirkwood?!

Aller, j'avais vendu la mèche que je refusais depuis des années à aborder avec d'autres personnes qu'Arwen… Mes souvenirs de Mirkwood étaient à la fois les plus douloureux et les plus merveilleux depuis mon arrivée ici… A la simple allusion de Mirkwood, je voyais une paire d'yeux bleu gris passer dans ma mémoire. Ils me tordaient le cœur autant qu'il le faisait bondir.

- Pourquoi ne jamais nous l'avoir dit? Demande Sunniva.

- C'est un détail…

- Un détail des plus croustillant vous voulez dire, alors l'avez-vous vu?

- Qui?

Elle leva les yeux au ciel en soupirant.

- Et bien le prince de Mirkwood à votre avis! Elle avait lancé un morceau de tissu sur la table et levé les yeux au ciel.

- Oh… Oui je l'ai rencontré. J'ai murmuré en prenant une gorgée de thé.

- Et?

- Et… Vous aviez raison, c'est un très bel elfe, mais purement et simplement inaccessible. Et son caractère est impossible….

- Lui avez-vous parlé?

- Oui, mais brièvement.

- Vous avez de la chance!

- Je ne sais pas si j'ai vraiment eu de la chance. Mais je cherche des réponses, et je n'ai pas le temps avec ce genre de choses.

J'ai menti, je n'avais pas le choix que de penser à lui de toute façon et passé du temps à parler de lui me soulevait le cœur. Il a fallu beaucoup de détails, que je m'efforçais de donner avec le plus d'assurance, pour assouvir ces trois dames intéressées. Bien que les souvenirs soient douloureux et bien qu'elles passaient leur temps à me demander à chaque fois plus de détails, il était agréable de passer les voir. Entre les essayages de leurs nouvelles fantaisies et les ragots de la terre du milieu on était servi pour un bon moment. Je dois avouer qu'elles sont pour beaucoup dans l'amélioration de mon état, elles ont le dons de vous faire rire, de vous faire oublier le passé pour simplement profiter d'un instant entre dames.


Les jours étaient long, je n'ai pas pu reprendre l'entraînement d'un seul coup, j'en étais incapable et Glorfindel l'a comprit. J'avais besoin de respirer, de vivre autre chose, alors je me suis concentré sur Aragorn, il a quatorze ans aujourd'hui, le temps passe à une vitesse remarquable sans m'en rendre compte. Je sens son âme d'enfant le quitter petit à petit, il devient colérique et refuse l'autorité de Glorfindel. Il est devenu un jeune adolescent, avec toutes les caractéristiques d'un jeune de cet âge… Beaucoup de choses m'inquiètent à son sujet, comme le fait de vivre avec les elfes par exemple… J'ai mis beaucoup de temps moi-même à m'adapter à leur façon de vivre, alors j'ose à peine imaginer ce que cela doit être pour un ado en puissance.


FB

- Maliha?

- Oui Aragorn?

- As-tu déjà aimé?

Je me suis sentie bête face à la question, mais je savais qu'elle viendrait un jour ou l'autre. Et quelque chose me disait que cette conversation allait être longue, très longue...

- Oui Aragorn plusieurs fois.

- Plusieurs fois?!

Il a fait apparaître un air choqué sur son visage.

- Je ne viens pas d'ici, ça tu le sais, et je suis humaine, tout comme toi. Nous ne sommes pas des elfes, nous pouvons aimer plusieurs fois. Nous n'avons pas un partenaire dédié pour l'éternité, ou alors c'est très rare, du moins chez moi... Enfin, je suppose qu'ici c'est quand même la norme. Mais nous ne mourrons pas d'un amour perdu, nous pouvons aimer quelqu'un et l'oublier, nous avons beaucoup de choix possibles en matière d'amour Aragorn.

- Je vois… Comment ça fait?

Un silence… J'arque un sourcil.

- Je veux dire, comment on sait que l'on aime quelqu'un?

Il avait les joues rouges de gêne, mais je sentais qu'il avait besoin de parler, j'avais raison, la conversation ne faisait que commencer. Il faut dire que les sentiments sont presque tabou ici, et il est de mon devoir d'informer Aragorn, étant la seule représentante de la race des hommes en plus de lui.

- Et bien… Quand tu es en présence d'une personne qui te plaît déjà, ton cœur bat plus vite, tu es mal à l'aise, tu as chaud, tu la trouves simplement belle à regarder. Tu veux passer le plus de temps possible avec elle, lui parler, l'admirer et quand elle n'est pas là, elle te manque…

- Et comment on sait si c'est de l'amour? Si elle me plait d'accord, mais comment savoir si je l'aime?

J'ai poussé un soupire en regardant le sol quelque instant… La question résonnait dans mon esprit et mon coeur c'est serré dans ma poitrine.

- C'est quand ça devient insupportable…

Il m'a regardé avec des yeux pleins de questions.

- Quand tu ne vois pas la personne en question tu en es malade… Le manque est insupportable et quand tu la vois, tu as juste envie de te jeter dans ses bras pour la serrer contre toi. Ton cœur s'emballe, tu perds tes moyens, tu souhaites respirer le même air qu'elle, devenir sa raison de vivre parce qu'elle l'est pour toi, tout lui donner, te donner en entier et pour toujours… Je suppose que c'est ça l'amour.

- Je vois...

Il a fait un pas en arrière en croisant les bras devant lui avant de détourner son visage rouge écarlate. Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire devant ce visage d'ado penaud.

- Comment on s'y prend pour savoir si… Si les sentiments sont réciproques?

- Hum… Et bien, même si cela ne s'applique pas aux elfes, si tu la vois rougir, si elle recherche ta compagnie, passe de long moment avec toi, accepte de danser plusieurs fois avec toi et surtout si tu la fais rire. ça c'est très important, si tu l'as vois rire c'est une très bonne chose.

- Et si cela ne l'ai pas?

- Elle t'évitera, ou même te le dira si elle voit que tu insistes… Les femmes c'est assez simple généralement on ne perd pas notre temps, enfin je suppose… Du moins je suis ce genre de femme.

Il semble réfléchir.

- Et après? Tu lui fais la cour, c'est réciproque, mais après?

Là, c'est moi qui suis devenue rouge écarlate un instant. Je voyais très bien où il voulait en venir. Je n'avais pas de gêne particulière de parler de ça avec mes amis avant, mais là devant cet ado perdu sans aucune expérience, dans une cité elfique ou chaque chose est sacrée, c'est une autre histoire… J'avais depuis longtemps caché cette partie de moi.

- Oh euh… Et bien, je suppose qu'Elrond te dirai, le mariage.

Il fronce les sourcils...

- Je sais ça Maliha… Je voudrais juste savoir comment… Je sais que tu n'es pas d'ici, que tu vivais dans un monde plus libéré sur le sujet… Alors je me suis dit que tu pourrais m'en parler… Mais je ne veux pas te gêner, alors si tu ne veux pas…

- Non non, tu as quinze ans Aragorn tu es en âge de savoir, comme tu es en âge d'aimer pour la première fois… J'étais pareille à ton âge… Bon…

Je devais sans doute être la personne idéale pour parler de ça, c'est certain même, et je veux même dire, heureusement que je suis là… C'est pas Glorfindel qui aborderai le sujet du "sexe" avec quelqu'un et encore moins Elrond. Je ne sais pas comment font les elfes de ce point de vue là…

Nous sommes restés longtemps sur le balcon de ma chambre à bavarder sur le sujet. J'ai essayé d'être la plus juste possible, lui transmettre que c'était avant tout un acte à deux, que en aucun cas il devait succomber à son désir sans le consentement de sa partenaire. Le respect, la douceur et surtout l'amour, dans les gestes, dans les mots… Je voulais lui transmettre le meilleur que j'avais connu, pas seulement le plaisir de la chair, mais aussi le bonheur et le désir de le faire avec celle ou celui que l'on aime. Il est resté concentré tout au long de mes explications, parfois rougissant mais se détendit en voyant que je n'avais aucune gêne à en parler. Je devais bien dire que les débuts on été difficile, mais plus la conversation avançait et plus je me sentais redevenir la femme libérée que j'étais autrefois.

- Tu sembles être au courant sur le sujet… Dit-il d'un air taquin.

J'ai ri avant de lui sourire.

- En effet… Dans mon monde ce sujet n'est pas tabou, il est même très souvent abordé, pour nous faire l'amour et "baiser" ou faire l'acte pour le plaisir si tu préfères, sont deux choses très différentes. L'amour c'est connaître et pour se connaitre il faut parler, c'est primordiale. Tu apprendras avec le temps à aimer certaines choses et d'autres moins, tu apprendras aussi la même chose chez ta partenaire, il faut que tu sois attentif à ses désirs.

- Je vois.

- Ai-je répondu à tes questions?

- Beaucoup plus en détails que ce à quoi je m'attendais… Merci beaucoup Maliha.

- Il n'y a pas de quoi, tu peux compter sur moi Aragorn, sur tous les sujets, je serai toujours là.

- Que les Valars bénisse ta présence… Je me voyais mal poser ces questions à Glorfindel.

- Il aurait fait un arrêt cardiaque…

- Pour sûr.

J'ai ri encore à sa remarque, mais je sais que vivre ici quand on est adolescent avec toutes les hormones en ébullition ne doit pas être évident tous les jours.

F-FB


Tout changeait chez lui, sa voix, son allure, il grandissait plus vite que je ne l'imaginais et quelque part cela me faisait peur. J'avais peur du moment où nous ne pourrions plus le retenir… Sa force était bien développée et son talent pour le combat irréfutable. Il était excellent à l'épée et c'était un très bon élève, mais on pouvait sentir son envie de conquérir le monde années après années.

- Je ne sais plus quoi faire… Murmure l'elfe en tranchant une tranche de pain entre ses mains.

- Il rentre dans l'adolescence Glorfindel c'est normal et je peux te dire par avance que ça va empirer.

- Pardon? Comment peux-tu savoir ça?

- Je suis humaine, quelle question. A cet âge les jeunes se découvrent, leur mentalité change, c'est un passage vers l'adulte, une période très difficile… Il se transforme en homme.

- Valars… Je bénis le ciel que tu sois là.

Je ris avant de reprendre sous le visage perdu de mon ami.

- Il y a certaines choses que tu vas devoir lui dire Glorfindel, des choses sur lesquelles je ne peux pas t'aider…

- Et quoi donc?

Glorfindel m'a lancé un regard plein de gêne avant de finir sa tasse de thé en détournant ses yeux.

- Sa famille… Il sait très bien que le clan des Dunedains est au Nord, il va vouloir certainement en savoir plus sur ses origines…

- Nous lui avons déjà enseigné tout ce qu'il voulait savoir Maliha, nous ne lui avons rien caché.

- Je sais, mais j'ai le sentiment qu'il voudra y aller. Qu'il va vouloir partir Glorfindel.

- Nous ne pourrons pas l'empêcher de partir s'il le souhaite.

- C'est certain, mais cette idée me fait peur.

- Maliha… Aragorn grandit tu ne peux rien faire contre cela.

- Hum…


Aragorn s'est enfermé sur lui-même pendant un moment, rechignant à étudier, répondant même à Elrond de temps en temps. J'arrivais à distinguer l'homme qu'il deviendrait dans quelques années, un bel homme au regard doux. Mais il se sentait à l'étroit ici et cela influence son comportement, plus nous lui dressons de barrières plus il se renferme dans ses conviction de vouloir partir.

- Maliha?

- Oui Aragorn?

- Penses-tu que je puisse accompagner Glorfindel aux frontières cette fois-ci?

- C'est beaucoup trop dangereux, on en a déjà parlé.

- Mais Maliha je sais me battre.

- Oui ici, aux entraînements.

- Si je ne croise pas le vrai danger, je ne pourrai jamais réellement me battre et tu le sais très bien.

- Estel…

- Arrête de me voir comme un enfant!

- Tu es trop jeune pour tuer. Tu n'as que quinze ans et tu veux déjà avoir du sang sur les mains?

Il affiche une bouille mauvaise.

- Mais…

- Demande à quelqu'un d'autre mais je passe mon tour mon grand.

- Tu ne pourras pas m'empêcher d'y aller un jour.

- Et ce jour n'est pas arrivé. Crois moi il vaut mieux le repousser aussi longtemps que tu le peux.

- Ne me fais pas payer tes regrets Maliha, je ne suis pas toi!

Mon sang n'a fait qu'un tour… Et la colère s'est infiltrée dans mes veines.

- Pardon?

- Tu crois que je ne le sais pas? J'arrive à voir les traces que la dernière guerre a laissé sur toi, je t'entends hurler la nuit, tu n'as pas touché ton épée depuis des années.

Je me suis retournée pour lui faire face et le prendre par le col de colère.

- Tu ne sais rien Aragorn, tu ne sais pas ce que ça fait d'aracher la vie. Et aussi longtemps que je pourrai le faire, je te protégerai contre ça! Arrête de te croire intrépide et prêt à affronter ça, tu ne sais rien! Tu ferais mieux de profiter de la vie tant qu'elle ne t'a pas montré ses pires côtés.

Je me suis détournée de lui sans un mot de plus… Il est vrai que je n'avais pas touché à mon épée depuis au moins dix ans… Chaque fois je regardais Nordeline avec la boule au ventre, et chaque fois je me disais "plus tard"... La lune était haute dans le ciel quand j'ai atteint la vaste salle d'entraînement face à la cascade. Les larmes coulaient sur mes joues, les mots d'Aragorn m'avaient finalement atteint plus que je ne le pensais. J'ai croisé les bras en soupirant face à ma faiblesse mentale.

- Maliha?

Je me suis retournée vite avant de dévisager Aragorn qui s'approchait de moi. J'ai détourné les yeux en lui renvoyant un visage plein de reproches.

- Je suis désolé.

J'ai soupiré en revenant à ma contemplation nocturne.

- Je n'aurai pas dû dire ça…

- Non tu n'aurai pas dû en effet…

- Pardonne moi…

Un silence, puis un soupir.

- Je veux juste te protéger Estel.

- Et je veux protéger les peuples libres tout comme toi…

- Comme moi…

- As-tu oublié le but de ton serment?

Quoi? Je me suis perdue dans les yeux encore une fois. J'y voyais la détermination, celle que je devais afficher avant la guerre, avant d'avoir du sang sur mes mains.

- Bien sûr que non.

- Alors réalisons le ensemble, je ne souhaite pas devenir celui que chacun croit voir en moi, mais protéger ce monde oui, tout comme toi, et ramener la paix.

A cet instant je n'ai pas vu le jeune garçon que j'aimais tant, mais un homme, un homme courageux avec le port de tête d'un roi. Cette image restera éternellement gravée dans ma mémoire, le premier jour où j'ai vu la grandeur de cet homme, la détermination et la bonté dans ses yeux.

Quand avais-je abandonné mon but? J'avais un jeune homme devant moi qui disait vouloir se battre. Cette détermination que je voyais en lui semblait ne pouvoir jamais être éteinte. J'ai eu honte de moi, honte d'avoir pensé abandonné… J'ai senti que je devais encore me battre, qu'il y avait un espoir de gagner, un espoir de le voir roi et je devais l'aider, je l'aiderai à accomplir son destin.

Mon cœur a repris un nouveau souffle cette nuit-là, j'ai su que le sang sur mes mains pouvait avoir un sens...


Je ne me suis pas entraînée à me battre en premier lieu, Glorfindel voulait que je médite, jour après jour il me répétait « tu dois comprendre tes sentiments et les accepter », je suis certaine que vous pouvez entendre le ton sévère de l'elfe prononcer ses mots…

- Concentre toi sur ce que tu ressens, ne fuis pas tes sentiments, laisse-les entrer dans ton cœur et regarde les uns par un.

- Je vais bien Glorfindel. Je me défends.

- Oui, aujourd'hui tu vas bien, parce que ton cœur n'est confronté à rien du tout !

Je suis restée clouée sur place sous les yeux glaçants de l'elfe.

- Je ne veux plus jamais te voir dans cet état Maliha. Les Valars ton fait dont de libérer ton cœur, mais tu es incapable de le contrôler, incapable de leur faire face! Que se passera-t-il si tu ne reviens pas des ténèbres la prochaine fois ? Nous ne pouvons pas te protéger de toi-même!

- Je…

- Tu dois arriver à les affronter et à les comprendre !

- Je les comprends Glorfindel… Crois moi je les comprends…

- Maliha… Je sais que tu n'es plus la même, que quelque chose de bon fait battre ton coeur, mais aussi qu"il y a l'obscurité, je peux sentir cette part noir dans ton âme…

J'ai hoqueté de surprise, je ne pensais pas que Glorfindel pouvais autant en sentir sur moi. Pas à quel point j'étais un livre ouvert.

- Quand?

- Quand tu es rentrée…

- Et tu ne m'as rien dit…

- Je voulais que tu m'en parle par toi-même.

J'ai soupiré en regardant les armes rangées contre le mur de la salle d'entraînement.

- C'est arrivé quand je suis allée aider Gandalf… Je l'ai vu Glorfindel… J'ai vu Sauron et il m'a parlé.

- Que t'a-t-il dit?

- Il m'a dit qu'il m'offrait le pouvoir de ne plus ressentir, pas même la peur. Qu'il m'offrait la possibilité de ne plus voir le sang, de devenir un être sans âme…

Le visage de Glorfindel est devenu livide. Rare était les fois ou je pouvais lire les émotions sur son visage mais celle-ci je l'ai compris en seulement quelque seconde, la peur… J'ai froncé les sourcils en la lisant dans ses yeux, alors je lui faisais peur maintenant…

- Je vois. Dit-il finalement.

- Tu as peur de moi… C'est ça?

Il a regardé le sol avant de revenir à mes yeux.

- J'ai peur "pour" toi. Ce cadeau est empoisonné Maliha…

- Je le sais. Tu n'as pas besoin de me le dire, il vient de Sauron après tout.

- L'as-tu utilisé?

J'ai inspiré en continuant de le regarder. Mais je savais déjà qu'elle serait ma réponse.

- Non.

- Très bien. Tu n'as pas besoin de ça Maliha, ta force c'est la tienne et c'est toi qui décide de comment l'utiliser, mais en en restant consciente. Ne succombe jamais à ce pouvoir, il te consumerait.

- Tu semble bien informé.

- Le seigneur des ténèbres donne beaucoup de choses Maliha, sous toutes les formes et le résultat est toujours le même.

J'ai cru voir passer la gêne dans ses yeux mais je n'ai pas insisté, si je le faisais je me vendrais. Non je n'étais pas fière d'avoir menti à Glorfindel, lui qui m'a donné beaucoup, mais je ne voulais pas lui faire de peine ou même le décevoir. Je n'utiliserai plus ce pouvoir un point c'est tout, et pour cela je devais travailler dur.


Les années ont encore défilé, Estel avait maintenant dix-sept ans et il est devenu un ado impossible à tenir. Son envie d'aventure commençait à le ronger, et à nous ronger.

J'avais peur de le voir vieillir, peur de le voir rentrer dans le monde adulte et pourtant plus le temps passe et plus ses traits deviennent matures. Aujourd'hui c'est devenu un jeune homme remarquable et je devais l'avouer et beau. Il me dépasse d'un peu moins d'une tête et ses épaules sont devenues larges, bien qu'il soit encore un adolescent on devinait l'homme qu'il serait dans quelques années.

Fini le temps des jeux, fini le temps de l'insouciance. Nos rapport avaient changé, nos conversations enfantine s'en étaient allés pour celle plus sérieuse entre deux adultes.

- Je ne rêve que d'une seule chose, c'est de découvrir le monde. Dit-il.

- Estel tu es encore trop jeune pour partir à l'aventure.

- Tu ne m'empêchera pas de partir Maliha, nous avons déjà eu cette discussion.

J'ai stoppé mon geste avant de plonger dans ses yeux bleus. Son ton avait été intransigeant, sans aucune possibilité de négociation. Je savais qu'il partirait, il l'a toujours dit.

- Et tu comptes aller où exactement?

- Au Nord. J'aimerai voir mon pays natal. Puis explorer juste le monde. Je me sens comme étouffé ici, j'ai besoin d'air.

Cette phrase m'a tordu le cœur. Mais il était temps...

- Aragorn…

- Maliha, tu es une sœur pour moi et cela ne changera jamais, mais tu dois comprendre que j'en ai besoin.

- Je comprends… C'est juste que c'est trop tôt…

- Il sera toujours trop tôt pour toi.

J'ai rigolé, mais il avait raison. Pour moi, il sera toujours le petit garçon que j'ai serré dans mes bras et ramené à Imladris.

- Oui c'est vrai. Je vois encore en toi l'enfant que j'ai tant aimé.

- Je sais que tu ne veux que me protéger, mais tu ne pourras pas le faire éternellement.

- Oh, ça tu n'en sais rien du tout petit frère, je suis immortelle après tout.

Il a réussi à me faire reprendre l'entraînement et j'ai pu croisé le fer avec lui pour la première fois. C'est là que j'ai su qu'il était prêt, ses gestes étaient parfaits, ses parades surprenantes… Plus le temps avançait et plus Glorfindel et moi constations que nous n'avions plus vraiment de choses à lui apprendre.

Le terrain et le monde extérieur feront le reste, lui apprendrait à avoir son propre style, sa propre façon de combattre et d'appréhender ses peurs. Il lui manquait que l'expérience et le jour tant redouté est arrivé malgré moi, malgré mes conseils, malgré mon assentiment de sœur protectrice. Il est parti quelques mois plus tard, prévoyant de rejoindre les fils d'Elrond au Nord, de découvrir sa nation et son sang, puis de parcourir le monde comme il l'avait dit. Il voulait y aller seul, de ses propres moyens… De vivre une vie de rôdeur, parcourir la terre du milieu et s'en imprégner. Je n'ai pas pu retenir mes larmes en le prenant dans mes bras quand il était à côté de son cheval devant le pont de Fondcombe.

Tout le monde était là pour bénir son départ, il portait une tenue faite pour les long voyage et de nombreux sacs étaient accrochés à son cheval. Il tenait fermement son épée contre lui en affichant un sourire triomphant.

- Revient vite… Fais attention… Dis-je en le serrant un peu plus contre moi.

- Ne t'inquiète pas pour moi.

- Je serai toujours inquiète pour toi.

- Prends soin de toi Maliha, essaye de penser un peu à toi pendant mon absence.

Je l'ai regardé passer le pont sur son cheval, je suis restée jusqu'à ne plus le voir. Glorfindel a posé une main sur mon épaule.

- J'ai l'impression que tout le monde me quitte… Je n'ai pas vu Arwen depuis des années et voilà qu'Estel part à son tour…

- Hey, je suis toujours là moi! Dit-il d'un air penaud.

J'ai tapé fort son épaule en riant, retirant les larmes d'un geste pressé.

- Que tu es con parfois...


Terminado! :)

La bise !