DESTINY

Rapport n°31

Réminiscence, partie 1

Kana avait enfin réussi à fermer l'œil lorsqu'elle fit à nouveau l'un de ces cauchemars qui lui glaçaient le sang et l'empêchaient de passer une bonne nuit. Elle s'était persuadé que ces souvenirs allaient s'estomper progressivement et la libérer, mais ils revenaient sans cesse la hanter. Elle savait aussi que Lazla lui avait envoyé la première vision, mais elle n'avait toujours pas eu l'occasion de lui parler pour savoir pourquoi. Et, la seule chose qui la préoccupait à ce moment-là, c'était de se réveiller de cette vision-ci. C'était toujours la même chose : elle se trouvait à Atlantis au milieu des anciens, qui nourrissaient de la méfiance envers elle. Le dernier souvenir, celui qu'elle eut cette nuit-là, lui montra le jour où les anciens commencèrent à la chasser, après le procès. Mais ces souvenirs n'étaient pas les siens, mais ceux de l'altéran. Elle espérait que ces visions la conduiraient jusqu'à lui : car si ce n'était pas pour le retrouver, pourquoi avait-elle ses souvenirs ? Seulement elle n'avait aucun moyen de savoir où il se trouvait actuellement. Aussi elle attendait avec impatience le prochain souvenir, qui serait sans doute plus utile pour le savoir…

Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle était tranquillement allongée dans son lit, emmitouflée dans ses draps. Mais alors qu'elle voulut fermer les yeux pour se rendormir, elle entendit son voisin de chambre remuer. Lui aussi faisait un cauchemar. Elle n'osa pas aller le voir, mais c'est ce qu'elle finit par faire. Elle frappa doucement à sa porte, mais il n'ouvrait pas. Alors, en désespoir de cause, elle y entra quand même. Le jeune homme était encore endormi, mais son sommeil était vraiment agité. Elle s'en approcha doucement et voulut le réveiller. Mais au moment où elle voulut le secouer, il gémit :

« Non... Qu'est-ce que tu fais ? Ana... »

Cela surprit Kana, qui s'arrêta dans son élan. C'est alors qu'il se redressa soudainement en se réveillant. Il sursauta lorsqu'il la vit, et, voyant qu'elle était encore en chemise de nuit, il soupira en engouffrant sa tête dans ses mains :

« Excuse-moi, lui dit-il, je t'ai réveillée ?

- Ce n'est pas grave, lui répondit-elle, je ne dormais pas.

- C'est ce que tu me dis à chaque fois, je vais finir par ne plus te croire, reprit en se levant pour aller s'essuyer le visage.

- Je m'inquiète pour toi, est ce que ça va ? J'ai entendu des drôles de bruits…

- C'est rien, c'était juste un cauchemar.

- Tu as l'air d'en faire beaucoup depuis ton arrivée ici…

- N'y crois pas : j'en ai toujours fait. J'ai l'habitude, t'en fais pas. »

Il essayait de le cacher, mais Kana voyait bien qu'il n'allait pas aussi bien qu'il le prétendait. Il était trempé de sueur, et Kana aurait bien voulu qu'il lui confie son rêve. Malgré que ce prénom l'intriguait, elle n'insista pas. Elle commençait à le connaître depuis qu'il était à bord, et elle voyait bien que ça le mettait mal à l'aise de parler de lui, elle savait aussi qu'il se renfermait si elle le forçait. Elle se contenta de lui souhaiter une bonne nuit et de retourner dans sa chambre. Elle se recoucha mais ne parvint pas à refermer l'œil. Lui non plus d'ailleurs. Il devait être dans les deux heures du matin à leurs montres, et ils étaient les seuls à être réveillés puisque tous les autres dormaient comme des bébés (les veinards), à l'exception de l'équipe de sécurité qui patrouillait comme chaque soir. Soudain, ils entendirent un son aigu, comme un sifflement. Ce n'était pas désagréable, au contraire. Ce doux son résonnait dans les couloirs et berçait Kana, qui sentait qu'elle allait enfin dormir tranquillement. Mais cela intrigua Yel : si tout le monde dormait à bord, alors d'où provenait ce son ? De plus, il lui semblait familier… Kana entendit à nouveau du bruit derrière le mur, y comprit une porte s'ouvrant. Elle n'y prêta pas attention au début, mais cela la chiffonna. Elle se demanda pourquoi Yel allait se promener dans les couloirs à cette heure-ci.

« Il ne dort pas, se dit-elle, c'est sans doute pour se changer les idées. »

Dans le couloir éteint, le jeune homme se fiait à son ouïe pour suivre le sifflement. Il avançait lentement et sans bruit, sur ses gardes. Mais en plus de ce son aigu, il entendit une voix, comme un écho lointain, une voix bien familière :

« Petit garçon, lui dit alors la voix sur un ton enfantin et innocemment curieux, pourquoi est-ce que tu pleures ?

- Fenelle ! Se dit-il. »

Il regarda partout autour de lui, affolé, mais de toutes évidences, elle n'était pas là. Le sifflement que Kana et lui avaient entendu n'était autre qu'un chant furling. La Reine avait toujours eu des agissements étranges mais de là à chanter chez l'ennemi ?

« C'est discret pour t'attirer dans mes filets, lui dit alors Fenelle après avoir parcouru ses pensées.

- Ça ne marchera pas une deuxième fois, lui répondit-il sûr de lui. Et tu le sais très bien. Qu'est-ce que tu comptes faire ? Provoquer un nouvel accident comme celui-là ? N'y compte pas, je ne tomberais pas ton piège cette fois.

- Humm c'est sûr, reprit-elle d'un ton contrarié. La drogue ne marche plus sur toi maintenant que ton corps a grandi... »

Il continua d'avancer dans le couloir, jusqu'à ce que, sur un mur, il aperçut des circuits dénudés dans une cache ouverte. Il s'y rendit pour voir : il s'agissait d'un sabotage, ce qui expliquait pourquoi il n'y avait aucune lumière.

Il entendit alors du bruit dans son dos, et se retourna énergiquement. Mais alors qu'il s'attendait à se retrouver face à Fenelle, il sursauta en trouvant Kana.

« Ahh ! Cria-t-elle.

- Kana ?

- Oh bon sang, tu m'as fait peur…

- Et toi alors ! Qu'est ce que tu fais là ?

- Je t'ai entendu partir et je me suis dit que, puisqu'aucun de nous deux ne dort, on pouvait parler ou faire quelque chose du genre en attendant que les autres se lèvent. Et toi, qu'est ce que tu fais ?

- J'ai entendu un bruit, alors je suis venu voir. Regarde ça. »

Kana s'avança pour voir ce que lui montrait Yel, et constata le sabotage avec stupéfaction. Elle regarda le jeune homme avec des gros yeux et lui demanda :

« Bon sang, qui a fait ça ?

- J'ai ma petite idée… Je crois que se sont des Furlings.

- Des Furlings, à bord ? C'était ça le sifflement bizarre ?

- Oui.

- Mais c'est ridicule ! Assura-t-elle, l'équipe de nuit les aurait forcément vus.

- Et où est-ce qu'elle est, ton équipe de nuit ? »

Kana regarda autour d'elle et, ne voyant rien, elle lui fit un sourire gêné.

« Ils doivent patrouiller ailleurs… Hésita-t-elle. »

Kana et Yel décidèrent de chercher ces fainéants. Ils commencèrent leur propre patrouille dans les couloirs mais ne croisaient personne… ce qui les inquiéta. Ils avaient beau chercher, tout le monde semblait être dans ses quartiers en train de dormir, même l'équipe de nuit… Soudain, Kana attrapa le tee shirt de Yel et le tira vers elle. Il eut à peine le temps de réagir qu'elle lui mit la main sur la bouche et lui montra quelque chose qu'elle venait de voir dans le couloir : un garde furling ! Il se trouvait à côté d'un membre de l'équipe de nuit, celui-ci semblait endormi, assis contre le mur. Le garde montait la garde en surveillant l'autre couloir.

« Il vaut mieux qu'ils ne sachent pas qu'on sait qu'ils sont à bord, chuchota Kana.

- C'est sûr, lui répondit Yel aussi bas. Tâchons de s'en aller sans bruit, il faut prévenir les autres. »

Cependant, une violente secousse se fit ressentir, plus violente encore que lorsque l'Andorphée partait en hyperespace. Mais ça ne semblait pas non plus être une explosion. On aurait plutôt dit que le vaisseau avait été percuté par un plus gros, ou qu'il avait brutalement changé de cap. Cette secousse déséquilibra Yel et Kana, qui tombèrent… en plein milieu du couloir. Kana releva la tête et se rendit compte, avec horreur, que le soldat les avait repérés. Celui-ci leva une lance vers eux et Kana attrapa le col du jeune homme étendu près d'elle pour le tirer de là en vitesse. Elle le tira sur plusieurs mètres, jusqu'à ce qu'ils aient semé le garde. A l'angle d'un mur, tandis que le garde venait de tourner dans l'autre couloir, Kana tenait toujours fermement le col blanc de son tee shirt. Elle ne s'en était pas rendue compte. Aussi Yel posa sa main sur la sienne et essaya de l'enlever, n'y arrivant pas et alors qu'elle surveillait toujours le couloir, il lui dit :

« Tu peux me lâcher, c'est bon. »

La jeune femme se retourna alors vers lui, et le constata avec embarras.

« Oups, désolée, lui répondit-elle alors en lâchant prise. »

Elle avait tellement tiré sur ce col que les coutures avaient craqué et qu'il s'était élargi. Au point de lui faire un petit décolleté que Kana fut incapable de quitter des yeux. Il la regarda bizarrement, se demandant ce qu'elle fixait comme ça, puis regarda son tee shirt en lui demandant :

« Quoi ?

- Euh… non rien, lui assura-t-elle. Bon, euh… Je vais réveiller Teal'c et Jennifer, tu t'occupes de Jack et Sam, d'accord ? »

Ils se séparèrent et rejoignirent les quartiers de SG-1 et des commandants. La plupart se réveilla en sursaut et Jack cria sur Yel :

« Tu es malade ?! Tu as vu l'heure Yel ? »

Il lui mit aussitôt la main sur la bouche pour l'empêcher de crier et lui expliqua, nettement moins fort :

« Chut, Jack ! Nous avons des Furlings à bord.

- Quoi ?! Marmonna-t-il en dessous de la main du jeune homme. »

Une fois les quatre compagnons réveillés, les six collègues se rendirent à l'armurerie et s'équipèrent avant de réveiller les autres militaires. Lorsque commença l'opération de riposte, Jack, Kana et Yel furent mis dans le même groupe pendant que Jennifer, Ellis et plusieurs scientifiques se postèrent à la passerelle.

« Kana, Yel, les appela Jack en chuchotant tandis qu'ils progressaient dans un couloir, faites-moi un rapport de ce que vous avez vu.

- Pour l'instant, répondit Kana, nous n'en avons repéré qu'un, mais il a saboté des circuits. Ça a quand même provoqué une sacré secousse tout à l'heure.

- C'est impossible qu'un Furling prenne un si gros risque tout seul, argumenta Yel, il y a au minimum un groupe de soldats, commandés sur place par un officier supérieur. Et à mon avis, ils ont eu le temps de faire des dégâts.

- Au fait, c'était quoi la secousse de tout à l'heure ? Demanda un lieutenant.

- Je n'en sais rien, répondit Kana, mais à mon avis ce n'est pas bon signe.

- Sans blague, marmonna Jack. »

Ils continuèrent d'avancer doucement et en silence, lorsque la radio de Jack grésilla. C'était Sam, elle lui chuchota :

« Jack ? Tu me reçois ?

- Qu'est ce qui se passe, Sam ?

- Nous sommes penchés sur les détecteurs du vaisseau, il y a trois intrus dans le couloir près de vous. Il y en a d'autres près de la salle de contrôle et des soutes.

- Bien reçu, lui répondit le général. »

Jack contacta par radio d'autres équipes qu'il envoya aux endroits mentionnés par Sam. Reynolds commanda le groupe d'assaut se rendant à la tour, et Teal'c fut chargé d'aller aux soutes. Quant au groupe de Jack, ils en avaient trois à leur porté. Le général dispersa son équipe afin de les encercler. A chaque fois, ils se cachèrent dans des angles morts afin que les Furlings ne les voient pas. Ils étaient trois, avec leurs grosses armures et leurs ailes gigantesques dans le dos. Et surtout, leurs énormes casques recouvrant leurs visages. Kana, en les regardant bien, eut soudainement un flash. Une vision éveillée : c'était la première qu'elle en avait alors qu'elle ne dormait pas. Elle semblait être allongée sur une table, ligotée, à moitié consciente. Sa vision floue et ralentie lui permit de discerner ses horribles casques au dessus d'elle. Ils lui faisaient du mal, même si elle ne savait pas exactement ce qu'ils lui faisaient. Cette vision lui causa une migraine infernale et elle ne put retenir un cri paniqué :

« Non ! Ne faites pas ça ! »

Les gardes Furlings furent alors avertis de leur présence et ouvrirent le feu là où ils avaient entendu Kana. Elle était devenue KO à cause de cette vision perturbante, elle restait immobile, les mains sur les tempes tandis que Jack et les autres soldats ripostèrent à l'attaque des gardes.

« C'est pas vraiment ce que j'appelle un effet de surprise, mais bon, ironisa-t-il. »

Mais comme les Furlings étaient concentrés sur Jack, Yel et Tyler, les deux autres parties du groupe purent profiter de leur effet de surprise pour abattre les trois gardes. Lorsque le dernier s'effondra, les militaires se regroupèrent tous autour des trois intrus. Kana avait réussi à se remettre et Yel l'aida à se relever pour aller voir les intrus. Contrairement aux deux autres, l'un d'eux n'était malheureusement pas mort. Enfin, malheureusement pour lui, pas pour l'équipage qui allait pouvoir lui soutirer des informations. Le sergent Coburn lui prit sa lance avant qu'il ne puisse l'attraper. Il était encore en vie mais sérieusement amoché, un autre officier lui enleva son casque pour qu'ils puissent le voir. Il regarda, un peu terrifié, les militaires le tenant en joug : ils étaient sept en tout. Mais lorsqu'il regarda vers Yel et Kana, tout les deux à côté au point qu'ils ne savaient pas lequel il regardait... Lorsqu'il tourna son regard vers eux, un sourire malsain apparut sur son visage, en plus d'un regard noir. Il se mit à rire d'une façon assez menaçante :

« Elle est là, dit-il tandis qu'un regard horrifié apparut sur le visage de Yel. Elle est venue pour toi, et cette fois tu ne pourras pas lui échapper. »

Gardant pourtant leurs armes pointées sur le garde, les regards de la plupart des militaires se tournèrent vers Yel, qui semblait choqué. Sentant tous ces yeux braqués sur lui, une sensation de malaise s'empara de lui. Après une petite hésitation à le regarder, Jack reporta son attention sur leur prisonnier :

« Qui est à bord ? L'interrogea-t-il, lequel de vos chefs vous commande ici ?

- C'est Fenelle, bégaya Yel. »

Le garde se contenta de continuer à jubiler sur ses menaces, mais Jack perdit son sang froid devant une telle impassibilité et tira des coups de feu autour du garde qui prit peur. Lorsque le général cessa de tirer, il retrouva exactement la même expression qu'avant son geste d'intimidation. Il continua alors l'interrogatoire :

« Où est l'altéran ? »

Tandis que tous les militaires SG concentrèrent leur attention sur le Furling, Yel lança un regard stupéfait et inquiet à Jack, qui ne le vit pas.

« Je ne poserai pas la question deux fois, reprit le général de manière menaçante.

- Rien ne pourra l'arrêter dans sa quête de notre toute puissance, répondit le garde tandis que son regard devenait effrayant. Vous ne nous empêcherez pas de l'attraper. Nous n'aurons de répit que lorsqu'il sera vide. Il fera de nous les maîtres de cette galaxie. Il rendra notre Impériale plus puissante que tout. »

Lorsque le garde se releva, ceux qui n'avaient pas levé leurs armes le firent. Il continua d'acclamer la puissance de Fenelle, ce qui commençait à barber les militaires. Mais le vrai problème fut qu'il poussa un cri furling, qui était si fort et si aigu qu'il fit souffrir les oreilles humaines présentes. Ce son strident résonnait dans leurs oreilles et leur têtes, Jack voulut alors l'abattre. C'est alors que des flammes blanches apparurent de nulle part et l'embrasèrent. Il s'effondra et ils ressentirent alors un grand soulagement.

« Mais qu'est-ce que c'est que ça, encore ?! S'étonna Jack. »

Devant la carcasse du Furling, Jack se tourna vers Yel et remarqua qu'il semblait à la fois paniqué et enragé. Il s'approcha de lui et lui demanda :

« C'était quoi ce cri, toi qui t'y connais en Furling ?

- Un cri d'alerte, répondit-il assez perturbé. Il sert à prévenir un chef qu'il faut se replier ou annonce aussi que la mission est accomplie.

- Si la reine est à bord, c'est une occasion en or, précisa Coburn.

- Il faut l'empêcher de quitter le navire, affirma Jack. »

La voix de celle-ci se mit soudainement à résonner dans leurs têtes, comme s'élevant dans les airs :

« Petit garçon ? Dis-moi, pourquoi es-tu si triste ? Pauvre petit garçon... Pauvre petit enfant qui a perdu son père...

- Taisez-vous... Balbutia Yel, visiblement affligé.

- Qu'est-ce que ?... Hésita Jack. »

Jack et Kana le regardèrent avec inquiétude : il semblait ampli d'une colère qu'ils n'avaient encore jamais vu en lui. Mais autre chose les inquiétait : son bracelet lui saignait le poignet. Malgré cela, la voix de Fenelle continua de résonner :

« Pourquoi est-ce que tu pleures ? C'est pourtant de ta faute... s'il est mort.

- La ferme ! »

Un rire diabolique s'ensuit, résonnant dans tous les couloirs comme un profond grondement, un rire sinistre qui leur glaça le sang dans les veines.

Destiny, rapport n°31

fin