Bonjour tout le monde & encore un grand merci à Chrisjedusor pour son soutien !
Bienvenue dans cette "Partie III - Le démon de la jungle" !
À la fin de la partie II, nous avions laissé Methos et Émilie en avril 2003 juste avant leur mariage. Cette nouvelle partie commence deux ans plus tard, en avril 2005.
Bonne lecture !
Avril 2005, Paris, France
Les embouteillages de l'heure de pointe parisienne commençaient à peine à se fluidifier en ce matin du 12 avril 2005 lorsqu'un coursier à vélo remonta rapidement la Rue du Four avant de tourner à droite dans l'étroite Rue des Canettes. Le jeune homme, debout sur ses freins, s'arrêta devant la porte bleu indigo du numéro sept, sonna et attendit qu'une impulsion électrique le laisse entrer. Sans prendre la peine de retirer son casque, il entra dans la cour intérieure, gara son VTT puis s'engouffra par la porte aménagée sur la droite du bâtiment.
Le premier étage était occupé par la maison d'édition Libretto, spécialisée dans les récits de voyage et d'aventure. Sans un seul regard aux affiches qui promouvaient les dernières parutions – Le soleil du Désert, d'André Dhôtel ou encore Berlin sous la Baltique, d'Hugo Hamilton –, le coursier se dirigea d'un pas rapide vers la standardiste.
-Bonjour Jordan, salua Catherine, une femme blonde d'une quarantaine d'années, en signant le reçu que le jeune homme lui tendait.
Le dénommé Jordan lui rendit son salut avant de déposer une pile d'enveloppes cartonnées sur le comptoir en plastique blanc.
-Eh bien, commenta Catherine avec humour, ça va nous faire de la lecture... Heureusement que c'est notre métier !
Le coursier fit mine de rire de sa plaisanterie, prit congé d'un « Au revoir, à demain ! » désinvolte, puis redescendit l'escalier de quatre en quatre pour continuer sa tournée.
De nouveau seule, la secrétaire commença tranquillement à trier le courrier. Comme d'habitude, la plupart des enveloppes contenait des manuscrits envoyés dans l'espoir d'être publiés mais l'une d'entre elles attira particulièrement son attention :
-Tiens, l'expéditeur joue aux poupées russes, on dirait, commenta Catherine en constatant qu'une seconde enveloppe scellée accompagnait la lettre adressée à la maison d'édition :
Madame, Monsieur,
Veuillez trouver ci-joint une lettre à remettre de toute urgence au Dr Émilie Dumont, docteur ès anthropologie.
Dans le cas où le Dr Dumont serait actuellement en expédition, merci de nous prévenir via notre bureau parisien (coordonnées ci-dessous).
Vous remerciant d'avance, nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de nos salutations distinguées.
Dr Jan Becker
Docteur ès médecine
Médecins Sans Frontières
Intriguée, Catherine saisit la souris de son ordinateur et consulta un moment ses dossiers informatiques. Elle poussa une exclamation satisfaite lorsqu'elle eut trouvé le numéro qu'elle recherchait puis empoigna le combiné du téléphone.
Le campus de la faculté de Nanterre était, comme à son habitude à cette heure de la journée, en pleine ébullition. Se frayant un chemin parmi les étudiants pressés, le Dr Émilie Dumont n'entendit pas son portable sonner – d'ailleurs, elle oubliait la plupart du temps qu'elle possédait maintenant un tel appareil. Grelotant sous la brise fraiche dans son tailleur sombre pratiquement neuf, la jeune femme entra dans le bâtiment E et monta nerveusement l'escalier jusqu'au premier étage.
« Encore un matin qui cherche et qui doute. Matin perdu cherche une route. Encore un matin, du pire ou du mieux, à éteindre ou mettre le feu. »[1]
Le bureau qu'elle cherchait se trouvait à l'autre extrémité du couloir mais elle connaissait le département d'anthropologie comme sa poche : c'était là qu'elle avait suivi ses études et passé son doctorat, dix ans auparavant. Elle frappa doucement à la porte du bureau du professeur Séguin et une voix rauque l'invita à entrer.
-Dr Dumont ! s'exclama l'homme d'une cinquantaine d'années au tour de taille digne d'Obélix, en se levant pour l'accueillir. Quel plaisir de vous revoir ! La dernière fois, c'était il y a trois ans, n'est-ce pas ?
La jeune femme eut à peine le temps d'acquiescer que le professeur poursuivit :
-Et vous êtes une femme mariée maintenant ! Qui l'eut cru ? Je ne dis pas ça méchamment, ajouta-t-il précipitamment, mais c'est vrai que vous avez un style de vie pour le moins mouvementé... Pas facile de vous suivre... Mais j'ai lu dans votre dernier livre que votre mari vous avait accompagnée en expédition chez les Inuits ? Ça a dû être une expérience extraordinaire pour lui, non ?
Le professeur Séguin continua ainsi son monologue pendant encore plusieurs minutes, sans laisser à Émilie l'occasion de répondre à la moindre de ses questions.
-Alors, dites-moi... Quel bon vent vous amène ? Vous voulez organiser une nouvelle conférence dans notre amphithéâtre ? demanda-t-il finalement en se taisant soudain.
La jeune femme, qui avait attendu patiemment que le professeur lui laisse la parole, baissa subitement la tête d'un air honteux.
-Pas exactement, avoua-t-elle à mi-voix.
À ces mots, elle réprima un soupir et sortit une pochette de sa sacoche en cuir qu'elle tendit à Séguin.
-Qu'est-ce que c'est ? questionna le professeur en la saisissant d'un air intrigué.
-Mon CV et une lettre de motivation, répondit-elle sans détour.
-Une lettre de... souffla Séguin d'un air stupéfait. Mais diable, pour quoi faire ?
-Je suis à la recherche d'un emploi d'enseignant, expliqua la jeune femme, faisant tout son possible pour masquer le ridicule que lui inspirait la situation.
-Vous voulez enseigner ? répéta encore Séguin, de plus en plus abasourdi.
-Oui, confirma Dumont en appuyant ses propos d'un hochement de tête.
-C'est votre mari, c'est ça ? supposa le professeur. Il ne veut plus vous laisser partir en expédition ?
-Au contraire, assura la jeune femme. C'est moi qui ai besoin de poser un peu mes valises.
-Cela m'étonne de vous, Émilie, confia Séguin en fronçant les sourcils.
-Que voulez-vous ? répondit-elle en haussant les épaules. Je commence peut-être simplement à me faire vieille...
Installé dans son bureau aménagé dans l'appartement du Square Lamartine, Methos faisait de gros efforts pour rester concentré sur son travail – en vain. Sous le pseudonyme d'Adam Pierson, il conseillait des écrivains depuis une dizaine d'années et les aidait dans leurs recherches, leur faisant profiter de ses cinquante siècles d'expérience sans qu'aucun d'entre ne se rende vraiment compte de la valeur des informations qu'il leur fournissait.
L'appartement avait beaucoup changé depuis le jour où Émilie et lui l'avaient acheté : ils y avaient investi un nombre incalculable d'heures et d'huile de coude, mais le résultat était là.
La pièce dans laquelle il avait installé son bureau se trouvait au fond du couloir, à droite de la porte d'entrée, coincé entre la cuisine et le salon. Une grande porte-fenêtre donnant sur le balcon laissait entrer la lumière du jour tandis que les murs étaient recouverts d'une peinture d'un jaune sable très claire ainsi que de plusieurs tableaux d'art moderne dont Émilie n'avait pas voulu dans le salon. Au centre de la pièce se trouvait une imposante table en bois de style Louis XV surmontée d'un ordinateur et, derrière la chaise de bureau à roulettes, se trouvaient de hautes étagères remplies de livres.
Perdu dans la contemplation de l'une des peintures, Methos entendit soudain une clé tourner dans la serrure de la porte d'entrée et se précipita dans le couloir.
-Alors ? demanda-t-il dans son élan.
Il comprit cependant au regard que lui lança son épouse qu'elle n'apportait pas de bonne nouvelle.
-Il n'a pas de poste vacant en ce moment, déclara Émilie, la gorge sèche.
-Séguin est prêt à prendre le risque que tu postules dans une autre université ? s'étonna l'Immortel d'un air scandalisé.
-Il n'a pas assez d'étudiants, expliqua-t-elle, et donc pas de budget pour un professeur supplémentaire.
-Mais toi, tu es le Dr Émilie Dumont ! souligna Methos. Il n'aurait sûrement aucun mal à remplir un amphi rien qu'avec ton nom sur la liste des enseignants !
-De toute évidence, Séguin n'est pas de cet avis, trancha Émilie d'une voix lasse.
Elle poussa un profond soupir et enleva finalement sa veste pour l'accrocher au porte-manteau.
-Et si on allait boire un verre ce soir ? proposa l'Immortel en la prenant par les épaules d'un geste affectueux. Ou se faire un resto ?
-Merci, mais je ne suis pas vraiment d'humeur, confia la jeune femme.
Elle lui adressa un sourire faible puis se dégagea de son étreinte. Methos l'observa d'un air coupable tandis qu'elle s'asseyait sur un tabouret pour retirer ses chaussures, sa longue tresse brune tombant avec grâce sur son épaule. Tout était sa faute, il le savait.
De toutes les femmes qu'il avait connues et aimées au fil des siècles, Émilie était la première à connaître son secret. Il n'avait certes pas eu d'autre choix que de lui avouer la vérité puisqu'elle l'ait vu mourir puis ressusciter devant ses yeux. Elle aurait très bien pu le repousser ce jour-là, mais elle avait décidé d'accepter sa différence et de l'aimer tel qu'il était.
C'était un sentiment enivrant pour un homme qui avait déjà tant vécu, et la tendresse qui éprouvait pour la jeune femme de trente-cinq dépassait l'entendement. Il vivait grâce à elle la période la plus heureuse de sa longue existence et il aurait aimé pouvoir être en mesure de lui rendre la pareille. Mais de toute évidence, cela lui était impossible.
Une fois ses chaussures rangées dans le placard, Émilie se releva et empoigna sa sacoche, sous le regard peiné de l'Immortel. Elle allait s'éloigner en direction du salon lorsqu'elle se ravisa soudain :
-Je me disais qu'on pourrait aller voir le deuxième volet de L'Âge de Glace au ciné samedi soir, dit-elle d'une voix hésitante, connaissant l'aversion de son mari pour les sujets futiles. Ça nous changerait sûrement les idées...
À ces mots, le regard de Methos s'éclaira aussitôt.
« So if you're lonely, you know I'm here, waiting for you. I'm just a cross hair, I'm just a shot away from you. »[2]
-Bonne idée, approuva-t-il dans un sourire soulagé.
Émilie lui rendit son sourire avant de disparaître à l'ombre du couloir. Une fois dans le salon, elle fouilla dans sa sacoche à la recherche de la biographie qu'elle était en train de lire sans remarquer que son téléphone clignotait, indiquant un appel en absence.
Deux jours plus tard, on sonna à la porte et la jeune femme alla ouvrir.
-Alors? lança Léon Saint Clair d'un ton claironnant en entrant dans l'appartement avant même d'y avoir été invité. Tu as oublié comment te servir d'un téléphone?
-Euh... balbutia Émilie en refermant la porte derrière lui.
Léon Saint Clair était un homme d'un mètre soixante-cinq et qui approchait dangereusement de la soixantaine, bien qu'il paraissait dix ans de moins, avec ses cheveux ondulés coiffés avec soin. Il était l'éditeur qui publiait ses essais lorsqu'Émilie revenait de ses expéditions dans les régions les plus reculées du monde, mais il était aussi devenu un ami fidèle.
-J'essaie de te joindre depuis mardi, poursuivit Saint Clair en s'avançant vers le salon comme s'il était chez lui.
-Vraiment? s'étonna la jeune femme en le suivant.
Elle n'avait plus touché à sa sacoche depuis qu'elle était rentrée de son entretien avec le professeur Séguin et avait complètement oublié que son téléphone se trouvait à l'intérieur.
-Ça se recharge, ces petites choses-là, fit remarquer Saint Clair avec un sourire gentiment moqueur tandis que la jeune femme essayait d'allumer l'appareil, en vain.
-Tu veux boire un café? proposa Émilie pour changer de sujet.
Sans attendre de réponse, elle posa le téléphone éteint sur la commode et sortit du salon, laissant son hôte seul. Elle revint quelques minutes plus tard avec deux tasses de café fumant.
-Alors Léon, commença-t-elle pendant que son éditeur buvait une gorgée, installé dans l'un des fauteuils en cuir marron. Quel bon vent t'amène?
Saint Clair reposa sa tasse sur la table basse, sortit une enveloppe de la poche intérieure de sa veste, et la lui tendit. La jeune femme s'en saisit alors d'un air interdit.
Dr Dumont,
Permettez-moi d'abord de me présenter. Je me nomme Jan Becker et suis le médecin en chef du bureau néerlandais de Médecins sans Frontières.
Si je prends contact avec vous aujourd'hui c'est parce que j'ai urgemment besoin de vos conseils – si ce n'est de votre assistance – pour approcher certaines tribus reculées.
Je serai bientôt de passage à Paris et vous serais extrêmement reconnaissant si vous pouviez me retrouver à notre bureau parisien au 8 rue Saint Sabin pour un entretien le vendredi 15 avril 2005 à quatorze heures.
Vous remerciant d'avance de votre soutien, je vous prie d'agréer, Dr Dumont, l'expression de mon profond respect.
Dr Jan Becker
Docteur ès médecine
Médecins Sans Frontières
Émilie relut la lettre deux fois. L'organisation Médecins Sans Frontières existait depuis une trentaine d'années et avait même reçu le Prix Nobel de la Paix, six ans auparavant. Elle n'avait jamais entendu parler de ce Dr Becker mais après tout, les médecins œuvrant pour cet organisme ne recherchaient ni la reconnaissance, ni la gloire.
Devant le regard intrigué que lui lançait Saint Clair, elle finit par lui tendre la lettre à l'écriture manuscrite soignée.
-Le quinze, c'est demain, fit-il remarquer. Tu vas y aller?
-J'avoue que je me demande bien ce qu'il peut me vouloir, répondit la jeune femme en se laissant tomber contre le dossier du canapé. Et puis, je ne suis pas vraiment débordée de travail en ce moment...
-D'ailleurs à ce propos, reprit Saint Clair d'un air innocent, quand est-ce que tu me donnes quelque chose de neuf à publier?
La jeune femme ouvrit la bouche mais Léon ne lui laissa pas le temps de répondre :
-Excuse-moi d'être aussi direct, dit-il, mais est-ce que tu es sûre que tout va bien? Ton mariage ne bat pas déjà de l'aile, n'est-ce pas? J'ai une longue expérience dans ce domaine, tu sais? Si tu as besoin de conseils ou simplement de parler, je suis là pour toi.
Émilie afficha un sourire faible.
-Je peux te poser une question? demanda-t-elle soudain.
-Tout ce que tu voudras, assura Saint Clair.
-Pourquoi est-ce que Cornélia et toi n'avez pas d'enfant? s'enquit la jeune femme après un instant d'hésitation.
Léon était un homme marié depuis près de trente ans, aimant et, pour ce que la jeune femme pouvait en juger, heureux. Mais de toute évidence, l'anthropologue venait de toucher un point sensible car le regard de Léon s'assombrit aussitôt.
-Cornélia a été enceinte trois fois, répondit-il à mi-voix. Trois fausses couches.
-Je suis désolée, chuchota Émilie en baissant la tête, honteuse.
-Vous non plus, vous n'arrivez pas à avoir d'enfant? demanda à son tour Saint Clair.
-Adam est stérile, avoua la jeune femme. Je le sais depuis le début, mais...
-Je comprends, assura Léon en lui prenant la main d'un geste compatissant.
-Et vous n'avez jamais voulu adopter? interrogea-t-elle encore.
-Non, avoua Saint Clair en récupérant sa main. Si Dieu a voulu que nous ne puissions pas procréer, c'est que nous ne ferions pas de bons parents.
-Tu le crois vraiment? s'étonna la jeune femme, alarmée.
Elle espérait du fond du cœur qu'il n'était pas sérieux. Pour toute réponse, Saint Clair haussa les épaules.
Le réveil sonna beaucoup trop tôt le lendemain matin et Methos tapa à l'aveuglette sur sa table de nuit jusqu'à ce que la sonnerie stridente se taise enfin. Il souleva les draps puis se retourna sur le côté gauche pour venir se blottir tout contre Émilie.
-Je crois que c'était ton réveil, marmonna la jeune femme, encore à moitié endormie.
-J'arriverai en retard, qu'est-ce que ça peut faire? répondit l'Immortel en resserrant un peu plus son étreinte.
-Hm, fit Émilie, qui était déjà en train de se rendormir.
Methos poussa un profond soupir et se résigna à se lever. S'il voulait arriver aux archives dès l'ouverture, il fallait bien qu'il fasse ce sacrifice. Il commença par aller prendre une douche puis prépara une thermos de café. Avant de partir, l'Immortel entra à nouveau dans la chambre et se pencha sur sa femme.
-J'y vais, murmura-t-il. Bonne chance pour ton rendez-vous.
Émilie se retourna sur le dos et se laissa embrasser.
-On se retrouve chez Joe en fin d'après-midi? suggéra encore Methos.
La jeune femme laissa échapper une nouvelle onomatopée que l'Immortel interpréta comme un signe d'acquiescement, puis il se leva et s'éloigna le plus silencieusement possible.
-Je t'aime, articula Émilie.
Methos s'arrêta dans l'encadrement de la porte et se retourna vers elle :
-Moi aussi, je t'aime, répondit-il avec un sourire empreint de douceur.
Émilie se leva deux heures plus tard et commença par prendre son café en lisant le journal, mais les gros titres de ce vendredi 15 avril 2005 n'avaient rien de très réjouissant :
« Des échantillons du virus de la grippe asiatique envoyés par erreur sont toujours portés disparus. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré vendredi 15 avril que certains échantillons du virus de la grippe de 1957 envoyés par inadvertance dans 18 pays sont toujours portés disparus, alors que la polémique enfle autour des raisons de leur envoi. »
« Les marchés américains sont au plus bas depuis cinq mois. Les investisseurs ont boudé Wall Street, jeudi 14 avril, sur des inquiétudes liées à un ralentissement de l'économie américaine. »
« Jacques Chirac désespère le "oui". La prestation télévisée de Jacques Chirac, qui a défendu le "oui" à la constitution européenne en répondant aux questions de quatre-vingt-trois jeunes, a globalement déçu ses partisans. Les opposants au Traité dénoncent les "mensonges" du Président. »
Agacée, elle replia le journal et décida d'écouter la radio. Elle avait un faible pour le rock, et Methos tolérait le bruit des guitares électriques tant qu'elle ne le forçait pas à écouter de l'opéra, genre musical qu'il abhorrait le plus au monde.
« I walk this empty street on the Boulevard of Broken Dreams. Where the city sleeps and I'm the only one and I walk alone. »[3]
Émilie étouffa un rire sarcastique. Le boulevard des rêves brisés. L'expression parfaite de ce qu'elle ressentait. Elle poussa un profond soupir et écouta le reste des paroles. Peut-être Saint Clair avait-il raison, finalement? Peut-être devait-elle se faire une raison?
Au même instant, le Thalys en provenance d'Amsterdam Centraal entra en Gare du Nord après trois heures vingt de voyage. Assis dans l'un des wagons de seconde classe, un homme grand et efflanqué regarda brièvement sa montre puis ramena ses cheveux blonds en arrière avant d'attraper son sac et de descendre du train.
Le quai était bondé de voyageurs et l'homme se laissa guider par la foule jusqu'à la sortie, Rue de Dunkerque. Il était déjà venu à Paris plusieurs fois et détestait cette ville presque autant qu'il haïssait Amsterdam, mais au moins, il savait exactement où aller.
-Je vous en prie, il n'y a pas de mal ! râla-t-il lorsqu'une jeune fille le bouscula sans s'excuser alors qu'il s'engouffrait dans la bouche de métro, Porte d'Italie.
Sa voix était grave et seule son intonation trahissait ses origines germaniques. Irrité par le comportement des gens dans les grandes villes, il serra son sac un peu plus contre lui et chercha à tâtons le manche de sa machette dans les pans de son pardessus.
[1] Jean-Jacques Goldman Encore un matin (1984)
[2] Franz Ferdinand Take me out (2004)
[3] Green Day Boulevard of broken dreams (2004)
