Bonjour tout le monde !

Un grand merci à Sifoell pour sa review du chapitre précédent !

Je vous mets à suivre les deux derniers chapitre de a partie II, parce que je n'aurais pas le temps dans les prochaines semaines et que je ne veux pas faire de longue coupure à un chapitre de la fin.

Par contre je vous préviens, ce chapitre-ci aborde des thèmes très durs. Âmes sensibles, s'abstenir !

Bonne lecture !


Avril 2003, Paris, France

Cela faisait de nombreuses heures que Methos conduisait sans but précis, tiraillé entre l'envie d'être seul et la répugnance à rentrer chez lui. Il aurait pu aller au Blues Bar mais il n'avait pas envie d'entendre Joe essayer de lui remonter le moral. Amanda avait pitié de lui et MacLeod n'hésitait plus à lui mentir pour parvenir à ses fins.

-Tout fout le camp, marmonna-t-il d'un air sombre. Je suis décidément trop vieux pour ces conneries.

Émilie avait trouvé la bonne combine, pensa-t-il encore. Elle avait fait sa valise et pris le premier train. Loin des yeux, loin du cœur. Peut-être que lui aussi devait partir ? En tout cas, s'il y avait bien une chose de sûre, c'était qu'il ne pouvait pas passer les prochaines années à faire le tour du périphérique.

Résigné, il finit par rentrer à son appartement résolument vide. Partir, oui, mais où et pour combien de temps ? Une retraite spirituelle ? Merci, il avait déjà donné, et le riz complet des moines le constipaient. Refaire sa vie ailleurs ? À quoi bon, puisqu'il serait tôt ou tard confronté aux mêmes problèmes ? Il n'avait pas encore pris de décision qu'on frappa doucement à la porte. Il ne s'agissait pas d'un Immortel.

Soudain submergé d'une vague d'espoir, Methos marcha vers la porte. Peut-être Émilie avait-elle changé d'avis ? Il tira sur la poignée, retenant son souffle, mais ce n'était pas la jeune femme qui se trouvait sur le seuil.

-Joe ? souffla l'Immortel d'une voix brisée, tandis que son estomac semblait se décrocher.

-On dirait que je te déçois, constata le Guetteur, appuyé comme toujours sur le pommeau de sa canne. Je peux entrer deux minutes ?

Methos s'écarta, n'ayant pas le cœur à vexer son ami.

-Tu as fichu à Ian la frousse de sa vie, déclara-t-il en s'avançant dans la pièce de sa démarche claudicante.

Il semblait à la fois excédé et amusé.

-Le pauvre chéri, répliqua Methos avec mauvaise foi en refermant la porte derrière eux. Est-ce qu'il t'a raconté aussi qu'il avait laissé Demba le semer ? Y'a pas à dire, ajouta-t-il avec un rictus, on ne peut vraiment plus faire confiance à personne, de nos jours !

-Tu n'en as pas marre de toujours t'apitoyer sur ton sort ? lâcha Joe d'un ton irrité. Tu ne crois pas qu'il y plus important en ce moment ? Tu ne te sens donc vraiment pas concerné par ce problème avec Demba ?

-Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? rétorqua sèchement Methos. Je lui ai appris à survivre, je ne lui ai jamais dit de traquer les autres Immortels. J'ai déjà mes propres crimes à porter, je ne vais pas en plus m'encombrer des bagages des autres, merci bien ! Je ne m'appelle ni Atlas, ni MacLeod.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Methos se contenta de toiser Joe d'un regard noir.

-Parfait, abdiqua finalement le Guetteur. Et maintenant, quels sont tes projets ? J'imagine que tu vas encore prendre la poudre d'escampette et qu'on ne te reverra pas avant l'année prochaine ? Tu vas aller où ? Fuir la civilisation ? Fais gaffe de ne pas aller trop loin, tu risques de tomber sur Émilie au milieu de la banquise à étudier les pingouins.

Le silence s'installa à nouveau mais l'expression sur le visage de l'Immortel avait changé.

-« I have spoken with the tongue of angels, I have held the hand of a devil. It was warm in the night, I was cold as a stone. But I still haven't found what I'm looking for »[1], récita-t-il. Il est peut-être temps que de clore le dossier Methos une bonne fois pour toute.

-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? s'écria Joe d'une voix alarmée. Tu ne veux quand même pas te laisser tuer par le premier Immortel qui passe, j'espère ?

-Non, assura Methos, pas n'importe lequel.

Le Guetteur étouffa une exclamation de stupeur horrifiée.

Il connaissait Methos depuis près de vingt ans – il était le plus vieux de tous les Immortels et rien ne lui avait jamais tenu plus à cœur que sa propre survie. Il avait été capable de s'associer à des déments tels que Kronos pour sauver sa propre tête et voilà qu'il voulait se suicider à cause d'un vulgaire chagrin d'amour ? Il ne pouvait pas le laisser faire.

-Tu n'es pas sérieux ! s'exclama-t-il, incrédule. C'est encore une de tes combines pour qu'on se jette tous à tes pieds et fassions tes quatre volontés, c'est ça ? Eh bien je te le dis, cette fois, je ne marche pas !

Methos ne répondit pas tout de suite. Il saisit une liasse de papiers sur son bureau et les fourra dans la main de Joe.

-Qu'est-ce que... ? commença le Guetteur en fronçant un peu plus les sourcils.

-C'est mon testament, expliqua l'Immortel d'un ton très calme. Lorsque le moment sera venu, je veux que tu me fasses enterrer auprès d'Alexa, d'accord ? Sous le nom d'Adam Pierson.

Trop choqué pour parler, Joe ne répondit pas. Methos enfila alors sa veste puis saisit son épée avant partir sans un seul regard en arrière. Le Guetteur resta de nombreuses minutes debout immobile au milieu de l'appartement avant de finalement sortir à son tour de son pas claudicant.


Jamais de sa longue, très longue existence Methos n'avait été aussi en paix avec lui-même que depuis qu'il avait pris sa décision. Jugeant qu'il avait le temps d'admirer une dernière fois la Tour Eiffel avant de se laisser enlacer par les bras de la Mort, il resta un long moment sur le Champ de Mars à s'émerveiller de l'éclairage du géant de métal. Tout à coup, il ressentit la présence d'un Immortel à proximité. En temps normal, il serait parti le plus rapidement et le plus discrètement possible, mais ce jour-là, rien n'était normal.

-Alors c'est vrai ce que dit Joe ? demanda la voix d'Amanda à quelques pas derrière lui. Tu ne te retournes même plus quand tu ressens la présence d'un Immortel, tu prends le risque de te faire simplement décapiter ? Ou bien est-ce que tu savais que c'était moi ?

-Les deux, répondit Methos en lui jetant un regard amusé. Tu es venue essayer de me raisonner ?

Amanda poussa un profond soupir et s'approcha de lui comme une enfant prise en faute.

-Tu ne peux pas faire ça, Methos, souffla-t-elle d'une voix nouée, les yeux embués de larmes. Tu es le meilleur ami que je n'ai jamais eu. Si tu n'es plus là, alors il n'y aura plus personne qui puisse vraiment me comprendre.

-Tu oublies Mac, rappela Methos en se tournant à nouveau vers la Tour Eiffel.

-Ah, lâcha Amanda dans un râle triste, ce n'est pas comparable.

« Je n'ai pas d'ami comme toi, non, non, non ! Pas d'autre ami comme toi… »[2]

Ils se turent un moment, puis Methos esquissa un sourire ému.

-Je te dirais bien que toi aussi, tu vas me manquer, dit-il, mais comme je pense que la mort n'est qu'un gouffre sans fond où on ne se souvient de rien, ni ne se ressent plus rien, ce serait un peu hypocrite.

-Methos, je t'en supplie, ne fais pas ça ! insista-t-elle en lui prenant vivement le bras, et il ne fit aucun mouvement pour se dégager.

-Tu connais ce nouveau groupe de rock, Kyo ? questionna-t-il alors, sautant du coq à l'âne.

-C'est un peu trop emo à mon goût, confia l'Immortelle, irritée par ce brusque changement de sujet.

-Ils ont une chanson qui résume assez bien ce que je ressens, poursuivit-il sans prêter attention à la remarque de son amie. « Je t'ai perdue. Depuis, je ne m'aime plus. Depuis, j'en suis sûr, je veux fermer la blessure. »[3]

-Mais il y a plein d'autres façons de fermer la blessure ! s'exclama Amanda avec l'énergie du désespoir. Lance-toi dans un nouveau projet spectaculaire ! Deviens astronaute ou escalade le Mont Everest, je ne sais pas, moi !

-Tu sais ce que je n'ai jamais fait en cinq mille ans ? demanda soudain Methos en se tournant vers elle, les mains dans les poches, faisant sortir la Tour Eiffel de son champ de vision.

Amanda secoua la tête en signe de négation, le regard toujours embué.

-Planter des légumes, répondit-il. Les arroser, les regarder pousser puis les récolter et les manger... Tu as déjà fait ça, toi ?

Les larmes aux yeux, Amanda hocha la tête dans un sourire faible.

-C'est drôle, reprit-il d'un ton à la fois perplexe et légèrement amusé, mais j'ai le sentiment d'être passé à côté de quelque chose. C'est bizarre, non ?

-Non, souffla Amanda, une larme coulant le long de sa joue. Tu as encore des tas de choses à faire. Ne renonce pas maintenant.

Methos sourit et hocha la tête.

-Merci, dit-il.

Il marqua une courte pause avant de poursuivre.

-Tu as raison, ajouta-t-il en posant délicatement ses mains sur les épaules de l'Immortelle. Toi et moi, nous sommes les seuls à vraiment pouvoir nous comprendre.

À ces mots, il relâcha son étreinte et s'éloigna.

-Où est-ce que tu vas ? appela Amanda d'une voix inquiète.

-Régler son compte à Demba, répondit Methos en se retournant vers elle. Tu viens ?


Les tours de la Défense brillaient comme un joyau dans son écrin d'obscurité, pourtant Methos n'avait jamais aimé cet arrondissement de Paris. Il préférait de loin la vieille ville et ses rues pleines d'Histoire. Il gara sa Volvo dans le parking à côté de la Tour Europe – un hideux agglomérat de béton armé orné de larges fenêtres – puis marcha jusqu'à la Tour CBX, le seul immeuble en construction du quartier des affaires.

Entrer dans le bâtiment fut un jeu d'enfant pour la cambrioleuse aguerrie qu'était Amanda, et pour Methos qui se vantait parfois d'avoir travaillé avec Butch Cassidy et le Kid. Les vitres avaient déjà été montées mais les câbles électriques pendaient encore des plafonds et la tuyauterie n'avait pas encore été encastrée.

-Sortons nos épées, chuchota-t-il à l'adresse d'Amanda dès qu'ils furent à couvert, à l'intérieur de l'immeuble.

L'Immortelle s'exécuta et ensemble, ils commencèrent à fouiller la tour étage par étage, éclairés seulement par la lueur des réverbères à travers les larges baies vitrées.

-Ils auraient pu commencer par installer l'ascenseur, souffla Amanda en appuyant de toutes ses forces sur ses côtes droites.

Ils venaient tout juste d'atteindre le cinquième étage – l'immeuble en comptait trente-six en tout.

À peine venait-elle de prononcer ces paroles qu'ils ressentirent tous deux une présence à proximité.

-On ne se sépare pas, articula silencieusement Methos.

Amanda approuva d'un signe de tête. Ils avancèrent avec prudence, scrutant chaque ombre sur le sol. Arrivés à l'angle d'un couloir, les deux Immortels levèrent leurs épées, prêts à surprendre leur adversaire. Ils s'élancèrent d'un mouvement unanime et les lames s'entrechoquèrent.

-Amanda ?

-Duncan ?

Ils abaissèrent leurs armes d'un geste lent mais Methos et Cassandra continuèrent de se toiser d'un regard mauvais pendant encore quelques secondes.

-Vous l'avez trouvé ? interrogea-t-il à voix basse.

-Pas encore, répondit-elle. Comment as-tu su que nous étions là ?

-Demba m'a dit avoir loué un bureau dans le nouvel immeuble de la Défense, expliqua Methos, alors je suis passé au cadastre.

-Quel étage ? questionna MacLeod en scrutant le plafond.

-Au septième, répondit Methos.

-Il n'y a pas de temps à perdre, déclara l'Écossais. Allons-y !

Methos lui fit signe de passer le premier, puis Amanda et Cassandra le suivirent, tandis que lui-même fermait la marche.

Ils gravirent les deux étages qui les séparaient du septième niveau et entrèrent sur le palier armés de leurs épées et de prudence. La lueur des réverbères qui se filtraient au travers des vitres créaient des ombres inquiétantes sur le sol et les murs, mais les quatre Immortels avaient tous déjà connu beaucoup plus effrayant.

-C'est drôle, murmura Mac au bout d'un moment tandis qu'ils progressaient lentement dans un couloir apparemment désert. Je ne ressens pas sa présence.

-C'est normal, avoua alors Methos. Il n'est pas ici.

Avant que ses trois compagnons aient le temps de poser la moindre question, il attrapa Cassandra par le bras et la tira jusque dans la cage d'escalier. Il la propulsa contre les marches, l'assommant à moitié, avant de fermer la porte du corridor et de jeter la clé par-dessus la rambarde.

-Pourquoi est-ce que tu as fait ça ? hurla Cassandra en se jetant sur Methos, comme pour l'étrangler à mains nues.

Ils entendaient distinctement Mac et Amanda de l'autre côté de la porte s'acharner contre le panneau avec leurs épées. Methos savait que leurs efforts étaient vains car il s'agissait d'une porte coupe-feu.

-Parce que c'est une affaire entre Demba et moi, répondit le plus vieil Immortel, les dents serrées, en la saisissant vivement par les poignets. C'est moi qui l'ai formé, c'est moi qui en suis responsable !

Cassandra le fusilla du regard mais sembla néanmoins se calmer, et Methos relâcha son emprise.

-Pourquoi est-ce que tu m'as emmenée avec toi ? questionna-t-elle encore en massant ses côtes endolories par la chute.

-Pour le cas-où, soupira Methos. On peut y aller maintenant ? Son bureau est au dixième.

Toujours furieuse, Cassandra approuva néanmoins d'un signe de tête et ils gravirent les trois derniers étages qui les séparaient de leur cible.

Methos n'avait pas menti cette fois, il se trouvait bel et bien un Immortel à ce niveau.

-Tu restes hors de vue et tu me laisses essayer d'abord, ordonna-t-il à voix basse.

Cassandra acquiesça une nouvelle fois et Methos disparut à l'angle du couloir.

Demba l'attendait en embuscade, il s'y était attendu. Le cliquetis des lames retentit dans la pièce dépourvue de mobilier, de moquette et même de tapisserie aussi puissamment que la cloche d'une église.

-Demba, je ne suis pas venu pour me battre ! hurla Methos en parant les coups de son adversaire.

Il le repoussa de toutes ses forces et Demba chancela légèrement, faisant plusieurs pas en arrière.

-Ils sont à ma poursuite ! s'écria-t-il d'une voix tremblante, son épée toujours brandie devant lui. Ils veulent me tuer !

-Je sais, assura Methos sans le lâcher des yeux. Je les ai enfermés au septième étage pour que nous puissions parler. Ils ne viendront pas, je te le promets !

Mais de toute évidence, Demba était loin d'être convaincu car il chargea à nouveau, et Methos n'eut d'autre choix que de se défendre contre ses assauts.

-C'est une ruse, déplora-t-il. Je ne peux avoir confiance en personne ! C'est vous qui avez envoyé ce Mwindo pour me traquer, vous voulez venger sa mort ! Mais j'ai été obligé de le tuer ! C'était lui ou moi !

Il semblait dans un tel état de nerfs que Methos se surprit à craindre une réaction imprévisible de la part de son ancien élève, ce qui était vraiment le comble de l'ironie pour quelqu'un qui comptait ne pas ressortir vivant de cet immeuble !

-Arrête de m'attaquer et raconte-moi ce qu'il s'est passé ! s'énerva Methos, qui esquivait les coups de son adversaire encore et encore.

Demba recula soudain mais ne baissa pas sa lame pour autant.

-Vous ne comprenez pas, balbutia-t-il comme un enfant mort de peur. Je m'étais installé dans un village au sud du Rwanda lorsque les Hutus ont commencé à pourchasser les Tutsis. J'étais là, je les ai vu faire mais n'ai pas pu les en empêcher. Ils ont violé et tué ma femme sous mes yeux, ils m'ont torturé, puis m'ont laissé pour mort. Mais ce n'est pas le pire.


Juin 1994, Nyabitekeri, Rwanda

La première chose que Demba vit en se réveillant fut le visage ensanglanté d'un cadavre mort les yeux ouverts. L'odeur du charnier était insoutenable et il se sentit aussitôt pris de nausées. Sans se demander si ses bourreaux étaient encore dans les parages, Demba se dégagea tant bien que mal des corps qui avaient été jetés sur lui sans le moindre ménagement et réussit à se laisser rouler au sol au prix d'un immense effort.

Tremblant de tous ses membres et au bord des larmes, il détourna le regard pour ne pas avoir à contempler l'ampleur du carnage. Il connaissait tous ces gens, et il ne voulait pas que cette vision d'horreur soit le dernier souvenir qu'il lui reste d'eux.

Les soldats étaient partis et Demba se retrouvait seul au milieu du village dévasté. Il se traîna jusqu'à sa cabane et sortit son épée de sa cachette – l'épée que lui avait offert le Dr Adams. Il ne savait pas où aller mais une chose était certaine : il ne pouvait pas partir sans elle. Il dénicha quelques vêtements propres qui n'avaient pas brûlé avec le reste puis partit à pied jusqu'aux bords du lac Kivu, à quelques kilomètres.

Par chance, les soldats semblaient être partis par la route principale et il ne rencontra personne jusqu'à la rive verdoyante. S'il arrivait à nager jusqu'à l'Île Idjwi, il serait en sécurité, en République Démocratique du Congo. Un homme normal y laisserait probablement sa vie, mais Demba n'était pas un homme normal. Il attendit la nuit, attacha solidement son épée dans son dos avec des bouts de corde, et traversa le lac à la nage malgré la froideur de l'eau.

Il marcha pendant plusieurs jours dans la jungle sans savoir où aller ni sans parler à personne, évitant les villages qu'il croisait sur sa route par peur de devoir expliquer d'où il venait. Et soudain, un matin qu'il longeait une piste bordée de palmiers, il ressentit la présence d'un autre Immortel. L'homme était blanc et conduisait un 4x4 vert foncé. Il s'arrêta à sa hauteur et Demba remarqua le fusil posé à côté de son épée sur le siège passager, ainsi que la carcasse d'un lion à l'arrière du véhicule.

-Je m'appelle Helmut Strocker, déclara l'étranger, et toi ?

-Mon nom est Demba, répondit-il. Qu'est-ce que vous venez faire par ici, vous braconnez ?

-Si on te demande, tu diras que tu ne sais pas, répondit Strocker avec un sourire forcé. On ne croise pas beaucoup d'Immortels dans cette région du monde, ajouta l'étranger.

-Je ne sais pas, dit Demba. En général, j'évite la route des Immortels.

-Dans ce cas, aujourd'hui est mon jour de chance, lança l'homme en descendant de voiture, son arme tranchante à la main. Je vois que tu as une épée, mais est-ce que tu sais t'en servir ? J'avoue que j'aimerais bien ajouter un Quickening à mon tableau de chasse africain...

-Vous voulez vous battre ? s'étonna Demba. Mais on ne se connaît même pas !

-Je ne connaissais pas ce lion non plus, fit remarquer Strocker avec un sourire mauvais malgré son expression courtoise. Ça ne m'a pourtant pas empêché de l'abattre.

À ces mots, il leva son épée devant son visage puis chargea sans sommation.

Demba avait juste eu le temps de dégainer son arme lorsque les lames se rencontrèrent dans un vacarme assourdissant. L'étranger avait l'habitude de se battre et Demba comprit vite qu'il était plus fort que lui. Strocker se rapprochait toujours plus de lui et il finit par trébucher à force de reculer tout en essayant de parer les attaques de son féroce adversaire.

-Tu t'es mieux battu que je ne l'aurais cru, déclara Strocker d'un ton narquois. Maintenant prie ton dieu païen.

L'Allemand leva sa lame et l'abattit d'un coup sec. Mais Demba avait roulé sur le côté, évitant de peu de se faire trancher le cou. L'épée de Strocker frappa le sol de plein fouet et y resta plantée, laissant le temps à Demba de se hisser à nouveaux sur ses pieds et de lever sa propre lame. Une seconde plus tard, la tête de Strocker roula au sol et Demba reçu son premier Quickening depuis près de dix ans.


Avril 2003, Paris, France

-Ce jour-là, j'ai compris que je ne connaîtrai jamais la paix, conclut Demba d'une voix brisée, et que le seul moyen de m'en sortir, c'était de gagner le Jeu.

-Il ne te reste donc rien de ce que je t'ai appris ? s'exclama Methos d'un air dépité.

-Je me souviens de chaque parole que vous m'avez dite, assura Demba en secouant la tête. Vous avez dit que celui qui gagnera le Jeu régnera sur le monde. Les Immortels ne seront plus une menace, et les mortels feront ce que je leur ordonnerai. Il n'y aura plus de guerres, plus de massacres.

Methos ne répondit pas tout de suite. Il n'en croyait tout simplement pas ses oreilles !

-Alors tu as décidé de parcourir l'Afrique sous le couvert de ta société de micro-crédits pour pouvoir débusquer et assassiner tous les Immortels du continent ? tempêta-t-il avec indignation.

-Il fallait bien commencer quelque part, se justifia Demba.

-Mais pourquoi est-ce que tu ne m'as pas tué lorsque nous étions en Éthiopie ? s'étonna Methos, pour qui toute cette histoire n'avait décidément aucun sens.

-J'ai beaucoup de respect pour vous, Dr Adams, expliqua Demba d'un ton vraiment sincère. Vous m'avez libéré de l'esclavage et appris tout ce que vous saviez. J'espérais que quelqu'un d'autre vous tuerait avant que je n'aie à le faire, comme ça, j'aurais pu venger votre mort.

-Tu es complètement cinglé ! s'écria Methos d'un air complètement ahuri.

-Ce n'est pas contre vous, Dr Adams, assura Demba. Mais comme vous le savez, il ne peut en rester qu'un !

Et sans ajoute un mot, il se jeta alors sur Methos avec l'intention évidente d'en découdre.

Horrifié par ce qu'était devenu son ancien disciple, Methos ne se contentait plus de parer ses coups à présent, il le combattait avec toute la hargne dont il était capable. Encore une heure plus tôt, il avait eu envie de mourir, mais certainement pas de la main d'un tel illuminé ! Après quelques minutes d'un combat enragé, Methos réussit à désarmer Demba et le décapita d'une rotation du poignet, ne lui laissant aucune chance de s'en sortir vivant.

Cassandra, qui avait observé toute la scène depuis l'angle du couloir, s'approcha de quelques pas et regarda Methos recevoir son Quickening. La dernière fois qu'elle s'était retrouvée dans cette situation, elle avait saisi l'occasion pour essayer de lui trancher la tête, mais MacLeod l'en avait empêchée. Qu'est-ce qui la retenait de saisir l'occasion qui se présentait à elle et de prendre ce qui lui revenait de droit ?

La foudre disparut enfin et la pièce redevint subitement sombre, comme s'il quelqu'un s'amusait avec le tableau de fusibles. Methos s'écroula au sol, hors d'haleine et couvert de sang.

-Prends ma tête, souffla-t-il, sa nuque dangereusement exposée.

-Pardon ? demanda Cassandra.

Elle avait dû mal entendre, c'était impossible ! Et pourtant…

-Prends ma tête, répéta-t-il en levant les yeux vers elle. Émilie m'a quittée à cause de ce que je t'ai fait subir il y a trois mille ans et je n'ai plus envie de vivre. Il n'est que justice que ce soit toi qui aies ma tête. Tu vas enfin avoir ta vengeance.

Cassandra le dévisagea un long moment, abasourdie, ne sachant quoi dire, ni quoi faire.

-Allez dépêche-toi ! insista Methos. Qu'on en finisse...

-Tu l'aimes donc vraiment ? souffla l'Immortelle d'une voix à peine audible.

-Plus que ma vie, confirma Methos en opinant du chef pour accentuer ses propos. Et maintenant, finissons-en.

Cassandra hésita un instant puis empoigna son épée et s'approcha de son ancien bourreau d'un pas résolu.


[1] U2 I still haven't found what I'm looking for (1987)

[2] Stephan Eicher Pas d'ami comme toi (1991)

[3] Kyo Je te vends mon âme (2003)