Les Flamants roses : épilogue

« I mois, j'inaugurais cette exposition, qui ce soir touche à sa fin. Je remercie encore le directeur du MOMA pour m'avoir offert cette incroyable opportunité ainsi que mon équipe qui m'a soutenu dans ce merveilleux projet. Et je les en remercie doublement, car ils l'ignorent, mais en plus de m'avoir permis de réaliser mon plus grand rêve, c'est grâce à eux qu'aujourd'hui je suis un homme comblé.

J'ai peint ce tableau il y a des années... Je n'ai pas pu le dire lors de l'inauguration, mais ces deux flamants roses représentaient mon amour de jeunesse. J'ai un peu honte de raconter ça mais... nous avons échangé notre premier baiser dans un parc devant deux flamants roses qui s'envolaient… C'est ce qui m'a inspiré cette œuvre. »

Le public prit un air attendri.

« Et par le plus grand des hasards, au moment où je présentais cette œuvre, lors de cette fameuse inauguration qui a failli tourner au drame, il est réapparu sous mes yeux. J'ai cru que j'hallucinais, mais non, il était bien là. Mon amour de jeunesse s'était présenté à mon vernissage dans un des plus grands musées du monde, alors que je ne l'avais pas vu depuis plus de 15 ans. Digne d'un scénario hollywoodien n'est-ce pas ? »

La foule fit des bruits d'étonnement.

« Vous imaginez ma surprise, en plein discours... Je n'en croyais pas mes yeux, j'en perdais mes mots... Et suite à ces retrouvailles, aussi incroyable que cela puisse paraître, nous avons commencé à nous revoir, voilà ahahaha ! »

Il y eut comme un malaise qui laissa le public silencieux. Les personnes présentes se demandaient s'il s'agissait d'une blague douteuse, ou d'un mensonge ridicule.

- Qu'est-ce que c'est que ce baratin ?, demanda un spectateur à son voisin

- De nos jours, les artistes ne savent plus quoi faire pour vendre leurs toiles...

« Je me doutais bien que vous ne me croiriez pas, poursuivit Kakyoin. Pourtant cette folle histoire est totalement vraie. C'est pourquoi je voulais vous le présenter, le flamant rose qui partage ma vie... »

Soudain le projecteur pointa révéla Jotaro qui s'était caché dans la foule. Il monta sur scène dans son manteau et sa casquette blanche avec une aura virile très loin de celle des échassiers. Néanmoins, il ne manqua de faire s'extasier l'assemblée.

- Tu parles d'un flamant rose, j'aurais plutôt dit ours polaire moi, plaisanta un spectateur.

- Wooaah… Quel bel homme!, s'écria une autre.

Le couple posa en se prenant la main devant les nombreux photographes. La presse se doutait bien qu'une telle histoire susciterait l'engouement du public, car même si rien ne prouvait sa véracité, les gens adorent les histoires à l'eau de rose, n'est-ce pas ?

Avec une telle notoriété grimpante, Kakyoin Noriaki risquait de devenir une figure emblématique de sa génération… Et cette fois-ci, tout le monde était venu assister à sa gloire. Pas seulement son équipe et son public, mais tout ceux qu'il avait perdu avec le temps.

Ses parents pour une fois avaient répondu présents, car il avait enfin daigné les sollicité. Holly et Sadao Kujo eux aussi avaient fait le déplacement sur demande de Jotaro pour sa mère, menace pour son père. Et même Suzie Q et Joseph, les vieillards immortels, avaient fait une apparition bienveillante.

Mais celui qui comptait le plus, était là, à quelques mètres de lui, et faisait battre son cœur de bonheur à chaque esquisse de sourire. Kakyoin gazouillait de joie en l'admirant, lui plus que n'importe quel autre visage présent à cette exposition. Puis leurs regards se croisèrent avec complicité. Ils le savaient parfaitement : à eux deux, le secret des flamants roses serait bien gardé.


Quelques heures plus tard, alors que l'évènement touchait à sa fin, les deux hommes se retrouvèrent seuls sur le toit terrasse du musée. Le roi de la soirée, appuyé sur la rambarde, baillait de fatigue en contemplant la lune. Quand soudain deux bras chauds vinrent l'entourer et le réchauffer.

- Ça c'est vraiment la meilleure sensation au monde, soupira l'artiste en se lovant confortablement contre son amoureux.

- Je suis d'accord...

Ils restèrent de longues minutes à se câliner romantiquement sur le toit du musée sans voir les minutes passer. Quand soudain le roux déclara d'une voix timide :

- Au fait je voulais te remercier d'avoir accepté de monter sur scène… J'espère que ça ne posera pas trop soucis à ta famille ?

- Je pense qu'ils seront heureux de me voir heureux. Et quoi qu'il en soit, désormais il n'y a que nous qui m'importe.

Kakyoin sourit rassuré en recevant un bisou sur la joue. Quand soudain Jotaro demanda:

- Au fait tu veux ton cadeau de clôture d'exposition ?

- Sérieusement ? J'ai déjà eu un cadeau à l'inauguration, j'ai aussi droit à un cadeau pour la clôture ?

- Seulement si tu l'acceptes…

La mine hésitante de son bien-aimé intrigua le peintre qui se retourna vers lui:

- Comment ça ?

Sans crier garde, le grand brun desserra ses bras de sa taille, et posa un genou à terre devant lui. Une fois de plus, Kakyoin ne l'avait pas vu venir. Choqué, il plaqua sa main sur sa bouche, tandis que Jotaro lui présenta un écrin contenant la bague en émeraude qu'il avait porté quelques années auparavant.

- Kakyoin, est ce que… Tu voudrais toujours m'épouser ?

La surprise, cumulée à la fatigue et au bonheur, irriguèrent le regard améthyste. Le bout de son nez et ses joues rougirent d'émotion, sans qu'il n'ose répondre. Comme lors de l'inauguration de son exposition, il se demandait si ce qu'il vivait était bien réel. Mais cette fois dans le bon sens du terme…

La réponse se faisant alors attendre, Jotaro prit à nouveau la parole :

- Si tu pleures, parce que je ne t'ai pas racheté de bague neuve, sache que je peux le faire, mais symboliquement je me suis dit que c'était mieux que ce soit…

- Oui.

- … Quoi?

- Oui j'ai dit ! Donne-moi ma bague ! Vite !, s'écria Kakyoin en séchant ses larmes et en arrachant avec empressement la bague de son écrin pour l'enfiler.

- Yare yare daze… T'es bien pressé pour quelqu'un qui a attendu si longtemps.

- Cette fois je ne te laisserai pas le temps de changer d'avis…

Devant la ferme détermination de son amoureux, Jotaro lâcha un petit ricanement : au fond, il n'avait jamais vraiment changé d'avis.

- Dans ce cas, marions-nous au plus vite. Après demain par exemple?, déclara l'héritier Joestar en surprenant son vis-à-vis.

- Quoi si vite ?!

- Mes parents et les tiens sont à New York, c'est n'est pas près d'arriver de sitôt.

Le visage de Kakyoin s'illumina soudain. Il allait réellement épouser l'homme de sa vie dans la semaine ! Fou de joie, il se mit à tourbillonner en admirant le bijou à son annulaire. Quand soudain une lumière blanche flasha son profil gauche.

- Hé tu viens de me prendre en photo là? Tu t'es mis aux réseaux sociaux, Jojo ?

- C'est pour un ami. Ses conseils m'ont été plutôt utiles…

- Quel ami ?

Et sans répondre, Jotaro transféra la photo de son récent fiancé, à un contact de son répertoire, accompagné d'un « Merci »

- Il s'appelle « Masochiste dépravé » ton ami ?, demanda Kakyoin irrité.

- Non, il s'appelle Rohan. Et ne commence pas à te faire des idées. C'est le petit-ami du fils de mon grand-père.

- Attends, c'est qui ?, répondit Kakyoin qui ne comprenait rien à l'arbre généalogique des Joestar.

- Laisse tomber.

Soudain le téléphone de Jotaro vibra car le dit masochiste venait de lui répondre :

« Félicitations. Tu as de la chance d'avoir un homme qui a l'air aussi raffiné. Moi je me coltine un phacochère ! », le tout accompagné d'un selfie du mangaka, avec en arrière-plan le beau Josuke affalé sur son bureau, en train de ronfler la tête dans son matériel de dessin. A la vue de cette photo, Jotaro étouffa un petit rire.

- Euh… t'es sûr qu'ils sont en un couple ?, demanda Kakyoin suspicieux

- Raides dingues l'un de l'autre. Sinon ils se seraient entretués.

Kakyoin leva le menton, et prit un air et ton faussement agacé.

- Très bien, je te crois. Mais je t'ai quand même à l'œil Jojo.

- Pfff, c'est moi qui t'ai à l'œil ouais! Maintenant que tu es de nouveau mon fiancé, c'est fini les plans drague avec tout ce qui a une bite.

- Quuoooooooii ?!

Les deux idiots se chamaillèrent joyeusement, en savourant cet instant magique où ils venaient d'officialiser à nouveau leur amour. Tous leurs doutes, leurs peurs de jeunesse, leurs fardeaux, ils s'en étaient débarrassés.

Leur mariage se déroulerait dans un des parcs les plus connus au monde, et Kakyoin réussirait même à convaincre son futur mari de porter un complet rose dragée pour rappeler la couleur de leurs volatiles préférés. Quant à ce dernier, il négocierait en échange de pouvoir porter une caquette à son mariage…

Quelques temps plus tard, Jotaro renouerait progressivement le contact avec sa fille sur les conseils de son époux, jusqu'à ce qu'elle finisse même par l'appeler de temps en temps pour lui raconter les bêtises qu'elle ne pouvait confier à sa mère.

Rohan et Josuke viendraient leur rendre visite l'été suivant et les quatre partiraient en yacht visiter les sublimes îles de Floride. Nul ne sait qui de Jotaro ou de Rohan serait le plus jaloux de l'amitié fulgurante entre Josuke et Kakyoin.

Là-bas le fils de Joseph y aurait rencontré pour la première fois sa petite nièce, la pétillante Jolyne. Quant au paternel de cette dernière, il aurait fait la connaissance de son soupirant, le flamboyant Narsisco Anasui. Très loin de trouver grâce à ses yeux, sans son mari l'apaiser, l'ex-racaille qu'il était lui aurait certainement fait la peau plus d'une fois.

Bref, la vie future de Jotaro et Kakyoin serait remplie de joies et de petits bonheurs du quotidien. La preuve vivante que les chemins les plus sinueux peuvent mener au paradis, et qu'une étoile d'espoir brille toujours dans la nuit la plus obscure.

Les oiseaux libres qu'ils étaient devenus voleront désormais pour toujours ensemble sous un ciel dégagé.

FIN