DESTINY

Rapport n°46

Le dernier rempart vers toi

Après presque une semaine de négociations avec les furlings, l'alliance entre la Terre et le gouvernement clandestin de Angen avait été conclue. Yel et elle se quittèrent sur une bonne entente, ayant mis au clair et pardonné ce qui était arrivé, bien que Kana n'avait pas vraiment le courage de l'oublier, et ainsi l'équipe put retourner à bord de l'Andorphée. Ce cher vaisseau leur avait manqué, et ils ne se firent pas priés pour le faire remarquer, en particulier Jack et Kana. Reprendre leurs activités était pour chacun quelque chose de plus ou moins bien : Jack en avait marre d'avoir autant de travail, Sam voulait récupérer son retard et y était motivée, Teal'c n'avait pas grand chose à faire, Yel était de loin le plus sollicité, et Kana aurait préféré reprendre doucement le travail sans en avoir l'occasion car elle avait un nouveau projet dont elle devait s'occuper. Elle en était surtout contrariée parce que les derniers projets auxquels elle avait participé avaient presque tous échoué. Aussi la journée s'écoula plus ou moins rapidement selon l'état d'esprit des membres de l'équipe, qui purent se plaindre et/ou faire part de leur avancé entre eux lors des repas au mess.

L'heure d'aller dormir arrivait et la fatigue s'installait doucement parmi l'équipage, rappelé à leurs lits par les éclairages qui diminuaient progressivement. La nuit ''tombait'' à bord du vaisseau. Tandis que Yel se changeait tranquillement dans ses quartiers, sa porte s'ouvrit. Heureusement pour lui, ce n'était que Kana. Celle-ci était déjà prête à aller dormir : jogging, et gilet duveteux fermé jusqu'au cou.

« Tu pourrais frapper avant d'entrer, lui lança-t-il agacé.

- Pardon, je ne voulais pas te surprendre.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je... Je me demandais si tu voudrais bien qu'on dorme ensemble cette nuit ? »

Le visage de la jeune femme s'enflamma soudain, elle était gênée de l'avoir demandé comme ça. Mais si elle le voulait vraiment elle n'avait pas d'autre solution que de le proposer, puisque l'habitude de se coucher chacun dans son quartier était solidement ancrée dans leur quotidien.

« S-Si tu veux, répondit Yel. »

Kana ne s'en sentit plus de joie, et le grand sourire qu'elle afficha la trahissait de suite. Yel n'ayant pas fini de se changer, elle patienta un peu avant de bouger. Il avait déjà vêtu le jogging de nuit, et ne restait plus que le tee-shirt à changer. Cependant, lorsqu'il l'enleva et attrapa celui qu'il allait mettre, Kana ne put quitter son dos nu du regard. Elle sentit les battements de son cœur accélérer, et, sans même y faire attention, elle s'approcha. Sans lui laisser le temps d'enfiler l'habit, elle se colla contre lui, et posa doucement ses mains sur ses pectoraux. Il se figea instantanément, ne sachant pas vraiment comment réagir. Du bout des doigts, Kana sentit la douceur de sa peau, chaude, ainsi qu'une pointe de froid causée par sa chaîne qui pendait autour de son cou. À travers sa poitrine, elle sentit son cœur palpiter.

Ils restèrent un instant comme ça, immobiles, jusqu'à ce que Yel ne demande :

« Qu'est-ce que tu fais ?

- ... C'est évident, non ? Répondit-elle bien qu'ayant les joues en feu. Je te touche. »

Elle voulut caresser sa peau, seulement elle eut à peine le temps de déplacer une main qu'il la lui attrapa et l'enleva.

« A-Arrête... Lui dit-il. »

Il relâcha sa main et s'empressa d'enfiler son tee-shirt, mais elle ne put voir son visage, car il restait dos à elle. Inquiète, elle le contourna pour se mettre face à lui. Une légère rougeur trônait à ses joues, mais il semblait surtout préoccupé.

« Tu... Hésita-t-il, tu n'as pas l'intention de dormir cette nuit, c'est ça ?

- Pas vraiment, non... Reprit-elle tout aussi gênée.

- C'est pas une bonne idée Kana, on ne devrait pas...

- Quoi ? Mais pourquoi ? »

Kana en fut si choquée qu'elle avait fait un pas en arrière et s'était pris la porte du placard dans le bras. Par réflexe, elle sursauta et repartit en avant, pour percuter Yel. Elle resta contre lui, troublée, s'accrochant à son vêtement, pour finalement lui demander d'une petite voix :

« Tu n'as pas envie de moi ?

- Ce n'est pas ça, Kana...

- Alors où est le problème ? Le coupa-t-elle, soudain fâchée. »

Serrant fermement son tee-shirt entre ses petits poings, elle releva un regard furieux vers lui, attendant avec appréhension sa réponse. Lui resta immobile, et elle ne mit pas longtemps avant de comprendre qu'il en était affligé. Il ne lui répondit pas mais la prit par la main avant de sortir des quartiers. L'entraînant avec lui dans le couloir, il jeta un œil autour d'eux et, tandis qu'elle croyait qu'il allait la ramener dans sa propre chambre, il partit dans la direction opposée. Il semblait pressé mais continuait de surveiller que personne ne passait par là, de couloir en couloir, pour finalement entrer dans la salle de gym. Les lumières s'allumèrent à leur entrée, et la porte se referma derrière eux. Kana resta perplexe : c'était la première fois qu'elle voyait cette immense pièce complètement vide. Ci et là contre les murs restaient quelques banquettes qu'on avait oublié de relever, les sacs de sable étaient restés pendus au bout de leurs chaînes, les deux grands tapis amortissant recouvraient encore le sol, mais là ne se trouvait aucun boxeur, aucun duo d'officiers s'entraînant, aucun sportif, personne... Personne à part eux deux. Yel relâcha sa main et se rendit au milieu du tapis. Toujours dos à elle, il lui annonça :

« Tu m'as dit que tu n'accordais pas d'importance à mes pouvoirs...

- Oui, c'est vrai, et je le pense toujours.

- Mais pas moi Kana. »

La jeune femme hésita un instant, se demandant encore pourquoi il les avait conduits là, jusqu'au moment où elle le vit lever les mains. Elle entendit aussitôt une sorte de grondement sourd, puis vit toutes les caisses, les sacs de sable, les équipements... bref tout ce qui se trouvait dans la salle, tout se mit soudain à flotter dans les airs.

« Tu pourras les ignorer tant que tu veux, reprit Yel, mais ils seront toujours là.

- Attends Yel, le coupa-t-elle, qu'est-ce que tu veux dire par là ? C'est à cause de ça que tu ne veux pas ?

- ... Je ne sais pas ce que ça pourrait te faire... »

L'ensemble du matériel que Yel avait fait léviter retomba aussi sec.

« J'ai des pouvoirs de ce genre depuis ma naissance, mais il arrive encore des fois où je ne contrôle rien. Et quand je suis avec toi, j'ai le sentiment que ça pourrait arriver à tout moment. Tu es la dernière personne à qui je voudrais faire du mal, Kana. »

Un silence s'installa dans la grande salle, Yel n'osait pas se retourner pour voir la réaction de la jeune femme, mais il entendit quelque chose dans son dos. C'était le bruit d'une fermeture éclair, puis de quelque chose qui tombait au sol. Intrigué, il se retourna. Kana venait d'enlever son gilet, elle ne portait qu'un ridicule body, suffisamment court pour laisser apparaître son nombril ainsi que la naissance de ses seins, moulés dans le tissu noir. Elle lui lança un regard franc, infléchit, mais lui se retourna aussitôt :

« T-Tu as écouté ce que je t'ai dit ?!

- Oui j'ai entendu, mais je ne suis pas d'accord avec ça. »

Kana mit le pied sur le tapis et s'approcha de lui, avant de lui prendre la main. Il hésita un instant avant de retourner la tête vers elle, qui lui lançait un regard enamouré.

« Je sais que tu ne me feras pas de mal. Le seul moyen que tu as de me faire souffrir, c'est en me repoussant comme tu le fais.

- Kana, je peux vraiment être dangereux...

- Tout va bien. »

Même si elle insistait, le jeune homme semblait vraiment déterminé à ne rien faire, et essaya de se débattre. Seulement elle lui fit un croche-pied et le fit tomber sur le tapis, plaqué sur lui, elle l'y maintint comme un otage.

« Je t'en prie Yel ! Reprit-elle avec beaucoup de peine dans le cœur. »

Elle glissa doucement sa main sous son tee-shirt et voulut l'embrasser, mais il résista encore.

« Non, attends.

- C'est normal Yel. Quand on aime quelqu'un, c'est tout à fait normal de vouloir se rapprocher de lui. Je t'aime tu sais, je voudrais ne faire qu'un avec toi. Pouvoirs ou non.

- ...

- S'il te plaît... »

La jeune femme sentit sa peine la submerger, et celle-ci s'exprima en larmes qu'elle ne put retenir. Elle continua de le lui demander, espérant qu'il finirait par accepter.

« Si toi aussi tu m'aimes, reprit-elle, alors tu feras ça pour moi. »

Kana continua de pleurer, gardant obstinément ses mains sous le tee-shirt de Yel, caressant sa peau en espérant lui donner envie. Elle commençait à perdre espoir lorsqu'elle sentit sa main se poser dans son dos. Elle releva son regard vers lui, et remarqua que, malgré un regard assez chagriné, il semblait légèrement amusé.

« Toi alors, fit-il. Quand tu as une idée en tête, impossible de te l'enlever. »

Ce léger sourire la rassura, et elle se laissa entraîner vers son visage. Elle profita du contact de ses lèvres autant qu'elle le put, pourtant entre deux baisers il ajouta :

« T'es vraiment têtue quand tu t'y mets. »

Même si son ton semblait quelque peu agacé, Kana comprit que son entêtement lui avait permit de passer outre sa peur, et de les rapprocher davantage. Elle avait conscience qu'elle était une vraie tête de mule, vu le nombre de fois que ses amis et collègues le lui avaient fait remarqué. Cependant cette fois-ci, la manière dont Yel le lui avait dit, lui avait fait comprendre que parfois c'était une tare, mais que d'autres fois cet entêtement était quelque chose de bien. Cette ténacité les avait à plusieurs fois sauvés, et c'était grâce à ça qu'à présent il était là, à bord, avec ses amis... et avec elle.

La chaleur, la douceur, leur amour et leurs soupirs remplirent la salle de gym. Kana profitait de cette proximité inégalée qu'elle partageait avec lui, son attention et ses sentiments n'étaient en rien distraits par les lumières qui grésillaient, ni les objets en mouvement autour d'eux, attisés par les pouvoirs incontrôlables du jeune homme. Leurs corps nus et recouverts de transpiration s'entremêlaient dans un désir ardent qui les lia pendant toute la nuit.

La nuit fut bien douce, et Kana ne se souvint pas avoir aussi bien dormi depuis bien des années... Cependant, le réveil fut une autre paire de manches. En effet, les deux jeunes gens sursautèrent lorsque les lumières s'allumèrent, comme elles le faisaient à chaque matin. Même si cela arrivait vers six heures du matin, ils savaient que les premiers levés n'allaient pas tarder, et certains officiers risquaient d'entrer dans la salle de gym. Comme éjectés de leur sommeil à l'aide d'un lance-pierre, Kana et Yel se dépêchèrent de se rhabiller, Kana eut un peu plus de mal que lui lorsqu'elle voulut mettre son tee-shirt. Ils mirent quelques petites minutes à se démêler avant de pouvoir ouvrir la porte. Là, ils furent très prudents et vérifièrent que personne ne passait par là avant de s'enfuir dans les couloirs, main dans la main. Lorsque Kana se prit le pied dans un sac qui trainait dans cette allée, cela fit un grand bruit qui alerta un membre de l'équipe de nuit qui passait par là.

« Y'a quelqu'un ? Demanda-t-il. »

Kana eut un réflexe assez déplacé : elle agrippa la main de Yel et se mit à courir. Sans vraiment le faire exprès, ils venaient de se faire prendre en chasse par l'officier. Kana courut aussi vite qu'elle pouvait, bientôt dépassée par son petit-ami. Ils furent suivis sur plusieurs mètres avant de finalement se cacher à un angle, d'où ils regardèrent leur collègue passer. Cachés l'un contre l'autre, ils ne purent s'empêcher de rire lorsqu'il repartit, visiblement il ne comprenait pas ce qui était arrivé. Ils restèrent là encore quelques minutes, essayant de se retenir de rire, puis se remirent en route jusqu'à leurs quartiers. Là, Yel y déposa Kana.

« Où est-ce que tu vas ? Demanda-t-elle en chuchotant.

- Je vais aller ranger la salle de gym.

- Tu veux de l'aide ?

- Non, ça va aller. On se revoie au mess.

- D'accord, je t'aime. »

Yel lui répondit avec un sourire et un doux regard, puis repartit. Kana le regarda s'en aller en souriant, puis, en entendant quelqu'un arriver, elle s'empressa d'entrer dans ses quartiers. Cachée derrière sa porte, elle ne put s'empêcher de repenser à la nuit, et essaya d'empêcher son cœur de se comprimer aussi fort. Elle en avait un peu de mal à respirer, mais elle était heureuse. La jeune femme s'habilla en vitesse et ressortit pleine de joie, prête à affronter une nouvelle journée de travail.

Destiny, rapport n°46

fin