DESTINY

Rapport n°33

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Ce matin-là, jeudi de semaine mouvementée, les activités du personnel continuaient de se concentrer sur le comment de l'invasion des furlings. Comment avaient-ils pu pénétrer à bord aussi facilement ? Et comment les empêcher de recommencer ? Cependant, SG-1 n'avait pas la tête à ça, bien trop préoccupés par le moral de leur ami Yel. Après ce qui était arrivé à sa mère, c'était toujours difficile de lui parler ou même de parler de Lazla entre eux. Outre le principal concerné, c'était Kana la plus affectée. Elle voulait absolument le soutenir dans cette épreuve, puisque à présent il se retrouvait comme elle : sans famille. Pourtant, elle appréhendait aussi de le voir, ayant peur de ne pas savoir quoi lui dire. Aussi l'ambiance entre ces deux-là restait assez morose. Lorsque Kana se leva et eut fini de se préparer, elle jeta un coup d'œil triste sur la porte de Yel avant de commencer une nouvelle journée de travail. Au départ, elle comptait se joindre aux docteurs Walker et Brisby. Seulement, en chemin, elle passa par hasard devant la salle d'entraînement où régnait une ambiance plutôt agitée. Par curiosité, elle entra et vit tous les sportifs présents réunis autour d'un combat acharné. Ceux-ci encourageaient les participants :

« Vas-y, tiens bon ! Encore un peu, petit !

- Ah ah ! Vous faites moins le malin, Teal'c, hein ?

- Les gars, on dirait que le champion invaincu est en train de se faire rétamer ! »

La jeune rouquine commença à s'inquiéter et se faufila entre les supporters survoltés, pour enfin finir au premier rang. Elle eut alors la grande surprise de voir Teal'c et Yel s'entraîner... avec beaucoup trop d'acharnement. Elle n'avait jamais vu Teal'c aussi fatigué de se battre, mais Yel semblait très remonté, aussi elle décida d'intervenir, et vint se glisser entre eux en criant :

« Wo wo woo ! Fit-elle en levant les mains devant l'agressivité de Yel, ça suffit comme ça. Retournez plutôt au boulot, vous autres ! »

Les supporters poussèrent des cris de déception, et la plupart quitta la salle, tandis que ceux en tenue de sport retournèrent à leur propres exercices, beaucoup plus calmes que le combat auquel ils avaient assisté. Teal'c se releva doucement tandis que Yel resta froid lorsque Kana leur demanda :

« Qu'est-ce qui vous a pris ?

- Bah quoi ? Demanda Yel, assez glacial dans le ton, il m'a dit de ne pas le ménager.

- Mais de là à cogner comme ça... Hé ? Tu m'écoutes ? Où tu pars comme ça ? »

Yel était en train de se diriger vers le fond de la salle de sport, et Kana voulut le suivre lorsque Teal'c lui attrapa le bras et lui fit un signe de tête négatif.

« Teal'c ? Hésita-t-elle, qu'est-ce qui se passe ?

- Il semblerait qu'il ait besoin de se défouler, alors je lui ai proposé de s'entraîner en connaissance de cause.

- Je ne vais pas vous laisser vous faire tabasser comme ça, lui assura-t-elle en le disputant presque. En plus, dans un moment pareil, il pourrait tout casser que ça ne le soulagerait même pas un petit peu. Je vais aller lui parler, ce sera plus sage.

- Je vous le déconseille, Kanahan Zeph.

- Essayez de m'en empêcher ! »

Elle s'élança d'un pas décidé vers lui. Au fond de la salle étaient suspendus plusieurs sacs de sable, Yel avait bandé ses poings et commençait à boxer l'un d'entre eux lorsque Kana vint se planter à côté de lui.

« Yel, lui dit-elle, tu ne devrais pas te...

- Oh ça va, la coupa-t-il irrité, je fais ce que je veux quand même.

- Et ta blessure alors ?

- ... ? Y'a pas à s'en faire. »

Devant l'impassibilité du jeune homme, la rouquine sentit son impatience la tâter, et elle s'empressa de reprendre, quelque peu contrariée mais en même temps peinée :

« Écoute, je comprends que tu sois en colère, c'est tout à fait normal...

- Oh voyez-vous ça, la coupa-t-il de nouveau en se tournant vers elle. Et tu vas sans doute me dire que tu comprends ce que je ressens, hein ?

- Oui, répondit-elle en lui lançant un regard franc. Moi aussi j'ai perdu...

- Ah non, je t'arrête tout de suite ! S'énerva-t-il en martelant de nouveau le sac, ne compare pas nos cas, tu veux. Ça n'a rien à voir. C'est déjà assez dur comme ça de perdre quelqu'un de sa famille, là dessus je suis d'accord, tu connais ça.

- Yel, ne t'emporte pas, s'il te plaît...

- ''Ne t'emporte pas'' ? Répéta-t-il à bout, t'en a de bonnes toi ! Imagine-toi en plein milieu de ton deuil, alors que tu sens que tu vas enfin en voir le bout, et que là, comme par miracle, ta mère revienne d'un coup ! Et alors que tu n'as pas encore vraiment réalisé qu'elle était encore là, on te l'arrache de nouveau !

- Yel... Hésita-t-elle attristée.

- Essaye d'imaginer ça et alors peut-être, peut-être, tu auras une idée de ce que je pense et ressens, OK ?! »

Il se tourna vers elle de manière très énervée, lorsque se fit entendre un grand boum quand tous les sacs de sable de la salle tombèrent soudainement tout autour d'eux. Kana remarqua la surprise de Yel, qui semblait au bord des larmes, mais son bracelet s'activa dans la seconde. Son sang coula de suite, et il utilisa une serviette pour essayer de le contenir.

« Oh c'est pas vrai, fit-il comme énervé que ça arrive.

- Je... Hésita Kana, je t'accompagne à l'infirmerie.

- Ça va, c'est pas la peine.

- S'il te plaît, insista-t-elle en le fixant droit dans les yeux. »

Il ne trouva pas la motivation de refuser, et fut accompagné de force. Lorsque Brightman les vit arriver, elle s'inquiéta et vint de suite s'occuper de son poignet, tout en pestant :

« Il serait grand temps de vous l'enlever, vous ne croyez pas ?

- Eh ben bonne chance, répondit-il comme si de rien n'était.

- Ça va aller, docteur ? Demanda Kana, préoccupée.

- Comme les autres fois, répondit-elle en rassemblant du matériel médical. »

Temps qu'il n'était pas calmé, les lames du bracelet restaient ouvertes. Et dans ce cas-là, Brightman ne pouvait rien faire d'autre que contenir le sang et bander son poignet. Kana resta à côté de lui pendant toute l'opération, qui les garda à l'infirmerie pendant plusieurs heures. Les lames enfin rétractées, Brightman put terminer son bandage et enfin les laisser sortir.

De nouveau dans le couloir, un silence très pesant s'installa. Aucun de Kana ou de Yel ne semblaient avoir quelque chose à dire, ce qui rendait l'atmosphère encore plus lourde. Kana se doutait bien que le jeune homme aurait besoin de temps pour se remettre, mais elle hésitait fortement à le laisser seul. Elle voulait lui montrer qu'il n'était pas seul, qu'elle était de tout cœur avec lui. Elle voulait vraiment l'aider, même si elle ne savait pas comment. Ils continuèrent de marcher l'un à côté de l'autre, sans bruit, sans mot, sans destination. Ils ne savaient même pas où ils se dirigeaient, mais ils continuaient d'avancer, croisant quelques membres de l'équipage qui, eux, avaient une occupation. Mais soudain, Kana eut une idée, son arrêt brutal surprit le jeune homme, qui s'arrêta lui aussi.

« Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-il.

- Tu m'excuses ? Je reviens tout de suite ! »

Sans s'en rendre compte, elle lui posa gentiment la main sur le bras avant de partir... en courant. Elle sautillait presque, animée d'une idée enthousiasmante, qu'elle voulut partager. Elle se rendit dans le bureau de Jennifer, où elle fut surprise de trouver les O'Neill.

« Euh, excusez-moi ? Hésita-t-elle face à ce rassemblement.

- Qu'y a-t-il Kana ? Demanda Jennifer, l'invitant à entrer.

- Je voulais vous demander quelque chose... »

Yel avait finalement trouvé une occupation, qui lui permettait difficilement de penser à autre chose que sa mère. Installé au poste de contrôle des kinos, il aidait le docteur Lee à régler un problème de raccordement entre le poste et le reste du vaisseau. Lorsque ce fut enfin fini, au bout de vingt minutes grand maximum, le docteur assomma le jeune homme de remerciements. Ce fut à ce moment-là qu'une jeune femme à la chevelure bouclée et rousse surgit dans leur dos, comme arrivée de nulle part, et les sépara. Elle attrapa la manche de Yel et s'exclama, un grand sourire aux lèvres :

« Aller viens Yel, je t'emmène !

- Quoi ? Hésita-t-il, où est-ce que tu me traines comme ça ?

- Tu verras ! C'est une surprise ! »

Elle l'entraîna avec elle en courant, et ils parcoururent plusieurs couloirs ainsi, bousculant presque les collègues qui croisèrent leur chemin. La jeune femme ne cessa sa course qu'une fois arrivée en salle d'embarquement. Là s'étaient regroupés Teal'c, Sam, Jack et Jennifer, devant la porte des étoiles en activation.

« Ça y est, le voilà ! S'exclama Kana, dont la mine réjouie ne la quittait plus.

- Alors c'est bon, répondit Jack avec le sourire lui aussi. J'ai tout vu avec Hank, il va t'expliquer les détails une fois de l'autre côté.

- Mais qu'est-ce que vous préparez ? Se méfia Yel.

- Tut tut tut ! S'exclama la rouquine en lui plaquant un doigt sur les lèvres, pas de questions ! Tu verras !

- Kanahan Zeph souhaite te garder la surprise, informa Teal'c.

- J'ai remarqué, oui. Admit-il d'un ton un peu contrarié.

- Bon, lança Jack une fois la porte ouverte. Allez-y maintenant, mais ne faites pas trop de bêtises les enfants !

- Comptez pas sur nous ! Répondit-elle malicieusement. »

Elle attrapa de nouveau le bras de Yel et repartit à la même allure en direction de la porte. Une fois le vortex traversé, Yel ne reconnut pas le décor. Ils se trouvaient dans une pièce terne, remplie de soldats au repos. Juste en bas de la passerelle, après une bande de peinture jaune et noire, se dressait un homme en chemise bleue, avec plusieurs décorations sur les épaules. Il s'agissait du général Landry, qui les accueillit chaleureusement.

« Kanahan Zeph, Yelhan Manorr, bienvenue au SGC.

- Bonjour général ! S'exclama Kana, toujours aussi enjouée. »

Yel le salua lui aussi, et s'étonna devant l'installation :

« Alors c'est ça le SGC ? Fit-il, depuis le temps que j'en entends parler...

- Mais ce n'est pas pour ça qu'on est là ! Reprit la jeune femme en lui adressant un clin d'œil, général, d'après Jack vous avez des détails à nous expliquer ?

- Hum oui, réagit-il en sortant une enveloppe, que Kana s'empressa d'ouvrir. Voici tout ce dont vous aurez besoin pour aujourd'hui : vous avez un peu d'argent, une carte de la ville, deux entrée pour la...

- Tut tut tut ! Reprit Kana en plaquant ses mains sur les oreilles de Yel.

- Hé ?! Râla-t-il en essayant de la chasser. »

Lorsqu'il parvint à lui faire lâcher prise, la jeune femme l'envoya l'attendre dans le couloir, et reprit les explications avec le général.

Le pauvre jeune homme, totalement étranger à cette base, ne savait pas trop où se mettre au milieu de ce couloir infesté de soldats et scientifiques. Les couloirs étaient plus étroits mais aussi plus hauts que ceux de l'Andorphée, le décor était vraiment dépaysant. Il dut attendre ainsi quelques minutes avant que Kana ne le rejoigne, gardant précieusement à la main l'enveloppe au contenu mystère. Mais avant de pouvoir partir, le général ajouta :

« Kanahan, on vous a préparé les vêtements que vous avez demandé, le lieutenant Barns va vous conduire au dortoir.

- Merci ! »

Ils suivirent aussitôt le lieutenant, et arrivèrent bien vite au dortoir. Lorsqu'ils y entrèrent, Yel ne comprit par vraiment pourquoi une pile de vêtements avait été préparée là.

« L'uniforme ça va bien quand on est sur le vaisseau ou à la base, expliqua Kana. Mais là où on va, c'est de ça dont on aura besoin. »

La jeune femme lança une pile de linge au jeune homme, puis partit dans la salle de bain avec une autre. Elle ferma la porte derrière elle et laissa son ami se changer tranquillement dans la chambre. Au bout de quelques minutes, elle frappa à la porte.

« C'est bon ?

- Oui, tu peux sortir. »

Ils furent aussi surpris l'un que l'autre de l'accoutrement de chacun. Ce n'était pas la première fois que Kana était habillée en civil, mais jusqu'ici Yel ne l'avait jamais vu qu'en uniforme. Les vêtements de citoyen terrien transformèrent également le jeune homme, que Kana fut incapable de quitter des yeux. Il avait vêtu un jean, une chemise cintrée et une veste de cuir, tandis que la jeune femme portait un pull rayé noir et rose, ainsi qu'une petite jupe tombant sur ses genoux. Mais ils n'étaient pas encore tout à fait prêts à partir, car il manquait un détail important à Kana : une paire de lunettes de soleil, que heureusement elle trouva dans les vêtements fournis. En effet, à chaque fois qu'elle sortait, Kana devait camoufler ses yeux si elle ne voulait pas attirer l'attention sur son regard clairement extra-terrestre. Cette fois-ci était la bonne, et ils purent se mettre en route. La jeune femme guida son ami dans cette base, sans lui faire de visite autre que celle de l'ascenseur, et l'emmena jusqu'à la sortie. Là, ils prirent un bus que le général Landry avait appelé rien que pour eux, et le chauffeur les emmena à la ville. Pendant le trajet, Yel garda les yeux rivés par la fenêtre, découvrant avec étonnement cette planète. Kana ne put s'empêcher de se réjouir rien qu'en voyant son expression.

« Toi, plaisanta-t-elle, t'as passé trop de temps dans l'espace.

- Je crois aussi, répondit-il sans vraiment prêter attention à tout ce qui se trouvait à l'intérieur de la navette.

- Alors, ça te plaît jusque là ?

- Assez oui, c'est gentil de m'avoir invité. Ça fait du bien de sortir un peu.

- J'étais sûre que cette idée te plairait ! Sourit-elle soudainement, accroches-toi ce n'est que le début ! »

Le trajet dura tout de même longtemps, environ une heure, avant qu'ils n'atteignent enfin leur destination : une fête foraine ! Kana avait déjà fait une sortie de ce genre avec Vala, et cela lui avait tellement plu qu'elle avait voulu y emmener Yel. C'était surtout pour qu'il puisse changer d'air, et penser à autre chose qu'à sa peine, même si ce n'était que durant quelques heures. Au départ, il se demanda ce que c'était que cet étrange regroupement, puis Kana l'emmena faire le plus de manèges possibles. Malgré sa réticence du début, il finit par se prêter au jeu, et s'amusa beaucoup. Dans la maison hantée où Kana frissonnait pour un rien, aux auto-tamponneuses où Yel n'arrivait pas à faire un mètre sans se faire rentrer dedans, à la pêche aux canards où Kana semblait rafler tous les prix, explorant différents stands et trouvant des passes-temps idiots dans les files d'attente l'enthousiasme de la jeune femme déteint très rapidement sur son ami. Elle parvint même à lui faire goûter de la barbe à papa, qu'il trouva absolument immonde, tout en rigolant.

« C'est trop sucré ! Se lamenta-t-il grand sourire aux lèvres. »

Rien que le nom l'avait refroidi, mais malgré cela ils continuèrent de bien rigoler. Yel s'amusait tellement qu'il finit par choisir les attractions, et eut du mal à emmener Kana aux montagnes russes. Elle fut vraiment têtue, mais lui le fut encore plus, ce qui fit que Kana se retrouva au manège. Elle y eut assez peur, au point de compresser la main de son ami, la faisant virer au bleu. Mais une fois les pieds de nouveau à terre, elle se vengea en le faisant monter dans un carrousel. Une douce vengeance qui ne fut pas bien efficace puisqu'il s'amusa tout autant.

La journée passa rapidement mine de rien, même s'ils y avaient passé plus de dix heures. Tandis que la nuit commençait à tomber, et les allées à se vider, les lumières de la grande roue les poussèrent à faire cette attraction en dernier lieu. Confortablement installés dans leur cabine, les yeux rivés sur la ville s'endormant, dont les lumières s'allumaient petit à petit, le calme commençait à se poser. Chacun sur une banquette, ils se noyaient presque sous toutes les peluches et lots qu'ils avaient gagné. C'était un moment calme et serein, encore animé de réminiscence d'excitation et de rires, qui fut pourtant interrompu lorsque la montre de Kana sonna huit heures.

« Oh non, fit-elle d'une petite voix tout en désactivant l'alarme. Ça va être l'heure de rentrer. Je voulais rester encore un peu.

- Ce n'est pas grave, assura le jeune homme. On s'est bien amusés.

- Oh ça oui, c'était super !

- Oui, c'était génial, reprit-il d'un air un peu pensif. Je ne m'étais pas amusé comme ça depuis des années. Merci, Kana. »

Transportant leurs lots, ils n'eurent pas de mal à retrouver leur navette, qui venait de revenir. Le retour sembla beaucoup plus rapide qu'à l'aller, agrémenté de quelques rires, et d'un dîner sur le pouce, fait de sandwiches achetés à la fête foraine. Lorsqu'ils rentrèrent à la base, ce fut presque triste de devoir renfiler l'uniforme, mais ils avaient rempli un sac avec leurs trophées. Cependant, lorsqu'ils s'apprêtèrent à se rendre en salle d'embarquement, le général Landry les interrompit. Il avait quelque chose à annoncer à Kana. Plus tôt dans la soirée, ils avaient reçu un message par la porte, venant d'un individu demandant l'asile sur Terre.

« En quoi est-ce que ça me concerne ? Hésita-t-elle.

- Cet homme affirme être un survivant de Kévar. »

À l'ouïe de ce nom, la jeune femme se figea soudain, ce qui inquiéta Yel.

« Kévar ? Hésita-t-il.

- Ma planète d'origine, informa la rouquine. »

Destiny, rapport n°33

fin