DESTINY

Rapport n°43

Franchir le mur 2/2

Cette sortie en mission fit non seulement un bien fou à Kana, mais également au reste de l'équipe. Il était vrai que passer ses journées enfermé à bord du vaisseau, sans respirer l'air frais du dehors, ni voir la lumière naturelle du soleil, à la longue c'était assez fatiguant. Rafraichis par cette sortie, les membres de SG-1 sentirent leur motivation et leur bonne humeur de retour. Kana respirait tellement la fraîcheur qu'elle en déprimait les membres de l'équipage qu'elle croisait, jaloux de sa joie. Elle était tellement énergique qu'elle en avait trop à dépenser, aussi elle voulut faire une chose en particulier. Mais pour cela, elle avait besoin de quelqu'un. Elle se rendit en sautillant jusqu'à la salle de gym, et le trouva là. Il s'entraînait en boxant un sac de sable. Kana entra négligemment et se faufila entre les autres militaires à l'entraînement. Et lorsqu'elle arriva juste derrière Yel, elle le chatouilla en s'exclamant :

« Salut ! »

Évidemment, cela eut l'effet escompté : il sursauta. Kana éclata de rire, mais lui le prit mal, et voulut se venger. Il l'attrapa et commença à lui frotter énergiquement le crâne, ce qui la fit rire et la poussa à se débattre. Mais ils arrêtèrent lorsqu'ils reçurent des moqueries.

« À quoi est-ce que tu joues ? Lui demanda-t-il quelque peu agacé.

- Rien, je voulais juste t'embêter... Et peut-être m'entraîner avec toi ? »

Ce fut à cet instant que Yel remarqua son accoutrement : la jeune femme portait un jogging serré et un tee shirt de sport recouvert du logo de l'Air Force. Elle avait également regroupé toutes ses boucles en une queue de cheval, dressée au sommet de son crâne.

« T'es pas sérieuse, là ? Rit-il, je vais pas me battre contre une fille.

- C'est pas le moment d'être galant.

- Je suis pas galant, mais regarde les choses en face : qu'est-ce qu'une crevette comme toi peut bien faire ?

- Une...?! »

Kana se fâcha et se jeta sur lui, poings en avant, et lui donna un coup dans le bras. Cela commença par le faire rire, mais ainsi il attisa la furie de la jeune femme, qui accentua son attaque. Voyant qu'il n'avait pas le choix, Yel se mit en position de défense et commença un duel avec elle. Il ne faisait qu'arrêter ses coups, jusqu'au moment où elle tricha. En effet, elle lui fit croire qu'elle allait le frapper par en dessous, et profita du fait qu'il avait baissé ses mains pour venir lui faire un bisou sur la joue. Comme il fut surpris, elle put profiter d'une seconde pour retourner la situation. Elle le plaqua par terre, et s'affala sur lui dans l'espoir de le maintenir au sol :

« Je te tiens ! Fit-elle amusée, je te tiens !

- Tricheuse !

- Je sais, excuse-moi.

- C'est trop facile comme ça. »

Afin de la faire payer, il la chatouilla. La jeune femme sursauta mais elle réagit aussitôt, sauf qu'il parvint à lui attraper les deux mains. Essoufflés d'avoir ri de la sorte, ils restèrent immobiles dans cette position, se fixant droit dans les yeux. Plus rien ne semblait compter à part le regard de leur partenaire, pourtant Kana devint pensive :

« C'est fou quand même, se dit-elle. J'imagine la force que tu possèdes, et pourtant tu retiens mes poings avec une telle douceur. C'en est déstabilisant. Tu dois sûrement te retenir pour ne pas serrer. Tu dois sûrement te retenir pour beaucoup de choses. Avec tout ce dont tu es capable, toutes ces connaissances que tu as. Je veux dire, tu as été jusqu'à construire ce vaisseau incroyable dans lequel on vit. Jusqu'à quel point est-ce que tu t'es réprimé pour te mettre à notre niveau ? Pour ressembler aux humains ? »

Kana perdit petit à petit son sourire, et retrouva le visage triste qu'elle avait gardé pendant plusieurs jours, avant la mission à l'extérieur. Elle relâcha la pression de ses poings et se releva doucement, permettant ainsi à Yel de faire de même.

Assis l'un en face de l'autre, elle lui jeta un regard intensément pensif. Son silence cachait ses pensées.

« ... Jusqu'où t'es-tu empêché d'être toi-même pour cacher ton secret ? »

Lorsque Kana laissa couler une larme sur sa joue, Yel s'inquiéta aussitôt :

« Kana ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Hein ? C-Ce n'est rien ! Excuse-moi, il faut que j'y aille...

- Hé mais attends ! »

Laissant le pauvre jeune homme sans la moindre explication, elle s'éclipsa. Elle n'arrêta sa course que lorsqu'elle retrouva ses quartiers, et qu'elle alla dans sa douche. Tandis qu'elle se retrouva au milieu de la vapeur fraîche, ses larmes reprirent de plus belle.

« Je suis horrible, pensa-t-elle. Je prétends garder ton secret pour ne pas t'effrayer, mais en réalité c'est moi qui ai peur. Dire que tu fais tant d'efforts pour le cacher, pour paraître comme nous. Je te demanda pardon Yel : en ne te disant pas que je sais, je te prive d'occasions d'être toi-même. Si seulement je trouvais le courage de te l'avouer, tu n'aurais plus besoin de te cacher... au moins devant moi. Pourquoi est-ce que j'ai si peur de te le dire, au final ? »

Les pensées de la jeune femme furent cependant interrompues lorsque quelqu'un frappa à sa porte. Elle reconnut la voix de Yel lui parler au travers du métal :

« Kana ? Est-ce que ça va ?

- O-Oui ! Répondit-elle en coupant la vapeur, ça va, ne t'inquiète pas. »

Yel ne répondit pas, et cela inquiéta Kana : elle s'était rendue compte que sa voix tremblait, aussi elle s'était trahie toute seule. Il n'y avait aucun moyen que Yel y ait cru.

« ... D'accord, alors je te laisse, répondit-il. »

Kana s'immobilisa un instant, elle n'arriva pas à comprendre cette réponse. N'importe qui aurait insisté dans une situation pareille. Alors pourquoi ne l'avait-il pas fait ?

« Ne me dites pas que... ? Pensa Kana, c'est parce que tu ne m'as pas parlé de ton secret que tu ne veux pas me forcer à te parler ? Ne me dis pas que tu ne croies pas mériter que je me confie à toi ? »

La jeune femme ressortit de la douche et s'enroula vite dans une serviette. Elle comptait s'habiller rapidement et lui courir après, cependant elle fut stoppée dans son élan en apercevant son reflet dans le miroir. Elle avait une mine affreuse, ses yeux étaient tout rouge.

« Décidément, se dit-elle. Je suis abominable. Non seulement je t'ai inquiété, mais en plus je viens de te rejeter... »

Le lendemain fut bien silencieux pour la jeune femme. Non seulement son moral s'était retrouvé bien bas, mais en plus elle se retrouvait au chômage technique. Ne sachant pas ce qu'elle allait faire de sa journée, Kana se mit à parcourir le vaisseau, essayant de trouver un endroit où elle pourrait aider, ce qui lui aurait permis de ne pas se morfondre sur son indécision. Elle commençait à s'aérer les idées et à penser à autre chose, lorsqu'elle tomba sur Yel. En le voyant, toutes ses craintes refirent aussitôt surface. La pauvre ne le faisait pas exprès, mais dès qu'elle le voyait ou entendait parler de lui, c'était la première chose à laquelle elle pensait. Refusant obstinément d'y repenser et de s'en inquiéter, elle entreprit de faire demi-tour et de s'enfuir, lorsqu'il la retint. Il n'eut pas le temps de prononcer ne serait-ce qu'un seul mot que Kana récupéra violemment sa main en criant :

« Non ! »

Tous ceux qui remplissaient le couloir se figèrent, y compris Yel et Kana. Comprenant que son cri était exagéré, elle s'excusa aussitôt :

« Pardon, je n'aurais pas dû crier comme ça.

- Ce n'est pas grave, lui assura-t-il avec pourtant un visage perturbé. Qu'est-ce qui t'arrive, Kana ?

- Rien du tout, tout va bien, répondit-elle avec un sourire hypocrite en agitant les mains.

- ... J'ai fait quelque chose de mal ? Hésita-t-il. »

Lorsque Kana releva la tête vers lui, elle détesta le regard qu'elle lui trouva. Il semblait vraiment triste, et le simple fait que c'était elle qui l'avait rendu comme ça la fit culpabiliser. Au point d'en pleurer. Elle essuya aussitôt ses larmes, sauf que Yel l'avait vue. Il voulut avancer une main réconfortante vers elle mais elle le coupa :

« Excuse-moi, je voudrais rester seule un moment.

- ... Comme tu voudras. »

Il s'en alla sur cette note vraiment déprimante, sous le regard étonné de la jeune femme.

« Oh non, pensa-t-elle. J'ai recommencé. Il va encore croire que je ne veux plus de lui si ça continue... Pourquoi est-ce que je fais ça ? Je ne le fais pas exprès... »

Ses sanglots reprirent, et malgré le fait qu'elle voulait le rattraper et s'excuser, elle ne pouvait pas le faire dans cet état. Cependant, elle mit beaucoup trop longtemps à se calmer pour pouvoir aller s'excuser, car cela l'enferma dans sa chambre durant le reste de la journée, et l'empêcha de dormir. Lorsque ses pleurs s'arrêtèrent enfin, ils étaient déjà le lendemain. Sa montre affichant deux heures du matin, la jeune femme ne pouvait s'empêcher de se demander dans quel état Yel avait passé la journée. Elle s'en voulait vraiment. Trop inquiète pour pouvoir dormir, elle sortit du lit.

Après être passée au travers du champ de bataille qu'était devenu sa chambre, bombardé d'une multitude de mouchoirs en papiers éparpillés un peu partout, elle sortit dans le couloir. Heureusement que l'ouverture des portes était silencieuse, sinon elle aurait réveillé tous les quartiers. En effet, non seulement elle ouvrit et referma sa porte, mais elle fit de même avec celle de Yel. Entrée dans ses quartiers, elle trouva le jeune homme allongé dans son lit, dos à la porte, à moitié recouvert de sa couverture. Il semblait dormir paisiblement, ce qui la rassura en un sens. Elle s'approcha doucement du lit, continuant de le contempler d'une mine chagrinée.

« Dis Yel, pensa-t-elle. Comment réagirais-tu si je te disais que je sais ? »

Sans même vraiment s'en rendre compte, Kana souleva la couverture et s'engouffra en dessous. Elle se retrouva vite collée contre le dos de Yel, après avoir passé son bras autour de lui. Elle le serra aussi fort que l'angoisse saisissait son cœur, mais parvint tout doucement à s'endormir. La nuit ne fut pas facile, et le réveil encore moins. Lorsque la jeune femme ouvrit les yeux, elle était seule dans le lit. Elle n'osa pas se demander pourquoi, ça lui semblait évident, et elle s'en sentit encore plus triste. Le manque de sommeil la gagna de nouveau, mais elle essaya d'y résister, et se leva. Ce jour-là, contrairement à la veille, elle avait du travail. Sauf que son état ne l'aida pas à remplir ses tâches, puisqu'elle passa la journée à s'endormir partout et n'importe où. Au mess, à la tour de contrôle, au labo, ses différents collègues et ses amis commencèrent à en avoir marre et la chassèrent, l'envoyant dormir dans ses quartiers. Tellement agacée d'une telle fatigue, Jennifer finit par lui imposer un jour d'arrêt maladie...

Contrairement au cas de Kana, la journée de Yel avait été très longue et assez fatigante mentalement. Aussi celui-ci fut soulagé de retourner dans ses quartiers. Heureusement pour lui, il avait fini plus tôt que prévu et allait pouvoir se reposer un peu. Mais visiblement ce n'était pas son jour de chance, car il dut faire face à un imprévu assez inattendu : en rentrant dans ses quartiers, il y trouva Kana, assoupie à même le sol. Se demandant bien ce qu'elle faisait là, il s'approcha et la secoua légèrement :

« Hé ! Fit-il, tu ne vas pas dormir par terre quand même ?

- Hmm... Répondit-elle endormie. »

Comme elle refusait obstinément de se réveiller, Yel comprit qu'il ne pourrait pas la faire bouger, et y renonça en soupirant.

« J'te jure... Grogna-t-il tout en s'allongeant à côté d'elle. »

Il resta là, tranquillement installé, écoutant plus ou moins la respiration de sa petite amie squatteuse. La jeune femme continuait de sommeiller sous le regard bienveillant mais quelque peu agacé de Yel. Il était assez remonté, et aurait pu la disputer si elle avait eu le malheur de se réveiller à cet instant. Pourtant son humeur changea radicalement lorsqu'elle remua légèrement, puis marmonna son prénom avec une certaine tendresse. Son énervement soudain dissipé, Yel se coucha à côté d'elle, et finit par lui aussi fermer les yeux.

Il fut ainsi incapable de dire pendant combien de temps elle avait campé là, mais savait qu'il s'était réveillé avant elle. Il dut attendre encore avant de l'entendre bâiller. Elle se redressa dans le flou, mais fut totalement sortie de son sommeil en attendant :

« Bien dormi ? »

Elle ouvrit les yeux avec beaucoup de peine, mais sursauta en le reconnaissant :

« Yel ?! S'écria-t-elle, mais qu'est-ce que tu fais ici ?! »

Quelque peu vexé, Yel détourna le regard et afficha une mine renfrognée avant de répondre.

« C'est plutôt à moi de dire ça, c'est mes quartiers à ce que je sache. »

Kana se décida alors à regarder autour d'elle et, en effet, elle reconnut la chambre. La porte et la fenêtre étaient inversées, il n'y avait pas de douche individuelle, et la peluche qui trônait dans la chambre n'était pas la sienne : c'était bien la chambre de Yel.

« Qu'est-ce que ? Se demanda-t-elle, je suis venue ici pendant que je dormais ? »

Elle jeta un regard déconfis au jeune homme et s'excusa platement avant de vouloir repartir. Mais elle n'eut même pas le temps de se lever que Yel lui attrapa le bras.

« Attends, lui dit-il. Tu es sûre que ça va ? Tu agis bizarrement ces derniers temps... »

Son inquiétude se lisait dans son regard, qui toucha beaucoup la jeune femme. Mais elle se sentit coupable de le préoccuper de la sorte. Puisqu'elle était incapable de lui parler normalement, elle voulait au moins le rassurer un peu. Après tout, vu ce qu'elle lui avait fait subir tout au long de la semaine, elle lui devait bien ça.

Sentant sa tristesse revenir au triple galop, elle se laissa tomber sur son épaule, le laissant figé par la surprise. Sans qu'il n'eut le temps de dire quoi que ce soit, elle se mit à pleurer. Malgré son léger hoquet dû à cette fuite de larmes, elle parvint à lui dire :

« Pardon. C'est juste que... je ne veux pas te perdre, Yel ! »

Quelle étrange révélation cela devait-il être pour lui. Après les démonstrations d'affection dont elle avait fait preuve, puis les moments où elle l'avait éloigné d'elle, il ne savait plus trop où donner de la tête. La jeune femme en pleurs se serrait contre lui, agrippant fermement son tee-shirt, tout en l'humidifiant de larmes salées.

« Hé, répondit Yel d'une voix douce tout en la prenant dans ses bras. Pourquoi est-ce que tu me perdrais ?

- Je... Renifla le jeune femme, s'il te plaît, ne te fâche pas. »

Elle mit un petit moment à pouvoir se calmer suffisamment pour pouvoir articuler correctement, et se redressa avant de poursuivre, les yeux dans les yeux :

« Avant toute chose, il y a quelque chose qu'il faut que tu saches... »

Yel la fixa avec hésitation, même si elle semblait déterminée à lui faire passer un message, il se demanda si c'était une bonne chose ou un mauvais signe.

« ... Kana, tu commences à me faire peur.

- Je t'aime, Yel ! Lança-t-elle. »

C'était la première fois qu'elle le lui disait, mais elle avait souhaité que ce soit dans de meilleures circonstances. Sans doute sous l'effet de la surprise, il venait de se redresser, et la regarda avec insistance. Elle s'en sentit très mal à l'aise, mais resta emportée par son élan :

« Et ce n'est pas parce que j'ai découvert ton secret que ça va changer ! Je...

- Attends Kana, la coupa-t-il, soudain paniqué. De quoi est-ce que tu parles ?

- Tat... »

Face-à-face avec lui, elle ne pouvait plus revenir en arrière : le moment était venu de lui dire. Mais sa crainte quant à sa réaction n'avait pas disparue, loin de là. Le regard inquiet de Yel ne faisait même que l'attiser. De nouvelles larmes vinrent ruisseler sur le visage de la rouquine, mais elle n'avait plus la possibilité de se taire ou de trouver une quelconque excuse.

« ... J'ai vu ton tatouage, annonça-t-elle finalement. Je sais que c'est toi l'altéran. »

Le jeune homme se figea aussitôt, visiblement il était choqué, mais son visage décomposé fit de la peine à Kana. Elle se doutait bien qu'il s'agissait d'un point sensible, mais elle n'aurait jamais imaginé que ça le serait à ce point-là. Il ne réagissait plus, et ça inquiéta encore plus la jeune rousse, qui se demanda comment elle allait bien pouvoir rattraper le coup.

« Yel, essaya-t-elle. Je t'ai...

- Arrête ! S'énerva-t-il, tu ne sais pas ce que tu dis. »

Il détourna aussitôt la tête, mais elle avait bien vu son expression : il était vraiment en colère. Elle ne se souvenait pas lui avoir vu de visages aussi fâchés, seulement très rarement. Mais au fond de son regard, elle y trouva également de la peine. Pourquoi avait-il dit ça ? Est-ce qu'il se considérait comme un monstre à cause de ce que les Anciens lui avaient fait ? Malgré les questions que la jeune femme se posait, elle ne pouvait pas le laisser dans cet état là, et prit des mesures. Malgré ses flots de larmes qui continuaient de s'écouler sans interruption, elle arma son ton le plus déterminé, et s'exclama :

« Si ! Je sais parfaitement ce que je dis ! Je ne sais pas vraiment quels sont ces pouvoirs et capacités supérieurs qu'on t'attribue, mais je m'en moque ! Je t'en prie, crois-moi ! Parce que je suis sincère ! Je t'aime ! »

Un tel élan de détermination et de rage séchèrent ses larmes en un instant, elle continua de fixer son petit ami, qui avait dédaigné tourner la tête vers elle. L'expression déchirante qu'il lui avait affiché avait été remplacée par un mélange de tristesse et d'attendrissement. Elle préférait déjà cette réaction, mais aurait préféré avoir totalement chassé sa peine. Ce n'était malheureusement pas le cas...

« Tu... Hésita-t-il, tu n'as pas peur ?... Avec tout ce que tu as appris sur mon compte, comment peux-tu ?... »

Kana, ravie de l'entendre parler, essuya du bout de la manche ses restes de larmes avant de lui adresser un beau sourire.

« Non, répondit-elle en se rapprochant de lui, je n'ai pas peur de toi. Parce que je te connais, toi. Je connais le Yel qui est ici, dans ton cœur, et il n'y a que lui qui compte ! »

Malgré sa foudroyante persistance, la jeune femme ne parvenait pas à dissiper la tristesse de son petit ami, qui baissa le tête.

« Tu n'as aucune idée de ce dont je suis capable...

- Ça m'est égal. »

Sans prévenir, elle se pencha sur lui, et l'embrassa tendrement. Elle profita de ce contact durant quelques instants, avant de relâcher doucement la pression. Encore tout près de lui, elle lui répéta ses sentiments dans un murmure affectueux. Sa peine semblait si grande qu'il n'en fut pas convaincu, aussi Kana se colla à nouveau contre lui. Elle était prête à l'embrasser, ainsi qu'à lui répéter ces trois mots autant de fois que nécessaire afin de dissiper sa crainte.

Petit à petit, elle se rendit compte de l'épaisseur et de la taille du mur qu'elle essayait de franchir. Pendant tout ce temps où elle le connaissait, elle n'avait fait que gratter la surface, et encore. Mais à présent qu'elle prenait conscience de la souffrance qu'il avait intériorisé, elle ne comptait plus le lâcher. C'était le meilleur moment pour déballer son sac, et lui avouer ce qu'elle avait pensé de lui pendant tout ce temps... Toujours serrée contre lui, ses mains retenant son visage déformé de tristesse, elle prit son courage à deux mains.

« Je t'aime tellement Yel, si tu savais... Depuis le début, depuis le jour de notre rencontre sur ce vaisseau furling. À ce moment-là je ne savais pas pourquoi, mais avec le recul maintenant je m'en rend compte : je t'aimais déjà. C'est pour ça que je ne voulais pas te laisser partir, c'est pour ça que je voulais te rendre ton collier. Mais ce n'était qu'une excuse pour te revoir. Je t'ai cherché... J'avais vraiment envie de te revoir. Je t'ai toujours aimé ! Toujours ! »

Kana continuait de le lui dire, mais elle commençait à craindre que ses mots ne l'atteignent pas. Elle continua d'insister, et l'embrassa de nouveau avant de le lui redire une dernière fois. Ce fut à cet instant qu'elle eut une surprise : le jeune homme, comme s'il venait de se réveiller, et de réaliser tout ce qu'elle lui avait dit, se mit soudain à rougir fortement. Il rougit tellement que c'en fut embarrassant, même pour Kana.

S'étant légèrement calmé, il attrapa doucement les coudes de Kana, dont les mains n'avaient toujours pas relâché son visage. Ses mains à lui tremblaient légèrement. Il planta dans ses yeux un regard qui semblait timide, mais Kana ne savait pas trop quoi en penser. Il la regarda comme ça pendant quelques secondes, silencieux, elle attendait avec beaucoup d'appréhension sa réaction, lorsqu'il lui dit finalement :

« Merci... »

Le cœur de la jeune femme aurait pu exploser tant il se mit à battre rapidement, et elle s'en sentit si heureuse qu'elle le prit dans ses bras et le serra comme jamais. Lui aussi passa ses bras autour d'elle. Un grand soulagement s'empara de Kana. L'angoisse qu'elle avait accumulée durant les derniers jours s'était soudainement envolée, elle fut libérée d'un poids considérable, et espéra que c'était aussi le cas de Yel. Ça avait été dur, mais au final ça avait valu le coup. Serrés l'un contre l'autre, leurs cœurs battant et résonnant dans leur poitrine, la jeune femme se sentit plus proche de lui que jamais.

Destiny, rapport n°43

fin