Sous le soleil d'une fin d'après-midi, Atsumu s'entraîne à servir afin de ne pas penser à Hinata, qui rencontre son âme-sœur. À Tokyo. Loin de lui. Il a reçu plusieurs messages de lui, comme quoi la capitale est incroyablement grande, jolie, et que la Skytree est impressionnante, alors que tout ce qui intéresse Atsumu est de savoir à quel point l'âme sœur de son petit-ami est génial. Hinata lui a dit qu'il l'appellerait pour tout lui raconter, mais chaque minute d'attente le tue. Atsumu a compté. Il est mort 245 fois. 246 désormais. Puis son portable sonne, et il se précipite pour répondre.
-Atsumu ?
-Tu viens de sortir ? Demande-t-il précipitamment.
-Ouais, et…
-Comment est-il ? Le coupe-t-il.
Un silence commence à lui répondre, et c'est une véritable torture. Il a l'impression qu'on va lui arracher son cœur pour le donner en pâture à des vautours.
-T'es sûr de vouloir savoir ?
-Bien sûr. J'ai besoin de savoir.
-Il s'appelle Kenma. Il joue beaucoup aux jeux vidéos.
Atsumu se sent étrangement soulagé. Hinata ne s'intéresserait jamais à quelqu'un de pas sportif. Il en est convaincu. Puis son petit-ami continue, et ses nouvelles certitudes s'effondrent plus vite qu'un château de cartes :
-Il a un an de plus que moi. Il joue au volley.
-Quelle position ? Demande-t-il avec crainte.
-Passeur.
Hinata continue à parler, mais Atsumu n'entend plus rien. Il a la preuve que les âme-sœurs ne sont vraiment pas choisis au hasard. Il ne peut lutter contre le destin. Il prend une inspiration et se demande combien de temps il faut pour que son petit-ami le quitte (en réalité, il se demande surtout tout ce que ce Kenma a de plus que lui).
-Atsumu, je t'aime.
Et c'est comme un retour à la réalité. Pourtant, ses doutes ne s'évaporent pas. Jamais.
-D'où est-ce que ça sort ?
-De la vérité, répond Hinata. De moi. Et ça changera pas, tu le sais, n'est-ce pas ?
Il a envie de dire un « ouais, bien sûr », mais le mensonge reste étranglé dans sa gorge.
-Tu me crois pas.
-Tu peux pas connaître le futur. Tu peux pas savoir si…
-Je n'aimerai jamais Kenma à ta place. C'est impossible.
-Tu as encore de nombreux rendez-vous pour changer d'avis, dit-il sans même réfléchir.
-Je pourrais en avoir une centaine que rien ne changerait.
-Il est passeur, rétorque Atsumu avec véhémence.
Le silence. Encore. Il est toujours aussi insupportable, il le réconforte dans ses doutes. Il alimente un feu nommé jalousie. Il le rend pire que ce qu'il est déjà. Pourtant, Hinata ne raccroche pas.
-Je ne sors pas avec toi parce que tu es passeur, Atsumu. Ni parce que tu joues au volley.
-C'est grâce à ça qu'on est ensemble.
-Et bien, ce n'est pas vraiment faux. Mais si tu n'étais pas toi, tu…
-Qu'est-ce que ça veut dire ça de toute façon, grommèle-t-il.
-Être toi ? Stupide de volley, mais passionné, égoïste, drôle, arrogant, mais gentil avec moi…
-Tu décris quand même beaucoup de défauts, le coupe Atsumu avec lenteur.
-Plein de doutes aussi, rajoute Hinata.
-Je…
Il aimerait le nier, paraître sûr de lui, mais il se retrouve sans mot. Il entend son petit-ami rire. Il le prendrait mal si le son n'était pas aussi doux. Son cœur s'emballe sans lui demander son avis.
-Et c'est ok. J'aime ces défauts, lui confie Hinata. Ce n'en est pas vraiment à mes yeux.
-Même mes doutes ? Chuchote-t-il.
-Oui. Je ferais de mon mieux pour les effacer.
À vrai dire, Atsumu ne pense pas que c'est possible. Hinata peut peut-être les adoucir un certain temps, mais ils reviendront, toujours. Il n'a pas la force de lui avouer, alors à la place, il lui dit une vérité :
-Je t'aime tellement.
Quand Hinata revient enfin, ce dernier lui donne rendez-vous dans le local du gymnase jamais utilisé, et surtout jamais fréquenté à ces horaires. Atsumu n'a même pas le temps de rentrer qu'une tornade rousse l'emporte dans une étreinte féroce. Il sent les mains d'Hinata se perdent dans ses cheveux et le rapprocher de lui pour qu'il puisse nicher son nez dans son cou. Il prend une grande inspiration, et Atsumu a l'impression que son petit-ami cherche à s'imbiber de lui, ce qui fait fleurir son cœur sous l'ombre de ses doutes.
Atsumu lui rend tout. Il le serre dans ses bras, respire l'odeur de ses cheveux, sent la chaleur de son corps contre le sien. Il en profite, pendant qu'il le peut encore.
-Je dois te montrer quelque chose, finit par dire Hinata à contre cœur.
Atsumu desserre son emprise, et Hinata en profite pour s'éloigner de seulement quelques centimètres, puis il se retourne afin de coller son dos contre son torse. Atsumu l'emprisonne de nouveau et pose son menton sur son épaule. Peut-être qu'il est un peu trop collant, mais Hinata ne se plaint pas (il semble même se fondre dans le toucher).
Shoyo sort son téléphone, ouvre une discussion, remonte cette dernière jusqu'au tout premier message, et Atsumu en reste tétanisé lorsqu'il lit le nom en haut. Lorsqu'il comprend que son petit-ami échange avec son âme sœur.
-Pourquoi tu… ?
-Il m'a demandé, et plus vite je le connais, plus vite je serai débarrassé de ces rendez-vous.
C'est logique, mais surtout très désagréable. Puis Hinata tourne sa tête, dépose un baiser sur sa joue, et c'est un peu plus vivable. Seulement un tout petit peu.
-Je te laisse lire la conversation.
-En entier ?
-Oui.
Peut-être que quelqu'un d'autre à sa place refuserait. Peut-être que quelqu'un d'autre à sa place se contenterait de dire : « je te fais confiance ». Mais personne n'est à sa place, et ses doutes le brûlent. Il a besoin de savoir, alors il lit. En entier. S'il ne connaissait pas Hinata, il trouverait la conversation amicale, mais Atsumu comprend que son petit-ami a mis de la distance dans sa manière de s'exprimer, et son cœur se réchauffe.
-Ça va ? lui murmure Hinata.
-Ouais. Je pense.
-Je te laisserais toujours lire ma conversation avec lui.
-Merci.
Hinata l'embrasse. Atsumu arrive à sourire.
Atsumu a toujours pensé inconsciemment qu'au fil du temps, au fil des discussions entre Kenma et Hinata, ce dernier finirait par s'éloigner. C'est plutôt l'inverse qu'il se produit. Hinata le noie dans l'affection dont il ressent le besoin. Dès qu'il sent ses doutes être trop fort, sa jalousie devenir destructrice, Hinata est là. Et tout va mieux.
C'est un de ces moments, où il doute beaucoup. Ils sont tous les deux sur le lit devant un match de volley. Ils discutent normalement, mais Hinata reçoit un message. Il voit le nom de Kenma. Atsumu se demande pourquoi ce garçon veut parler à son petit-ami à cette heure de la nuit. Il ne peut s'empêcher de sentir ce sentiment désagréable remonter le long de sa gorge. Puis Hinata se colle à lui, montre son écran et il se sent tout de suite un peu mieux. La discussion est toujours distante, et il se sent beaucoup mieux. Son petit-ami ne prend même pas la peine de répondre, pose son téléphone loin, l'embrasse, et il se sent parfaitement bien.
La soirée se termine dans la tendresse absolue, blottie l'un contre l'autre.
Dans la nuit noire, alors qu'ils commencent à s'endormir, Atsumu demande, l'esprit remplit de doutes :
-Pourquoi t'es aussi gentil avec moi ?
-Quoi ? Lui répond la voix ensommeillée d'Hinata, comme si sa question n'était qu'une de ses lubies parmi d'autres.
-Tu me laisses lire tes messages. Tu es toujours là quand…
-Oh, c'est parce que je t'aime.
C'est toujours un peu désarçonnant, ce genre de mot, remplis d'autant de sincérité. Atsumu aime beaucoup, et il en cherche d'autres :
-Tu trouves pas que j'empiète sur ton espace personnel ?
-Quoi ? Bien sûr que non.
-Mais…
-Atsumu, tu ne m'as jamais donné cette impression. Crois-moi.
-Tu ne me trouves pas trop collant alors ?
-Si. Mais j'aime ça chez toi.
Atsumu se laisse rouler de son lit jusqu'à tomber sur le matelas où se trouve la forme endormi d'Hinata. Il l'entoure de ses bras, le cœur battant agréablement.
-Fais chaud, se plaint Hinata.
Toutefois, ce dernier ne bouge pas pour s'éloigner, et bientôt, il entend la respiration régulière de sa citrouille. Il se cale sur la sienne, avant de s'endormir à son tour.
Hinata se prépare pour rencontrer de nouveau son âme sœur, Atsumu l'observe préparer un petit sac en silence. Assis sur le lit de son petit-ami, il se demande si un jour tous ses doutes disparaîtront. Il se demande si un jour, son cœur sera totalement apaisé.
Il ne sait pas combien de temps passe exactement, mais Hinata finit de préparer ses affaires et s'assoit à côté de lui. Leurs épaules se touchent, leurs mains moites se lient. Il fait chaud.
-Il fait chaud.
-C'est bientôt l'été en même temps, répond Hinata. Ça va faire un an qu'on se connaît.
C'était plus facile pour Atsumu quand ils ne se connaissaient pas, mais il sait qu'il lui est désormais impensable d'imaginer sa vie sans sa citrouille. Ce serait comme imaginer un terrain de volley sans filet. Aucun sens.
-Atsumu, rajoute Hinata un peu tristement. J'ai l'impression que je pourrai jamais mettre fin à tes doutes.
C'est abrupt, et tout ce qu'il trouve à répondre c'est un pitoyable :
-Je suis désolé…
De te rendre triste. De ne pas être aussi imbu de ma personne que ce les gens pensent. De ne pas être capable d'empêcher ma jalousie de créer des doutes monstrueux.
-Ne le sois pas. C'est pas ta faute.
-C'est pas la tienne non plus, s'empresse-t-il de répondre.
Atsumu n'aime pas la direction que prend cette discussion. Il aime encore moins les tremblements d'Hinata, ni sa respiration irrégulière, et il déteste les larmes qui coulent sur le visage de son petit-ami. Il n'a même pas le temps de les effacer du bout des doigts qu'une étrange question tombe comme la foudre.
-Est-ce que je te rends heureux ?
-Bien sûr, citrouille. Pourquoi cette question ?
Atsumu lui serre la main, parce qu'il a l'impression qu'Hinata en a besoin, puis efface de son autre main quelques larmes.
-J'ai peur que cette situation te rende malheureux. J'ai peur de te rendre malheureux.
Oh. Hinata a des doutes aussi. Des doutes différents, mais des doutes. Et cette réalisation entraine une révélation presque libératrice. Les doutes sont normaux, humains. Tout le monde en a. En lui avouant, Hinata fait partie de ceux qui tentent de les surmonter. De les conquérir.
-Je te le dirai si c'est le cas.
-Vraiment ?
-C'est difficile, avoue-t-il. Pas à cause de toi, à cause de mes doutes. Toi, tu me rends heureux.
Hinata resserre leur mains moites ensembles. Et Atsumu comprend le message derrière, Hinata ferrait de même. Il continuera à lui dire la vérité sur sa relation avec Kenma. Si jamais elle évolue, il lui dira. Des doutes sont des doutes. Ils ne sont pas la réalité. De même, Le passé est le passé. Le futur est le futur. Le présent est maintenant, et Hinata est dans son présent. Il doit accepter et conquérir ses doutes du futur. Pour Hinata. Pour son présent. Mais surtout pour lui-même.
-Mais je vais travailler sur mes doutes. Je te promets que je serais juste complètement heureux.
Atsumu a toujours cru que l'âme sœur d'Hinata serait un problème dans leur relation, mais il commence enfin à penser que le véritable problème est cette croyance qui le freine.
FIN DU CHAPITRE 8
