Ce texte est écrit dans le cadre des 24h du FoF sur le thème : "Pourquoi tu l'as choisi ?"
Ce thème était l'occasion rêvée d'aborder une question qui m'a beaucoup travaillée durant mon visionnage de Yu-Gi-Oh. J'espère que vous aimerez le texte et ma tentative d'explication :) ENJOY !
- Pourquoi tu l'as choisi ?
La voix de Makuba fit relever la tête à Seto de son ordinateur. Ils étaient rentrés depuis un moment au manoir Kaïba mais Seto avait continué à travailler sur son ordinateur portable. A quelques mètres de lui, Makuba avait pris le jeu de cartes de son frère qu'il détaillait devant la table basse de leur salon. Au milieu de tous les monstres puissants du jeu de Seto, Makuba s'était emparé de Saggi le Bouffon des Ténèbres, qu'il montra à son frère avant de reprendre :
- Pourquoi tu l'as choisi ? Tu passes ta vie à affirmer que Duel de Monstres est un jeu de puissance, que la clé de la victoire se trouve dans des monstres puissants. Saggi atteint tout juste 600 points d'attaque, il n'a pas de faculté spéciale, pas de pouvoir caché… Alors pourquoi tu l'as choisi ?
- J'ai besoin de lui pour le combiner avec ma Carte Destructrice, elle est l'une des plus puissantes de mon jeu et ne peut se combiner qu'avec des monstres de moins de 1000 points.
- Mais tu sais comme moi qu'ajouter une seule carte à un jeu uniquement pour un combo est voué à l'échec ! protesta Makuba. La probabilité que tu réunisses ces deux cartes en même temps dans ta main est beaucoup trop faible.
- Il ne me sert pas qu'à ça. Il est faible en attaque mais a une bonne défense. Depuis la mise en place de la règle sur les sacrifices, chaque joueur est obligé d'avoir des monstres faibles dans son jeu à aligner au début pour pouvoir invoquer des monstres plus forts.
- Il y en aurait des plus forts que lui mais invocables sans sacrifice quand même, nota Makuba. Autant en attaque qu'en défense. Le Soldat Géant de Pierre, ou l'Elfe Mystique. Ils défendraient beaucoup plus efficacement que lui et pourraient être sacrifiés après.
- Ça fait longtemps que je n'ai pas refait mon jeu, avoua Kaïba. Peut-être que je le remplacerai effectivement. En vérité je suppose que j'ai dû m'attacher à lui. Comme ma carte destructrice, mes dragons blancs ou Vorseraider, je joue avec eux depuis toujours. J'ai pris l'habitude de l'ajouter systématiquement quand je refais mon deck. Si tu voulais me faire avouer que je suis sentimental, il y aurait eu des moyens plus simples !
- Je le sais que tu es sentimental, Seto, et je sais aussi bien que tu ne l'avoueras jamais, souffla Makuba. Ce n'était pas le but.
Makuba redevint silencieux et recommença à étudier les cartes de son frère, à comparer Saggi aux cartes magiques et pièges de son deck pour comprendre en quoi il pouvait lui être utile, à imaginer des stratégies avec lui. De son côté, Seto se replongea dans ses souvenirs. Une grande maison, vide, devant laquelle les policiers les avaient conduits pour qu'ils prennent leurs affaires avant de partir à l'orphelinat. Son dernier passage dans la chambre de ses parents qui resterait désormais inhabitée. La carte de Saggi le Bouffon des Ténèbres posée sur la table de chevet de sa mère. Elle avait arrêté de jouer depuis longtemps mais avait toujours conservé cette carte fétiche qu'elle aimait par-dessus tout sans que Seto ne comprenne pourquoi. Lui-même l'avait toujours trouvé moche, faible, ridicule. Mais cette carte était désormais la seule chose qu'il lui restait de sa mère. Il l'avait glissée dans sa poche avant de ressortir de la maison avec son sac et celui de Makuba. Elle était restée dans sa poche quand les grands de l'orphelinat le passaient à tabac après qu'il ait essayé de protéger Makuba. Elle était restée dans sa poche pendant sa partie d'échecs contre Godzaburo. Elle était restée dans sa poche quand son beau-père lui avait confisqué tous ses autres jouets. Elle était restée dans sa poche quand il l'avait renversé et pris le contrôle de son entreprise. Il l'avait mise dans son jeu quand il avait formé son premier deck. Il l'avait jouée dans le duel qui l'avait propulsé champion du monde. Il l'avait jouée contre Yugi, quand il l'avait battu au Royaume des Duellistes. Il l'avait jouée contre Pégasus, quand cette carte avait été la seule restante pour tenter encore de sauver Makuba. Il l'avait gardée et jouée et, même s'il savait à présent à quel point cette carte était devenue plus symbolique qu'autre chose, il n'imaginait pas l'idée de la sortir de son deck. Pas plus que le petit garçon de dix ans n'aurait imaginé l'idée de l'abandonner dans la dernière demeure de ses parents.
En espérant que ça vous ait plu !
