DESTINY
Rapport n°17
Retour mouvementé
Kana s'apprêtait à toucher le symbole pour activer l'hyperpropulsion, lorsque le vaisseau blanc en face d'eux explosa, détruit par un drone en provenance de l'Apollo II, comme surgi de nulle part. Celui-ci s'approcha, passant entre les débris blancs, et s'arrêta au dessus du deuxième vaisseau, depuis lequel Kana et son compagnon les regardaient faire avec surprise. Ils entendirent brusquement du bruit en provenance du couloir, comme les grésillements d'une radio. Kana alla voir et ramassa son talkie-walkie en affichant un petit sourire satisfait de l'avoir retrouvé. Elle reconnut la voix caractéristique du colonel Ellis contrarié :
« Bon sang, répondez Kanahan !
- Oui monsieur ! Fit-elle en ayant peur qu'il raccroche.
- Ça vous amuse de nous faire une peur bleue pareille ? Reprit-il très remonté, pourquoi n'êtes-vous pas revenue en même temps que l'équipe ?!
- Demandez-leur plutôt pourquoi ils ne m'ont pas attendue lorsque je me suis perdue ! Renchérit-elle tout aussi énervée, j'ai dû me débrouiller comme j'ai pu.
- Bon, répondit-il en se calmant, on en reparlera une autre fois. On est juste au-dessus de vous, alors revenez vite à bord qu'on s'en aille d'ici.
- Je ne peux pas, monsieur.
- Vous vous fichez de moi ?
- L'accès aux anneaux est bloqué, je n'y suis pour rien.
- Dans ce cas on vous remorque. »
Kana retourna dans la salle des commandes pour rejoindre le jeune homme en armure, tout en sentant une faible mais longue secousse qui signalait sans doute l'approche del'Apollo II. Elle attendit que la secousse cesse pour comprendre qu'elle était revenue à bord. Elle sentit également une brusque augmentation de l'apesanteur, assez faible mais perceptible, et entendit sa radio grésiller de nouveau :
« Allez, maintenant sortez par la porte et venez nous faire votre rapport. Je me demande bien comment vous avez tenu le coup dans cette épave. C'est vraiment en très mauvais état, je vois même des trous dans la coque.
- Je ne peux pas sortir pour l'instant, reprit-elle en jetant un regard à son acolyte.
- Pourquoi ? Vous êtes blessée ?
- Non, non, rassurez-vous. Mais laissez-moi quelques minutes s'il vous plaît. »
Elle se tourna vers son acolyte et lui annonça :
« Ils sont partis, vous n'avez plus besoin de fuir.
- Que vous dites ! Ils ont compris qu'ils n'étaient pas de taille cette fois, mais n'espérez pas qu'ils renoncent aussi facilement.
- Mais pour l'instant, il n'y a plus rien à craindre. »
Sans s'en rendre compte, elle lui adressa un petit sourire timide, mais cela n'apaisa pas le jeune homme, qui fut incapable de lui sourire en retour. Malgré son expression préoccupée, Kana ne put s'empêcher de le dévisager. Même avec un visage fermé, ou peiné, elle le trouvait vraiment attrayant... Elle était incapable de le quitter du regard.
Mais tandis qu'elle se perdait dans ses pensées, elle fut ramenée à l'ordre lorsque sa radio grésilla. Encore une fois, Ellis l'appelait :
« Kanahan, l'équipe est là, mais est-ce que vous pourriez ouvrir la porte, histoire qu'on puisse la repérer ? Cette coque est complètement lisse, elle doit être dissimulée. »
Tandis que le jeune homme se retint de rire, la jeune rousse hésita un instant, et chercha avec acharnement dans ses souvenirs avant de répliquer :
« Euh... Fit-elle perplexe, je ne me souviens pas avoir vu de porte, monsieur.
- Moi non plus, confirma Smithson.
- Quoi ? Hésita Ellis, planté devant le vaisseau blanc avec quelques membres du personnel, on ne peut pas y entrer sans les anneaux ?
- Apparemment non, annonça Walker, perché sur le toit du vaisseau en inspectant sa coque avec une équipe de scientifiques. Mais si on fouille bien partout, on trouvera peut-être une crevasse suffisamment grande pour évacuer mademoiselle Zeph.
- On est pas sortis de l'auberge, s'exclama le colonel, exaspéré. Vous tiendrez le coup jusque là ? Demanda-t-il à Kana par radio.
- On tiendra, ne vous en faites pas.
- ''On'' ? Ne me dites pas qu'il reste un de ces aliens vicieux à bord ?
- Non rassurez-vous, répondit-elle d'un rire nerveux. C'est leur prisonnier.
- Ouh là, reprit Ellis, ça ne me dit rien qui vaille ça. »
Tandis que Kana grimaça devant la réticence de son supérieur, cela amusa son compagnon, qui essaya de se retenir de rire. Puis il souffla :
« Bon, on dirait que je n'ai pas le choix.
- Comment ça ? Demanda-t-elle, étonnée.
- Je vais vous aider à retrouver l'Andorphée, et après je repartirais avec ce vaisseau. »
Kanahan ne put retenir un sourire ravi, illuminant sa mine réjouie de passer un peu plus de temps avec lui. Ainsi, elle espérait avoir plus de temps pour le convaincre de rester avec eux. Il utilisa les systèmes pour essayer de déverrouiller les anneaux, mais les dégâts causés par la bataille avaient endommagé plusieurs commandes. C'était plutôt problématique, car cela voulait dire qu'ils étaient coincés jusqu'à ce que l'équipe ne trouve une ouverture. Pour patienter, le jeune homme transféra les coordonnées de l'Andorphée sur un support, toujours holographique, mais portable. Cela impressionna Kana, qui ne savait pas comment il avait fait :
« Woww, fit-elle épatée. Si je ne connaissais pas un minimum les technologies avancées, ça passerait pour de la magie. »
Mais cette ambiance bon enfant retomba rapidement avec le manque de passe-temps, et ils se remirent à attendre, en s'asseyant dos au mur. Dans le silence persistant parce que Kana ne savait plus quoi lui dire, elle donna quelques coups d'œil par la fenêtre et dans le couloir. Mais alors qu'elle commençait à s'endormir à force d'attendre, elle sursauta légèrement lorsque la tête du jeune homme qui venait de s'endormir vint tomber sur son épaule. Elle le trouva si mignon qu'elle n'osa pas le réveiller. Mais elle ne voulait pas succomber elle aussi au sommeil, aussi elle fit quelques étirements au niveau du cou et aperçut une grande fissure au dessus d'eux.
Elle prit sa radio et l'annonça à Ellis, d'un ton feutré pour ne pas réveiller son compagnon. Comme le vaisseau de nacre était très grand, le colonel lui demanda de trouver quelque chose pour signaler sa position, mais la voix du colonel à travers la radio eut l'effet que Kana redoutait : elle tira du sommeil le jeune homme en armure. Comme il avait entendu la conversation, il lui proposa de tirer des coups de zat'n'ktel à travers la fente. Les scientifiques s'y hâtèrent alors et constatèrent que, heureusement, la fissure était suffisamment large pour que Kana puisse remonter en y passant. Mais même si son compagnon lui faisait la courte-échelle, ou si elle lui grimpait sur les épaules, le plafond était trop haut pour qu'elle puisse l'atteindre. Aussi les militaires y firent passer une corde, et ils les hissèrent pour les faire sortir de cette boîte de conserve. Lorsqu'elle sortit enfin du vaisseau blanc, Kana sentit comme une légère odeur empoussiérée dans le grand hangar. Cependant, tous les membres du personnel qui se trouvaient là regardèrent le jeune homme en armure d'un drôle d'air, quelque peu suspicieux à cause de son équipement. Kana, du haut du toit du vaisseau blanc, leur annonça :
« Ne vous inquiétez pas, lui est parfaitement humain.
- Qui est-ce ? Demanda le colonel avec méfiance.
- Il m'a sauvé la vie, hésita Kana. Et il va nous aider à retrouver l'Andorphée. »
L'infirmier s'approcha doucement et se hasarda à demander :
« Comment ça, il vous a sauvé la vie ? »
Après une légère hésitation, Kana expliqua vite fait comment il l'avait protégée du pilier qui menaçait de l'écraser, et elle insista pour que l'infirmier vérifie son état de santé. Sous les explications de Kana mais les protestations du jeune homme, il vérifia ses côtes, tant bien que mal si on considérait l'épaisse armure qu'il n'arrivait pas à enlever. Mais malgré cela, il put sans nul doute assurer qu'il n'avait rien de cassé, aucune fracture ou fêlure notée. Le jeune homme répliqua alors :
« C'est ce que je vous ai dit !
- Cette armure doit être vraiment résistante, fit l'infirmier étonné. Mais je voudrais vous faire passer des examens complémentaires pour m'assurer qu'il n'y a vraiment rien.
- Et puis quoi encore ? Répondit-il vexé. »
Rassurée, Kana redescendit du toit du vaisseau, guidée par les membres de l'équipe de sécurité, qui se confondirent en excuses pour l'avoir oubliée. Mais lorsqu'elle se retrouva nez à nez avec le colonel Ellis, elle perdit son sourire amusé et se retrouva extrêmement mal à l'aise, sentant le besoin de se justifier. Mais contrairement à ce qu'il avait laissé paraître à la radio, il n'était pas fâché. Il ne dit rien à la rousse et regarda d'un œil discret le nouvel arrivant, à qui Kana fit signe de venir. Lorsqu'il arriva, le colonel le regarda de haut en bas, très attentivement, et lui demanda d'un ton inquisiteur :
« Alors comme ça vous étiez le prisonnier de ces aliens ?
- Et alors ? Répondit-il froidement.
- Eh ben, rit alors Ellis, il a du caractère. Il va falloir apprendre la politesse si vous comptez rester ici et rejoindre cet équipage.
- Qui a dit que j'allais m'éterniser ? Reprit-il du même ton froid. »
Le colonel le regarda avec insistance et interrogation, tandis que le reste du personnel qui se trouvait là sembla surpris. Kana en fut déçue et le lui fit comprendre. Malgré cela, ayant compris qu'il les aiderait à rejoindre l'Andorphée, le colonel le conduisit à la salle de contrôle, où il entra les coordonnées et programma le retour sous le regard attentif du docteur Walker, qui lui dit alors, dans un enthousiasme non réfréné :
« Vous semblez très bien connaître les technologies anciennes.
- Oui, hésita-t-il, elles sont très répandues dans cette galaxie...
- Si jeune et déjà si intelligent ! Reprit-il avec admiration. »
Lorsque la configuration fut achevée, tous les membres de l'équipage vinrent remercier chaleureusement le jeune homme, qui en fut surpris et mal à l'aise. Puis Kana, à contre cœur, le raccompagna jusqu'au vaisseau dans le hangar. Là, Kana retrouva l'espoir : le vaisseau avait besoin de réparations avant de pouvoir reprendre son vol. Cependant, le jeune homme assura que les matériaux organiques composant la coque allaient vite se régénérer, ce qui lui fit perdre son petit sourire enthousiaste. Puis, alors qu'ils montèrent de nouveau sur le toit, le jeune homme lui dit :
« Entrer les coordonnées, vous auriez très bien pu y arriver toute seule.
- En fait, lui répondit-elle avec une mine hésitante, j'espérais vous convaincre de rester.
- Vous savez très bien que ce n'est pas possible.
- Je ne sais pas ce que ces piafs vous veulent, mais nous avons la possibilité de vous aider. Vous n'avez pas répondu à ma proposition. »
Son protagoniste baissa un instant le regard, et, hésitant, finit par lui répondre :
« Vous aurez beau le vouloir de toutes vos forces, vous ne pourrez rien pour moi.
- Laissez-nous une chance. »
Il lui adressa un regard tendre, complémenté d'un petit sourire. Kana s'en retrouva toute drôle, et sentit la température de ses joues augmenter légèrement. Elle n'osa rien dire, mais elle obtint tout de même sa réponse en fouillant dans son regard désolé.
Elle hésita un instant, quelque peu déçue, et baissa la tête en lui demandant :
« Qu'est-ce que vous allez faire maintenant ?
- Je n'en sais rien, répondit-il gêné. Mais il vaut mieux que personne d'autre ne soit impliqué en attendant de régler cette affaire.
- Est-ce que... Hésita-t-elle en relevant timidement les yeux vers lui, est-ce qu'il y a des chances pour qu'on se revoit un jour ? »
Devant ce visage craintif, le jeune homme s'arrêta quelques secondes, étonné de voir qu'elle pouvait autant s'inquiéter pour un inconnu. Mais après une petite hésitation, il afficha un air attristé et lui répondit malheureusement :
« Il vaut mieux pas, non.
- Je vois... Fit-elle déçue. »
Elle lui offrit un dernier sourire qui, même s'il était forcé, restait amical et réconfortant. Puis elle le regarda descendre dans le vaisseau, qui attendit qu'elle soit descendue du toit pour décoller. Cependant, lorsque la porte du hangar se referma, elle se précipita dans les couloirs pour vite rejoindre la passerelle et apercevoir le vaisseau s'en aller. Elle le vit disparaître en hyperespace, et se mit à regretter de n'avoir pas réussi à le convaincre. Ce fut à cet instant qu'elle entendit une voix derrière elle qui semblait perplexe. C'était l'une des scientifiques qui s'adressait à tout le monde :
« Excusez-moi, hésita-t-elle, à qui est-ce ? »
Kana, curieuse, se retourna et resta abasourdie lorsqu'elle vit la scientifique montrer à tout le monde un collier. Ce n'était qu'une petite pierre, d'une étrange couleur dorée et pailletée, accrochée à un lacet qui avait été coupé par l'usure, que Kana reconnut sans aucune peine.
Elle afficha une petite mine à moitié chagrinée et à moitié surprise, et vint récupérer l'objet en faisant la moue et en annonçant :
« Oh non c'est dommage, c'était à lui. Il est reparti sans.
- Il a dû le perdre quand tout le monde s'est attroupé pour le remercier, fit remarquer la scientifique, qui se sentait étrangement concernée.
- Attention, annonça le docteur Walker à tout le monde. Cramponnez-vous, nous allons passer en hyperespace.
- Allez-y, répondit Ellis, ramenez-nous à la maison. »
Le docteur lança le programme installé par leur invité, et l'équipage sentit une secousse bien familière : celle de l'hyperpropulsion. Mais Ellis fut pris d'un doute :
« Et par rapport aux moteurs ? Demanda-t-il inquiet.
- Les hyperpropulseurs ont été configurés pour fonctionner à vitesse normale, expliqua Kana. C'était prévu, ne vous en faites pas. »
Ayant toute confiance dans les capacités de Kana, le colonel en fut rassuré. Ils attendirent quelques heures avant de ressortir d'hyperespace… devant un immense vaisseau. Soulagés de le reconnaître, l'équipage poussa des cris de joie et de soulagement, et Ellis eut le plaisir d'envoyer le message suivant :
« Ici le colonel Ellis, à bord du vaisseau Apollo II, est ce que quelqu'un me reçoit ?
- Colonel Ellis ? Demanda Jennifer par radio, quelle bonne surprise ! »
Kanahan, attroupée elle aussi à la fenêtre pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un mirage, s'extirpa du groupe pour réfléchir un instant. A l'écart de l'agitation, elle porta sa main à sa poche et en sortit délicatement le pendentif qu'elle avait ramassé. Elle le serra contre son cœur et pensa très fort dans sa tête :
« Merci. »
Destiny, rapport n°17
fin
