Quand Atsumu ouvre les yeux, il remarque aussitôt le fil rouge, toujours accroché à son doigt. Ensuite, il voit la main d'Hinata, pendre à côté de la sienne afin de ne pas défaire leur lien, et son cœur se réveille en premier. Il sourit avant d'accrocher leurs doigts ensemble. Il entend un gazouillis à cette action, alors Atsumu lève son visage vers l'origine de ce bruit, pour réaliser qu'Hinata est réveillé. Pour réaliser qu'il l'a observé, lui et sa niaiserie. Il n'en faut pas plus pour que la gêne s'empare de lui, et le force à cacher son visage dans son oreiller. Ses mains viennent se glisser dessous pour accentuer l'intérêt de sa cachette. Hinata a l'audace d'en rire.
-Te moque pas de moi.
-Alors te cache pas. J'ai trouvé ça mignon.
-Menteur, grogne-t-il.
Atsumu sent une main se perdre dans ses cheveux, et il ferme inconsciemment les yeux pour se fondre dans le toucher. Pendant un bref instant, il a l'impression qu'il ne pourra pas sortir vivant de cette relation. Hinata aura tout de lui, Atsumu lui donnera tout.
-Regarde-moi.
Le blond cède, et reste médusé par la position d'Hinata. Seules ses jambes sont encore sur le lit, il se tient d'une main sur le bord du matelas où Atsumu a dormi, son visage plane au-dessus du sien. La position n'a pas l'air très agréable. Elle a surtout l'air très instable.
-Tu vas me tomber dessus, constate Atsumu.
-Mais non, j'ai le bras musclé.
-Mouais… Mais attend, comment t'as fini dans cette position ? T'aurais juste pu tendre le bras pour. Bref.
-Tu m'as dit de pas lâcher le fil.
-Oh. T'as juste suivi mes mains.
-Oui.
Hinata soulève certain de ses doigts du bras qui le tient en position, afin de montrer le fil rouge, et c'est un miracle qu'il ne s'affale pas sur lui. Atsumu réfléchit quelques instants, prend une grande inspiration, avant de dire l'inévitable :
-On devrait l'enlever. Mais juste celui-là.
-Juste celui-là ?
-Oui. Je t'interdis de lâcher le vrai.
Shoyo rayonne. Puis la seconde d'après, il lui tombe dessus.
Après avoir passé une journée exténuante à s'entraîner, ils décident de s'achever par un jogging dans les bois et heureusement, ils ne rencontrent aucun sanglier. Ils peuvent ainsi s'épuiser en toute tranquillité.
Atsumu suit Hinata, afin de pas se perdre dans cette immense forêt obscure, mais ce dernier finit par s'arrêter dans une clairière.
-Un problème ? Demande-t-il essoufflé.
-On se repose un peu ?
-Déjà fatigué citrouille ? Questionne-t-il un peu moqueur.
-Non ! C'est pas ça ! C'est juste que… Et bien. Il n'y a personne.
-Oui et ?
-Et j'ai envie de passer du temps seul avec toi. Sans être interrompu.
Toute la journée, ils ont été régulièrement interrompus par Natsu. Atsumu l'aime bien, mais il admet vouloir passer également du temps seul avec son petit-ami, alors en réponse, il s'allonge dans l'herbe fraiche. Bientôt, il est rejoint par Hinata, aux joues un peu rouges. Il est sûr de ne pas les rêver cette fois-ci. Toutefois, il décide d'avoir la gentillesse de pas s'en moquer (en partie parce qu'il en a lui-même).
-On s'allonge et tout, c'est bien, mais tu seras capable de retrouver notre chemin dans le noir ?
Shoyo rit, puis lui donne un petit coup dans les côtes. Atsumu réalise que maintenant à quel point il est proche de lui. Brutalement, il a l'impression que la température de son corps augmente de quelques degrés.
-Bien sûr. J'ai l'habitude.
Un silence s'installe, mais comme d'habitude avec Hinata, il ne dure pas longtemps.
-Tu t'y connais en étoile ?
-Un peu. Je connais la grande ourse.
-Oh ! Elle est où ?
Atsumu lève son doigt et pointe un ensemble d'étoiles aléatoire.
-Ici. Et à côté y'a la petite ourse.
-Il y a rien à côté.
-C'est pour ça qu'on l'appelle petite. Parce qu'on la voit pas bien.
Encore un silence, puis Hinata éclate de rire. Atsumu sourit, fier de lui.
-Tu t'y connais pas ?
-Pas du tout. Mais pendant un instant, je t'ai impressionné ?
-Hum. Peut-être, mais tu m'impressionnes toujours de toute façon.
Il tourne son visage en direction de celui d'Hinata qui lui sourit. Sa respiration rencontre aussitôt un accroc, et ses joues deviennent rouges pivoines : leurs lèvres ne sont séparées que de quelques centimètres. Shoyo aussi semble avoir conscience de leur proximité car sa peau commence à se confondre avec ses cheveux, mais ce dernier ne bouge pas. Atsumu n'a pas envie de passer pour un lâche, alors il reste stoïque.
-Je peux t'embrasser ? Demande Hinata avec tout son courage.
Atsumu, incapable d'ouvrir la bouche, hoche lentement la tête, puis tout se passe au ralenti. Son petit-ami comble la distance qui les sépare, pose ses lèvres un peu rugueuses sur les siennes pendant une unique seconde, puis s'éloigne.
Le baiser est maladroit, fragile, et possède un goût de transpiration. C'est leur premier. C'est peut-être décevant pour certain, mais c'est à leur image. Atsumu pense qu'il est parfait.
C'est presque drôle à quel point être avec Hinata en tant que petit-ami est incroyablement facile pour Atsumu. Rien ne change vraiment entre eux, des baisers et des marques d'affection diverses se sont rajoutés, mais au fond, ils restent toujours des amis fans de volley, à jouer, à parler de matchs, et à s'amuser ensemble.
L'entrainement du jour s'est terminé, ils sont désormais tous les deux dans le vestiaire à se changer, comme à leur habitude.
-Je pourrais venir passer le week-end chez toi ? Demande Hinata sans ambages.
-Ouais, bien sûr. C'est-ce qui était prévu de toute façon, nan ?
-On en avait pas vraiment parler.
-Si on en parle pas, c'est qu'aucun de nous n'a d'imprévu citrouille.
-T'as raison.
-Bien sûr que j'ai raison.
Hinata sourit avec amusement. Atsumu sent cette agréable chaleur au creux de son ventre remuée avec douceur alors qu'il termine d'enfiler son dernier vêtement. Il ouvre ensuite sa porte de casier où se situe un petit miroir qu'il oriente de manière à voir son petit-ami. Il arrange un peu ses cheveux, et croise le regard d'Hinata.
-J'aime bien tes cheveux, lui avoue-t-il.
-Ouais ? Demande Atsumu avec douceur.
Son petit ami fredonne en réponse, puis s'approche de lui pour plaquer un baiser sur sa joue droite.
-En quel honneur ? Balbutie le passeur.
-Aucun. J'avais envie de le faire, et je peux le faire. Alors je l'ai fait.
Atsumu l'aime tellement.
Dans la pénombre de la nuit, Hinata et Atsumu sont côte à côté devant leur série, mais le blond doit admettre qu'il est surtout préoccupé par la tête d'Hinata reposant dans le creux de son cou, ainsi que par sa main caressant la sienne. Les flammes à l'intérieur de lui virevoltent, et il se dit qu'il veut l'embrasser, alors il le fait. Il se détache un peu, relève délicatement le visage de son petit-ami, puis colle paresseusement leurs lèvres ensemble. C'est de plus en plus naturelle entre eux, et de plus en plus agréable selon Atsumu.
Les mains de son rouquin s'enroulent dans ses cheveux, tandis qu'Atsumu le rapproche de nouveau de lui jusqu'à le faire monter sur ses genoux. Il le sent sourire contre lui. Atsumu a l'impression que son cœur va exploser, jusqu'à que tout s'arrête brutalement.
Ils entendent la poignée de la porte s'actionner, et il n'en faut pas plus pour que les deux se remettent en position, droit devant leur série, avec une distance respectable. Celle qui convient entre deux amis. Peut-être aussi entre deux non âme sœurs. Atsumu sent un insidieux sentiment grimper dans les flammes et s'enraciner dans son cœur.
Le père des jumeaux apparaît devant l'encadrure de la porte. Il les regarde incrédule avant de murmurer un « Je me suis trompé de porte. Bonne nuit », puis de refermer la porte, comme si de rien n'était. Mais tout restera graver dans la tête du blond. Ils se sont cachés, avec le sentiment que leur relation n'est pas légitime et normale. Pendant un bref instant, Atsumu se demande s'il pourra le supporter toute sa vie. Pendant un bref instant, Atsumu se rappelle qu'un point noir existe dans leur bonheur.
Cette douloureuse pensée s'évapore grâce à Hinata. Il essaye de se concentrer sur ce dernier. Ce n'est pas difficile.
Atsumu ne reçoit jamais d'appel en pleine nuit, alors il n'a jamais trouvé l'intérêt de mettre son portable en silencieux, ce qui le réveille amèrement à minuit. Il tient à ses heures de sommeil, et il compte raccrocher rudement à l'importun qui ose les déranger. Pourtant, il abandonne aussitôt cette idée en voyant le nom d'Hinata apparaître, et s'empresse de répondre.
-Citrouille ?
Il entend un bruit étrange, comme si quelqu'un tentait de reprendre avec force sa respiration, sans cesser d'inspirer, puis une voix étranglée lui répond :
-On peut se voir ?
-Qu'est-ce qu'il se passe citrouille ? Ta voix est bizarre.
Un rire cassé résonne. Un rire qu'il n'a jamais entendu venant de son petit-ami. Atsumu se lève aussitôt de son lit, en alerte.
-On peut se voir ? Vers chez toi. Le parc.
Atsumu est certain d'entendre un sanglot, et cette fois-ci il comprend que son soleil ambulant pleure. C'est brutalement tout son monde qui s'assombrit.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Répète-il avec angoisse. Si jamais…
-Atsumu, s'il te plaît, sanglote Hinata.
-Ok, j'y serais, dit-il avec la gorge sèche. Mais…
Il se fait raccrocher au nez, mais le blond n'arrive pas à s'en offusquer, pas alors que les pleurs de son petit-ami résonne dans sa tête jusqu'à s'emparer de toutes ses capacités de réflexion. Il s'enregistre à peine prendre une veste ainsi que des chaussures, puis se faufiler en dehors de la maison. Il referme lentement la porte derrière, et court sans plus attendre.
Lorsqu'il atteint le parc, Hinata est déjà là en train de faire les cent pas autour de la carcasse d'un vélo. Atsumu n'a même pas le temps de s'approcher que son petit-ami s'écrase contre lui, enfouissant sa tête contre son torse. Le blond l'encercle de ses bras, alors qu'ils s'échouent sur le sol. Il sent des larmes imbibées son tee-shirt, et peut-être un peu son cœur.
-Qu'est-ce qu'il y a, citrouille ?
Hinata ne répond pas, mais le serre plus fort. Atsumu ne s'est jamais retrouvé dans cette situation. Il ne sait pas ce qu'il doit faire pour réconforter quelqu'un d'un mal inconnu. Tout ce dont il est capable actuellement consiste à consolider leur étreinte, à lui caresser les cheveux et murmurer ce qu'il espère être des paroles rassurantes à son oreille.
Atsumu a l'impression qu'une éternité passe avant qu'Hinata ne conçoit à s'éloigner de lui et à tarir ses larmes.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Répète-t-il, parce qu'il a ce besoin urgent de savoir.
Ses yeux sont rougis, et Hinata ouvre la bouche, mais aucun son n'accepte de sortir, alors à la place, de ses mains tremblantes, il ramasse un objet derrière Atsumu, puis le lui tend. Une lettre. Atsumu comprend. Pourtant, il l'ouvre quand même. Il la lit, puis la repose délicatement.
-Atsumu, je…
-Tu vas pas la rencontrer ? N'est-ce pas ?
Hinata ne dit rien, et subitement, leur rôle s'inverse. Atsumu a l'impression d'être celui qu'on doit rassurer.
-N'est-ce pas ?
-J'ai appelé, mais…
Ses doigts courent s'accrocher à l'épaule du plus petit, alors que tout son monde s'effondre.
-Comment ça « mais » ? Tu m'as dit que tu la rencontreras jamais !
-Et je ne veux pas la rencontrer. Mais…
-Donc tu vas la rencontrer ?
-Je n'ai pas le choix, sanglote-t-il.
Atsumu laisse glisser ses doigts, les laisse s'écrouler mais Hinata les rattrape fermement.
-Tu m'as menti, se contente de dire Atsumu sur un ton accusateur.
-Non non, s'empresse de répondre désespérément Hinata. Si je la rencontre pas, je pourrais plus aller au lycée et…
-Et alors ? Le coupe-t-il égoïstement.
-Et alors je pourrais plus jouer au volley.
Hinata et le volley sont indissociables à ses yeux. Atsumu est amoureux du rouquin pour de nombreuses raisons, mais la principale est clairement sa dévotion à ce sport. Imaginer Hinata sans le volley, c'est comme imaginer le monde sans soleil. Ce ne serait que fade et froid. Sans joie.
-Tu dois la rencontrer alors, chuchote le blond pour s'avouer la vérité.
Le rouquin hoche tristement la tête.
-Tu dois appeler. Leur dire que tu vas la rencontrer. Tu pourras continuer à jouer.
C'est pour le mieux, pourtant ces mots lui écorchent la gorge. Il a l'impression de mettre déjà fin à sa relation avec Hinata. Pire encore, de l'accepter.
-Je l'ai déjà fait.
-Oh… Bien sûr, c'est normal.
-Atsumu.
Des larmes coulent de nouveau sur le visage d'Hinata, et Atsumu ne comprend pas. Ses sentiments le force à les effacer délicatement de son pouce, mais il continue à réfléchir. S'il peut continuer à jouer, pourquoi pleurer ?
-Tu vas continuer à rester avec moi, n'est-ce pas ? Implore Hinata.
-Je vais continuer à te faire des passes. Bien sûr.
-Non. C'est pas ce que je veux dire. Tu… Tu vas pas me quitter ?
Atsumu ne répond pas. Ils sont dans le pire scénario qu'il a toujours craint. Hinata va rencontrer la personne parfaite, et lui sera transformé en la troisième roue. En la petite erreur avant le grand Amour. Tout le monde se réjouira, et lui sera seul avec des souvenirs d'un bonheur ensoleillé.
-Mon âme sœur ne vaut rien à mes yeux, tu le sais, n'est-ce pas ?
Pour l'instant, a-t-il envie de répondre, mais aucun son ne sort. Les pleurs d'Hinata mélangés au désordre dans sa tête le laissent paralysé.
-Je t'en prie, ne m'abandonne pas.
Et Atsumu comprend la raison de toutes ses larmes. Hinata a peur de le perdre. Et lui, a juste peur de souffrir. Il ne pense pas pouvoir supporter les rencontres entre son petit-ami et son âme sœur. Sa jalousie est trop grande, son cœur trop faible et ses doutes trop importants. Pour sa santé mentale, il devrait probablement tout arrêter.
-Atsumu, je t'aime, ne me laisse pas, éclate-t-il.
Contrôlé uniquement par son instinct, il emprisonne Hinata contre ses bras et le serre fort. Il laisse reposer sa tête dans ses cheveux, puis chuchote sans même pouvoir réfléchir :
-Je te laisserai pas citrouille. Arrête de pleurer.
À cet instant précis, Atsumu réalise qu'il est trop éperdu de ce garçon pour mettre fin de lui-même à cette relation, mais surtout, il réalise qu'il est condamné à dépérir par ses sentiments.
FIN DU CHAPITRE 7
Ce chapitre a été difficile à écrire. J'ai eu le syndrome de la page blanche après avoir eu une motivation incroyable. Il m'a fallu deux fois plus de temps pour écrire ce chapitre et faire quelque chose de ma semaine. Incroyable. Du coup, j'espère vraiment qu'il va vous plaire :)
