DESTINY
Rapport n°56
Sombres desseins
SG-1 retourna sur la planète où Yel fut enlevé, et jetèrent à nouveau un coup d'œil sur l'arche qu'ils avaient trouvé. Mais celle-ci était vide.
« Encore une impasse ! S'exclama Sam, à bout de nerfs. Je vais finir par croire que c'est vraiment un canular...
- Ne désespère pas, lui assura Kana, ces symboles vont peut-être nous renseigner sur l'emplacement de la cache. Laisse-moi juste le temps de les traduire.
- Crois-moi, lui répondit-elle. A cette heure-ci, ce n'est ni toi ni moi qui aurions besoin de temps.
- On le retrouvera, affirma Kana, confiante. Je sais qu'il s'en sortira, et qu'on le retrouvera. Il nous l'a déjà prouvé plusieurs fois.
- En effet, confirma Teal'c, lui aussi plein d'espoir. »
A bord de l'un des vaisseaux des rebelles furlings, des équipes venant de l'Andorphée ne cessaient de faire des aller-retours entre les différentes bases. SG-1 faisait partie de ces équipes. Mais tandis qu'ils venaient prévenir Angen qu'ils n'avaient pas trouvé la clef, ils virent Rachtalen dans la salle de réunion remplie de renégats.
« Bonsoir, leur dit-elle. J'espère ne pas trop vous avoir impressionnés lors de notre première rencontre... »
Ils n'étaient pas vraiment habitués à cette personnalité-ci. Pour eux, Rachtalen était le bras droit sanguinaire, mais c'était le visage qu'elle montrait à Fenelle. Elle avait plus l'étoffe de la meilleure amie pour Angen, et était une excellente espionne.
« Que faites-vous ici ? Demanda Jack.
- Je viens faire un rapport.
- Est-ce que vous avez vu Yel ? S'inquiéta Kana, comment va-t-il ?
- Bien, pour l'instant du moins. À l'instant où nous parlons, il est encore enfermé dans les geôles de la Nef Royale. Fenelle ne m'a pas encore confié ce qu'elle comptait lui faire. »
Malgré le peu d'informations dont elle disposait, cela rassura SG-1 de savoir que Fenelle n'avait encore rien fait à leur ami, Rachtalen dût se dépêcher de retourner sur le vaisseau de Fenelle, sinon son absence allait paraître suspecte. Mais avant de repartir, Jack lui confia deux pierres de communication accompagnée d'un terminal. Elle avait été prévenue de sa mission, et ils avaient convenu d'un signal, transmis par un communicateur Tok'ra. Il avaient gagné un peu de temps. Rachtalen confia la position de la flotte impériale, le nombre de vaisseaux et le type d'armement à ses officiers supérieurs, et cela leur permit de mieux préparer leur attaque. Ils continuaient de parler stratégie lorsque leur espion revint à bord de la Nef. Une fois retournée à bord et enfilé de nouveau son masque de bras droit, elle arpenta les couloirs comme d'habitude, avec une démarche menaçante et son regard méprisant dès que quelqu'un la regardait. Cependant sa mission n'était pas finie. Discrètement, elle se rendit dans la chambre de Fenelle, et glissa une pierre de communication dans la robe qu'elle devait lui préparer pour le sommet avec les rois et reines. Dans le même élan incognito, elle en ressortit. Mais au détour du couloir, elle croisa le chemin de Raitz.
« Rachtalen. Lui dit-il, l'air surpris.
- Raitz, le salua-t-elle en le regardant de haut.
- Il paraît que tu étais encore sortie ?
- J'ai fini ma mission auprès de l'Impériale, je n'ai pas à me justifier de mes occupations. Et encore moins devant toi.
- Pourtant nous avons eu un problème d'espionnage, es-tu au courant ?
- Comment, ça n'a toujours pas été réglé ?!
- Apparemment non. »
Il marqua une pause et observa Rachtalen comme s'il avait une emprise sur elle. Même si elle savait que c'était avant tout un avide de paroles, elle ne sentit rien de bon.
« Tu sais, j'ai toujours été jaloux de toi, lui dit-il. Peu de gens peuvent approcher l'Impériale comme tu le fais. Tu occupes une place importante autour d'elle, bras droit. J'aurais donné cher pour obtenir une telle place... Elle veut te voir.
- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? »
Rachtalen s'éloigna de lui, trop heureuse d'en être débarrassée.
« Au fait, continua-t-il. Tu savais que c'était moi qui allait interroger l'altéran ? »
Rachtalen s'arrêta et se retourna, essayant de cacher un regard apeuré.
« J'ai reçu l'autorisation de l'amocher si je le voulais. Méfie-toi Rachtalen. Si je te prends la place au poste de torture, je risque de te prendre la place auprès de l'Impériale.
- Pff, rit-elle. Avec tes méthodes mollesques, tu n'obtiendras rien de lui. »
Elle s'en alla aussitôt, l'abandonnant sur place, et se dirigea le plus vite possible en salle du trône, où l'attendait Fenelle. Lorsqu'elle entra, elle s'inclina et dit :
« Vous vouliez me voir, Impériale ?
- Je méprise tous ses êtres vils qui me servent de rois et de vassaux, Rachtalen. Lui dit Fenelle d'un ton triste en regardant les vaisseaux par la fenêtre. Ils me répugnent. Ils sont tels des épines dans mon cocon. Tu sais à quoi ils me font penser ?
- Non, Majesté ?
- Aux petits parasites que m'envoie ma chère sœur. Je vais encore devoir éliminer un espion aujourd'hui. Je me suis dit que tu voudrais t'en occuper.
- Est-ce pour cela que vous avez confié l'interrogatoire de l'altéran à Raitz plutôt qu'à moi ? Demanda-t-elle d'un ton dur, celui auquel Fenelle s'était habitué.
- Oh comme je suis déçue, Rachtalen. Ma sœur est contre moi, le peuple ne m'obéit que par peur, ceux en qui j'accorde ma confiance me tournent le dos. Et les seuls pour qui « loyauté » signifie quelque chose ne sont que de la vermine, comme ceux qui vont entrer d'ici quelques heures. »
Fenelle était toujours tournée vers la fenêtre, serrant quelque chose dans ses bras. Rachtalen s'avança alors et lui répondit :
« Je ne pense pas que ce soit le cas de tout le monde.
- Non, tu as raison. Il y a bien quelqu'un pour qui je compte vraiment. La seule personne qui ne m'ait jamais abandonnée. Mais on m'a séparé de lui aussi. »
L'espionne furling ne sut quoi répondre, mais l'Impériale reprit d'un ton dur :
« Et la deuxième seule personne à qui j'ai confié ma confiance s'avère être contre moi ! Un méprisable parasite dans les serres de ma sœur ! »
Rachtalen se figea soudain, elle venait de comprendre que c'était d'elle dont parlait Fenelle. Celle-ci se retourna de manière très menaçante vers elle, et Rachtalen découvrit avec effroi ce que l'Impériale berçait dans ses bras. Il s'agissait d'une sphère de stockage, lisse et polie avec beaucoup d'attention, contenant en son intérieur une lueur rouge, comme un nuage de pensées.
« Non... Paniqua-t-elle, ce n'est pas possible ! Nous l'avons détruit...
- J'en étais sûre ! Reprit Fenelle en laissant apparaître des cernes de fureur, tu fais partie de ces rebelles qui œuvrent contre mon pouvoir. Mais cela n'a plus d'importance : ce soir, je passe au plan B. Ce soir, je détruis l'altéran et me sert de son corps pour ressusciter mon bien aimé !
- Majesté ! C'est de la pure folie ! Vous ne pouvez pas faire ça !
- Tu me déçois énormément, Rachtalen. Mais je n'ai pas d'autre alternative, à présent. »
Sans que Rachtalen n'eut le temps de faire quoi que ce soit, Fenelle sortit des jupons de sa robe une seringue furling et s'élança sur elle, tout en protégeant sa précieuse sphère, et lui planta l'engin dans la tête. Lorsque la conscience de Rachtalen fut aspirée dans la sphère, et devint un nuage vert emprisonné dans le verre, l'Impériale s'écria :
« Voici donc pour venger Orancy, subis le même sort que lui ! »
Raitz entra à ce moment-là, et vit ce que faisait l'Impériale à ceux qui la trahissait : elle utilisait cette seringue pour aspirer leur conscience et l'enfermer dans une sphère de verre. Les corps, restant tout de même en vie, étaient conservés dans une pièce spéciale, à proximité des consciences pour torturer ces Furlings. Et Rachtalen venait de rejoindre ces victimes. Deux gardes emportèrent le corps et la sphère contenant sa conscience à la demande de l'Impériale.
Raitz resta là, à attendre une réaction de son Impériale vénérée.
« Alors ? Demanda-t-elle, comment va notre invité ?
- Il est prêt, Votre Altesse. Répondit-il avec un sourire effrayant. »
Fenelle se remit face à la fenêtre, et caressa la sphère de Orancy en disant :
« Ainsi donc, tout est en place : ce soir nous serons à nouveau réunis. »
Fenelle, accompagnée de Raitz, se rendit dans les geôles. Elle approcha de la cellule de Yel, et tous deux entrèrent. Il était attaché par deux grosses chaînes émettant des radiations, celles-ci semblaient bloquer ses pouvoirs. Le bracelet ancien qu'il portait avait lacéré son poignet, duquel s'écoulait un épais filet de sang. Il était couvert de sueur et était exténué.
« As-tu pénétré son esprit, comme je te l'avais ordonné ? Demanda l'Impériale, sa précieuse sphère rouge à la main.
- Et comme vous l'aviez prévu, il s'est incroyablement épuisé en résistant. Je pense que maintenant il est suffisamment faible. »
Fenelle s'approcha de son prisonnier et lui attrapa le menton pour observer son visage, vidé de toute force. Malgré la fatigue qui marquait tous ses traits, il lança un regard haineux à la Furling.
« Hum, non. Dit-elle alors, pas encore. Laisse-nous, je veux lui dire un mot en privé.
- Altesse, hésita Raitz, ne devriez-vous pas plutôt vous occuper des rois et reines ? Je veux dire... Plusieurs d'entre eux se mettent à douter de vous. Vous devriez les rappeler à l'ordre sinon ils risquent de...
- Silence, insolent ! Ne te permet pas de me dire ce que je dois faire ! Je me fiche bien d'eux, seul ce plan a de l'importance ! Maintenant dehors, tout de suite ! »
Raitz fut ainsi chassé, mais il fut trop préoccupé pour vraiment s'en aller. Se demandant bien ce qui pouvait autant occuper l'Impériale, il se contenta simplement de s'éloigner un petit peu et d'écouter la suite de la conversation :
« Vous semblez à cran, se moqua Yel, affaibli jusque dans la voix.
- J'en avais marre d'attendre, lui répondit-elle d'une voix douce, presque compréhensive. Tu m'as donné bien du fil à retordre, tu sais. La première étape du remplacement était d'affaiblir ta conscience jusqu'à l'effacer. Il était primordial de t'isoler pour cela, et c'est ce que je me suis efforcée de faire depuis le premier sommet auquel tu as participé. Mais alors que je touchais presque au but, tu as rencontré cette sale petite peste, et tout cet équipage d'insectes.
- Hé ! Surveillez votre langage lorsque vous parlez de mes amis et de Kana !
- Tu vois, reprit-elle en lui attrapant le menton et en approchant son visage du sien, tu es encore trop fort. Voilà donc pourquoi j'ai changé mes plans. À partir de maintenant, fini la méthode douce : je vais te briser, te détruire et lorsque ton esprit aura cédé, ton corps deviendra celui de Orancy.
- Orancy ? Hésita Yel, surpris.
- Lorsqu'il sera de retour, avec ses nouveaux pouvoirs il sera invincible et prendra son trône. Et lorsque ce moment sera venu, plus rien ne pourra plus nous chasser du pouvoir. »
L'Impériale était satisfaite : son plan se déroulait à merveille. Mais elle était loin de s'imaginer qu'une seule personne suffirait à renverser la situation. Elle ne pensait pas qu'elle serait trahie une dernière fois. En effet, Raitz, toujours caché et écoutant la conversation, fut choqué en apprenant les véritables desseins de Fenelle. Au grand jamais il n'aurait cru que l'Impériale qu'il avait admirée depuis si longtemps ferait une chose pareille. Complètement perdu, il s'enfuit de la Nef Royale en volant un vaisseau et, désespéré, il alla à la rencontre des rebelles. Il navigua dans l'espace pendant plusieurs heures, et découvrit avec stupeur la flotte qu'avaient réuni les humains et Angen. Il se rendit sans sourciller aux chasseurs qui l'interceptèrent, et qui le conduisirent jusqu'à Angen. Une fois de plus, Angen, Nativité, Isidro, Jack, Jennifer et SG-1 s'étaient réunis à bord de son vaisseau, dans une salle de réunion où restaient en activité une grande partie de l'équipage. Lorsque Raitz fut conduit devant eux, ils eurent du mal à le croire :
« Il s'est rendu, Altesses. Annonça l'un des gardes qui l'avait enchaîné et amené.
- Ça alors, c'est assez dur à croire. Fit remarquer Angen, pourquoi ne devrait-on pas croire à un piège ? »
Raitz s'avança soudainement et, à la plus grande surprise générale, il s'agenouilla en rampant presque au sol devant Angen, et se mit à la supplier :
« Majesté, j'implore votre secours : l'Impériale a perdu la raison. Elle a l'intention de ramener Orancy. »
Tous les Furlings de la salle furent outragés, surtout Angen, mais les terriens ne comprirent pas cette réaction :
« Orancy ? Demanda Jack, c'est quoi ça ?
- Orancy est mort ! Paniqua Angen, nous l'avons détruit !
- Je ne l'explique pas, assura Raitz, dont l'inquiétude était sans nul doute sincère. Mais j'ai vu sa conscience de mes yeux ! Elle l'a récupéré et veut le ramener !
- Impossible !...
- Hé ! S'énerva Jack, je veux une explication ! Et je ne suis pas le seul. »
L'inquiétude des furlings ne s'était pas dissipée, mais s'ils voulaient l'aide des terriens, il leur fallait bien s'expliquer. Ce fut Angen qui s'en chargea :
« Orancy était un vagabond recueilli par mon père lorsqu'il était encore Impérial. Nous avons appris que c'était lui-même qui avait détruit sa planète, et il s'apprêtait à faire la même chose dans notre galaxie. Cependant, il a séduit ma sœur et l'a fait sombrer dans la folie et la soif du pouvoir. Elle est devenue ainsi par sa faute, et il était tellement dangereux que nous avons été contraints de lui faire subir la Séparation. Nous avons enfermé sa conscience et détruit son corps.
- Pourquoi ne pas l'avoir tué ? Demanda Teal'c.
- Parce qu'il avait trouvé le moyen de rendre son esprit immortel : il avait volé le secret de l'Ascension à la famille royale. Nous pensions avoir détruit son esprit, mais on dirait que ce n'est pas le cas. Il faut absolument empêcher ma sœur de la ramener.
- Mais comment Fenelle pourrait-elle le faire ? S'enquit Kana.
- C'est vrai, reprit Jack, si vous avez détruit son corps, il ne peut faire de mal à personne, non ?
- Sauf si Fenelle lui a trouvé un corps d'accueil, répondit Nativité. »
Il y eut soudain un lourd silence dans la salle, mais Raitz le brisa :
« L'Impériale veut se servir de l'altéran pour cela, annonça-t-il.
- Quoi ?! S'énerva Kana, que Teal'c retint pour contenir son excès de colère.
- Elle a déjà entamé l'effacement de son âme, poursuivit Raitz.
- Il faut à tout prix l'en empêcher, vociféra Isidro, on ne peut pas laisser un monstre pareil s'emparer de si puissants pouvoirs !
- Il faut mettre en route notre plan d'urgence, paniqua Angen, je vais prévenir Rachtalen pour qu'elle passe à l'action.
- Rachtalen ? Demanda Raitz. Elle était une de vos espionnes ? Woww, elle était douée pour jouer la comédie.
- Qu'est ce que tu veux dire par « était » ?! S'énerva Isidro.
- L'Impériale a séparé sa conscience de son corps. Répondit Raitz.
- Dans ce cas, proclama Kana, c'est moi qui m'en chargerait.
- Non Kanahan, protesta Nativité. Vous ne parlez pas le furling, on vous reconnaîtra.
- Ce n'est pas un problème, affirma Raitz, l'Impériale a pris l'habitude de ne s'exprimer que par les pensées. Et chez nous, les pensées n'ont pas besoin d'être traduites, ce ne sont que des signaux identiques quelque soit la langue.
- Vous l'avez entendu ? Confirma Kana, une pierre à la main. »
Personne n'eut le temps de réagir qu'elle la plaça sur le terminal, lançant ainsi la connexion...
Destiny, rapport n°56
fin
