Bonjour à tous,
Alors non je ne vous avez pas oublié, seulement mon mari n'avait pas corrigé le chapitre...et ça fait une semaine que je lui demande de le faire, surtout qu'il est écrit depuis 2 mois!
Enfin bref, le voilà et j'espère qu'il vous plaira. Dites moi ce que vous en pensez!
Bonne lecture.
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Disclaimer : l'univers est à Tolkien je joue seulement avec les personnages!
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Chapitre 33 : Le magicien déchu
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Le pleur d'un enfant sortit Isleen d'un sommeil peuplé de mauvais rêves. Elle ouvrit difficilement les paupières, se demandant comment elle avait atterrit dans cette pièce avant que les souvenirs de la veille ne la rattrape, lui donnant envie de se recoucher et ne plus jamais se relever. Elle sentit son cœur se serrer en repensant à la froideur de Legolas, et une peur pernicieuse la saisit en se disant qu'elle avait été trop loin, et que ce qu'elle avait fait était impardonnable. Elle l'avait utilisé comme on utilise un mouchoir pour ensuite le jeter. Et les paroles qu'elle lui avait dite…La honte la fit grimacer, avant de fermer les yeux en soupirant.
Oui, elle lui en voulait de l'avoir enfermée durant la bataille, mais Haldir était au final bien vivant et son comportement envers le prince était puéril et digne d'une petite fille gâtée. La jeune femme soupira doucement de nouveau en pensant à tout ce qui l'attendait durant cette nouvelle journée, mais elle se promit de parler à l'elfe pour essayer d'arranger les choses entre eux. Ils devaient se parler sérieusement et ne pas rester comme ça. Il avait eu tort, et elle aussi. Cette pensée affola le cœur de la rouquine - elle qui ne mettait pas souvent son cœur à nu - et au vu de son comportement récent, elle ne serait pas étonnée que le prince lui jette ses sentiments à la figure, comme elle l'avait fait la veille.
Soupirant derechef, Isleen se releva difficilement et rangea la couverture dont on l'avait recouverte, avant de sortir de la pièce. Elle croisa plusieurs soldats qui la dévisagèrent ce qui ne l'étonna pas franchement, étant habituée depuis son coup d'éclat durant la bataille… mais elle comprit rapidement les coups d'œil, en voyant son visage lorsqu'elle passa devant un morceau de miroir brisé, qui surplombait une bassine d'eau plus vraiment propre, laissé sûrement là par un soldat pour sa toilette. Le constat était simple, la jeune femme avait les yeux bouffis et encore rouge d'avoir trop pleuré. Une belle marque d'oreiller – sûrement le pli de sa manche – lui barrait la joue gauche, et ses cheveux étaient tout emmêlés.
-Ok…De mieux en mieux., soupira la jeune femme, dépitée.
Elle essaya de démêler sa crinière avec ses doigts avant d'abandonner et de faire une tresse rapide, pour tenter de limiter les dégâts. Elle essuya ensuite son visage avec l'eau de la bassine, se frictionnant le visage pour chasser les traces de sa courte nuit. Tout n'était pas parfait, mais au moins elle pouvait rejoindre la grande salle sans faire peur à qui que ce soit.
Isleen arriva dans la salle, qui avait été débarrassée des blessés, ne laissant qu'une grande table en bois massif et des bancs branlants. Gimli était déjà attablé et mangeait un reste de bouillon sans grand appétit, écoutant le roi Théoden qui parlait avec Aragorn et Gandalf. Isleen les salua d'un signe de tête avant de s'assoir près de Gimli, qui lui tendit un bol plein de bouillon chaud. La jeune femme se demanda s'il s'était donné la mission de la nourrir, vu comment il prenait soin qu'elle mange depuis la bataille.
-Merci., lui dit Isleen en plongeant sa cuillère dans le liquide avant de la porter à sa bouche, alors qu'Eomer, qui venait d'arriver dans la salle, s'assit près d'elle, lui rappelant ses paroles de la veille, ce qui la fit rougir de honte.
Legolas arriva à ce moment-là et regarda la table, ne pouvant s'empêcher de grimacer légèrement en voyant Eomer et Isleen assis l'un à côté de l'autre. Sa mâchoire se serra en remarquant le rougissement de la jeune femme, qui s'amplifia quand le soldat lui parla trop bas pour qu'il puisse entendre ce qu'il lui disait. L'elfe marcha vers eux et s'assit en face de la rouquine sans lui adresser un regard, la mâchoire toujours contractée, bien décidé à l'ignorer autant qu'il le pouvait. Elle avait Eomer, qu'elle s'en contente.
-Et quelle peut-être la réponse à votre énigme ?, demanda Théoden, ramenant l'attention sur leur conversation.
-Pour la connaître, il faudrait venir avec moi jusqu'à l'Isengard, et ceux qui le veulent peuvent m'accompagner.
-En Isengard ?!, s'écria Théoden et Aragorn d'une même voix, avant que le roi ne continue. Il n'y a pas assez d'homme dans la Marche remis de leurs blessures pour assaillir Saroumane.
-Je m'en irai quand même vers sa demeure., déclara Gandalf en regardant gravement le roi. Je n'y resterai pas longtemps, attendez moi à Edoras, je vous y rejoindrai.
-Non !, s'exclama Théoden avant de reprendre plus doucement préférant ne pas alerter les membres de sa garde qui leur jetaient un coup d'œil. A l'heure sombre précédant l'aurore, j'ai douté. Mais nous ne nous séparerons pas maintenant. J'irai avec vous, si c'est là votre conseil.
-Je voudrais m'entretenir avec Saroumane aussi vite que possible., déclara Gandalf en regardant la tablée. Notre voyage doit être le plus discret possible. L'ennemi n'a que trop regardé vers nous.
-Nous pourrions partir d'ici la fin de l'après-midi si tel est votre souhait., proposa le roi au magicien, qui accepta d'un signe de tête.
-Reposez-vous., conclu Gandalf. Nous aurons besoin de nos forces. N'ordonnez pas une trop grande escorte, Théoden. Nous allons à des pourparlers, non à un combat.
Isleen ne dit rien mais grimaça en entendant les dernières paroles du magicien. Saroumane était dangereux, pouvoir ou non, et de son point de vue il fallait l'arrêter par tous les moyens. Un raclement la sortit de ses pensées et la rouquine constata que tous ceux qui avaient fini de manger se levaient. Elle regarda vers Legolas qui se levait lui aussi, bien qu'il n'ait rien mangé. Elle devait saisir l'occasion de lui parler, ne sachant pas quand elle pourrait le faire de façon discrète.
-Dame Isleen., l'interpella Eomer en se plaçant devant-elle, lui cachant la vue de Legolas. J'aurai aimé parler avec vous si vous êtes disponible.
-Quoi ?...Non !, s'exclama la jeune femme qui croisa le regard glacial de l'elfe avant qu'il ne se détourne. Veuillez m'excuser, je dois…enfin…Legolas attendez ! Legolas !
Autant pour la discrétion. Isleen contourna Eomer, éberlué par son comportement, pour rejoindre Legolas avant qu'il ne sorte de la salle. Elle arriva à la porte avant qu'il ne la franchisse et posa sa main sur son bras obligeant le prince à se retourner vers elle.
-Legolas, j'aurais aimé parler avec-vous un instant., commença Isleen, un peu affolée en voyant de quelle façon le prince la dévisageait. S'il vous plait.
-Il ne me plait pas de parler avec vous., déclara le prince d'une voix coupante, avant de jeter un coup d'œil à l'homme de la marche. Je crois par contre que le seigneur Eomer aimerait ça, lui.
-Mais je me fiche d'Eomer., lui murmura la jeune femme, retirant sa main de son bras comme si son contact l'avait brûlé.
-Vraiment ?, interrogea Legolas goguenard. Lui ou un autre, quelle importance ?
-Justement, c'est de ça que j'aimerai vous parler, pour que…,
-Vous en avez assez dit hier., la coupa le prince. J'ai à faire. Veuillez m'excuser.
Legolas se détourna sans un regard en arrière et la jeune femme resta à le regarder partir jusqu'à ce que sa silhouette ne soit plus visible. Elle resta la bouche légèrement ouverte, ses yeux se remplissant dangereusement de larmes, choquée qu'il ne veuille même pas lui laisser une chance de s'expliquer. Peut-être qu'elle n'avait pas mesuré la portée de ses paroles, et la blessure que ça avait causé chez l'elfe. Elle porta une main à son front, une migraine lancinante commençait à poindre. Elle avait besoin de parler à quelqu'un de ce qu'elle avait fait, et de la situation dans laquelle ça la mettait.
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Leurs affaires étaient maigres, aussi les elfes de Lorièn, dont le nombre avait drastiquement diminué, ne mirent qu'une vingtaine de minutes à les préparer, puisqu'il avait été prévu qu'ils se joignent au groupe du Rohan et de la communauté jusqu'à un certain point, avant de rentrer enfin chez eux. Les survivants avaient néanmoins récupéré les affaires personnelles de leurs défunts compagnons pour les ramener à leur famille. Ils n'avaient pu se résoudre à les laisser sur place. Haldir, qui regardait les hommes et femmes du Rohan s'activer pour rassembler les bêtes et les quelques affaires qu'ils avaient amené avec eux, ne vit pas arriver la jeune femme rousse, et ce ne fut que lorsque qu'elle arriva devant lui qu'il se rendit compte qu'elle était là. Autant pour son poste de garde de Lorièn…
-hmrpf…, grogna la rouquine qui, visiblement, n'était pas d'humeur.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? lui demanda le galadhrim après quelques minutes où il était clair pour lui qu'elle ne parlerai pas la première.
-C'est Legolas !, souffla la jeune femme, irritée.
-Je m'en serais douté…, murmura pour lui-même l'elfe.
-Pardon ?
-Rien.
-Hum., grogna Isleen en lui jetant un regard en coin comme pour juger si elle le croyait ou non. Enfin bref. Il ne souhaite pas me parler, ni entendre mes explications.
-Et cela t'étonne ?, lui répondit Haldir d'un ton légèrement moqueur. Tu n'as absolument pas été tendre avec lui.
L'accentuation du mot était de trop pour Isleen, qui savait qu'elle avait fait une erreur. Elle était venue chercher conseil, pas se prendre un sermon. Elle avait bien assez de Legolas pour cela.
-j'essaye d'arranger les choses justement !, s'exclama la jeune femme, douloureusement. Mais comment veux-tu que je m'excuse s'il ne veut plus me parler.
-C'est un elfe, Isleen., abdiqua Haldir qui voyait bien la détresse de son amie. Et d'après les rumeurs et ce que j'ai pu constater, il peut avoir un sacré caractère et un fort égo!
-Vous n'êtes pas censé être des êtres humbles, réfléchis et peace and love ?
-Peace and quoi ?, s'exclama à son tour Haldir, mais l'elfe secoua la main ne préférant pas savoir. Ecoute, je mets au défi n'importe quel homme de ne pas être énervé après l'absurdité que tu lui as sorti !
-Mais j'essaye de m'excuser !
-Et lui te fait attendre., lui apprit son ami. Tu as blessé son égo et franchement à sa place j'aurais fait la même chose. Quelle idée tu as eu de lui dire qu'Eomer – entre tous ! – aurait très bien pu t'embrasser ?!
-J'ai paniqué !, se lamenta Isleen en prenant sa tête dans les mains, les joues rouges. Je me fais l'effet d'une girouette, à changer d'avis comme ça avec lui. Un jour j'ai envie de le tuer et je le maudis pour tu sais quoi, et le lendemain j'ai qu'une envie c'est de l'embrasser. Il ne doit plus rien comprendre de mon comportement. Je me suis servi de lui et ensuite je lui ai balancé ça sur Eomer… Si tu savais comme j'ai honte de moi…
Haldir rit doucement de sa remarque. Bien qu'il ne savait pas ce que pouvait être une girouette, il comprenait le sens de sa phrase.
-Je sais qu'il ne t'en veut pas pour tes baisers., lui apprit Haldir, ce qui fit relever la tête d'Isleen. C'est un elfe, Isleen, et ce n'est pas dans nos habitudes d'avoir plusieurs partenaires de vie, contrairement aux Hommes. Il t'a choisi, toi. Il ne t'aurait jamais embrassée si ce n'était pas le cas.
-Je ne suis pas vraiment un Homme., murmura Isleen, d'une petite voix.
-Tu ne te sais immortelle que depuis peu, lui répondit le galadhrim compréhensif. Et même si tu as vécu à Fondcombe, plusieurs aspects de notre peuple te sont encore étrangers.
-Oui., confirma la rouquine. Ce n'est pas vraiment le genre de conversation que je pouvais avoir avec Elrond, et Arwen ne m'en parlait jamais, vu qu'on pensait que mon cycle de vie était égal à celui des hommes.
-C'est normal, en somme, conclut Haldir. Je pense surtout que le prince Legolas a peur de l'inconstance de la nature humaine. Et ce que tu lui as dit hier n'a fait que renforcer cette peur.
-Mais je tiens énormément à lui., répondit Isleen avant de lui dévoiler la véritable raison de sa panique. Je suis une étoile et…et j'ai peur que ce soit la raison pour laquelle il est attiré par moi.
-Oh. Je ne pense pas que ce soit le cas, il ne te regarde pas de la même façon que nous autres. Je peux te l'affirmer quand je te dis que son inclinaison est sincère., lui avoua Haldir avec justesse. Enfin bref. Il va te laisser attendre encore quelque temps.
-Et ça va durer longtemps ?
-Au vu de son égo ? je dirais une petite centaine d'année au minimum., se moqua le galadhrim qui reçut en réponse un coup de coude rieur de la jeune femme. Tu devrais préparer tes affaires, nous n'allons pas tarder à partir.
-Merci Haldir., lui dit Isleen en souriant avant de tourner les talons. Pour tout.
Haldir sourit à la jeune femme et la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse par la porte du fort. Il secoua la tête tout en soupirant doucement, repensant à la situation ridicule dans laquelle les deux jeunes gens étaient. La vie en temps de guerre pouvait être courte, autant en profiter pour être avec l'être aimé.
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Les hommes du Rohan furent prêts rapidement. Leurs chevaux étaient sanglés et ils n'attendaient que la compagnie pour pouvoir enfin quitter ce lieu. Le groupe d'Haldir les avait rejoint peu de temps auparavant, et qu'on avait gracieusement équipée en monture, attendait également. Gandalf fut le premier visible dans son vêtement blanc, accompagné par le roi Théoden et l'homme du Gondor. Gimli marchait derrière eux et semblait parler à Legolas, qui paraissait morose et taciturne. Isleen marchait en arrière des deux hommes, le regard fixé sur le chemin, bien qu'elle lançait quelques coups d'œil de temps en temps au prince.
-Il faudra pénétrer dans la forêt pour rejoindre la route de l'Isengard., informa Gandalf à l'ensemble des cavaliers en arrivant.
-Ne pouvons-nous pas la contourner ?, demanda avec justesse Aragorn qui voyait le malaise poindre à l'ensemble des personnes présentes, lui compris.
-La contourner ne fera que nous rallonger. Notre temps est précieux mon ami, l'ennemi avance !, contra Gandalf en montant lestement sur Gripoil.
La jeune femme, peu concernée par la décision du chemin à prendre, prit son courage à deux mains et fit quelques pas vers Legolas – occupé à choisir sa monture -, bien décidée à ne pas faire durer cette situation absurde. Haldir, qui la regardait, soupira devant l'entêtement de son amie et plaignit quelque peu Legolas, qui ne devait pas se douter du caractère têtu de la jeune femme.
-Me permettrez-vous de monter avec vous ?, demanda audacieusement la jeune femme en flattant doucement l'encolure du cheval à la robe marron qu'avait choisi l'elfe, obligeant celui-ci à se retourner vers elle, les coupant de la vue des autres.
L'elfe ne répondit pas à la jeune femme, dardant sur elle ses yeux de glace, pesant le pour et le contre. Elle était têtue, il pouvait lui accorder cela. À situation différente il aurait volontiers accéder à sa demande rien que pour la sentir contre lui mais, bien que l'envie de le faire le taraudait, il n'oubliait pas la blessure qui avait élu domicile au creux de son cœur.
-Gimli n'a pas de monture., lui répondit l'elfe moins froidement qu'initialement prévu, mais il ne pouvait être froid quand elle le regardait de cette façon.
-Il ne peut pas monter avec Aragorn ?, demanda Isleen pour qui la réponse de l'elfe était absurde, s'arrêtant de caresser le cheval, qui fit remarquer son mécontentement d'un petit hennissement.
-Non.
-Non ?, répéta la jeune femme en arquant un sourcil.
-Je crois qu'il préfère qu'on chevauche ensemble puisque nous allons devoir traverser la forêt., expliqua Legolas qui trouva la première excuse qu'il pouvait, voulant faire comprendre à la jeune femme que sa présence n'était pas souhaitée.
Isleen ouvrit la bouche mais ne répondit rien, meurtrit par la réponse de l'elfe. Il ne voulait pas d'elle et elle comprit que n'importe quelle excuse serait bonne. Des larmes pointèrent au coin de ses yeux, ce que remarqua Legolas qui fit instinctivement un pas en avant, mais la jeune femme recula également comme pour maintenir la distance qui s'était créé entre eux, le faisant grimacer, ne voulant pas la faire pleurer malgré tout.
-Ah vous voici !, s'exclama une voix derrière la jeune femme, qui se retourna après avoir chassé les larmes qui avaient coulées.
Eomer se tenait derrière eux et la rouquine lui lança un sourire contrit.
-Vous nous cherchiez ?, demanda relativement sèchement Isleen, qui se demanda comment il pouvait ne pas les avoir vu.
-Seulement vous., lui répondit le cavalier en lançant un regard rapide à l'elfe, qui avait serré les mâchoires. Je voulais vous proposer de faire le chemin à mes côtés.
-Oh !
Ce fut le seul son que la jeune femme sortit, ne sachant pas comment réagir, les paroles d'Haldir revenant à sa mémoire. Mais elle regarda l'elfe qui, sans qu'elle ne s'en rende compte, s'était rapproché d'elle, comme pour montrer clairement au cavalier qu'elle était chasse-gardée. Il regardait d'ailleurs l'homme d'un air peu amène et elle se rendit compte qu'Eomer lui lançait le même regard.
-Je pense que je préfèrerais voyager seule., conclut finalement Isleen, ramenant à elle le regard des deux hommes.
-Je crains que cela ne soit pas possible malheureusement., contrat Eomer en la regardant avant de lui faire son sourire au coin, qu'il savait redoutable pour les dames. Par souci de discrétion, nous avons limité le nombre de chevaux.
Isleen regarda alors autour d'elle et constata qu'il avait raison. Elle lança un coup d'œil à l'elfe à son côté, qui serra la mâchoire en constatant l'exactitude de ses paroles : les chevaux étaient pour certains pourvus d'une double selle. Les elfes de Lorièn, quant à eux, étaient à cru.
-Et j'ai cru comprendre que le prince Legolas préférait faire le voyage avec le seigneur nain., conclut Eomer en regardant Legolas.
L'elfe serra encore plus la mâchoire plus encore si c'était possible, comprenant que l'homme n'avait attendu que cela pour se rapprocher de la jeune femme. Il avait été pris à son propre jeu.
-Bon alors c'est d'accord., dit Isleen à contrecœur, ne trouvant pas d'autre solution.
-Très bien, je vous attends alors. Nous allons partir., lui répondit en retour Eomer avant de jeter un regard goguenard à l'elfe, en le saluant pour partir. Prince Legolas.
Puis il s'en fut rejoindre leur monture. Isleen ne dit rien mais le suivit des yeux avant de le reposer sur Legolas qui la regardait bizarrement, le corps aussi tendu que son arc de combat.
-Oh, Arrêtez de me regarder de cette façon ! C'est de votre faute, après tout !, grinça Isleen furieuse à présent contre l'elfe. J'espère que votre voyage sera agréable avec Gimli.
Legolas ouvrit la bouche pour répondre mais la jeune femme partit, furibonde, ne lui laissant pas l'occasion de se rattraper. Il maudit en silence le cavalier du Rohan, et ne put qu'être spectateur quand celui-ci l'aida à monter sur le canasson avant de se placer derrière le corps de la jeune femme. Celle-ci regardait droit devant elle et semblait très raide, mais cela ne semblait pas déranger le cavalier qui la rapprocha de lui, déclenchant un rougissement à la rouquine.
-Vous n'êtes qu'un idiot., lui dit Gimli qui regardait l'elfe occupé à fusiller Eomer du regard. C'est vous qui seriez à la place du seigneur Eomer si vous aviez un peu plus de jugeote.
Legolas ne dit rien mais un grondement monta de sa gorge tandis qu'il aidait le seigneur nain à monter sur leur monture avant de prendre place et de suivre le reste des cavaliers qui avait commencé à prendre la route et descendre le fossé qui les amenait droit vers la forêt.
Une fois parvenus à l'orée des arbres, les cavaliers s'arrêtèrent, réticents à vouloir s'avancer plus avant. Les arbres étaient gris et menaçants, et ils étaient environnés d'ombre et de brume. Les racines se dressaient hors de la terre et de sombres cavités s'ouvraient sous eux. Mais Gandalf ne leur laissa pas le choix. Il s'avança, et tous le suivirent. Ils furent tous étonnés par l'aspect de la forêt, une haie semblait s'ouvrir au-devant d'eux, éclairée par une douce lumière dorée, tandis que l'espace sur le bas-côté restait dans l'ombre, incitant les cavaliers à rester sagement sur le sentier.
Legolas sentit Gimli se tendre au fur et à mesure qu'ils s'avançaient, bien qu'il gardait un œil sur Isleen et Eomer chevauchant à trois cavaliers devant lui, il se tourna vers les arbres en fronçant les sourcils.
-Je perçois autour de nous une grande colère., dit-il à Gimli qui se tendit d'autant plus. Ne sentez-vous pas l'air battre dans vos oreilles ?
-Je crois bien que nous ressentons tous ce phénomène., répondit la voix d'Aragon qui plaça à sa hauteur son cheval.
-Ce sont les arbres les plus étranges que j'ai vu., répondit Legolas en regardant autour de lui, fasciné. Si nous avions plus de temps, j'aurai aimé me promener parmi eux, et peut-être décrypté leurs pensées.
-Non, non !, s'écria Gimli d'une voix forte, qui fit tourner plusieurs tête dans leur direction, dont Isleen qui interrogea Aragorn du regard avant de se détourner. Laissons les tranquilles ! C'est la forêt la plus dangereuse de la terre du Milieu et je n'ai qu'une hâte : en sortir au plus vite !
-Alors c'est votre jour de chance., lui apprit Aragorn en montrant l'espace qui s'éclairait de plus en plus. Voyez ! Nous arrivons à la fin des arbres.
Les cavaliers, mus par l'envie de quitter la forêt le plus rapidement possible, forcèrent quelque peu l'allure et un soleil couchant les accueillit rapidement. Ils se trouvaient au fond de la Combe, à l'embranchement de la route du Gouffre de Helm, qui se dirigeait d'une part à l'ouest vers Edoras et de l'autre, au nord vers les Gués de l'Isen, la route de l'Isengard. La compagnie se dirigea vers le nord, guidée par Gandalf et Théoden, et continuèrent leur route à une allure tranquille, tandis que la lune montait lentement et que les premières étoiles brillaient dans le ciel.
Legolas regarda une dernière fois l'orée du bois, regrettant de ne pouvoir rester, avant de suivre le reste de la compagnie au grand soulagement de Gimli qui finit par se détendre arrachant un petit rire à l'elfe. Legolas rattrapa aisément le reste du groupe et les cavaliers continuèrent leur chevauché tard dans la nuit avant de faire halte, au grand soulagement de chacun.
Gandalf prévint la compagnie qu'il reprendrait la route au petit matin, ne voulant pas laisser la possibilité à Saroumane de quitter sa tour. Théoden partit rapidement avec sa garde rapprochée pour dormir, et Eomer le rejoignit après avoir aidé Isleen à descendre de l'étalon. La jeune femme le remercia de son aide, étant sûre qu'elle n'aurait pu descendre d'elle-même, vu qu'elle ne sentait plus ses jambes.
Une fois seule, Isleen rejoignit Aragorn et Gimli, et fut surprise de ne pas y voir Legolas.
-Où est parti Legolas ?, demanda-t-elle à Gimli, en regardant autour d'eux.
-Sûrement voir ses maudits arbres…, grogna le nain, grimaçant.
-Vous voilà de bien mauvaise humeur, dites-moi., rit Aragorn en allumant sa pipe, embaumant l'air autour d'eux, avant de se tourner vers Isleen. Il est parti faire le guet.
Isleen ne dit rien, mais son visage parlait pour elle, sur ce qu'elle pensait du fait qu'il choisisse justement de partir faire le guet ce soir-là, alors qu'il n'avait pas d'échappatoire pour être avec eux. Elle s'allongea près du gondorien et s'entoura de sa cape avant de se détourner des deux hommes, et n'eut pas à attendre longtemps avant que le sommeil ne l'emporte.
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-Debout Isleen., lui murmura le gondorien en lui secouant doucement l'épaule. Nous allons nous remettre en route.
La jeune femme grogna en ouvrant les yeux. Le jour pointait à peine, ils n'avaient pas dû dormir plus de quatre heures, rendant la plupart des hommes maussades et silencieux. Isleen constata que le temps était au diapason de leur humeur. Le ciel était gris, et un air lourd et brumeux les entourait. Isleen se leva et passa une main dans ses cheveux pour enlever les quelques brins d'herbe qui s'y étaient accrochés. Elle regarda autour d'elle et vit que Legolas les avait rejoint durant la nuit. Il ne la regardait pas. Son regard fixait un point – qui n'était visiblement pas elle – néanmoins, à force de le fixer, la jeune femme vit les oreilles de l'elfe rosirent sensiblement, preuve qu'il avait bien conscience de son regard mais qu'il faisait comme si de rien n'était. Isleen secoua la tête en levant les yeux au ciel, trouvant l'attitude de l'homme ridicule.
-Pff., souffla la jeune femme en se levant et grogna pour elle-même. Ça devient ridicule.
Legolas tourna la tête vers elle, mais Isleen ne le regardait plus, occupée à rassembler ses affaires. Elle partit ensuite sans un regard en arrière pour rejoindre Eomer qui l'accueillit avec un sourire, faisant grogner l'elfe. Gimli, qui avait assisté à leur non-échange, croisa le regard d'Haldir qui avait également vu le désastre, et tous deux levèrent les yeux au ciel de concert, pour une fois d'accord l'un et l'autre sur le comportement des deux jeunes gens.
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Isleen en avait marre de chevaucher sur ce maudit canasson. Elle avait mal aux fesses et aux cuisses, au point de regretter le confort des voitures de son monde.
-Vous êtes pire qu'un vers !, s'exclama Eomer, qui la sentait depuis plusieurs minutes se tortiller contre lui.
-J'ai mal partout !, grogna Isleen en réponse, se figeant quelques instants avant de se remettre à se tortiller malgré elle.
-Vous devriez essayer de prendre sur vous., lui répondit gentiment son cavalier. Je ne suis pas sûr que Meryfel apprécie de vous sentir vous tordre dans tous les sens sur son dos. Et je ne vous parle pas de la sensation que vos mouvements me font.
-Ce n'est pas ma faute si j'ai les cuisses en feu, tout de même ! s'exclama de nouveau la jeune femme, éberluée de ce qu'insinuait l'homme.
Pour toute réponse, Eomer partit dans un fou rire si grand qu'il arrêta Meryfel et quelques cavaliers les dépassèrent, étonnés de voir leur capitaine rire à gorge déployée, et la jeune femme les joues rouges tentait de l'arrêter, se tortillant pour l'atteindre, redoublant le fou rire de l'homme.
-Mais arrêtez de rire !, siffla Isleen à l'adresse d'Eomer. Tout le monde nous regarde !
Par tout le monde, elle pensait surtout à Legolas, qui les fusilla du regard en les dépassant. Et bien sûr c'est à ce moment qu'Eomer retrouva assez de souffle pour ouvrir la bouche.
-Les cuisses en feu, rien que ça ?, rit Eomer en la regardant d'un œil rieur, alors que l'elfe avait arrêté son cheval à leur niveau, le regard meurtrier.
-Pourquoi on s'arrête ?, demanda Gimli en regardant sur le côté de l'elfe. Pourquoi vous avez les joues rouges, Isleen ?
-Je n'ai pas les joues rouges., répondit la jeune femme, regardant Legolas dont le regard s'était tourné vers elle, comme pour juger de la rougeur de ses joues. Et vous arrêtez de dire n'importe quoi ! J'ai mal partout à cause de votre maudit canasson.
-Oula doucement, ma jolie !, répondit goguenard le capitaine. On ne traite pas Meryfel de canasson ! Je vais devoir vous punir…
-Vous êtes vraiment pas possible., s'exclama Isleen le regardant d'un air mauvais . Oh et puis, merde ! Débrouillez-vous tous les trois et oubliez-moi !
Les trois hommes la regardèrent, étonnés de son langage de charretier, bien que deux d'entre eux fussent plus habitué que le troisième. Elle descendit du cheval avant qu'Eomer ne puisse l'en empêcher et tomba lourdement sur ses pieds, heureusement pour elle ses jambes supportèrent son poids et elle partit – les cuisses toujours en feu - rejoindre Haldir qui était descendu de son cheval et semblait l'attendre.
-Vous comptez aller en Isengard à pied ?, lui demanda goguenard Eomer, en la regardant s'éloigner.
La jeune femme ne prit pas la peine de lui répondre, lui assignant un geste obscène de la main, dépassa le cheval de Legolas et rejoignit Haldir. L'elfe blond regarda les trois hommes avant de leur tourner le dos et repartir vers le groupe accompagné d'Isleen.
Legolas se détourna de la silhouette de la jeune femme et empoigna si rapidement le col du cavalier du Rohan que l'homme ne put échapper à sa poigne, perdant instantanément son sourire.
-Ne vous approchez plus d'elle., gronda le prince à l'homme blond.
-Et qu'est-ce que vous comptez me faire ?, demanda Eomer. Vous êtes loin de votre forêt, ce n'est pas votre territoire, ici.
-Je ne me répèterai pas., siffla glacial Legolas, en resserrant sa poigne. Ne vous approchez plus d'elle.
-Parce que vous pensez qu'elle est faite pour vous ?, demanda moqueur Eomer en se dégageant rageusement l'homme.
Legolas se figea devant les paroles du cavalier et les deux se regardèrent en chien de faïence, avant que le cavalier ne reparte rejoindre le reste du groupe, laissant l'elfe et le nain seuls. Legolas serra fortement la bride de son cheval, une tension intense semblait vouloir sortir au plus vite de son corps, rendant l'air irrespirable autour de lui, au grand désespoir du nain.
-Vous ne devriez pas l'écouter., essaya de le réconforter Gimli. Il n'a dit ça que pour vous blesser.
Legolas ne répondit rien mais fit repartir son cheval au galop, obligeant le nain à s'agripper à ce qu'il pouvait, pour ne pas tomber. Il arriva en vue du groupe et ralentit son cheval quand il fut assez proche d'Isleen et d'Haldir qui discutaient à voix basse. Legolas ne les écoutait pas, ressassant les paroles assassines d'Eomer qui agissaient sur lui comme un acide sur une blessure ouverte.
Ils continuèrent sur un long sentier qui se séparait en deux voies à quelques kilomètres, la jeune femme n'était pas pressée d'y accéder, car la deuxième voie amenait vers la Lorièn, et ça voulait dire qu'Haldir repartirait. Elle ne voulait pas qu'il la laisse, mais elle savait qu'il était pressé de retourner chez lui.
-Il est derrière nous., murmura Haldir à la jeune femme qui se tendit un instant avant de se rappeler qu'Eomer les avait dépassé plusieurs minutes avant. Elle préférait la présence rassurante de Legolas dans son dos que celle bien moins chaste d'Eomer.
Isleen ne répondit rien à Haldir, aussi continuèrent-ils à marcher chacun dans leurs pensées respectives. La route finit par se séparer en deux et Isleen fit la moue en se retournant vers Haldir. Les elfes se placèrent près de leur capitaine, tandis que Gandalf et le roi Théoden les rejoignaient.
-Il est temps pour nos routes de se séparer., leur dit Haldir en les saluant.
-Merci au peuple des Eldars de nous avoir porté main forte., déclara Théoden le regard grave. Le peuple du Rohan ne l'oubliera pas.
-Le hannon a tholel., lui dit Aragorn qui rejoignit Haldir avant de le serrer dans ses bras rapidement.
Haldir baissa la tête en signe de salut et se retourna vers le prince elfique, qui était descendu de son cheval, abandonnant Gimli qui tentait de maitriser l'équidé.
-N'oubliez pas ce que je vous ai dit, Legolas., lui conseilla le capitaine.
Le prince regarda brièvement la jeune femme dont le regard passa de l'elfe à son ami, comprenant qu'ils parlaient d'elle. Elle leva les yeux au ciel, appréciant moyennement qu'on parle d'elle alors qu'elle était à côté, mais les autres partirent rapidement rejoindre leurs chevaux, laissant seuls Isleen et Haldir alors qu'il se disait au revoir.
La jeune femme ne put s'empêcher de serrer Haldir dans ses bras, le cœur lourd.
-Tu vas me manquer., murmura Isleen, la voix douloureuse.
-Merci Isleen., lui répondit Haldir se dégageant pour la regarder dans les yeux. Merci pour tout. Tu vas me manquer aussi.
La jeune femme laissa quelques larmes s'échapper, à la fois triste qu'il reparte mais heureuse pour la même raison. Il avait cette chance de repartir de nouveau chez lui. En vie.
-N'oublie pas ce que je t'ai dit., lui rappela l'elfe en remontant sur son cheval. Laisse faire le temps et tout s'arrangera.
La jeune femme acquiesça, consciente du regard du prince dans son dos. Dans un dernier sourire, Haldir détourna son cheval et ses compagnons et lui partirent rapidement sur le chemin les ramenant chez eux. Isleen ne put s'empêcher de les suivre du regard jusqu'à ce qu'ils prennent un virage aveuglant leur avancée. Dans un soupir, Isleen se retourna pour voir Aragorn qui l'attendait. Dans un sourire, il lui tendit la main et l'aida à monter derrière lui. Elle lui en était reconnaissante – déjà car elle savait qu'il n'était pas possible pour elle de finir le chemin à pied, mais aussi ça l'empêchait de devoir retourner avec Eomer. Une fois sur la selle, le gondorien ne mit que peu de temps pour rattraper le reste du groupe et continuer leur route vers l'Isengard.
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-Elle est bonne., déclara Merry en inspirant une longue bouffée d'herbe à pipe. Indéniablement de la Comté. Des feuilles de Langoulet.
Pippin, qui était allongé près de son ami, au milieu de ce qu'il restait de la voute d'entrée du royaume désormais en ruine de Saroumane, hocha la tête, bien d'accord avec lui. L'air autour d'eux était saturé de l'odeur caractéristique de l'herbe à pipe quand Merry relâcha une légère fumée bleue de ses narines.
-J'ai l'impression d'être retourné au Dragon Vert !, renchérit le petit brun, un sourire nostalgique aux lèvres.
-Le Dragon Vert ?
-Une pinte de bière dans la main, posant mes pieds sur... sur un banc, après une dure journée de labeur., précisa Pippin comme s'il n'avait pas été interrompu.
- Sauf que tu ne sais pas ce qu'est une journée de dur labeur., rétorqua Merry, riant à moitié avant qu'un bruit ne l'arrête. Je crois qu'on vient.
Le bruit de sabot claquait sur le sol caillouteux, aussi Merry et Pippin se redressèrent vivement sur leurs pieds pour voir arriver devant eux le roi Théoden et Gandalf, qui ouvrait la marche. Aragorn, Isleen, Legolas et Gimli suivirent rapidement pour voir l'étrange spectacle qu'offraient les deux hobbits.
-Mes Seigneurs, Madame., s'exclama Merry en faisant un clin d'œil à Isleen. Bienvenue en Isengard !
-Oh jeune coquins !, cria Gimli en se tortillant sur le cheval pour descendre. Une belle chasse dans laquelle vous nous avez entraînés, et on vous retrouve... à festoyer et... et fumer !
Isleen gloussa en réponse, cachant son fou rire derrière sa main tandis que Gimli dardait un œil rageur vers elle, avant de revenir vers les deux jeunes hobbits qui le regardaient, rieurs.
-Nous sommes assis sur les champs de la victoire, et savourons quelques réconforts bien gagnés, lui dit Pippin, un petit sourire en coin. D'ailleurs, le porc salé est particulièrement savoureux.
-Le porc salé !, s'exclama Gimli s'étouffant devant le toupet du jeune freluquet.
C'en était trop pour Isleen qui laissa échapper son rire, sous le regard surpris des hommes autour d'elle. Elle rit tant qu'elle devait se tenir à Aragorn pour ne pas tomber du cheval où elle était perchée. De nombreux soubresauts la secouaient et des larmes coulèrent de ses yeux, tant elle était hilare.
-Oh…Oh que vous m'avez manqué !, s'écria la jeune femme en essuyant les larmes de ses yeux, se reprenant quelque peu.
-Vous aussi, Isleen !, lui sourit Merry les yeux légèrement brillants.
-Ah, ces hobbits…, conclu Gandalf en se rapprochant des deux petits hommes. Est-ce Saroumane qui vous a ordonné de garder ses portes délabrées et de guetter l'arrivée d'hôtes?
-Nous sommes sous les ordres de Sylvebarbe, qui vient tout juste de reprendre les rênes de l'Isengard. !, lui répondit Merry en s'inclinant devant le magicien et Théoden. Il m'a ordonné d'accueillir le Seigneur du Rohan avec des paroles qui convienne. J'ai fait de mon mieux.
-En parlant de porc salé et en fumant ?, interrogea Eomer, surpris et tout autant amusé. Quel drôle de peuple que voilà.
Le reste des compagnons rit doucement à ces paroles et Merry eu la sagesse de rougir. Un bruit de pas retentit alors autour d'eux, lourd et massif. Les chevaux s'agitèrent, obligeant leurs cavaliers à les maintenir plus fermement. Une grande ombre arriva, les surplombant dans la lumière du soleil. Isleen qui n'avait jamais vu d'Ents de sa vie, ouvrit la bouche de surprise devant l'étrange aspect de Sylvebarbe, car elle était sûre que c'était lui.
-Jeune maître Gandalf., gronda la voix grave du chef des Ents tandis qu'il se penchait vers leur groupe. Je me réjouis de votre venue. Le bois et l'eau, les troncs et la pierre je peux en venir à bout, mais il y a un Magicien à mater ici, enfermé dans sa tour.
Gandalf émit un son de gorge, clairement d'accord avec les paroles de Sylvebarbe. Sans perdre de temps, il dirigea son cheval vers la haute tour noire qui surplombait le champ de bataille dévasté et rempli d'eau, qui avait autrefois été un parc agréable où des milliers d'essences s'épanouissaient. Théoden fit signe à ses soldats de rester près de la voute détruite et suivit rapidement le magicien accompagné d'Eomer. Legolas et Gimli suivit Aragorn et Isleen qui prirent la suite du magicien, accompagné de Merry et Pippin à pied.
Le groupe arriva rapidement devant la tour lugubre, et Isleen du se tordre le cou pour voir le haut de la tour.
-MONTREZ-VOUS !, s'écria Aragorn faisant sursauter la jeune femme qui ne s'y était pas attendu, tant l'atmosphère des lieux était malfaisante.
-Mais ça va pas de crier comme ça !, chuchota la jeune femme à l'adresse du gondorien avant de descendre du cheval sous le regard contrit de l'homme.
-Elle a raison. Prudence, Aragorn !, confirma le magicien en regardant l'homme, avant de déplacer son regard vers le haut de la tour. Même vaincu, Saroumane est dangereux.
Isleen leva les yeux au ciel devant les paroles du magicien. Bien sûr qu'il était dangereux, il avait quand même créé une armée de dix mille monstres et il restait un magicien, au pouvoir limité, certes, mais un magicien quand même.
-Alors réglons lui son compte et qu'on en finisse., bougonna Gimli, le regard meurtrier, tourné vers le haut de la tour.
-Non, il nous le faut vivant., contra Gandalf avec calme. Il faut qu'il parle.
-Ca ne serait pas une grande perte., le contredit Isleen, faisant tourner tous les regard vers elle. Ben quoi ? Sa mort ne m'empêchera pas de dormir.
-Nous ne pouvons avoir droit de vie ou de mort sur lui., expliqua Gandalf.
-Même si ça peut sauver votre précieuse Comté ?, demanda Isleen en penchant la tête, étudiant la réaction de Gandalf face à ses paroles, se rapprochant de lui.
Le magicien se figea avant de froncer les sourcils devant les paroles de la jeune femme, tout comme Aragorn, Gimli, Legolas et les deux hobbits. Elle n'avait jamais voulu révéler ce qui pouvait advenir dans le futur, aussi qu'elle se confie sur le sort de la Comté était pour elle et les hobbits d'une grande importance.
-Je…Bien que je souhaite préserver le monde des méfaits de Saroumane, il n'est pas en mon pouvoir de le tuer., conclu Gandalf, fatalement, bien qu'on voyait qu'il était déchiré par cette décision.
La jeune femme haussa les épaules, tandis que Gandalf détournait de nouveau les yeux vers la haute tour où une silhouette blanche venait de faire son apparition. Isleen ne s'était pas retournée, dardant son regard sur Legolas qui continuait lui aussi à la regarder. Legolas savait quelle importance avait la Comté pour la jeune femme, bien qu'elle n'y soit jamais allée. C'était le refuge de Frodon et sa terre. Elle ferait tout pour préserver les terres et le cœur du semi-homme.
-Visez le cœur., murmura si bas la rouquine qu'il savait que ce message était destiné à lui seul.
Il détestait la mort, et tout autant la donner, mais il savait qu'elle avait une bonne raison de lui dire ça. Il hocha la tête lentement sans la quitter des yeux, lui faisant comprendre qu'il ferait le nécessaire.
La jeune femme et l'elfe se retournèrent alors vers le groupe et le haut de la tour où le magicien déchu conversait avec Théoden.
-Nous ferons la paix lorsque les vies des soldats, dont les corps furent dépecés devant les portes de Fort le Cor alors qu'ils étaient morts, seront vengés !, gronda la voix de Théoden, le regard rageur sur Saroumane. Lorsque vous pendrez sur un gibet pour le plaisir de vos propres corbeaux. Là nous serons en paix !
-Des gibets et des corbeaux ! Vieux radoteurs., se moqua Saroumane la voix pleine de mépris. Que voulez-vous, Gandalf Le Gris ? Laissez-moi deviner. La clef d'Orthanc, ou peut-être même les clefs de Barad-Dûr avec les couronnes des Sept Rois et les baguettes des Cinq Magiciens ?
-Votre traîtrise a déjà coûté de nombreuses vies et des milliers sont encore en péril, mais vous pouvez les sauver Saroumane., déclara Gandalf. Car vous étiez dans les secrets de l'ennemi.
-Alors vous êtes venus quérir des informations. J'en ai pour vous., répondit le magicien un affreux rictus aux lèvres, moqueur, en sortant de son manteau une boule noir remplie de volutes de fumée orangée. Quelque chose gronde en Terre du Milieu, quelque chose que vous avez omis de voir. Mais le Grand Œil l'a vu, lui ! Même maintenant il met à profit cet avantage, il attaquera très bientôt, vous allez tous mourir. Mais vous le savez, n'est-ce pas Gandalf ? Vous ne pouvez croire que ce rôdeur pourra un jour s'asseoir sur le trône du Gondor ? Cet exilé, sorti de l'ombre, ne sera jamais couronné Roi. Gandalf n'hésite pas à sacrifier tous ceux qui lui sont proches, ceux à qui il manifeste de l'amour. Dites-moi, quel mot de réconfort avez-vous susurré au semi-homme avant de l'envoyer à sa perte ? Le chemin sur lequel vous l'avez jeté ne peut le conduire qu'à la mort.
-Bla bla bla…Non mais vous êtes tellement pathétique., déclara moqueuse la jeune femme, faisant se tourner Saroumane vers elle.
-Vous.
-Moi., sourit la jeune femme lui faisant un petit signe de la main. Il parait que vous me cherchiez.
-Le maitre vous dépècera pour votre insolence., gronda Saroumane le regard noir.
-Ouh j'ai peur !, répondit la jeune femme, un faux air de peur sur le visage avant de glousser. Trouvez mieux que ça, Saroumane. Vous êtes fini.
-Comment osez-vous !, s'écria le magicien perdant de sa superbe. Le Grand Œil prévoit pour vous un sort pire que la mort. Vous le supplierez de vous achever, et une fois qu'il en aura fini avec vous, il vous laissera à ses armées pour qu'elles s'amusent avec votre corps brisé.
-J'en ai assez entendu !, s'écria Gimli tandis que Legolas grondait, le regard meurtrier vers le magicien. Tuez-le ! Transpercez-le d'une flèche !
Legolas ne se fit pas prier et sortit rapidement une flèche de son carquois, avant que Gandalf ne l'arrête de la main.
-Non !, s'énerva Gandalf en regardant d'un air sévère l'elfe avant de se détourner. Descendez, Saroumane, et votre vie sera épargnée.
-Gardez votre pitié et votre clémence !, s'écria Saroumane ivre de colère, tendant son bâton vers Gandalf et la jeune femme toujours près de lui. Je n'en ai nul besoin !
Une gerbe de feu sortit rapidement du bâton du magicien déchu et fonça droit vers la jeune femme et Gandalf. Personne ne put réagir tandis que le feu les atteignit, la force de frappe projetant un souffle puissant.
-ISLEEN !, hurla néanmoins Legolas, le désespoir dans la voix.
Mais très vite, les flammes se tarirent et tous virent de nouveau Gandalf sur son cheval, indemne. À côté de lui se tenait la silhouette dorée de la jeune femme, toujours aveuglante avant qu'elle ne reprenne sa forme normale. Elle se retourna vers Legolas, ayant entendu son cri et lui fit un doux sourire, essayant par ce geste de le rassurer. L'elfe regardait le sol d'un air hébété. Il aurait – encore – pu la perdre. Il était un idiot et voulut répondre à son sourire mais elle s'était de nouveau détournée, déçue qu'il ne réagisse pas.
-Saroumane., s'écria Gandalf, les sourcils froncés devant l'entêtement du magicien. Votre bâton est brisé.
Il y eut alors un craquement et le bâton de Saroumane se fendit en deux, avant de se briser entièrement. L'homme grimaça comme si une force venait de le quitter. Il regarda alors Gandalf avec haine. À ce moment-là, une silhouette noire apparue au côté de l'homme aux cheveux gris, ne pouvant être dorénavant nommé magicien.
-Grima !, s'exclama la voix de Théoden en reconnaissant son ancien conseiller. Vous n'êtes pas obligé de le suivre ! Vous n'avez pas toujours été ainsi. Autrefois vous étiez un homme du Rohan. Descendez.
L'homme en noir trembla légèrement face aux paroles du roi. Il ne semblait attendre que l'assentiment de son roi et qu'on le pardonne, aussi s'inclina-t-il face à ses dires, prêt à rejoindre son peuple… mais la voix grave de Saroumane l'arrêta.
-Un homme du Rohan ? dit Saroumane moqueur, pas prêt à laisser partir son serviteur. Qu'est-ce que la Maison du Rohan, sinon une grange au bois de chaume, où les bandits boivent dans les relents pendant que leurs marmailles se roulent par terre avec les chiens ? La victoire du Gouffre de Helm n'est pas la vôtre, Théoden Dresseur de Chevaux. Vous êtes le piètre fils d'une prestigieuse lignée.
Les vicieuses paroles de Saroumane semblèrent un instant ébranler le roi, mais son regard s'accrocha à celui de Grima.
-Grima., dit calmement Théoden faisant fi de l'homme déchu. Rejoignez-nous. Libérez-vous de lui !
-Libre !, s'exclama Saroumane colérique, voulant mettre à terre le roi du Rohan. Il ne sera plus jamais libre.
-Non ! s'écria Grima le regard fou.
Saroumane se retourna vers son serviteur, le regardant ave dégout. Il n'était pour lui rien de plus qu'un ver de terre grouillant dans la boue, juste bon à obéir et à exécuter ses demandes.
-À terre ! Chien !, gronda Saroumane giflant son serviteur qui bascula à terre dans un gémissement.
-Saroumane !, appela Gandalf, outré du comportement de celui qui était autrefois son mentor. Vous étiez dans les secrets de l'ennemi, dites-nous ce que vous savez !
-Rappelez vos gardes et je vous dirais où votre destin se décidera !, gronda la voix de Saroumane à l'adresse de Gandalf, sans voir que Grima s'avançait vers lui les yeux fou, un poignard à la main. Je refuse d'être prisonnier ici !
Un hoquet de douleur arrêta Saroumane dans ses paroles, tandis qu'il essayait de comprendre ce qu'il se passait et pourquoi il avait soudainement mal. Il reconnut l'odeur putride de son serviteur s'accrocher à ses vêtements avant de sentir que ses bras le maintenait et que la douleur venait d'un poignard que Grima retira de son dos avant de le planter de nouveau dans sa nuque, tranchant ses nerfs et veines, éclaboussant de son sang son visage blafard.
Isleen se retourna vers Legolas qui tenait encore son arc et sa flèche, il comprit au regard qu'elle lui lança que c'était maintenant qu'il fallait agir.
-Grima., murmura la jeune femme et l'elfe bandit son arc et frappa l'homme du Rohan en plein cœur, arrêtant dans le même temps sa furie vengeresse.
L'ancien serviteur s'effondra sur le sol de la tour et mourut avant que sa tête ne retombe sur le marbre. Théoden regarda d'un air choqué la scène mais ne put en vouloir à l'elfe. Il avait fait ce qu'il fallait et ce sort était sans nul doute plus clément que celui qu'aurait réservé son peuple à ce traitre.
Saroumane hoqueta de douleur avant que la lumière dans ses yeux ne se fane et qu'il ne bascule dans le vide, finissant sa chute en s'empalant sur le pique d'une roue, offrant l'image d'une poupée désarticulée à l'assemblée. Isleen porta sa main à sa bouche écœurée de cette vision et Pippin vomit dans l'eau, alors que le reste du groupe détournait le regard, dégouté.
Une fois l'estomac vide, le hobbit se pencha pour s'essuyer la bouche et vit l'étrange globe que Saroumane avait sorti de son manteau, brillant faiblement dans l'eau. Il avait dû tomber quand l'homme s'était empalé sur la roue. Il s'approcha lentement, attiré bien malgré lui par la force qui émanait de cet étrange objet, et tendit la main, prêt à toucher la matière sombre.
-Pérégrin Touque !, s'écria la voix de Gandalf le faisant sursauter.
Le magicien Blanc s'approcha du hobbit et lui tendit un sac, dardant son regard sur l'objet, dangereux.
-Donnez cela mon garçon, sans le toucher., demanda le magicien tandis que le hobbit entrait le globe dans le sac. Dépêcher-vous.
Une fois enfermé dans le sac de toile, Pippin sembla retrouver le contrôle de son corps et sourit rêveusement à Gandalf, qui fronça les sourcils avant de hocher la tête et de détourner son cheval. Isleen ne put s'empêcher de regarder le hobbit, sachant très bien les prochains évènements qui l'attendait. Elle grimaça doucement, ne pouvant pas leur révéler les épreuves qu'ils auraient encore à vivre, mais néanmoins soulagée d'être là pour eux. Aragorn la sortit de ses pensées et lui tendit la main pour la faire monter derrière lui. Ils repartaient vers Edoras, et le chemin était long.
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