Hello !
Encore un grand merci à Chris pour ses reviews ! On approche lentement mais sûrement de la fin, j'en ai peur :-(
Bonne lecture quand même ;)
Décembre 2005, Fontevraud, France
-Comment ça, tu ne vas pas venir ? murmura Methos dans le combiné du téléphone.
Il avait mis son portable sur vibreur dans l'espoir de pouvoir dormir un peu mais c'était sans compter sur Amanda.
-Si, je suis en route, s'impatienta l'Immortelle à l'autre bout du fil. Mais le moteur de ma voiture a lâché, ce n'est tout de même pas ma faute, si ?
-Tu as pensé à faire les révisions, au moins ? railla-t-il.
-Oh, ça va ! râla-t-elle. Je suis dans un garage du côté de Chartres et j'attends qu'on me trouve une voiture de location pour continuer ma route.
-On ne peut vraiment pas compter sur toi ! s'emporta Methos.
Et sans ajouter un mot ni attendre de réponse, il lui raccrocha au nez.
L'Immortel était tellement furieux que de la fumée semblait sortir de ses narines. Il respira plusieurs fois profondément dans l'espoir de se calmer puis regagna la chambre. Lui qui s'était enfermé dans la salle de bain pour éviter de réveiller Émilie eut la désagréable surprise de la voir assise dans le lit, sa lampe de chevet éclairant ses traits encore marqués par le sommeil.
-Quand est-ce que vous allez vous décider à faire la paix, tous les deux ? gronda-t-elle.
Il avait beau être deux heures du matin, elle le toisait d'un regard sévère, les yeux plissés et les bras croisés sur sa poitrine. Pendant l'espace d'un instant, Methos se surprit à penser qu'elle ferait une mère un tantinet autoritaire – sans doute un transfert de sa propre éducation.
-Tu crois vraiment qu'elle avait envie de tomber en panne ?
Ainsi donc, elle avait entendu leur conversation au travers du panneau de porte. Pour toute réponse, Methos grommela quelques paroles inintelligibles tandis qu'il traversait la pièce pour venir se recoucher.
-Et puis le retard d'Amanda peut être une aubaine, poursuivit la jeune femme en le suivant du regard.
-Ah, mais moi je ne demande qu'une seule chose : qu'on puisse être un peu tranquille tous les deux, rappela l'Immortel en remontant les draps jusque sur son torse. Mais dans le contexte actuel, je ne suis pas sûr que…
-Encore une fois, coupa Émilie, Antoine a peur de toi. Peut-être que si tu me laissais me promener un peu toute seule, il…
-C'est hors de question ! s'écria Methos.
Ses yeux semblaient lancer des éclairs mais la jeune femme ne se laissa nullement impressionner. Elle commençait à avoir l'habitude.
-Je sais que tu t'inquiètes pour moi mais j'aurais beaucoup plus de chances de réussir à raisonner Antoine si tu me laissais lui parler seule à seul. Or je pense que tu lui as vraiment fait peur tout à l'heure, et je doute qu'il prenne le risque de revenir si tu es dans les parages.
À ces mots, Methos éclata de rire. Un rire jaune, caustique et sans joie.
-Tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ? s'indigna-t-il. Tu me demandes de débarrasser le plancher pour laisser le champ libre à ton ex ! Dis-le, si tu préfères qu'il soit le père de tes enfants !
-Alors nous y revoilà ? s'énerva Émilie.
Terriblement agacée, elle repoussa les couvertures et se leva d'un bond. Elle avait comme une horrible sensation de déjà-vu.
-Tu ne vas pas me refaire une crise de jalousie comme avec Becker, si ? Adam, que les choses soient bien claires : la seule chose que je veux, c'est tenter de calmer Antoine pour qu'il ne lui vienne pas l'idée de s'en prendre à toi, et…
-Mais qu'il vienne ! Je l'attends !
-… et qu'il accepte de reprendre son entraînement avec Amanda, acheva la jeune femme en grinçant des dents. Je sais que tu te fiches royalement qu'il vive ou qu'il meure, mais moi pas. Or nous savons tous les deux que s'il prend la fuite devant toi et disparaît dans la nature, alors il se fera décapiter par le premier Immortel qui croisera sa route. J'aimerais bien lui éviter cette peine.
Bien que toujours tremblant de rage et de jalousie, Methos ravala ses sarcasmes. Émilie avait raison, il ne le savait que trop bien. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se faire un sang d'encre.
-Et s'il te kidnappe ? lâcha-t-il alors en croisant à son tour les bras sur sa poitrine d'un air boudeur, toujours assis dans le lit. Je te rappelle que ce n'est plus seulement ta propre vie qui est en jeu. Tu es responsable de deux de plus.
À ces mots, Émilie posa ses mains sur son ventre et baissa les yeux, l'air honteux. Il y eut un instant de silence, puis elle releva lentement la tête.
-Je suis sûre qu'Antoine ne me fera pas le moindre mal, dit-elle d'une voix douce en se hissant à genoux sur le matelas. Il faut que j'essaie.
Elle le dévisageait à présent d'un air presque suppliant et Methos expira bruyamment par le nez.
-D'accord, dit-il. Mais tu restes à l'intérieur de l'abbaye, et de préférence toujours en vue d'autres personnes.
-Tout ce que tu voudras, s'empressa d'acquiescer Émilie.
Methos expira à nouveau, cette fois par la bouche et lança à sa femme un nouveau regard inquiet.
« Je sais qu'un jour ton tour viendra. Ne t'inquiète pas, personne n'est condamné. Fils de rien ou fils de roi, où tu seras, je serai à tes côtés. Il y a toujours cet ange au fond de toi, où tu iras, prêt à te consoler. »[1]
-On ferait bien d'essayer de se rendormir, reprit-il après quelques secondes de silence.
-Bonne idée, approuva la jeune femme.
À ces mots, elle s'installa à nouveau à sa place sur la gauche du lit – ou la droite, selon comme on se plaçait – et rabattit les couvertures sur elle avant de se tourner à nouveau vers Methos. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
-Je t'aime, murmurèrent-ils d'une seule voix.
Ils échangèrent un sourire puis un baiser passionné.
Dans le gîte qu'il avait loué à au dernier moment par téléphone, à seulement quelques kilomètres de l'abbaye, Antoine faisait les cent pas. Il réfléchissait. Il avait réussi à éloigner cet Immortel pendant plusieurs minutes, quelques heures plus tôt, mais avait finalement pris peur lorsqu'il l'avait senti se rapprocher de nouveau. De toute évidence, cet homme était expérimenté – plus que lui en tout cas, mais ce n'était pas un exploit – et ne semblait pas vouloir lâcher Émilie d'une semelle.
La jeune femme ne pouvait pas être au courant, c'était impossible. Elle l'aurait quitté depuis longtemps, sinon. Mais elle connaissait aussi Amanda. Un pur hasard. Oui, cet Immortel qu'elle avait épousé devait connaître Amanda, lui aussi, voilà tout. Elle lui avait dit et répété, au cours des longues semaines qu'ils avaient passées ensemble dans le Sud du Portugal, que les Immortels n'étaient pas tous nécessairement ennemis et que certains d'entre eux étaient même de proches amis. Il ne l'avait pas crue sur le moment, mais elle n'avait peut-être pas menti, finalement.
Quoi qu'il en soit, il ne pouvait pas laisser Émilie plus longtemps dans l'ignorance. Et entre un type qui lui mentait depuis des années sur sa véritable identité et lui, qui venait lui raconter toute l'histoire, il ne faisait aucun doute qu'elle le choisirait lui. Mais il n'y avait pas de temps à perdre, car si cet homme décidait d'emmener Émilie demain, alors il risquait de ne plus jamais les retrouver. Oubliant complètement que la jeune femme occupait à présent son poste à l'Université de Nanterre, Antoine empoigna son épée et quitta le gîte d'un pas résolu, ayant pleinement conscience qu'il n'aurait peut-être jamais l'occasion d'y revenir.
La respiration d'Émilie s'était à nouveau faite lente et profonde, signe qu'elle avait fini par se rendormir. Mais Methos, lui, se sentait parfaitement éveillé. Veillant à rester le plus discret possible, il se leva sur la pointe des pieds et s'habilla en silence.
La nuit était claire mais le fond de l'air froid. Où était donc passée la « douceur angevine » que Joachim du Bellay avait tant vantée dans son célèbre poème « Heureux qui comme Ulysse » ? L'épée au fourreau, et le fourreau solidement accroché à la ceinture, l'Immortel descendit dans le cloître plongé dans ténèbres. Les jeux d'ombres avaient de quoi impressionner les âmes sensibles mais lui n'était pas à ça près – il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus peur des fantômes ! Tandis qu'il marchait au milieu des jardins, d'autres souvenirs lui revinrent en mémoire.
Octobre 1154, Falaise, Royaume de France
Un vent particulièrement violent soufflait en matin d'octobre 1154 mais le château de Falaise – qui avait vu naître Guillaume le Conquérant plus d'un siècle auparavant – tenait bon, droit et fier tel un cube de pierre sur son éperon rocheux.
Il n'y avait que quelques mois qu'Henri et son escorte avaient regagné le duché de Normandie après un séjour plus que fructueux en Angleterre, où Étienne de Blois, l'usurpateur, après moultes négociations, avait enfin consenti à reconnaître le jeune Plantagenêt comme l'héritier légitime de la couronne d'Angleterre. Mais pour l'heure, installé devant la cheminée au troisième étage du donjon aux murs drapés de tapisseries aux motifs de chasse à cour, le duc d'Aquitaine avait bien d'autres choses en tête.
-Il nous faut renforcer les défenses des frontières avec le Royaume des Francs, dit-il en appuyant ses doigts forts sur la carte posée sur la table devant lui. Ici, ici, et ici.
La demi-douzaine de chevaliers réunis en cercle autour de lui hochèrent la tête. Personne n'osa le contredire. Personne n'osait jamais le contredire. Parmi eux, Benjamin de Trèves suivait les dernières conquêtes d'Henri avec le plus grand intérêt. Ce jeune homme de vingt-et-un ans n'était décidément pas sans lui rappeler Arthur, même si ses velléités expansionnistes étaient bien plus profondément marquées que celle de l'ancien souverain de Logres, qui avait surtout mené une quête assoiffée de connaissance.
Henri venait tout juste de terminer sa phrase lorsque la porte de ses appartements s'ouvrit dans un grincement sinistre.
-Un message urgent d'Angleterre ! annonça le nouveau venu.
D'un simple geste de la main, le duc l'invita à parler.
« Le roi Étienne a trépassé en ce jour du vingt-cinq octobre de l'an de grâce mille cent cinquante-quatre », lut le messager. « Son successeur désigné est Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, duc de Normandie et d'Aquitaine. Le Roi est mort, vive le Roi ! »
Un lourd silence accueillit cette déclaration.
-Qu'est-ce donc que cette mauvaise plaisanterie ? s'emporta Henri.
Il s'était levé d'un bond, reversant sa chaise au passage. Malgré son jeune âge, pouvait être impressionnant lorsqu'il se mettait en colère. Il traversa la pièce à grandes enjambées et arracha le message des mains de son porteur.
-Par tous les saints ! s'exclama-t-il tandis que ses yeux parcouraient les quelques lignes. De Trèves !
-Sire, répondit le chevalier en s'empressant d'approcher.
Il prit à son tour le rouleau de parchemin que le duc lui tendait et le lut avec la plus grande attention.
-Se pourrait-il s'agir d'un faux ? s'enquit vivement Henri.
-J'en doute fort, Sire, s'inclina Benjamin. Le sceau est authentique.
À ces mots, Henri le dévisagea longuement. Puis sans avertissement aucun, il éclata de rire.
-Sacrebleu ! s'exclama-t-il en se claquant les cuisses. Envoyez un message à Chinon pour avertir ma tendre Aliénor ! ordonna-t-il. Et envoyez un émissaire en Angleterre pour annoncer notre arrivée. Je veux qu'on nous prépare le plus beau sacre qu'on ait jamais connu sur cette île de malheur !
Décembre 2005, Fontevraud, France
Pour sûr, le sacre d'Henri II Plantagenêt à l'abbaye de Westminster avait été grandiose – à l'image de son égo disproportionné. Methos avait eu l'honneur d'y assister mais ce dont il se souvenait le mieux, finalement, c'était de la beauté éblouissante d'Aliénor. Émilie avait raison, la duchesse avait tout à fait été le genre de femme qui attire son attention, mais l'Immortel avait su rester à sa place. Sans doute avait-il appris de son erreur avec Guenièvre…
Le cœur serré à cette pensée, l'Immortel secoua la tête. Il se trouvait à présent derrière le chœur de l'abbatiale, non loin de l'ancien couvent de la Madeleine. Et ce soir-là encore, comme huit cent ans auparavant, il n'était pas seul.
-Cette fois, tu ne m'échapperas pas, siffla-t-il entre ses dents.
Il dégaina son épée puis longea le mur jusqu'à la grille encastrée dans le tuffeau qui marquait l'un des accès à l'hôtel-restaurant. Un escalier de pierre menait à une plateforme au-dessus du portail et l'Immortel le gravit d'un pas rapide et souple, tel un félin. Antoine se trouvait dans la rue en contrebas et Methos n'hésita pas une seule seconde à sauter par-dessus le parapet.
Il atterrit lourdement trois mètres plus bas et étouffa un grognement. Décidément, toutes ces acrobaties n'étaient plus de son âge : il se faisait trop vieux pour ces conneries ! Il se redressa avec peine et s'avança d'un pas résolu en direction du jeune Immortel, sa lame dressée devant son visage, et Antoine l'imita.
-Je suis prêt à me battre ! prévint-il.
Son ton était si peu convaincant que Methos ne put s'empêcher d'éclater de rire.
-Tu es tout sauf prêt ! rugit-il en bondissant vers lui.
Surpris par son attaque, Antoine poussa un cri strident et esquiva le coup de justesse.
Sachant parfaitement qu'ils ne pouvaient pas se battre à cet endroit sans risquer de réveiller les riverains, Methos continua d'avancer en direction de son jeune adversaire, le forçant à reculer. Lorsqu'ils ne furent plus entourés que de verdure, le plus vieil Immortel revint soudain à la charge et les lames s'entrechoquèrent pour la première fois. Pendant une fraction de secondes, Methos crut qu'Antoine allait lâcher prise sous la violence du choc mais le jeune homme tenait sa poignée à deux mains.
Une ombre de terreur vint alors obscurcir le visage du jeune Immortel tandis qu'il prenait conscience d'un fait inéluctable : il se battait pour de vrai, cette fois, il ne s'agissait pas d'un entraînement sans conséquence.
« Silent night for the rest of my life. Silent knight at the edge of your knife. »[2]
Sans vraiment réfléchir à ce qu'il faisait, Antoine poussa un cri de guerre et repoussa de toutes ses forces la lame de son adversaire.
À deux cent mètres à vol d'oiseau, Émilie se réveilla en sursaut. Elle venait de faire un horrible cauchemar dans lequel Adam et Antoine se battaient à l'épée. La jeune femme tendit alors la main à la recherche du corps agréablement chaud de son époux. Mais le lit était vide et les draps avaient eu le temps de refroidir.
Soudain prise d'horreur, Émilie se redressa et alluma sa lampe de chevet. La chambre était déserte et la pile de vêtements posées sur le dossier d'une chaise avait également disparu. Pour Émilie, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : Adam était parti à la recherche d'Antoine.
Les hypothèses les plus folles envahirent alors l'esprit de la future mère : craignant qu'elle puisse le quitter pour retourner auprès d'Antoine, Adam aura pris la décision de le tuer et de se débarrasser de son corps pour lui faire croire que son ancien petit ami avait lâché l'affaire. Ou alors, il avait senti Antoine rôder devant l'hôtel et était allé lui demander de partir ? Il est peut-être simplement sorti faire un tour histoire de prendre l'air, soupira une voix fatiguée dans un coin de sa tête. Quelle que soit la vérité, il fallait qu'elle en ait le cœur net. Elle s'habilla en toute hâte, s'emmitoufla dans son écharpe et son manteau, et sortit dans la nuit.
L'abbaye était entourée de hauts murs qui empêchait l'accès depuis l'extérieur par un autre côté que le hall de l'hôtel et l'entrée des visiteurs. Émilie traversa les jardins et longea la cour Saint-Benoît qui abritait autrefois l'infirmerie. Maintenant qu'elle se trouvait à l'air libre, elle percevait des sons qui lui étaient malheureusement bien trop familiers.
-Non ! s'écria-t-elle d'une voix aiguë.
Mais personne n'était là pour l'entendre. Prise de panique, elle sentit son cœur s'emballer tandis qu'elle tournait sur elle-même, cherchant l'origine des cliquetis métalliques. Mais les deux Immortels n'étaient pas là, bien sûr : ils ne pouvaient pas se battre sur un sol sacré.
-ADAM ! hurla-t-elle.
Les larmes aux yeux et la respiration haletante, elle courut vers en direction du combat se retrouva bientôt au pied du mur – littéralement.
Le combat faisait rage de l'autre côté du rempart et Émilie crut qu'elle allait défaillir. Jamais encore elle ne s'était sentie aussi impuissante qu'à cet instant. Mis à part cette fois-là, au Bénin… Le souffle court, elle chercha désespérément un moyen d'escalader la paroi. Du lierre avait poussé à un endroit et la jeune femme tenta de s'y accrocher mais c'était peine perdue car les fines branches cédaient dès qu'on tirait un peu dessus.
Ses mains s'étaient soudain mises à trembler. Les deux Immortels étaient tous proches, elle pouvait entendre leurs plaintes provoquées par l'effort au milieu des tintements des lames. C'est alors qu'elle se rendit compte que plusieurs arbres étaient plantés à proximité de la muraille. Sans doute des pommiers, mais cela n'avait pas la moindre espèce d'importance. La seule chose qui comptait, c'était que l'homme qu'elle aimait était sur le point de tuer celui qu'elle avait jadis aimé. Elle ne pouvait pas le laisser faire !
Elle courut vers l'arbre le plus proche et posa son pied gauche à l'endroit où le tronc se séparait en deux ramifications, à cinquante centimètres du sol. Prenant appui sur les branches au-dessus de sa tête, la jeune femme se hissa sur la souche. C'était l'un de ces fameux moments comme elle en avait souvent connus en expédition, et a fortiori depuis qu'elle connaissait Adam, où sa peur disparaissait presque totalement pour laisser place à une bravoure téméraire – parfois même un peu stupide. Heureusement, sa phobie du vide lui était passée depuis son expérience chez les Korowai !
L'arbre était complètement dénué de feuilles en cette saison et les pupilles de la jeune femme avaient fini par s'habituer un peu à l'obscurité. Lorsqu'elle fut arrivée à une hauteur suffisante, elle fournit un dernier effort pour s'asseoir sur une branche et baissa les yeux vers le combat.
Adam avait clairement le dessus mais Émilie aurait été surprise du contraire. Pourtant, il était loin d'être au maximum de ses capacités. À quoi jouait-il ?
De là où elle se trouvait, la jeune femme avait l'impression que son mari prenait un malin plaisir à torturer Antoine : tandis que lui n'avait pas subi la moindre égratignure, le jeune Immortel semblait blessé au moins au bras et à l'une des cuisses car il boitait. Pire encore, il peinait à maintenir sa lame en position défensive.
-Adam ! cria-t-elle à nouveau.
Mais l'Immortel ne l'entendit pas – ou peut-être avait-il simplement décidé de l'ignorer.
Les animaux blessés sont les plus dangereux.
Comme s'il avait pris cette maxime au mot, Antoine leva son épée au-dessus de sa tête. Cette tentative serait sa dernière, il le savait. Ce fut comme si le temps s'était subitement arrêté. Il régnait un silence de mort. Antoine chargea son adversaire en poussant un cri de rage et de désespoir qu'il n'entendit même pas. Il n'entendit pas non plus le gémissement d'horreur d'Émilie.
Son opposant para son coup si brutalement qu'Antoine sentit les os de ses avant-bras se briser sous le choc, et il lâcha son épée. Aveuglé par la douleur, le jeune Immortel poussa un hurlement déchirant qui mourut dans sa gorge à l'instant où la lame de son adversaire le transperça de part en part.
« Such a lonely day and it's mine. The most loneliest day of my life ! Such a lonely day should be banned. It's a day that I can't stand… »[3]
[1] Cathialine Andria Alors d'accord (2005)
[2] Billy Talent Devil in a midnight mass (2006)
[3] System of the Down Lonely Day (2002)
