Salut la compagnie !
Encore un grand merci et plein de gros bisous à Chrisjedusor pour ses reviews toujours aussi enthousiastes !
Après le voyage à Bruxelles, c'est à l'autre bout du monde que je vous embarque. Bonne lecture !
Mai 2005, Port Moresby, Papouasie-Nouvelle-Guinée
Le Boeing 717 se posa en douceur sur l'une des pistes du Jackson International Airport de Port Moresby, la capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Après leur rendez-vous à l'ambassade à Bruxelles, le chemin des deux docteurs s'était momentanément séparé : Émilie était rentrée à Paris tandis que le Dr Becker avait pris le train pour Amsterdam. Ils s'étaient retrouvés la veille à l'aéroport de Singapour pour effectuer le reste du trajet ensemble. Mais les conditions de transport étant extrêmement difficiles en Papouasie-Nouvelle-Guinée, – où la plupart des villes ne pouvaient être rejointes que par voie aérienne –, les deux Européens étaient encore très loin d'arriver à destination.
Les deux collègues suivirent les hôtesses sur le tarmac puis dans les couloirs de l'aéroport, et attendirent patiemment que leurs bagages apparaissent sur le tapis tournant avant de passer les contrôles d'identités. Dumont présenta son passeport et répondit poliment aux questions que lui posait l'homme en uniforme. Satisfait, il la laissa passer. Une fois de l'autre côté, elle chercha le Dr Becker des yeux et remarqua soudain que celui-ci devait se soumettre à une fouille de ses bagages.
-Que voulez-vous faire avec ça ? questionna sévèrement le douanier en sortant du sac une longue machette.
Stupéfaite, Émilie observa la scène à quelques mètres de distance, les sourcils froncés.
-Je vais dans la jungle, expliqua le médecin. Je peux en avoir besoin pour couper la végétation.
-Qu'est-ce que vous allez faire dans la jungle ? insista le fonctionnaire d'un air suspicieux.
Mais Becker ne semblait aucunement impressionné. Au contraire, on aurait dit qu'il s'était préparé à devoir répondre à ce genre de questions et il sortit de son portefeuille une lettre officielle qui lui avait été remise par les autorités du pays lors de leur rendez-vous à l'ambassade, deux semaines auparavant.
-Hm, marmonna le douanier après l'avoir lue avec la plus grande attention. C'est bon, vous pouvez y aller. Vous récupérerez les caisses de vaccins au bureau des bagages spéciaux, là-bas.
À ces mots, il tendit vaguement le bras en direction d'une porte, à l'autre bout du hall à bagages.
-Je vous remercie, répondit Becker en s'inclinant légèrement.
Il remballa rapidement ses affaires puis rejoignit Dumont, qui l'attendait un peu plus loin.
-Vous auriez pu en acheter une sur place au lieu de vous farcir la douane, fit-elle remarquer d'un ton passablement irrité tandis qu'ils se mettaient en marche.
-Oui, admit Becker, mais celle-ci m'accompagne depuis déjà de très nombreuses années. C'est une sorte de porte-bonheur, si vous voulez, ajouta-t-il avec un sourire mystérieux.
Aussitôt, Émilie se sentit parcourue d'un frisson. Elle avait beau se répéter que selon Joe, Becker était un simple mortel, il y avait décidément chez cet homme quelque chose qui la mettait profondément mal à l'aise.
-Ah, c'est ici, indiqua Becker en désignant le panneau qui indiquait « Bulky Items ».
Il poussa la porte en verre du bureau, avança vers le comptoir et sortit le bon de livraison que lui avait transmis la compagnie aérienne. La jeune employée étudia un moment les documents avant de se lever et de disparaître dans l'arrière salle.
-Au fait, glissa Dumont en se tournant vers Becker, comment vous allez faire pour garder les vaccins au frais quand nous serons dans la jungle ?
-Ne vous inquiétez pas, répondit le médecin avec un nouveau sourire. Nos containers de transports sont munis d'un petit générateur qui produit assez d'électricité pour maintenir les doses à basse température.
-Donc si je comprends bien, nous allons polluer leur environnement ainsi que leur culture sous prétexte de leur sauver la vie ? récapitula l'anthropologue d'un air peu enthousiaste.
-Si vous tenez vraiment à le voir de cette façon, soupira Becker d'un air agacé, oui.
L'employée de l'aéroport réapparut bientôt accompagnée d'un douanier qui traînait une immense glacière sur un chariot à roulettes.
-Nous devons l'ouvrir, annonça l'homme en uniforme.
-Mais certainement, acquiesça Becker.
Le médecin faisait preuve d'un calme olympien alors que Dumont ne cessait de se demander à quel moment on allait leur confisquer leur précieuse marchandise. Le douanier s'exécuta et put alors constater que le container renfermait bien le nombre de vaccins écrit sur le bon de livraison. Il allait autoriser les deux docteurs à partir avec la caisse lorsque le téléphone sonna.
-Attendez ici, ordonna l'homme après avoir raccroché. On va venir vous chercher.
À ces mots, il quitta la pièce, laissant les deux Européens seuls avec la jeune employée et la glacière à vaccins.
L'attente ne fut pas longue, cependant.
-Dr Dumont ! s'exclama un homme dans la force de l'âge qui portait un uniforme des forces de défenses de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
-Major Tahir ! répondit l'anthropologue en serrant chaleureusement la main que l'officier lui tendait.
-Quelle joie de vous revoir ! ajouta le major.
-Tout le plaisir est pour moi, assura-t-elle avec sincérité. Laissez-moi vous présenter le Dr Becker, à qui revient l'initiative de cette expédition.
-Enchanté, dit Tahir en serrant à son tour la main du médecin. Ainsi donc, vous voulez vacciner les Korowai ?
-En effet, admit Becker.
-Hm, fit le major d'un air songeur. Eh bien, j'espère que vous réussirez. Vous avez pu récupérer les médicaments nécessaires ?
-Oui, les voici, confirma le médecin.
-Parfait.
Tahir se tourna vers les deux hommes qui l'accompagnaient et leur donna des instructions pour le transport du container.
-Vous devez être épuisés, reprit-il en observant leurs visages cernés tandis qu'ils quittaient le bureau des bagages spéciaux. Nous vous avons logé dans un bel hôtel, le même que la dernière fois, Dr Dumont, précisa-t-il encore.
-Merci à vous, dit Émilie en hochant poliment la tête.
Ils sortirent de l'aéroport et suivirent le major Tahir jusqu'à une voiture tout terrain au motif vert camouflage.
-Comme la dernière fois, poursuivit Tahir en faisant claquer la portière tandis que le chauffeur mettait le moteur en route, nous allons prendre un avion jusqu'à Weam où Eko viendra vous chercher, puis vous finirez le reste du trajet en pirogue.
-Entendu, approuva l'anthropologue.
C'était un périple singulier, aussi bien par sa complexité que par ses dangers. Même les pistes d'Afrique étaient plus praticables et Émilie n'avait connu ce genre d'aventures nulle part ailleurs, sauf en plein cœur de l'Amazonie. Mais elle n'était pas inquiète : elle savait d'expérience que le major Tahir savait ce qu'il faisait, et elle se faisait une joie de revoir Eko.
-Quand partons-nous ? demanda-t-elle encore.
Ils venaient de quitter le terrain de l'aéroport et s'engageait déjà sur l'une des avenues principales de Port-Moresby – la capitale papoue ne comptait que trois cent mille habitants.
-Demain à la première heure, répondit Tahir. Comme vous le savez, la route est longue jusqu'aux tribus Korowai…
Le major Tahir avait raison.
Il vint les chercher à leur hôtel aux aurores le lendemain sans que Dumont et Becker n'aient eu le temps de se remettre du décalage horaire. La même voiture que la veille les conduisit jusque sur le tarmac où les attendait un avion de l'armée.
-À quelle distance se trouve le village où nous allons ? questionna Becker en s'installant dans l'appareil après avoir supervisé le chargement et la sécurisation du container.
-Weam est à cinq cent kilomètres à vol d'oiseau, expliqua Tahir. Mais le village où vit Eko est encore plus loin au Nord.
-Il faut une demi-journée en pirogue, acquiesça Dumont, qui avait pris place à côté du médecin. J'espère que vous avez pensé à prendre un chapeau avec filet anti-moustiques, ajouta-t-elle en lançant à Becker un regard en biais.
-Vous me prenez pour un amateur ? s'amusa le médecin.
La jeune femme n'eut cependant pas l'occasion de répondre car le pilote venait de mettre les moteurs en marche.
Il leur fallut un peu plus d'une heure pour atteindre Weam en survolant la vallée recouverte d'une dense forêt tropicale. Il s'agissait d'un minuscule village aux huttes de bambous et aux habitants curieux. Ils connaissaient le major Tahir, qui était l'officier référant pour cette partie du pays et qui venait régulièrement leur rendre visite pour leur apporter nouvelles et provisions.
-J'ai dit à Eko de venir nous rejoindre en milieu de journée, expliqua le major. Il a hâte de vous revoir, ajouta-t-il à l'adresse de Dumont.
La jeune femme esquissa un sourire.
Eko était le seul de son village à avoir des contacts avec le monde extérieur. Il était arrivé par hasard à Weam un jour de crue, n'arrivant plus à remonter le courant avec sa pirogue. Les habitants l'avaient hébergé et nourri jusqu'à ce que le niveau de la rivière baisse à nouveau et qu'il puisse rentrer chez lui. Depuis lors, il venait régulièrement leur rendre visite et avait appris assez l'anglais à leur contact pour pouvoir communiquer avec les deux Européens.
Les températures étaient encore supportables en cette période de l'année – le thermomètre n'affichant guère plus que 30C – mais le taux d'humidité dans l'air était extrêmement élevé et il pleuvait en moyenne tous les deux jours.
-L'avantage, souligna l'anthropologue, c'est qu'on n'est pas ennuyé par les moustiques tant que la pluie tombe.
Les deux Docteurs purent prendre un peu de repos en attendant l'arrivée du jeune Korowai. Émilie se souvenait de lui comme d'un homme de petite taille – surtout en comparaison du Dr Becker et de son mètre quatre-vingt-quinze – et sa peau était aussi noire que celle du médecin était blanche. Pourtant, lorsqu'il tira sa pirogue sur la rive qui bordait le village, Émilie faillit ne pas le reconnaître.
Il était âgé d'environ vingt ans lorsqu'elle l'avait rencontré pour la première fois, et elle ne put s'empêcher de remarquer que ses épaules s'étaient fortement élargies au cours des quatre années écoulées depuis sa dernière visite. Il portait les cheveux courts et un pagne autour des hanches.
-Émilie, salua-t-il s'arrêtant à sa hauteur. Je suis très heureux de revoir toi.
-Moi aussi, Eko, répondit la jeune femme avec un large sourire. Je suis vraiment très heureuse.
-Quand major Tahir a dit que toi allais revenir, je voulais pas le croire, reprit Eko.
Le regard de la jeune femme s'embua et son sourire s'élargit encore davantage.
-Eko, reprit-t-elle, voici le Dr Becker...
Elle se retourna vers le médecin et lui lança un regard interrogateur.
-Il peut vous appeler Jan ? demanda-t-elle après un instant d'hésitation.
-Bien sûr, acquiesça-t-il.
-Eko, voici Jan. C'est un chaman, simplifia Dumont. Il est là pour chasser les khakhua de vos villages.
Le jeune Korowai dévisagea alors Becker d'un air profondément intrigué. Le terme khakhua signifiait « démon » et désignait pour les Korowai les personnes atteintes de maladies.
-Mais toi pas savoir quoi être khakhua avant venir chez Korowai, constata-t-il en fronçant les sourcils.
-Tu as raison, admit la jeune femme, qui se rappelait parfaitement avoir demandé à quoi on reconnaissait un démon, quatre ans plus tôt. Mais Jan a déjà vu beaucoup de khakhua et il sait comment les empêcher de venir te prendre.
Mais Eko ne semblait toujours pas convaincu.
-Nous verrons, dit-il simplement en haussant les épaules.
Ils restèrent encore une heure à Weam, le temps pour Eko d'avaler un morceau pour reprendre des forces. Lorsqu'il fut rassasié, il chargea le container à vaccins dans sa pirogue avec l'aide de Becker puis attendit que les deux Européens fussent montés à bord pour pousser l'embarcation à l'eau. La pirogue glissa doucement sur la surface opaque de la rivière et Émilie sentit aussitôt une vague d'allégresse s'emparer d'elle. Dans sa tête résonnaient les paroles de Yothu Yindi, le célèbre groupe de musique aborigène australien :
« But inside my mind there's a tribal voice and it's talking to me every day. And all I have to do is to make a choice 'cause I know there is no other way. »[1]
Elle aimait Paris mais elle aimait encore plus se trouver dans la jungle ou dans la brousse, à observer la faune et la flore autant que les tribus qu'elle venait étudier. Et revenir dans cette région de Papouasie-Nouvelle-Guinée, c'était un peu comme rentrer à la maison et y retrouver sa famille.
Sa joie s'estompa à cette pensée, remplacée par une vague de culpabilité : c'était auprès d'Adam qu'elle devait se sentir chez elle. Avec un pincement au cœur, elle pensa à son mari resté seul en France. Elle aurait vraiment aimé qu'il puisse l'accompagner, mais elle avait trop peur pour sa vie pour lui faire courir ce risque.
Mai 2005, Paris, France
Au même instant, quinze mille kilomètres plus loin, Methos se retourna dans son lit désespérément vide et froid. Il était trois heures du matin sur le fuseau horaire de Paris et l'Immortel ne parvenait pas à trouver le sommeil. Émilie était partie depuis quatre-vingt heures et elle lui manquait déjà terriblement.
Épuisé mais incapable de trouver les bras de Morphée, il poussa un soupir, alluma sa lampe de chevet et attrapa le cadre posé sur sa table de nuit. C'était une photo prise lors de leur mariage, deux ans plus tôt. Methos la contempla un moment avec un sourire ému et caressa le visage de sa femme du bout des doigts. Lui qui vivait depuis déjà plus de cinq mille ans se demandait à présent comment il allait pouvoir survivre à ces quelques semaines de séparation.
Mai 2005, Port Moresby, Papouasie-Nouvelle-Guinée
L'après-midi sembla s'éterniser pour les docteurs Dumont et Becker tandis qu'ils associaient leurs efforts à ceux d'Eko pour remonter la rivière pourtant amicalement paisible. Il régnait sous les eucalyptus, cycadales et autres fougères un calme si profond que même le chant des oiseaux, pourtant claironnant, ne parvenait à troubler.
« Sous le dôme épais où le blanc jasmin à la rose s'assemble sur la rive en fleurs. Riant au matin, viens, descendons ensemble, doucement glissons. De son flot charmant suivons le courant, fuyant dans l'onde frémissante, d'une main nonchalante. Viens, gagnons le bord où la source dort, et l'oiseau, l'oiseau chante. »[1]
Si on entendait distinctement la faune qui vivait dans cette jungle, elle restait pourtant invisible. Émilie crut un instant apercevoir un kangourou arboricole – un petit marsupial vivant dans les arbres – mais l'animal avait trop vite disparu pour qu'elle puisse en être sûre. Elle esquissa un sourire en pensant au Marsupilami – célèbre héros de bande dessinée à la fourrure jaune tachetée et à la longue queue préhensile – avant de se souvenir que ce mammifère imaginaire, selon son créateur, vivait en Amérique du Sud.
-Le village a beaucoup changé depuis ma dernière visite ? questionna Émilie, impatiente d'arriver à destination.
-Oui, répondit Eko. Le village être plus grand maintenant. Et j'ai une femme et une fille, ajouta-t-il fièrement.
-Félicitations ! s'exclama la jeune femme d'un ton sincèrement ravi.
-Mais Oma être allée retrouver les ancêtres, reprit Eko d'un air sombre.
-Oh, lâcha Émilie, comme si elle venait de prendre un coup dans l'estomac. Je suis désolée.
L'anthropologue se tut et se laissa emporter par ses pensées.
Oma était la doyenne du village lors de son précédent séjour chez les Korowai et c'était elle qui, sans le savoir, lui révélé l'existence des Immortels en lui racontant l'histoire d'un homme nommé Bowali, que la tribu avait accueilli alors qu'elle n'était qu'une petite fille avant de l'en chasser des années plus tard après qu'il eût décapité un étranger et survécu à la foudre du Quickening. Sans ce récit, Émilie savait qu'elle aurait réagi tout autrement le jour où elle avait appris que l'homme dont elle était tombée amoureuse était en fait le plus vieil Immortel encore en vie.
Après plusieurs heures à pagayer, Eko, assis à l'arrière de la pirogue, dirigea l'embarcation vers la rive puis sauta alors au sol et tira la barque sur la berge. Émilie hissa son sac-à-dos sur ses épaules tandis que le Dr Becker et Eko se chargeaient de porter la caisse à vaccins jusqu'au village. Eko et son clan avaient installé leurs honaï à quelques centaines de mètres de la rivière, et Émilie sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine lorsqu'elle aperçut enfin la clairière parmi les arbres.
La jeune femme se rappelait d'une petite communauté, avec seulement trois familles et cinq maisons perchées. De ce point de vue, le village n'avait pas tellement changé. Mais l'anthropologue ne manqua pas de remarquer que la clairière avait l'air étrangement vide.
-Où sont-ils tous passés ? demanda-t-elle à Eko d'une voix soudain inquiète.
-Les khakhua ont pris trois vies il y a douze lunes, répondit Eko d'un air sombre.
Il fit signe à Becker de poser la caisse sous l'une des maisons sur pilotis et grimpa à l'échelle.
-Vous allez bien ? questionna le médecin en se retournant vers elle.
-Oui, répondit-elle avec un sourire faible.
Elle refusait de l'admettre, mais elle commençait à penser que l'initiative du Dr Becker était peut-être la bonne chose à faire, finalement.
Mai 2005, Paris, France
Tandis que la nuit tombait sur la canopée, le soleil se levait sur la ville de Paris.
Methos avait fini par s'endormir un peu avant l'aube et ne se réveilla qu'en fin de matinée. Déprimé et ne sachant trop quoi faire de ses dix doigts – il n'avait aucune mission urgente de la part de ses clients, et la procrastination était depuis longtemps l'une de ses meilleures amies –, l'Immortel monta dans sa Volvo break et se rendit au Blues Bar. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas passé la journée entière à discuter avec Joe, et l'absence d'Émilie le poussait à renouer avec ses vieilles habitudes.
-Divertis-moi un peu, supplia Methos en se laissant tomber sur un des tabourets de bar. Qu'y-a-t-il de nouveaux chez les Guetteurs ? Y-a-t-il eu des têtes coupées récemment ?
-Oui, admit le barman de son habituel ton bourru. Ça m'étonne que ça t'intéresse.
-C'est pas parce que je ne participe pas au Jeu que je n'aime pas me tenir au courant en simple spectateur, répondit Methos d'un air faussement innocent.
-Mouais, lâcha Joe avec une moue sceptique en saisissant un torchon pour essuyer des verres propres.
Connaissant Methos, il y avait à parier que sa curiosité n'était pas complètement dénuée d'intérêt personnel. Sans doute voulait-il savoir quels Immortels il n'aurait jamais à affronter, et quels étaient ceux qui glanaient de plus en plus de pouvoir.
-Tiens ! s'exclama soudain Methos. Ça me fait penser que j'ai croisé un vieil ami il y a quelques semaines.
-Où ça ? À Paris ? s'étonna le Guetteur en rejetant le torchon humide par-dessus son épaule.
-Oui, acquiesça-t-il. Je ne l'avais pas vu depuis des siècles et maintenant que j'y repense, il avait l'air soucieux... ajouta-t-il en fronçant les sourcils. Dis-moi qu'il ne fait pas partie des têtes tranchées...
-Personne n'a été décapité à Paris depuis des mois, assura Joe.
-Dis plutôt, « personne n'a été décapité à Paris depuis que MacLeod a quitté le pays »... nota l'Immortel d'un ton narquois.
Devant l'expression scandalisée du Guetteur, il ajouta :
-Admets qu'il a un sacré talent pour se mettre dans le pétrin... On dirait un aimant à ennuis !
-Oui bon... grommela Joe. Alors c'était qui, ton pote ? questionna-t-il pour changer de sujet.
-Johannes Balz, répondit simplement Methos.
-Désolé, je connais pas, admit le Guetteur en secouant la tête en signe de négation.
-Non ? s'étonna Methos. Un type très grand, blond platine, genre la quarantaine. On a fait médecine ensemble à Heidelberg, précisa-t-il, l'air soudain nostalgique.
-Un grand type blond et médecin ? répéta Joe, les sens soudain en alerte.
-Oui, insista Methos. Ça te dit quelque chose, finalement ?
Joe poussa un profond soupir et tira à nouveau sur le torchon avant de le jeter négligemment sur le bord de l'évier. Il avait l'air plus vieux que jamais.
-Viens avec moi, dit-il simplement avant de se diriger vers la porte derrière le comptoir.
Les deux hommes descendirent à la cave et entrèrent dans le bureau fermé à clé d'où Joe menait ses activités de Guetteur. Il ouvrit un tiroir et en sortit une liasse de papiers pliés en quatre qu'il feuilleta brièvement, puis il tendit l'une des pages à Methos.
-C'est ce type-là ? demanda-t-il d'un ton résigné alors que l'Immortel jetait un coup d'œil à la photo.
-Oui, acquiesça Methos en relevant la tête. Pourquoi ? Il y a un problème ?
-Si ce mec est un Immortel comme tu le prétends, alors oui, nous avons un problème, répondit Joe en hochant la tête d'un air grave.
-Je ne prétends rien du tout ! s'indigna Methos. Je le connais depuis près de six siècles et je peux te garantir que c'est un Immortel !
-Ça va, t'énerve pas ! râla Joe en lui lançant un regard noir.
Il marqua une pause et poussa un nouveau soupir. Ce qu'il avait à dire allait ébranler Methos, il le savait. Mais il n'avait pas le choix. S'il devait arriver quelque chose, il ne pourrait jamais se le pardonner.
-C'est Émilie qui m'a donné cette photo, avoua-t-il finalement. C'est le Dr Becker de Médecins Sans Frontières.
[1] Yothu Yindi Tribal Voice (1991)
[2] Léo Delibes Sous le dôme épais (Duo des fleurs) (1883)
Bon, je sais bien que l'identité du Dr Becker révèle plus de la confirmation que de la révélation, mais c'est surtout la réaction de Methos qui devrait vous donner du grain à moudre en attendant le week-end prochain.
Ah oui, et en ce qui concerne la référence musicale [2] : plus je vieillis, plus j'aime l'opéra et la musique classie, mais le "Duo des fleurs" (ou "Flower Duet") est extrêmement connu, allez l'écouter sur youtube, vous verrez que vous le connaissez aussi ;)
