DESTINY

Rapport n°42

Franchir le mur 1/2

Kana resta littéralement pétrifiée face à son petit-ami, elle était incapable d'articuler un quelconque mot, et le regard interrogateur qu'il lui lançait fut si insoutenable qu'il lui rendit la tâche encore plus dure. La jeune femme ne parvint pas à lui avouer qu'elle connaissait son secret. Ce n'était pas possible, sa crainte qu'il le prenne mal revint au triple galop. Mais elle ne pouvait pas non plus rester silencieuse, après ce qu'elle lui avait dit. Il s'attendait à ce qu'elle lui dise cette chose importante, mais le suspense n'était pas son fort :

« Kana ? Reprit-il.

- J-Je suis désolée pour ce matin ! Lança-t-elle, je suis une idiote de première classe ! Je devrais faire plus attention, je suis totalement inconsciente et tu as eu raison de t'énerver comme ça ! Je l'ai cherché !

- Euh, répondit-il gêné d'une telle réaction. Non, j'ai exagéré. Il n'y avait pas non plus de quoi t'éviter toute la journée...

- Quoi, comment ça ?

- On ne s'est pas revu après ça, j'ai pensé que tu m'en voudrais te t'avoir évitée...

- Mais non pas du tout, je t'ai évité aussi alors... Oups ! »

Kana cacha aussitôt sa bouche derrière ses mains, en espérant ne pas aggraver son cas. En un sens, c'était mieux si Yel l'avait évitée, comme ça au moins il n'avait pas vu l'état pitoyable dans lequel elle s'était trouvé. Ça n'avait pas vraiment changé, elle arrivait juste mieux à intérioriser.

Elle baissa à nouveau la tête et redevint silencieuse, avant d'attraper timidement la manche du jeune homme. Sans s'en rendre compte, ils s'excusèrent en chœur. Ils auraient pu se réconcilier normalement à ce moment-là, mais la tristesse ne lui permit pas de dire un mot de plus. Yel ne savait plus où se mettre à cause de ça : elle refusait de le lâcher, mais elle ne faisait plus rien non plus... Après plusieurs secondes d'hésitation, il lui demanda :

« Tu es sûre que ça va ? »

Cela la fit réagir, mais pas comme il s'y attendait : elle s'avança et le prit dans ses bras.

« Ne m'en veux pas... Fit-elle en laissant échapper une larme.

- Hé, mais calme-toi voyons. Je ne vais pas t'en vouloir pour ça.

- ...

- ... On dirait que ça a été éprouvant pour toi aujourd'hui, tu devrais peut-être aller te reposer ?

- Oui, tu as sûrement raison. »

Kana essuya sa larme avant de relâcher Yel, mais elle ne lui accorda pas un regard qu'elle alla s'enfermer dans sa chambre, et s'effondrer sur son lit. Celui-ci était toujours aussi peu confortable, et ce soir-là elle aurait préféré le réconfort de son vrai lit. Même si les travaux des douches individuelles avançaient bien, les quartiers concernés allaient encore tarder au moins trois semaines à être remis en fonction. Kana enfonça son nez rouge et encombré dans ses draps, et laissa ses pleurs reprendre.

« Pourquoi est-ce que je ne peux pas lui dire ? Se demanda-t-elle, je m'étais promis de lui dire... »

Face à sa faiblesse à l'avouer, elle se demanda si elle serait capable de garder tout ça pour elle. Même si elle avait pu demander discrètement des conseils à Sam, ça n'avait rien à voir avec des confidences. Kana savait que ça lui ferait beaucoup de bien de le partager avec quelqu'un, mais rien que le fait de raconter son problème attirerait trop l'attention sur le secret de Yel, et c'était la dernière chose qu'elle voulait. Elle n'avait pas le choix : elle allait devoir mentir aux autres, et cette perspective était loin de l'enchanter. Elle se retourna dans ses draps et essaya de s'endormir, avec beaucoup de peine. La nuit fut bien éprouvante...

La fin de semaine approchait, et Kana se leva avec un sérieux mal de tête, qui était sans doute dû aux nombreuses larmes qu'elle avait versées durant la nuit. La pauvre avait le visage dans un état désastreux : joues et yeux rouges, paupières gonflées et mine endormie. Elle passa une bonne heure devant son miroir de poche à essayer de rattraper le coup, mais puisque son chagrin ne s'était pas estompé, cela risquait de recommencer dans la journée. Kana avait vraiment besoin de se changer les idées, et elle se demanda si une mission d'exploration allait l'y aider. Après avoir passablement arrangé sa mine, elle sortit et se rendit doucement jusqu'au bureau de Jennifer. Là, elle entra avec hésitation et ne tergiversa pas sur sa requête :

« Est-ce que vous auriez une petite exploration de prévue pour aujourd'hui ?

- Vu votre tête vous avez l'air d'en avoir besoin, admit-elle négativement surprise. Mais non, ce n'est pas le cas. Ça fait un moment que nous n'en avons pas fait cela dit, ce serait bien que nous trouvions quelque chose d'intéressant bientôt... »

La jeune femme, bien que déçue, laissa la scientifique dans ses réflexions et se lança à la recherche démotivée d'une occupation. Elle avança comme une âme perdue, sans réfléchir, et n'entendit même pas les conversations l'entourant, jusqu'au moment où un mot la fit tilter, et capta la totalité de son attention :

« Il était temps que les travaux soient finis, fit remarquer une militaire. Les chambres provisoires manquent vraiment de confort comparé aux quartiers.

- Ah m'en parle pas, mon dos me fait très mal en ce moment. »

Kana ne comprit pas pourquoi elle n'était pas au courant, et s'empressa de retourner aux chambres provisoires pour vérifier. En effet, il y avait des fiches sur les portes, annonçant que les occupants pouvaient réintégrer leurs quartiers. Kana ne s'en sentit plus de joie, elle s'empressa d'aller récupérer ses affaires, et ressortit avec soulagement avec sa valise et ses sacs. Elle ouvrit la porte de ses quartiers, entra doucement, puis laissa tomber toutes ses affaires avant d'aller se jeter sur son lit. La jeune femme, profitant du confort retrouvé de sa vraie chambre, laissa aller son regard sur un gros mur de béton qui encombrait une partie de l'espace. Il y avait une tringle à rideau au dessus de l'ouverture, et juste derrière se trouvait la petite douche. Kana remarqua qu'on lui avait également installé un lavabo et une petite armoire dont les portes étaient recouvertes d'un miroir.

« Ah voilà ! S'exclama-t-elle, ça c'est une salle de bain ! »

Cependant, son petit sourire retomba bien vite, en même temps que son regard alla se promener sur le mur qui la séparait de la chambre de Yel.

« Je ne l'ai pas vu aujourd'hui... Pensa-t-elle tristement, qu'est-ce que je vais pouvoir lui dire quand je le verrais ? »

La rouquine s'approcha de ses bagages, ramassa la grosse peluche bleue censée représenter un dauphin, et se laissa tomber sur son lit tout en la serrant dans ses bras. Elle resta ainsi quelques minutes, avant de regarder attentivement le doudou. Elle soupira.

« C'était tellement plus simple à cette époque... Il n'y avait pas de secret... »

La jeune femme passa encore plusieurs heures dans sa chambre à se morfondre, elle avait complètement oublié de ranger ses affaires. Pendant ce temps, à l'extérieur de ce cercle de solitude et de chagrin, les O'Neill se dirigeaient vers la salle de gym, où Jack appela Teal'c en toute indiscrétion. L'ensemble de la salle prévenue de la présence du général, le jaffa ne put faire autrement que de le rejoindre. Lorsqu'il se retrouva face à eux, il les salua.

« Dis par hasard, demanda Jack, tu n'aurais pas vu Kana ?

- Non. Peut-être est-elle avec Yel ?

- Non, soupira Sam. Je l'ai vu tout à l'heure à la passerelle de contrôle, mais pas Kana. Je ne sais pas ce qu'elle a en ce moment, on ne la voit plus...

- Je vais aller voir Yel, annonça Jack sur le départ. »

Il laissa en plan sa femme et Teal'c, qui le regardèrent partir sans rien dire, avant de se partager leurs impressions :

« Crois-tu que Yel et Kanahan se soient disputé ? Demanda le jaffa.

- Je n'en sais rien, mais c'est vrai qu'hier non plus on ne les a pas vus. Je n'aime pas trop ça... »

De son côté, Jack trouva enfin Yel, après une petite course qu'il n'aurait jamais dû faire. Il arriva essoufflé à la passerelle, et trouva le jeune homme la tête sous une console, en train d'y bricoler une réparation sans doute.

« Hé Yel ! Tu sais où est Kana ?

- Elle dort encore à cette heure-ci, non ? Répondit-il sans décrocher de son montage.

- Mais pas moyen ! Je suis allé frappé à sa porte, sa chambre est vide.

- Tu as été voir au mess ?

- T'as pas l'air de comprendre : la chambre est vide. Il reste plus rien, elle a pris ses affaires !

- Quoi ? »

Yel réagit au quart de tour et sortit la tête de son travail, qu'il laissa en suspend le temps de suivre le général. Il utilisèrent leur radio pour appeler Kana, mais pas de réponse...

« Kana ! S'énerva Jack, je sais pas où est-ce que tu t'es encore planquée mais réponds !

- ...

- Kana, essaya Yel. Si tu ne peux pas parler, fais au moins du bruit.

- Hmm qu'est-ce qui se passe ? Répondit enfin une voix à moitié endormie.

- Ah enfin ! Fit le général, où est-ce que t'es encore ?

- Mais je dors là, vous pouvez pas me laisser tranquille, non ?

- Où est-ce que tu dors ? Ta chambre est vide, j'y suis allé tout à l'heure.

- Non, ma chambre ma chambre, mes quartiers quoi. Les travaux sont finis donc j'y suis retournée...

- C'est gentil de prévenir ! Hé Yel ! Où tu vas comme ça ? »

Kana reposa sa radio sur sa table de chevet et se retourna sous sa couette, pour être encore dérangée lorsque quelqu'un vint frapper à sa porte. Comme cette personne insistait, la jeune femme ne put l'ignorer et fut obligée de se lever. Tout en ouvrant la porte, elle s'exclama :

« C'est pas possible ! Pas moyen de dormir tranquille, non ! »

Mais lorsque la porte fut grande ouverte, Kana se figea en trouvant Yel. Celui-ci semblait fortement contrarié, et se mit à la disputer :

« Ça va pas de nous faire des frayeurs pareilles ?! Ça te viendrait pas à l'idée de prévenir avant d'agir, non ?

- Mais je ne suis pas la seule à avoir rejoint ma chambre, puisque les travaux sont finis.

- Je sais, j'ai aidé à les faire, mais les autres ne savaient pas. Et Jack m'a fichu la trouille tout à l'heure quand il m'a dit que tu avais disparu avec tes affaires ! Préviens la prochaine fois, idiote ! »

Le jeune homme se retourna avec le même énervement et s'apprêtait à repartir lorsque Kana s'avança et lui attrapa le bras, coupant court à son élan comme à sa colère. Il se retourna étonné vers elle, ne comprenant pas vraiment pourquoi elle avait fait ça. Mais lorsqu'il vit son visage triste, il s'immobilisa complètement.

« Reste avec moi, s'il te plaît, lui dit-elle sans le regarder dans les yeux. »

Face à un tel visage, il n'osa pas refuser, et entra avec elle. Ils s'assirent sur le lit de Kana, l'un à côté de l'autre, mais aucun ne parlait. Ce silence était assez agaçant, mais Kana gardait encore la tête baissée. Après plusieurs minutes à rester ainsi, Yel s'inquiéta :

« Qu'est-ce qui ne va pas ? Pourquoi est-ce que tu es si triste ?

- Je ne suis pas triste, j'en ai marre c'est tout.

- ... Marre de moi ? »

Se rendant compte de la gaffe qu'elle venait de faire, Kana sursauta et s'exclama :

« Non, absolument pas ! Toi, tu es parfait ! »

Mais elle s'arrêta aussitôt, et camoufla derrière ses mains son visage soudain devenu rouge. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle venait de dire une chose pareille, mais fut soulagée lorsqu'elle entendit Yel rire, sans doute amusé par sa réaction.

« J'en ai marre d'être enfermée, s'expliqua-t-elle, calmée. Il faut que je sorte un peu sinon je sens que je vais péter les plombs !

- ... On va te trouver une mission. »

Yel donna une petite tape sur le genou de Kana avant de se lever, celle-ci le retint :

« Qu'est-ce que tu vas faire ?

- Je vais jouer de mon influence de mécano, répondit-il avec un clin d'œil. »

Kana le regarda partir avec étonnement, se demandant bien quelle était cette influence dont il parlait. Mais en attendant son retour, elle se sentit à nouveau seule, se retrouvant en face-à-face avec ses pensées moroses... Elle resta ainsi près de dix minutes, lorsque sa porte s'ouvrit. Teal'c et Jack se trouvaient de l'autre côté, avec sur le dos l'équipement de mission.

« Aller Kana, annonça Jack en lui lançant une casquette. Prends tes clics et tes clacs, on part en mission !

- C'est vrai ?! S'étonna-t-elle, ravie.

- Dépêche-toi, Warner veut qu'on revienne vite.

- J'arrive ! »

La jeune femme, contrairement à d'habitude, ne se fit pas attendre. Elle arriva la première en salle d'embarquement, où elle trouva Sam, Yel et Jennifer. Ses deux coéquipiers portaient de gros sacs vides dans le dos, ainsi que trois autres à leurs pieds. Lorsque Kana et les autres arrivèrent, ils en récupérèrent aussi, puis Jennifer leur fit un briefing rapide :

« Nous avons besoin d'unopium pour achever les réparations à la passerelle, vous allez être chargés d'en rapporter le plus possible.

- Comptez sur nous ! Assura Kana au garde à vous, un grand sourire aux lèvres. »

Juste derrière Jennifer, Kana aperçut Yel la regarder en souriant. Il posait sur elle un doux regard qui la fit encore plus sourire, puis elle emboîta le pas au général qui fut le premier à traverser la porte.

De l'autre côté, ils arrivèrent au pied d'une montagne entamée, cela ressemblait à une carrière abandonnée. Là, Jack, Teal'c et Sam partirent devant et allèrent déballer leur matériel. Yel s'apprêtait à les suivre, lorsque Kana le retint en l'attrapant par derrière.

« Kana ? Fit-il surpris, incapable de bouger.

- Merci ! Comment tu as fait pour convaincre Jennifer de lancer une mission comme ça ? »

Kana le relâcha pour qu'il puisse lui répondre en face, mais il lui répondit d'un air normal :

« De quoi tu parles ? Tu n'as pas écouté ? On a besoin d'unopium pour la passerelle. »

Kana se figea un instant, puis lui fit une grimace moqueuse. En guise de réponse, il lui fit un petit sourire et alla rejoindre les autres. Kana mit un instant avant de réagir.

« Il y en a encore une grande réserve dans l'entrepôt, pensa-t-elle avec un petit sourire. Yel, tu es tellement gentil. Penser que tu as inventé une excuse afin de nous emmener en mission, juste pour moi, ça me fait t'aimer encore plus... Mais ça me fait avoir encore plus peur de te perdre... »

Kana courut après Yel, et lui attrapa la main avant de se remettre à marcher au même rythme que lui. Ils avançaient doucement en direction de leurs amis qui commençaient l'extraction.

« Je ne peux décidément pas te le dire, pensa Kana. Mais au fond, pourquoi me tracasser autant ? Tu n'as pas besoin de savoir que je connais ton secret, on est heureux comme ça. C'est bien ainsi... non ? »

Destiny, rapport n°42

fin