DESTINY
Rapport n°15
Le guerrier
Les coups de feu retentirent dans tous les couloirs du vaisseau blanc, mais aucun ne semblait porter de fruits, que ce soit du côté des gardes ou de celui de Kana. Le soldat attrapa la manche de la jeune femme et l'entraîna plus loin, évitant ainsi les tirs et cherchant un meilleur endroit pour se cacher. Lorsqu'ils trouvèrent enfin un angle de mur, ils s'y arrêtèrent, et ripostèrent de nouveau pour empêcher leurs poursuivants de se rapprocher davantage. Mais tandis que les tirs adverses s'acharnaient sur le mur derrière lequel ils s'étaient réfugiés, le soldat jeta un œil au P90 de Kana. Au moment où elle voulut les arroser de balles, il saisit son arme et lui assura :
« Il vaut mieux ne pas gâcher vos munitions. Utilisons-les de manière plus intelligente. »
La jeune femme se sentit vexée par cette réplique, mais, admettant qu'il avait raison, elle le laissa prendre son arme. Il l'ouvrit et jeta un coup d'œil au chargeur. Ayant constaté qu'il s'agissait de balles, il replaça la cartouche et la rendit à la jeune rousse, qui s'empressa de la récupérer. Mais elle vit soudain le mystérieux soldat briser son arme contre le mur.
« Mais qu'est-ce que vous faites ?! S'indigna-t-elle tandis qu'il fouillait dans les débris.
- Ah ! Fit-il sans lui répondre, le voilà... »
Parmi tous les morceaux de feu son arme, il attrapa une sorte de pastille qui irradiait une faible lumière bleue. Il la ramassa précautionneusement et se tourna vers Kana :
« A mon signal, utilisez votre fusil pour toucher ceci, d'accord ?
- Mais qu'est-ce que vous allez en faire ?
- Contentez-vous de tirer au but ! »
Il se leva rapidement et se jeta dans le feu des ennemis, ce qui surprit Kana, qui s'avança pour le couvrir à l'aide de son propre zat. Elle grinça des dents de mécontentement tout en le voyant progresser en toute fluidité entre les coups adverses :
« Mais il est malade ! Pensa-t-elle en visant.
- Maintenant ! S'écria-t-il en lançant la pastille bleue sur les gardes. »
L'un d'eux, par réflexe, l'attrapa, juste avant que Kana ne la touchât dans le mille. A peine la balle entrée en contact avec cette étrange capsule, un flash bleu rayonna et le tout explosa au nez des gardes. Kana eut le réflexe de se cacher derrière l'angle du mur, se couvrant le visage et la tête de ses bras. Elle attendit comme ça quelques instants, le temps que l'explosion se calme, puis elle se releva et alla y jeter un coup d'œil. La légère fumée la fit toussoter, mais elle avança pour voir apparaître au milieu des particules une silhouette. Elle n'eut aucun mal à reconnaître le soldat qui l'avait aidée, car ne vit aucune aile dans son dos. Mais lorsqu'il sortit enfin de la poussière, elle le vit ôter péniblement son casque, dont un côté avait été gravement endommagé. Alors qu'elle s'inquiéta de sa santé physique, croyant qu'il était blessé, elle eut enfin l'occasion de voir le visage de celui qui venait de leur sauver la vie à tous deux. Sous cette épaisse armure, elle s'était attendu à voir un vieil escroc, une sorte de criminel couvert de cicatrices et des plus laids. Cependant, elle eut une bonne surprise, parce qu'elle ne trouva rien de tout cela, en fait il s'agissait d'un jeune homme, qui ne devait pas avoir plus de 25 ans. Le même âge qu'elle en somme.
Elle observa cet individu et, malgré la description de corps d'Apollon qu'elle s'en faisait en imaginant ses formes en dessous de l'armure, elle s'attarda surtout sur son visage, seule chose qui n'était pas cachée sous cet équipement. Son apparence ne collait pas du tout avec le style du dangereux criminel, ce qui la laissa perplexe. Le jeune homme avait un aspect assez particulier : outre de courts cheveux bruns aux reflets légèrement roux, sa peau avait une couleur pâle et faible, qui semblait ne pas avoir vu la lumière du soleil depuis bien longtemps. Tous les traits de son visage semblaient également doux, malgré un air fermé. Mais ce qui retint le plus l'attention de Kana, ce fut ses yeux : elle n'en avait jamais vu de semblables. Ils étaient d'un magnifique bleu éclatant, intense et profond. Lorsque, à travers la poussière, il l'aperçut, il lui demanda, la sortant de son inertie :
« Vous n'avez rien ? »
Elle resta silencieuse, continuant de le dévisager. Mais après une pause approfondie, elle lui demanda dans un mélange de méfiance et d'admiration :
« Mais qui êtes-vous ? Je veux dire, si vous n'êtes pas comme eux, alors qui ...?
- Prisonnier de guerre, répondit-il d'un ton neutre. »
Il s'échappa du nuage de fumée et la rejoignit en dehors de celui-ci. En passant à côté d'elle, il ramassa une lance abandonnée et poursuivit sa route dans le couloir. Mais tandis que Kana resta plantée, perchée sur ses pieds au milieu de cette scène navrante, elle entendit sa voix l'appeler :
« Il ne faut pas rester là, dit-il sans se retourner, tout en continuant de marcher. Si on ne condamne pas les anneaux de transfert, d'autres vont arriver. »
Kanahan releva la tête vers lui, et après une légère hésitation, elle lui emboîta le pas. Elle le rattrapa assez vite et lui demanda d'un ton légèrement enthousiaste :
« Alors, quelle est la suite du programme ?
- Comment ça ?
- Après avoir échappé à ces individus peu recommandables ? »
Le jeune homme en armure s'arrêta soudainement, et lui lança un regard surpris :
« ''Peu recommandables'' ? Vous débarquez sur un vaisseau où l'équipage vous dit que son prisonnier s'échappe, et vous aidez le prisonnier en dénigrant les occupants ?
- Je ne décrirais pas les choses comme ça, mais vous...
- Quoi alors ? Reprit-il quelque peu énervé, vous aidez le parti qui ressemble le plus aux humains ? En voilà une drôle de conception...
- Hé ! Fit-elle vexée, je n'ai rien demandé à personne, moi ! Ils m'ont prise en chasse parce qu'ils m'ont prise pour vous, c'est tout ! C'est vous qui m'avez embarquée là-dedans ! »
Il prit de l'avance sur elle en accélérant le pas, mais elle n'avait pas l'intention de le lâcher, aussi elle courut pour le rattraper et poursuivit :
« Je peux très bien vous empêcher de condamner les anneaux et vous livrer à eux...
- Et puis quoi encore ? Rit-il dans son élan entraîné, vous croyez vraiment qu'ils vont vous pardonner le massacre de tout à l'heure ? Et puis d'abord, d'où vous sortez ? Il n'y avait qu'eux à bord des deux vaisseaux.
- Moi je viens de ce vaisseau-là, répondit-elle en désignant l'Apollo II par la baie vitrée qui recouvrait le mur qu'ils longeaient.
- Vous devriez y retourner tout de suite alors, répondit-il contrarié.
- Pourquoi ? Demanda Kana en plaisantant mais sur un ton sarcastique, ça vous ferait un problème en moins ? Ne vous donnez pas la peine de me remercier de vous avoir sauvé la mise à l'instant...
- Pff, je m'en sortais très bien jusqu'ici.
- Ah oui je vois ça, ironisa-t-elle, vous avez failli vous faire gazer et exploser mais bon.
- Écoutez, s'énerva-t-il en se retournant, je ne vous ai pas demandé de me suivre. Alors retournez sur votre vaisseau et laissez-moi m'occuper de celui-ci. »
Il reprit son pas décidé et allait enfin la semer lorsque celle-ci revint se camper sur son passage, et lui annonça d'un ton ferme et déterminé :
« Et si je refuse ? »
Elle vit alors apparaître sur son doux visage une expression fortement contrariée, voire exaspérée. Il soupira avant de reprendre, d'un ton agacé :
« Pourquoi est-ce que vous insistez comme ça ?
- Parce qu'autant de monde pour un seul prisonnier, je trouve ça louche. Qu'est-ce que vous avez fait pour mériter autant d'attention, ''prisonnier de guerre'' ? »
Il la poussa en dehors de son passage, tout en lui répondant méchamment que ça ne la regardait pas. Puis il reprit à nouveau sa marche, pour cette fois enfin arriver là où il voulait : la salle de contrôle. Mais Kana continua de le suivre, et l'observa fouiller dans les fichiers des écrans tactiles. Beaucoup d'infirmations de couleurs bleues et vertes flottaient contre les murs nacrés, tels des hologrammes, des hologrammes tactiles que le jeune homme maniait aisément. Elle resta stupéfaite en comprenant que les divers symboles qui s'affichaient étaient en fait un langage, sans doute celui qu'elle n'avait pas compris sur les bouches des gardes. Elle s'exclama :
« Vous y comprenez quelque chose ?
- Mais d'où vous sortez donc, pour ne pas connaître la langue de base de Feyah ?
- Feyah ? Désolée je ne connais pas, mes amis et moi venons d'une autre galaxie.
- Oh d'accord, fit-il sans être vraiment étonné. Eh bien vous auriez mieux fait d'y rester.
- Vous êtes lourd à toujours dire ça, grommela-t-elle en croisant les bras.
- Vous avez vu ces types ? Demanda-t-il exaspéré en tournant la tête vers elle, c'est l'accueil qu'ils réservent à tous ceux qui arrivent dans cette galaxie. Il va falloir vous y faire, vous êtes dans le repère de ces plumeux : bienvenue dans la galaxie de Feyah.
- Oh merci, fit-elle en calmant son énervement.
- Ce n'était pas encourageant, insista-t-il. Bon écoutez, je ne sais pas ce que vous avez l'intention de faire là, mais moi je ne compte pas rester ici à attendre que d'autres viennent. Alors décidez-vous maintenant à retourner sur votre vaisseau, je ne veux impliquer personne.
- C'est un peu tard pour ça, non ?
- Vous vous décidez ou non ?! »
Kanahan ne lui accorda aucune réponse sinon un sourire malicieux. Il poussa un soupir d'agacement et alluma les moteurs avant de bloquer l'accès des anneaux. Il jeta un œil vers la fenêtre pour surveiller le vaisseau blanc, mais Kanahan s'approcha négligemment et lui demanda d'une petite voix innocente :
« Vous connaissez un vaisseau qui s'appelle l'Andorphée ?
- ... Non, répondit-il d'un ton ferme, quelque peu agacé.
- On essayait de le rattraper pour rejoindre des amis.
- Vous trouverez un moyen de les rattraper.
- Vous pourriez peut-être nous y aider ?… »
Kanahan fit soudain peser un silence bien lourd, qui rendit l'atmosphère plus oppressante. Le jeune homme renonça à ses manipulations sur les tableaux de bord et se retourna bien face à elle, complètement exaspéré :
« Qu'est-ce que vous insinuez ?
- Vous avez l'air de bien vous y connaître en technologies de cette galaxie. Booster des moteurs pour retrouver un vaisseau égaré ne devrait pas être très compliqué pour vous.
- Et pourquoi je ferais ça ?
- L'Andorphée est un vaisseau très puissant, ils ne pourront pas vous attraper à bord.
- Qu'est-ce que vous en savez ? C'est peut-être un vaisseau avancé, mais il n'est pas infaillible. Il ne fera jamais le poids contre leurs croiseurs, surtout s'ils envoient la Nef.
- Un vaisseau avancé, hein ? Ricana-t-elle, je croyais que vous ne le connaissiez pas ?
- J'ai besoin d'un vaisseau, c'est vrai. Mais c'est tout, celui-ci sera suffisant. Mais si vous tenez vraiment à retrouver ce bibelot, je vous y aiderais.
- C'est vrai ? Demanda-t-elle remplie d'espoir.
- Ça me permettra de me débarrasser de vous. »
Kanahan s'en sentit vexée, elle venait de perdre son sourire confiant. Le jeune homme en armure continua de fouiller dans les systèmes, mais il commença à s'énerver :
« Mais où est-ce qu'ils ont mis l'hyperpropulsion ? »
Il se retourna, sortit un autre prototype de zat de son armure et traversa toute la pièce pour en rejoindre l'autre côté. Kana, perplexe, le suivit du regard, surtout s'il cherchait l'hyperpropulsion. Son zat et son P90 en mains, elle scruta ses actions des yeux. Mais lorsqu'elle comprit qu'il venait de trouver ce qu'il cherchait, elle le prit en joug :
« Arrêtez tout de suite ce que vous faites. Il n'est pas question de passer en hyperpropulsion maintenant. C'est le meilleur moyen de semer l'Apollo II.
- C'est le meilleur moyen de semer le vaisseau de ces plumeux, répondit-il sans bouger. Et vous aurez beau me menacer avec ça, je ne bougerais pas.
- Bon, si vous le prenez comme ça... »
Kanahan arma son P90 et tira une balle dans la jambe du jeune homme. Cependant, la balle rebondit contre son armure, et vint s'écraser au sol. Elle hésita un instant, et fit de même avec son zat. Mais le résultat fut le même, l'armure le protégea du tir. Il se tourna vers elle et pointa son arme sur elle :
« Bon, lui dit-il. Ça ne m'amuse vraiment pas, alors posez votre arme. »
Elle se retrouva ainsi dans l'obligation de le faire, et obtempéra.
« Écoutez... Zeph, reprit-il, je n'ai pas le temps de jouer à ce petit jeu, d'accord ?
- Comment connaissez-vous mon nom ? Demanda-t-elle surprise. »
Le jeune homme pointa du doigt l'étiquette de son gilet, où était cousu le dit nom. Elle vérifia l'étiquette, puis le fixa :
« Vous savez lire cette langue aussi ?
- Je l'ai apprise il y a quelques années, répondit-il en baissant son arme. Maintenant, si vous voulez bien me laissez finir ça, ça ne prendra pas longtemps.
- Ils ont l'air de beaucoup vous en vouloir, ces gars. Je me demande pourquoi... »
Son interlocuteur lui répondit d'une voix sèche que ça ne la regardait pas, mais comme il lui tournait le dos, elle profita de son inattention pour le désarmer d'un coup de pied. L'arme vola à l'autre bout de la pièce, et commença une lutte à mains nues sans pitié au milieu des écrans hologrammes. Kanahan commença par lui envoyer un bon coup de poing au visage, ce qu'il n'apprécia pas. Mais ce ne fut que lorsqu'elle réessaya qu'il se décida à riposter. Kana utilisa alors une stratégie qu'elle tenait du SGC : elle prit la fuite en partant à l'autre bout de la pièce, il la poursuivit en courant mais elle s'arrêta soudainement et lui fit un croche-pied. Il tomba ventre à terre et Kana en profita pour lui sauter dessus. Elle le fit avec une délicatesse d'éléphant, ce qui lui coupa le souffle pendant quelques secondes. Mais il se retourna et l'écrasa sur le sol. Pour se dégager, Kana lui pinça la fesse, ce qui le fit sursauter. Elle sortit aussitôt d'en dessous de lui et lui attrapa l'oreille. Déstabilisé, il se fit tirer sur plusieurs mètres avant d'attraper des cheveux bouclés qui pendaient. Elle relâcha prise pour lui attraper la main et essayer de le faire lâcher sa chevelure, mais comme cela ne marchait pas, elle leva la jambe et lui donna un coup de genoux dans la partie sensible. Mais heureusement pour lui, son armure comportait une coquille, ce qui fit que ce fut le genou de Kana qui souffrit. Cependant, elle se vengea en lui donnant un coup de coude dans le nez. Ça le poussa à terre, et elle se jeta sur lui pour l'achever, puis le regarda dans le blanc des yeux en lui disant :
« On peut arrêter ?
- Ça vaut mieux je pense, répondit-il à bout de souffle. »
Kana l'aida à se relever en tirant sur la lanière de cuir qui lui pendait au cou. Lorsqu'il fut face à elle, elle fut prise d'une irrésistible envie de contempler ses yeux. Tandis qu'ils tentaient tous les deux de reprendre leur souffle, elle se noyait dans son regard : il avait vraiment de très beaux yeux… Kana était partie dans ses pensées et fut ainsi surprise lorsqu'une secousse ébranla le vaisseau tout entier. Ils furent tous deux déstabilisés, et virent la pièce entière trembler. Vraisemblablement, la secousse avait été provoquée par un impact de tir sur la coque du vaisseau. Tandis que les deux se relevèrent, une lumière verte apparut sur les écrans, et semblait désigner la réception d'un message. Le jeune homme en armure toucha le symbole et lança le message. Se fit entendre une voix, vociférant quelque chose dans la langue que ne comprenait pas Kana. Pourtant, elle comprit que c'était une voix féminine. Elle ne comprit un traître mot de ce qu'elle disait, mais elle semblait très remontée. Le jeune homme toucha une deuxième fois le symbole et répondit, en la coupant :
« Comme si ! Arrête un peu de rêver, et retourne voir ta maîtresse pour le lui annoncer.
- Euh... Hésita Kana, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de les provoquer... »
Et elle avait parfaitement raison : en effet, le vaisseau blanc ouvrit de nouveau le feu sur eux. Le vaisseau trembla, et un mince filet de poussière descendit devant les yeux de Kana et de son acolyte provisoire. Les secousses étaient violentes, aussi la jeune femme commença à s'interroger, en paniquant légèrement, et demanda sur un ton très sonore :
« Il n'y a pas de boucliers sur ce vaisseau ou quoi ? On dirait que les impacts touchent directement la coque ?
- Des boucliers ? Répondit-il avec étonnement, vous devez être sacrément en retard dans votre galaxie ? C'est dépassé depuis longtemps ! Les plumeux utilisent des matériaux à moitié organiques, ça permet d'absorber tous les coups, enfin presque.
- Organiques ?! S'exclama Kana d'un air dégoûté, tout en regardant les murs d'un air louche. Donc on ne risque rien même s'ils nous tirent dessus ?
- Je n'ai pas dit ça, hésita-t-il en étant surpris de son ignorance. »
Kana lui jeta un regard suspect, et haussa un doigt réprimandant. Les secousses continuèrent de plus belle mais Kana s'en sentit moins apeurée. Pourtant, lorsqu'un voyant rouge s'incrusta sur les écrans, son anxiété reprit le dessus :
« Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-elle avec inquiétude.
- C'est mauvais ça, fit-il soucieux, tandis qu'il pianotait dans les systèmes. »
Voyant que son niveau de concentration avait besoin d'être à son maximum, elle essaya de ne pas l'embêter, puis entendit des bruits étranges semblant venir de l'extérieur, mais juste à côté du vaisseau. Il s'agissait de bruits mécaniques, puis de sortes d'impulsions. Elle comprit que c'étaient les armes de leur vaisseau, que le jeune homme utilisait pour riposter. Mais elle ne put s'empêcher de s'inquiéter à propos d'un détail assez imposant : leur cécité par rapport à l'extérieur. En effet, la pièce dans laquelle ils se trouvaient ne comportait aucune fenêtre, aucune bais vitrée, aucune ouverture qui leur aurait permis de surveiller l'ennemi. Lorsque Kana le fut remarquer, le jeune homme en armure fit glisser une main le long des écrans, et la jeune femme vit une baie panoramique s'ouvrir dans les murs, repoussant les écrans vers le sol. Elle put ainsi contempler non seulement le combat avec l'autre vaisseau blanc, mais elle put également apercevoir au loin l'Apollo II, en position de retrait. Elle se décida à aider son acolyte, grâce à son observation, à guider les projectiles vers leur cible, et aussi à en contrer des adverses. Cependant, ils étaient tellement occupés parmi toute cette agitation, qu'ils n'eurent pas le temps de renvoyer un tir qui vint frapper la coque au niveau de la pièce où ils se trouvaient. La secousse fut si violente qu'ils perdirent l'équilibre. L'impact résonna dans l'ensemble du vaisseau, et endommagea certains endroits à l'intérieur de celui-ci.
Ainsi, dans la secousse, l'une des colonnes qui maintenaient la salle des commandes s'effondra, et menaça de s'écraser sur Kana. Alors qu'elle la vit basculer dans sa direction, elle n'eut pas le temps de réagir, et se retrouva bien vite à terre, avec un poids conséquent sur elle. Par réflexe, elle avait fermé les yeux et s'était recroquevillée sur elle-même. Mais lorsqu'elle les rouvrit péniblement, sonnée par sa chute, elle constata qu'elle n'avait mal nulle part. Elle sentait pourtant quelque chose qui l'écrasait, aussi elle tourna la tête autour d'elle pour essayer de comprendre... et vit que le jeune homme en armure, pour la protéger, avait fait barrage avec son corps, et avait reçu le pilier sur les côtes. Comme il avait perdu connaissance, elle s'inquiéta pour lui, et essaya de les dégager tous deux en utilisant son P90 comme pied de biche pour repousser la colonne. Lorsque celle-ci roula un peu plus loin, et les libéra, elle se releva et constata que l'autre vaisseau n'avait toujours pas cessé son attaque. Elle voulut riposter à son tour, mais fut à nouveau bloquée par la langue. Elle se mit à paniquer, d'autant plus qu'elle doutait que son acolyte se réveille bientôt. Pourtant, elle fut sortie de sa torpeur lorsqu'elle vit de nouveaux symboles s'afficher. Ceux-ci étaient soulignés d'une sorte de barre de chargement, qui était complète. Kana eut une idée : et se demanda s'il s'agissait de l'hyperpropulsion, se souvenant que celle-ci se situait dans ce secteur. Elle jeta un coup d'œil triste par la fenêtre, et inspira un grand coup avant de se dire :
« Bon, on dirait que je n'ai pas le choix. »
Destiny, rapport n°15
fin
