Mai 2005, Village Korowai, Papousie-Nouvelle-Guinée

Eko n'eut pas besoin d'en dire davantage : Methos avait parfaitement compris à qui il faisait allusion.

-Et l'homme aux cheveux blonds qui l'accompagnait ? demanda Methos, la gorge sèche, redoutant la réponse.

-Pris aussi, répondit Eko en secouant la tête d'un air navré.

-Quand est-ce arrivé ? questionna encore l'Immortel. Et où ça ?

-Hier, presque maintenant, expliqua maladroitement Eko. Dans la jungle.

-Montrez-moi l'endroit ! lança Methos d'un ton pressant.

-Ça sert à rien, regretta le jeune homme en secouant à nouveau la tête.

-Montrez-moi l'endroit ! insista l'Immortel en appuyant sur chaque syllabe d'un ton menaçant.

Joignant le geste à la parole, il s'avança de plusieurs pas. Il le dépassait d'une tête et ne manqua pas de remarquer qu'Eko semblait avoir peur de lui.

-D'accord, souffla enfin le jeune Korowai.

Sans perdre davantage de temps, ils se mirent en route.

Les deux hommes marchèrent en silence pendant presque vingt minutes. Eko avançait prudemment, craignant sans doute que le « démon de la jungle » ne les prenne aussi. Bien qu'également sur ses gardes, Methos redoutait plus encore ce qu'il risquait de découvrir.

Ils avaient disparu depuis environ vingt-quatre heures, avait dit Eko. Pour Methos, cela ne laissait que deux options possibles : soit Balz avait perdu sa tête dans son combat contre Bowali, laissant Émilie à la merci de l'Immortel vindicatif, soit Johannes l'avait emporté mais était incapable de retrouver le chemin du village. Balz pourrait survivre indéfiniment dans cette jungle, mais pas la jeune femme.

C'était la seconde fois qu'un Immortel la prenait en otage depuis qu'ils se connaissaient, et Methos commença à se demander de façon tout à fait sérieuse s'il n'aurait pas mieux valu pour elle qu'il disparaisse de sa vie. Il était encore perdu dans ses réflexions existentielles lorsqu'Eko s'arrêta soudain.

-C'est ici, dit-il simplement.

Methos jeta un regard circulaire autour de lui. La végétation était aussi dense que sur le reste du trajet pourtant l'Immortel ne tarda pas à repérer quelques branches pliées, voire carrément cassées. Concentré, il s'agenouilla et chercha d'autres traces et il lui vint bientôt une certitude : aucun combat à l'épée n'avait eu lieu ici, sinon il aurait retrouvé des encoches dans les troncs des arbres et les plantes auraient été coupées net, pas écrasées. L'Immortel commençait à se demander comment Bowali avait pu emmener Balz et Émilie par la force lorsqu'il découvrit la fléchette au milieu des lichens. Il la renifla prudemment et comprit aussitôt qu'elle devait être empoisonnée.

-Tu as déjà vu ce genre de choses ? demanda-t-il à Eko en se redressant.

-C'est une fléchette de sarbacane, commenta le jeune Korowai. Nous s'en servir des fois pour chasser.

-Est-ce que vous les empoisonnez ?

-Oui, répondit Eko en hochant la tête, mais ça ne tue pas. Ça fait dormir toi juste quelques heures, le temps de ramener l'animal au village.

Methos resta pensif un moment. Ainsi donc, Bowali avait pris la peine de les mettre hors d'état de nuire mais ne les avait pas tués sur place. Pourquoi ? Et où les avait-il emmenés ?

-Tu sais où habite Bowali ? Où il dort ? questionna encore l'Immortel.

-Non ! s'écria Eko d'une voix soudain terrifiée. Je suis triste, Émilie et Jan être mort, ajouta-t-il. Toi pas chercher eux, sinon le démon te tuer aussi !

-Ce n'est pas ce que je t'ai demandé ! gronda Methos d'un ton sévère. Je veux savoir où il vit !

-Je sais pas, je sais pas, répéta Eko de la même voix paniquée.

Agacé, Methos se détourna.

Une fois ses deux victimes évanouies, Bowali n'avait eu d'autre choix que de les traîner ou de les porter sur son dos, l'un après l'autre. Il devait par conséquent y avoir soit un sillage parmi les plantes soit des empreintes profondes dans le sol meuble. Bingo ! pensa l'Immortel en découvrant une longue rangée de feuilles aplaties. Ignorant les avertissements d'Eko, Methos suivit la piste sur une centaines de mètres, jusqu'à la rive du fleuve. Cette fois, il n'y avait plus aucun doute possible : sur la berge humide, une fosse creusée profondément dans le sol trahissait la présence récente d'une pirogue que l'on avait poussée à l'eau chargée d'un grand poids.

-Retournons au village, déclara Methos d'un ton ferme en se tournant à nouveau vers Eko.


Mai 2005, Repère de Bowali, Papousie-Nouvelle-Guinée

La lumière du jour peinait à pénétrer dans la grotte humide, mais les yeux d'Émilie s'étaient peu à peu habitués à l'obscurité. Elle apercevait à contre-jour la silhouette de Bowali qui s'affairait devant l'ouverture de la caverne, à une vingtaine de mètres.

-Est-ce que vous allez bien ? demanda dans son dos le Dr Becker.

-J'ai soif et je meurs de faim, répondit la jeune femme avec mauvaise humeur, et je suis prisonnière d'un Immortel à des milliers de kilomètres de chez moi. À part ça, ça va très bien, je vous remercie.

-Je suis désolé, souffla le médecin. Il ne vous aurait jamais capturé si vous n'aviez pas été avec moi.

-Oui, bon... grommela Émilie. C'est moi qui ai insisté pour vous accompagner.

-Mais vous l'avez fait parce que vous saviez que je courais un danger en allant dans cette jungle, nota Becker.

-Si vous tenez absolument à ce que ce soit de votre faute, alors je vous en prie, railla l'anthropologue.

Elle poussa un profond soupir de lassitude.

-Je ne comprends toujours pas ce qu'il nous veut, souffla-t-elle encore.

-Je crois qu'il ne le sait pas lui-même, répondit le médecin.


Lorsque les deux Européens s'étaient réveillés la veille avec le mal de tête du siècle et ligotés dos à dos en position assise, ils n'avaient pas tardé à comprendre ce qui se passait : Bowali, après les avoir anesthésiés, les avait transportés jusque dans sa crypte, son terrier.

Les murs de la grotte sombre et humide étaient tapissés d'une plante rampante et on entendait le bruit d'une chute d'eau à proximité, ce qui leur laissa penser qu'ils étaient très éloignés du village car là-bas, il n'y avait pas de cascade. Leur ravisseur les avait dépouillés de tout ce qu'il jugeait dangereux pour lui, c'est à dire le couteau qu'Émilie portait toujours dans sa botte et la machette du Dr Becker.

-Où est-il ? demanda la jeune femme, paniquée.

-Pas ici, répondit le médecin. Je ne sens pas sa présence.

-Comment ça se fait qu'il ne vous ait pas encore tué ? questionna-t-elle encore. Il aurait été facile de prendre votre tête pendant que vous étiez évanoui...

-Oui, admit Becker d'un air pensif. C'est étrange…

À peine avait-il terminé sa phrase qu'il se redressa brusquement, le regard fixé sur l'entrée de la caverne. Comprenant que leur kidnappeur n'allait pas tarder à apparaître dans leur champ de vision, Émilie l'imita.

Bowali était grand pour un Korowai, environ un mètre soixante-quinze. Il était vêtu d'un pagne, portait un collier qui semblait constitué de noix, de coquillages et d'os autour du cou, et son visage était peint de symboles tribaux que l'anthropologue n'avait encore jamais vus.

Tétanisée, la jeune femme se serra un peu plus contre le Dr Becker lorsque l'Immortel s'approcha et s'accroupit devant eux. Il toisa Becker pendant de longues minutes avec une expression indéchiffrable sur le visage.

-Écoutez, commença Becker d'une voix nerveuse. Je ne suis pas là pour vous, je ne savais même pas que vous existiez jusqu'à il y a quelques heures !

Il avait parlé en anglais, mais de toute évidence, Bowali ne le comprenait pas. Il se contenta simplement de froncer les sourcils mais ne répondit pas.

-Vous parlez le français ? tenta encore le médecin. Sprechen Sie Deutsch ?

Contre toute attente, Bowali lui répondit :

-Wie ben jij en wat wil je van mij ?

Il avait parlé d'une voix rauque, comme si ses cordes vocales étaient rouillées.

-Spreek jij Nederlands ? s'étonna Becker, et Émilie comprit qu'ils devaient parler hollandais.

-Wie ben jij en wat wil je van mij ? répéta Bowali en dévisageant le médecin d'un regard pénétrant.

Becker poussa un profond soupir et se lança dans les explications – c'était tout du moins ce que la jeune femme en avait conclu. Bowali ne prononça pas un mot tant que Becker parlait, se contentant de le regarder fixement d'un air neutre.

-Wat ga je met ons doen ? demanda finalement le médecin.

Mais Bowali ne répondit pas. Il se leva et sortit de la caverne.

Il ne revint qu'une ou deux heures plus tard et, sans adresser la parole à ses deux prisonniers, il alluma un feu et commença à faire cuir la chair d'un animal sur une grosse pierre plate. L'estomac de Dumont en profita pour se manifester et Bowali s'approcha à nouveau, tenant à la main un récipient en terre cuite.

Il s'agenouilla d'abord devant l'anthropologue et porta le récipient à ses lèvres pour qu'elle puisse boire, puis fit de même avec Becker. Émilie but avec gratitude. Il s'agissait d'une sorte de bouillon à base de viande et de plantes et la jeune femme se surprit même à penser qu'elle ne trouvait cette mixture pas mauvaise.

Lorsque ses deux « invités » eurent vidé le récipient, Bowali retourna auprès du feu et ne se soucia plus d'eux. La nuit avait fini par tomber et Émilie se sentit soudain gagnée par la fatigue. Elle ne voulait pas dormir de peur de ce qu'il pourrait lui arriver durant son sommeil, mais c'était plus fort qu'elle et, après quelques minutes de lutte seulement, elle se laissa attirer dans les bras de Morphée.


La nuit avait paru bien longue. Plusieurs fois, Émilie s'était réveillée en sursaut, se demandant d'abord où elle se trouvait et pourquoi elle ne sentait plus ni ses bras, ni ses jambes. Puis elle se rappelait soudain qu'elle se trouvait ligotée au fond d'une grotte, et que ses chances d'en sortir vivante étaient très minces, la tenant éveillée pendant de nombreuses heures avant de s'enfoncer à nouveau dans la somnolence.

« Mama, take this badge off o' me, I can't use it anymore. It's gettin' dark, too dark to see. I feel I'm knockin' on Heaven's door. »[1]

-S'il avait voulu vous tuer, il l'aurait déjà fait, reprit-elle pour se redonner espoir. Vous ne croyez pas ?

-Hm, marmonna Becker, sans répondre.

-Je pense que nous devrions lui demander de nous laisser partir, insista la jeune femme. Après tout qu'est-ce que ça coûte ?

-Vous voulez prendre le risque qu'il décide d'en finir pour de bon ? s'étonna Becker en se tordant le cou pour la regarder.

-Bon, dans ce cas qu'est-ce que vous suggérez ? répliqua Émilie d'un ton irrité. On pourrait essayer de s'enfuir quand il sera parti chasser, réfléchit-elle, mais attachés comme nous le sommes, nous n'irons pas loin. Et s'il nous retrouve, cette fois c'est sûr, il n'hésitera pas à nous tuer.

-Vous avez déjà lu Vingt mille lieues sous les mers ? questionna soudain Becker.

-Euh... hésita Émilie, prise de court par cette question hors-sujet. Oui, mais c'était il y a longtemps.

-Ned Land insiste à plusieurs reprises pour que le professeur aille parler au capitaine Nemo pour qu'il les libère, mais le capitaine ne veut rien entendre.

-La comparaison est un peu osée, souligna l'anthropologue, non sans sarcasme. Et vous, vous êtes qui dans l'histoire ? Conseil ?

Elle faisait référence à l'assistant du professeur Aronnax, un Flamand au flegme à toute épreuve.

-Si ça vous fait plaisir, soupira Becker, comme s'il regrettait d'avoir parlé de l'œuvre de Jules Verne.

-J'attends toujours vos suggestions... rappela la jeune femme d'une voix faussement innocente.

-Il faut attendre, répondit simplement le médecin.

-Définitivement Conseil, railla Émilie.

À cet instant, Bowali se leva et s'approcha d'eux.

-Heb je dorst ? demanda-t-il.

-Ja, répondit aussitôt Becker.

Bowali hocha la tête et alla chercher le récipient d'eau de pluie. Il commença par faire boire Émilie, puis Becker. Leur ravisseur était sur le point de s'éloigner à nouveau lorsque l'anthropologue donna un coup de coude au médecin, qui poussa un cri de douleur. Bowali se retourna aussitôt et les dévisagea d'un air méfiant.

-Demandez-lui ! pressa la jeune femme.

-Non, je ne crois pas que...

-Dans ce cas, traduisez ! s'énerva-t-elle.

Elle se redressa autant que possible et regarda leur tortionnaire droit dans les yeux.

-Vous vous appelez Bowali, commença-t-elle, et vous avez été banni du village il y a de très longues années.

Bien que peu convaincu de l'utilité de cette initiative, Becker fit tout de même la traduction. L'Immortel Korowai ne répondit pas, se contentant de fixer Émilie d'un air intrigué. De toute évidence, elle avait attiré son attention. Encouragée, elle poursuivit :

-Vous avez vécu parmi eux pendant une décennie, ils vous appréciaient, vous étiez marié, déclara-t-elle. Mais un jour un homme blanc, un Immortel, est arrivé. Vous avez pensé qu'il voulait votre tête et l'avez attaqué. Vous avez gagné le combat mais rien ne pourrait compenser ce que vous avez perdu ce jour-là : le Quickening a effrayé les habitants, qui vous prennent depuis lors pour un démon.

Elle marqua une courte pause, Bowali ne réagissait toujours pas.

-Vous vous demandez d'où je connais cette histoire ? demanda-t-elle. C'est l'une des habitantes qui me l'a raconté il y a quatre ans. C'était une très vieille femme, elle n'était qu'une enfant à l'époque où vous viviez au village. Elle est morte l'année dernière, ajouta Émilie d'une voix brisée. Si vous nous laissez partir, nous pourrons expliquer aux villageois que vous n'êtes pas un démon. Ils pensent que Jan est un puissant chaman, expliqua-t-elle en désignant Becker d'un signe de tête. Nous pourrons sûrement leur dire la même chose de vous.

Elle se tut. Il y eu un moment de silence, puis Bowali prit enfin la parole.

-Il dit qu'ils ne le croiront jamais, traduisit Becker, car lui-même ne le croit pas. Il est un démon. Il est condamné à vivre seul dans cette grotte pour l'éternité, c'est son châtiment.

-Je ne suis pas d'accord, répondit Dumont en secouant la tête.

-Votre opinion n'a aucune valeur, fit remarquer Becker d'un ton acerbe.

-Tss, siffla la jeune femme avec agacement.

Bowali ajouta quelque chose avant de s'éloigner et de sortir de la grotte, mais Becker ne traduisit pas, cette fois.

-Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda aussitôt Émilie.

Le médecin ne répondit pas tout de suite. Ce n'est que lorsque l'anthropologue lui donna un nouveau coup de coude qu'il se décida à lui donner des explications :

-Il a dit, soupira Becker d'un ton résigné, qu'à l'heure actuelle il ne sait pas si son destin est de me tuer, ou bien de se laisser tuer par moi.


Bowali resta absent plusieurs heures. Entre temps, la pluie s'était remise à tomber. Épuisée par ses émotions et sa nuit mouvementée, Émilie somnolait, la tête ballottant contre sa poitrine. Dans ses rêves, elle voyait le visage d'Adam se dessiner devant elle, alors qu'elle avait conscience qu'elle ne le reverrait probablement jamais.

Elle avait passé la journée à penser à lui ; ses envies de maternité lui paraissaient bien futiles, à présent. Que n'aurait-elle pas donné, pour pouvoir simplement lui dire une dernière fois à quel point elle l'aimait ? Bientôt, l'Immortel pourrait se mettre en quête d'une soixante-dixième épouse...

-Émilie... susurrait la voix d'Adam à son oreille.

Elle pouvait sentir son souffle dans sa nuque et ses doigts frôler la peau de sa main. Jamais encore elle n'avait fait un rêve aussi réaliste. Elle frissonna.

-Hm, lâcha-t-elle dans un gémissement de désir.

-Émilie, réveille-toi ! insista la voix d'Adam. Émilie !

Elle se réveilla en sursaut. Là, à quelques centimètres de son visage se trouvait celui d'Adam. Et ce n'était pas un rêve.

« Isn't anyone trying to find me ? Won't somebody come take me home ? »[2]

-Adam ? s'écria la jeune femme, les sens soudain en alerte. Mais qu'est-ce que...

-Chut ! coupa abruptement Methos. On n'a pas le temps pour les bavardages, je t'expliquerai tout ça plus tard.

Sans perdre une minute de plus, il sortit un poignard de sa ceinture et coupa les lianes qui retenaient ses poignets à ceux de Becker.

-Benjamin, salua sobrement le médecin.

-Johannes, répondit Methos du même ton cordial.

Les cordes cédèrent enfin et Methos s'attaqua à celles enroulées autour des chevilles de sa femme. Une fois les deux otages libérés de leurs entraves, l'Immortel se dirigea prudemment vers la sortie.

Un sentier escarpé partait de la caverne et descendait le flanc abrupt d'une colline recouverte d'arbres. Le bruit de la chute d'eau était beaucoup plus intense dehors qu'à l'intérieur, mais Émilie ne pouvait toujours pas la voir, cachée par la luxuriante végétation. À peine les trois Européens avaient-ils quitté la grotte que les deux Immortels se figèrent soudain.

-Restez derrière-moi ! ordonna Methos en sortant son épée.

-Adam, je t'en supplie... sanglota Dumont en s'accrochant au bras de son époux.

-Émilie, fais ce que je te dis ! gronda Methos d'un ton sévère.

Il tendit le bras pour l'empêcher d'avancer tout en jetant des regards suspicieux autour de lui.

Bowali entra alors dans leur champ de vision.

Il avançait lentement mais n'avait pas l'air surpris, ni même méfiant. Comme si la présence inopinée de Methos était le présage qu'il attendait.

-Johannes, emmène-là, ajouta l'Immortel d'une voix pressante. J'ai laissé ma pirogue sur la rive, ajouta-t-il. Vous n'avez qu'à descendre la colline, vous arriverez directement au fleuve.

-Non, Adam, je t'en prie ! répéta la jeune femme en s'agrippant encore un peu plus à lui.

-Ne perdez pas de temps ! insista Methos en sifflant entre ses dents, ses yeux lançant des éclairs. Je vous rejoins dans quelques minutes.

À ces mots, il dégagea son bras et Becker éloigna Émilie de force.

Restez seuls en tête à tête, Methos et Bowali continuaient de se toiser mutuellement du regard tout en se rapprochant de plus en plus. Ils marchaient lentement et de côté, formant un cercle dont le diamètre rétrécissait un peu plus à chaque instant, laissant au plus vieil Immortel l'opportunité d'étudier son adversaire.

Bowali était armé d'une hache en silex et Methos jugea qu'il avait toutes ses chances. Il suffisait de le désarmer. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Bowali poussa soudain un cri de guerre terrifiant, faisant s'envoler une nuée d'oiseaux de la cime des arbres, et se précipita en courant à toutes jambes.

Mais Methos s'y était préparé. Il attendit le dernier moment pour lever son épée et para le coup que lui portait son adversaire. Bowali replia son bras, dégageant sa hache, et Methos en profita pour contrattaquer en fendant l'air avec son épée, mais manqua sa cible.

Anticipant son mouvement, Bowali s'était jeté au sol et roula sur le côté juste au moment où Methos abaissait à nouveau sa lame dans l'espoir de le frapper au sol, puis se releva. Malgré ce coup raté, Methos ne lui laissa néanmoins pas le temps de reprendre son souffle et se lança à nouveau dans la mêlée.

Le combat fut acharné. De toute évidence, Methos avait sous-estimé son opposant : lui qui pensait que le Korowai devait manquer d'entraînement se rendait à présent compte de son erreur. Mais quelle que soit l'issue du combat, au moins Émilie était sauvée. Si Becker ne le voyait pas revenir après le Quickening, alors il comprendrait et saurait ce qu'il faut faire. C'était le plus important.

Le silex affûté de la hache râpa contre la lame de l'épée Ivanhoé et resta coincée contre la garde. Comprenant que c'était sa chance, Methos tira un grand coup sur la poignée de son arme, arrachant la hache des mains de son adversaire, qui fit un vol plané pour atterrir mollement et disparaître dans les fougères, à une dizaine de mètres.

Hors d'haleine, Bowali leva les paumes en signe de reddition et pencha la tête sur le côté pour mieux exposer sa nuque. Les dés étaient jetés.


[1] Bob Dylan Knocking on Heaven's door (1973)

[2] Avril Lavigne I'm with you (2002)