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Disclaimer (valable pour l'ensemble du recueil) : la série "The West Wing" appartient à un génie de l'écriture de dialogues du nom d'Aaron Sorkin, ainsi qu'à John Wells Productions, NBC et sans doute un tas d'autres gens que je ne connais pas mais qui ne sont définitivement pas moi.
Bonne lecture !
Lorsque Jed Bartlet avait décidé de se présenter aux primaires démocrates, il ne croyait pas vraiment qu'il serait désigné comme le candidat aux présidentielles et encore moins comme le Président des Etats-Unis. Mais il l'avait fait parce qu'il avait eu un partenaire de campagne de choix en la personne de Leo.
Leo l'avait convaincu, alors qu'il commençait à s'encroûter un peu dans le New Hampshire. Leo lui avait dit que les américains pourraient trouver en sa sincérité quelque chose de novateur. Et Jed devait bien convenir qu'il n'était pas un politicien de la trempe de Hoynes ou d'autres démocrates : les calculs politiques pour avoir la plus grande influence ou la majorité la plus écrasante au congrès le fatiguaient franchement, il les savait nécessaires mais laissait volontiers cela à d'autres que lui. Lui, ce qu'il voulait, c'était des idées. Du débat, des convictions, du fond !
Pour autant, le jeu de la présidentielle était un jeu plutôt sérieux dans lequel ses envolées lyriques et savantes devaient bien être un peu contenues. Leo se chargeait de cela à merveille : il avait le sens de ce qui préoccupait les américains et surtout, il avait les pieds sur terre et la tête sur les épaules. Leo, son meilleur ami depuis de nombreuses années, à qui il confierait sa vie sans le moindre début d'hésitation ; une fidélité à toute épreuve : Jed était confiant, tant que Leo était à ses côtés, rien ne pouvait lui arriver. Par conséquent, une fois élu, le nommer secrétaire général (soit le plus haut poste de l'administration) semblait l'évidence même. Ainsi son ami pourrait lui apporter son soutien, à chaque instant et pour chaque décision.
Mais il n'y avait pas seulement Leo. Il y avait Toby, aussi. Toby, que Leo avait gardé dans l'équipe alors qu'il avait violemment renvoyé et remplacé tous les autres à mi-chemin de la campagne. Jed n'avait jamais bien compris cette prise de position, parce que, tout simplement, il n'avait jamais bien compris Toby et il ne savait comment le cerner.
Toby, Toby... Ce garçon semblait sans arrêt torturé, malheureux, en décalage avec le reste du monde... Jed, il devait bien l'admettre, le craignait. Lorsqu'après les élections, Leo et Josh avait insisté auprès de lui pour qu'il le nomme directeur de la communication, le premier instinct de Jed avait été de refuser avec force. Toby, Jed en était certain, l'empêcherait de vivre en paix.
« Monsieur le Président », avaient plaidé Leo et Josh. « Toby est le meilleur dans son domaine. C'est quelqu'un d'inspiré, qui saura trouver des mots forts et percutants pour porter vos idées ».
Inspiré, sans doute, Jed voulait bien en convenir. Mais Toby était aussi sans concession. Cet homme-là ne laissait jamais rien passer : pas un mot de travers, pas une demi-vérité... C'était épuisant et Jed ne supportait pas que Toby ait sans arrêt l'air de lui faire la morale. Il avait toutefois fini par se ranger à l'avis majoritaire et, s'il devait bien admettre que Toby remplissait ses fonctions au-delà de ses espérances, ses relations avec lui n'avaient cependant jamais cessé d'être complexes, émaillées d'accrochages et d'incompréhensions.
L'artisan de la nomination de Toby avec Leo avait été Josh. Josh, lui, était arrivé dans la campagne dans un second temps, avec la nouvelle vague après le renvoi massif opéré par Leo. Leo qui avait amené le jeune homme avec lui, s'appuyant sur une vieille amitié avec son père. Contre toute attente, Josh n'avait pas eu besoin de se faire prier longuement pour se laisser embarquer. Une fois élu, il n'avait pas été nécessaire d'argumenter des heures auprès de Jed pour garder ce conseiller là : ce garçon était tout simplement brillant, doté d'un esprit politique hors normes. Si Jed fatiguait des calculs partisans, il avait trouvé en Josh un allié de taille, loyal et combattif, sur qui il savait pouvoir compter en toutes circonstances. Ainsi était-il naturellement devenu l'adjoint du secrétaire général, l'adjoint de Leo pour lequel Josh éprouvait une admiration et un respect presque sans limite, ce qui garantissait une collaboration tout à fait efficiente.
Josh avait amené Sam dans ses bagages. Sam était le plus jeune de l'équipe, solaire et profondément idéaliste. Il était bien plus modeste que la moyenne des salariés fédéraux alors qu'il occupait un poste supérieur. Il ne cherchait jamais à blesser quiconque. Il faisait du bien à tout le monde lorsque l'heure était grave (et, de fait, lorsqu'on se retrouvait élu Président de la plus grande puissance du monde, l'heure était souvent grave). Sam était érudit et doté d'une écriture géniale lorsqu'il s'agissait de poser de beaux mots sur de grandes idées et de belles valeurs. Jed l'avait nommé directeur adjoint de la communication, où il secondait Toby à merveille en lui apportant un peu de son optimisme et de sa capacité à voir en chacun le meilleur.
Enfin, le dernier membre de cette fine équipe était aussi la seule femme. CJ, amenée par Toby, était aussi ouverte que son ami était réservé, aussi déjantée qu'il était colérique, aussi simple qu'il était sarcastique. Elle habitait avec brio son rôle de porte-parole et son dynamisme était contagieux, si bien que les relations entre les journalistes et la maison blanche s'étaient rarement portées si bien. Sans compter que, dans ce milieu politique essentiellement masculin, elle avait eu le mérite de faire sa place avec un naturel désarmant, sans jamais donner l'impression de se bagarrer avec qui que ce soit.
Ainsi, Jed Bartlet était parfaitement entouré. Des gens brillants et, surtout, des gens qui croyaient en lui sans lesquels il ne serait jamais arrivé jusque-là. Ses partenaires, à qui il devait son destin politique : rien n'aurait été possible sans eux.
Et lui, qu'avait-il fait ? Il leur avait menti ou du moins, caché la vérité, ce qui en l'occurrence revenait quasiment au même. Comment allait-il pouvoir leur expliquer, maintenant, qu'il était atteint d'une maladie dégénérative depuis plusieurs années mais qu'ils devaient continuer à croire en lui malgré tout et lui faire confiance pour la suite ? Comment pourraient-ils signer les yeux fermés pour l'accompagner vers un second mandat ?
