Chapitre réécrit le 24/06/2020.


Il est rapidement connu lorsque l'on entend parler de la famille Bennet de Longbourn, que Madame Bennet avait un frère et une sœur. Madame Philips vivait après tout à Meryton, tandis que Monsieur Gardiner était un visiteur régulier de Longbourn. Lui ainsi que sa famille d'ailleurs. Néanmoins ce n'est pas l'arbre généalogique de Madame Bennet qui nous intéresse ici, mais celui de Monsieur Bennet.

Paul Bennet était le troisième fils du Comte de Hampshire, sa mère ayant demandé un autre enfant dans l'espoir que ce serait une fille. Le Comte de Hampshire avait accepté par affection pour son épouse, néanmoins leur désir n'avait pas été exaucé et la Comtesse avait été incapable d'avoir un autre enfant. Elle aimait cependant son troisième fils autant que les deux aînés.

Le Comte ne montrait guère son affection pour ses enfants, et il passait le plus clair de son temps avec son fils aîné, son héritier, comme le demandait la tradition. Il avait cependant décidé de pourvoir aux besoins de ses deux autres fils, faisant en sorte qu'ils aient une bonne situation. Il n'avait pas souhaité qu'ils doivent chercher une épouse fortunée, quelque soit son caractère, afin de récupérer sa dot. Il s'arrangea donc pour placer une somme d'argent confortable de côté pour ses deux derniers, tout en laissant une somme importante à son aîné.

Cette somme le benjamin de la fratrie Paul n'en profita guère, en effet son père avait eu des attentes concernant les mariages de ses fils. Des attentes que la femme choisie par Paul ne remplissaient pas, elle n'était après tout qu'une fille de commerçant. Lorsque Paul annonça son choix à sa famille, le Comte refusa catégoriquement le mariage, ordonnant à son fils de cesser ce caprice. Chose que Paul refusa de faire, il était amoureux de Fanny Gardiner et il ne voulait pas renoncer à elle.

Il l'épousa donc sans l'aval de son père, dans une cérémonie où le Comte n'assista pas, pas plus que le Vicomte Perceval Bennet. La Comtesse ne put y assister non plus, son mari l'en empêcha. La rupture entre le père et le fils était claire, néanmoins grâce à l'intervention de la Comtesse, Paul ne se retrouva pas sans rien. Il n'avait certes pas accès à l'argent mis de côté par son père, mais ce dernier lui offrit quand même une propriété non loin de Londres. Longbourn.

Ce n'était pas une grande propriété, mais c'était un endroit confortable avec un revenu fixe. Néanmoins il y avait une condition, la propriété avait un entail dessus, un entail qui ne concernerait pas Paul et son épouse, si cette dernière réussissait à lui donner un fils. Dans le cas où elle n'y arriverait pas, alors la propriété reviendrait aux Collins, un cousin du Comte qui avait toujours souhaité être lui même Comte de Hampshire. Un fait qui ne s'était pas réalisé et qui ne se réaliserait jamais, pour la plus grande colère des Collins.

Ainsi commença l'histoire de Paul Bennet et de son épouse Fanny.

Le second fils du Comte, Patrick Bennet, peu intéressé par la vie d'un gentleman, et fasciné par la mer et les voyages, choisit de s'engager dans la Navy. La mer avait ravi son cœur lors des vacances que la famille passait dans une propriété au bord de l'eau. Satisfait que son fils gagnerait bien sa vie et deviendrait un homme, le choix du cadet fut approuvé par le Comte.

Quoique ce dernier aurait nettement préféré que son fils passe plus de temps en Angleterre, au lieu d'être presque toujours en déplacement. Même le mariage de Patrick avec Hélène, la deuxième fils d'un riche gentleman, ne calma pas les désirs de voyage de Patrick. Au contraire son épouse avait aussi envie de voir le monde, la profession de son mari ne lui posait pas le moindre problème. Leur mariage n'avait pas débuté comme un mariage d'amour, néanmoins l'amitié ainsi que le respect que les deux éprouvaient l'un pour l'autre changea cela assez rapidement.

Cet amour leur permit de traverser nombre d'épreuves ensemble, et cet amour fut accompagné par cinq enfants, deux filles et trois garçons. Le Comte ne resta pas vivant assez longtemps pour rencontrer tout les enfants de son second fils, néanmoins il rencontra les deux aînés et arracha la promesse à son fils de les ramener vivre en Angleterre lorsqu'ils seraient en âge d'être présentés à la Société afin qu'ils puissent faire un bon mariage.

Patrick avait bien sûr acquiescé à la demande de son père, Hélène, son épouse, avait déjà demandé cela et il avait accepté lors de la première grossesse de sa femme. Donner naissance était une lutte pour les femmes, nombreuses sont celles qui s'en sortent sans trop de problème, avec leur bébé en bonne santé. Malheureusement il existe aussi les cas contraires. Hélène n'eut pas de problème dans la salle de travail pour ses trois premiers enfants, malheureusement les jumeaux, ses deux derniers, demandèrent une énergie qu'elle n'avait plus. Elle ne survécu pas à leur naissance.

Le cœur brisé Patrick reprit la mer, assurant ses responsabilités de Vice-Amiral, laissant son second enfant, sa fille aînée, Pénélope en charge non seulement de sa seconde fille mais aussi des jumeaux, des nouveaux-nés. Elle n'était pas entièrement seule, elle avait l'aide de la nourrice, ainsi que de la gouvernante et bien sûr de l'intendante en charge des domestiques. Mme Nicchols était une femme qui avait vu Pénélope grandir et qui lui avait donné nombre de conseil pour l'aider à prendre son rôle de femme de la maison.

Les années passèrent après la mort d'Hélène Bennet, Patrick Bennet dû à son travail et au respect de ses hommes parvint au rang d'Amiral de la Royal Navy. Son fils aîné, Perseus avait choisi de suivre ses pas, et avait quand à lui atteint le rang de Capitaine de Frégate, cela alors qu'il avait juste 25 ans. Les deux hommes avaient réussi à amasser chacun une importante somme d'argent, plus qu'assez pour vivre de manière confortable, et même pour acheter une propriété. Ce qui était le plan, ou en tout cas un début de plan.

Néanmoins les choses avaient radicalement changé pour Patrick et sa famille, en effet Perceval, l'aîné et donc le Comte de Hampshire était mort sans héritier. Il s'était bien sûr marié, à une femme de son rang, et bien qu'il n'y avait ni affection, ni amitié dans le couple, les deux avaient été déterminé à faire leur devoir. Donc à avoir au moins un fils, deux étant préférable. Malheureusement le mariage resta stérile, la nouvelle Comtesse ne donna aucun enfant à son mari avant sa mort. Perceval chercha une nouvelle épouse, mais nul ne trouva grâce à ses yeux, il resta donc veuf avant sa chute de cheval qui lui coûta la vie. Faisant donc de son frère Patrick, son héritier.

L'Amiral Patrick Bennet avait tenu à remplir ses obligations pour la Navy avant de quitter cette dernière pour retourner en Angleterre et assumer son titre de Comte de Hampshire. Perseus choisissant de faire de même. Le temps était cependant venu, ils retournaient à terre et pour y vivre.

La famille du nouveau Comte de Hampshire était une famille unie, il pouvait bien sûr avoir des disputes entre les membres, particulièrement les trois plus jeunes, néanmoins ils restaient très proches les uns des autres. Les deux aînés, Perseus et Pénélope n'avaient pas eu de contact avec un grand nombre d'autres enfants en grandissant. Âgés respectivement de 25 et de 22 ans, ils étaient donc très complices, ils avaient été partenaires de jeu et de blague tout au long de leurs enfances. Le dernier point avait été une source d'exaspération pour leur mère, et d'amusement pour leur père. Et aujourd'hui encore, ils restaient proches l'un de l'autre, cela même avec les responsabilités de Perseus comme Capitaine de Frégate, et surtout même avec la guerre contre Napoléon.

C'était aidé par le fait qu'ils avaient nombres d'intérêts en commun, un point qu'ils avaient été forcé de remarquer lors de leurs leçons. Résidant la grande majorité du temps à l'étranger, l'Amiral et son épouse avaient quand même fait en sorte que leurs enfants aient une éducation très complète. Autant que n'importe quel enfant de la gentry ou de la noblesse en Angleterre. Voire même plus, en effet Pénélope avait assisté à bien des leçons de son frère, en plus des siennes sur le dessin, la peinture, les langages, la musique, la couture, la broderie... Perseus avait même appris un peu de couture, trouvant cela assez pratique lorsqu'il était en mer, il savait aussi un peu dessiné, quand à la musique... Il n'avait rien contre chanter tandis que sa sœur jouait du piano. Il avait aussi appris à jouer de la flûte de Pan via un de ses hommes.

"Pen, tout va bien ?" demanda Perseus, en voyant sa sœur installée devant une fenêtre.

Cela faisait plusieurs jours qu'ils étaient arrivés en Angleterre, plus précisément dans la maison qu'avait leur famille à Londres, ou plutôt l'ancienne maison de leur oncle Perceval, qu'ils avaient occupé à l'occasion. Leur défunt oncle passait le plus clair de son temps sur le domaine principal de leur famille, ils avaient donc pu loger dans cette maison lors de leurs retours en Angleterre pour de brefs vacances.

Au son de sa voix, sa sœur se tourna et il put l'admirer, particulièrement avec la lumière qui venait du dehors et qui l'entourait. Pénélope était une belle femme, elle n'avait pas la petite taille de leur mère, quoiqu'elle n'était pas non plus très grande, ou son apparente fragilité qui avait donné à nombre d'homme le désir de la protéger. Non, si Pénélope avait la beauté de leur mère, elle avait une force en elle qui se voyait sur son visage et dans son attitude. Quoique cela ne lui ôtait aucun attrait à ses yeux, il préférait ce genre de femme à celles qui étaient incapables de lui tenir tête ou qui menaçaient de s'évanouir pour un rien.

Pénélope faisait un mètre soixante-trois, plus grande que leur mère vu que cette dernière avait fait un mètre cinquante, et elle avait des cheveux bruns, qu'elle tenait de leur père. Leur mère ayant été blonde comme les blés, avec les yeux bleus clairs, yeux qu'ils avaient tout les deux d'ailleurs. Elle avait une taille fine, et sa peau était tannée par tout le temps qu'elle passait en extérieur. Quoiqu'il n'avait rien à dire, sa peau était encore plus foncée dû à tout le temps qu'il avait passé sur le pont de son navire.

Il était très grand, faisant plus d'un mètre quatre-vingt, il dépassait même son père, un petit peu en tout cas. Il avait les cheveux foncés de son père, il lui ressemblait d'ailleurs énormément, y compris le menton carré, en dehors des yeux. Et de quelques traits qui étaient un peu moins marqués que ceux de son père, tel que le nez, qu'il avait de son grand-père maternel.

Ils ressemblaient le plus à un parent différent, les trois plus jeunes étaient d'avantage un mélange entre Patrick et Hélène Bennet.

La petite Ariane, qui avait fêté son douzième anniversaire il y a un peu plus d'un mois, était une blonde aux yeux marrons des Bennet, sinon elle était un mélange des deux. Ayant les pommettes des Bennet, avec la bouche et le menton de sa mère... Nestor et Ménélas, les jumeaux et les deux derniers, se ressemblaient en tout point physiquement. Il fallait les connaître très bien, et faire attention, pour être capable de faire la différence. Ils avaient les cheveux bruns et les yeux bleus, et un de leur jeu favori était de se faire passer l'un pour l'autre. Pour le plus grand agacement de leur gouvernante d'ailleurs. Les deux garçons de huit ans lui donnaient du fil à retordre, c'était certain. A elle, tout comme à leur sœur Ariane, qu'ils adoraient taquiner. Provoquant souvent des disputes entre les trois, quoique ça ne les empêchaient pas de faire des bêtises tout les trois, ou de partir dans des expéditions ensemble. Le pire pour Madame York c'était quand les trois travaillaient ensemble pour faire des blagues, la pauvre gouvernante ne savait plus où donner de la tête dans ce genre de cas.

"Je vais bien, je songe simplement à tout ce que nous allons devoir faire. Vous concernant les affaires du nouveau titre de Père, ainsi que le tien, et il faut aussi penser à la prochaine Saison. Tante Léda a certes dit qu'elle allait m'aider, il y aura beaucoup à faire, surtout si nos cousines viennent nous rejoindre à Londres. Les choses étaient presque plus simples et reposantes lorsque vous étiez dans la Navy." soupira Pénélope en rejoignant son frère.

"Ce ne sera pas évident je te l'accorde, mais je dois reconnaître que je suis heureux du travail que nous allons devoir faire. Après autant d'années sur le qui-vive, je crains ne pas être fait pour une vie oisive et tranquille." reconnut Perseus.

Son commentaire fit rire Pénélope, qui devait bien reconnaître qu'elle ne pouvait nier, la situation pouvait aussi dite pour elle. Même avant la mort de sa mère, elle avait rarement trouvé du temps pour ne rien faire, et après... cela n'avait pas été pensable.

"J'ai hâte de revoir nos cousines." reconnut Pénélope.

"Moi aussi, nous avons échangé par lettres au fil des ans, mais je dois reconnaître que Lizzy me manque, ainsi que sa légèreté, ou la sérénité de Jane." acquiesça Perseus.

Ils étaient proches en âge de leurs cousines, et il les avait souvent considéré comme des sœurs, plus que comme des cousines, particulièrement Jane, Elizabeth et Mary. Ils avaient surtout appris à connaître Catherine, alias Kitty, par les lettres, tandis que Lydia, la dernière ne leur avait écrit que quelques mots en bas de certaines lettres de leurs autres cousines. Ils la connaissaient surtout via les histoires que racontaient ses sœurs sur elle, guère autrement.

Lydia avait été très jeune la dernière fois qu'ils étaient revenus en Angleterre, et elle avait sans nul doute beaucoup changé depuis, les jumeaux avaient été très jeunes à l'époque, ils venaient de naître. Ils étaient juste revenus au pays pour l'enterrement de leur mère. Patrick Bennet n'avait pas voulu que son épouse repose dans un autre pays, ils avaient donc fait le voyage.

Ils n'avaient pas pu revenir pour les funérailles de leur Oncle Perceval, ils avaient été trop loin lorsqu'ils avaient appris sa mort et les agissements des forces de Napoléon avaient bloqué toute pensée de voyage. Les huit dernières années avaient donc été longues, Pénélope n'aimait pas particulièrement Londres mais elle aimait l'Angleterre et plus particulièrement, elle aimait sa famille.

Elle avait été ravi de retrouver Lady Wooridge, qui était leur tante Léda, la sœur de leur mère. Elle était veuve depuis plusieurs années et son seul enfant, un fils, avait succombé à une mauvaise maladie. Elle gâtait donc ses neveux et nièces et adorait les voir souvent. Elle avait tenté de convaincre l'Amiral de laisser Pénélope et les plus jeunes avec elle, après les funérailles, mais il avait refusé. Ne souhaitant pas être séparé de ses enfants.

Lady Léda avait donc du s'incliner, quoiqu'elle avait fait en sorte de leur envoyer toute sorte de chose, elle avait aussi engagé une femme de chambre pour Pénélope. Elle avait envoyé des jeux pour les enfants, des robes pour Pénélope, ou du tissu afin qu'elle en fasse faire... Nul doute qu'elle aurait aussi choisi une dame de compagnie et un valet de chambre pour Perseus. Néanmoins ils avaient refusé les deux domestiques, n'en voyant pas l'utilité tant qu'ils étaient à l'étranger, à présent c'était différent bien sûr.

A présent qu'ils étaient de retour en Angleterre, Perseus avait du faire embaucher un valet de chambre pour lui, ça avait été une de ses nombreuses préoccupations des derniers jours. Heureusement qu'il avait pu demander de l'aide à Edward Gardiner, l'oncle de leurs cousines, le frère de Tante Bennet, il était certes dans le commerce, mais il était aussi un homme intelligent. Il était aussi un homme avec beaucoup de contacts, c'était d'ailleurs pour ça qu'il avait choisi de le contacter pour lui demander un coup de main.

Pénélope avait, jusque là, réussi à éviter d'avoir une dame de compagnie, cela ne durerait pas, elle le savait très bien, mais elle avait gagné un peu de répit. Sa tante ne la laisserait pas éviter le problème trop longtemps, et elle avait aussi conscience qu'elle apprécierait l'aide d'une autre femme si elle devait être présenter à la Reine et faire ses débuts dans la Société Anglaise, avec ses cousines encore plus. Mais elle n'avait aucune envie de supporter une inconnue durant les fêtes de fin d'années, et elles approchaient à grand pas. Heureusement Tante Léda lui avait dit qu'elle se chargerait de beaucoup, c'était vraiment une bonne chose, parce que Pénélope ne connaissait presque personne en Angleterre. Ou en tout cas presque personne qui pourrait l'aider à se débrouiller dans les soirées mondaines. Les soldats de son père ne comptaient pas dans ce genre de situation.

Engager des domestiques n'était qu'une des moindre tâche que la famille Bennet devait exécuter avec leur retour, Perceval Bennet était mort trois ans auparavant. L'Amiral avait donc du gérer ses affaires via courrier, et faire confiance aux régisseurs mis en place par son frère, le défunt Comte, ainsi qu'aux domestiques. A présent ils devaient s'assurer qu'il avait bien fait, tout en apprenant ce que ça voulait dire qu'être un Comte et un Vicomte. Heureusement Patrick Bennet avait reçu l'éducation nécessaire, son père ayant insisté pour qu'il sache quoi faire au cas où.

Il y avait beaucoup à faire, mais ils avaient aussi été déterminé vis à vis du fait qu'ils voulaient voir leur famille, ils allaient donc à Meryton, et plus particulièrement Longbourn pour passer quelques temps avec les autres Bennet.

Installé dans sa berline, Patrick Bennet devait se retenir pour ne pas râler. Il préférerait et de loin être dehors, avec son fils Perseus, sur un cheval, l'équitation était une des activités qu'il préférait à terre. Pourtant il était bloqué là.

"Un problème Père ?" demanda Pénélope, voyant l'air contrarié de son père.

"Très bien." il acquiesça, fronçant un peu les yeux en voyant l'éclat amusé dans le regard de sa fille qui devinait sans mal la cause de son humeur sombre.

Heureusement elle se contenta de continuer à jouer avec les trois plus jeunes qui étaient aussi dans le véhicule, avec leur gouvernante, Mme Carson, quoique cette dernière se reposait présentement. Laissant à Pénélope le soin de distraire les plus jeunes. Heureusement sa fille se débrouillait bien.

Cela ne voulait pas pour autant dire qu'il était content d'être là, certes il avait été blessé lors de sa dernière bataille, mais il pouvait quand même monter à cheval. Encore heureux que ça ne soit pas pour très longtemps, le trajet de Londres jusqu'à Longbourn était assez rapide, il devait bien le reconnaître.

Décidant d'ignorer son agacement, et l'amusement de sa fille aînée, il réfléchit aux discussions qu'il allait devoir avoir avec son petit frère, son seul frère à présent... A la pensée de la mort de Perceval, son cœur se serra. Son aîné et lui n'étaient plus proches depuis longtemps, mais il avait été son frère aîné et avant, ils avaient été complices. C'était le temps qui avait changé cela, le temps ainsi que les différentes directions de leurs vies. Il y avait aussi eu Paul, Patrick n'avait pas approuvé l'épouse choisie par son petit frère, mais il l'avait quand même soutenu. Perceval lui, il avait trouvé cela impensable et incompréhensible. Il n'avait plus parlé à Paul, créant une tension entre lui et Patrick. Ce dernier refusant de renier son petit frère...

Paul.

Oui, il y avait beaucoup à discuter, aucun doute que tout ne serait pas au goût du benjamin de la fratrie, mais Patrick s'en moquait. Son frère devrait l'écouter. C'était pour son propre bien, et plus important encore, c'était pour le bien de sa famille. Il allait lui parler des dots des filles, elles méritaient mieux que ce qu'elles avaient actuellement, enfin à part si Paul l'avait écouté lors de sa dernière visite et qu'il avait commencé à investir pour leurs futurs. Il l'espérait franchement mais connaissant son cadet, il ne le pensait pas. Son frère avait l'âme d'un érudit et il ne s'intéressait que guère à la vie de tout les jours, préférant se perdre dans ses livres. Penser à l'avenir n'était pas son fort malheureusement.

Ça avait été un sujet de dispute entre eux, mais bon, c'était ainsi. Il n'allait certainement pas changer Paul par miracle, il n'y croyait plus. Il allait simplement lui dire que l'argent que leur père avait préparé pour lui, avant son mariage avec Fanny Gardiner, était toujours là. La somme n'avait pas été touché, et il comptait bien la placer sur les cinq filles de son frère. Cela leur permettrait de faire des bons mariages, en tout cas il l'espérait. Cela tranquilliserait aussi peut-être sa belle sœur.

Il n'avait rien contre le fait qu'elle ne soit pas la fille d'un gentleman, mais sa voix stridente et ses crises de nerfs étaient pénibles. Et d'après les lettres de son frère, et ce qu'il avait compris concernant les lettres qu'échangeaient Pénélope et ses cousines, ça ne s'était pas arrangé, bien au contraire.

Il n'avait pas hâte de rencontre William Collins, il avait rencontré le père, James Collins et il n'avait pas été impressionné par cet homme aigri et dominateur, ainsi que stupide. Vu la correspondance entre lui et Paul, il était clair que le fils avait la stupidité du père, avec une dose d'apparente servilité pénible. Ainsi qu'un côté volubile, selon Paul il était incapable de ne pas parler, surtout lorsque ça concernait sa Patronnesse, Catherine de Bourg. Il avait rencontré la femme il y a longtemps, l'année après son mariage et il avait été impressionné. Par sa force de caractère et de ses opinions ainsi que par le fait qu'elle semblait être une véritable mégère. Son épouse ne l'avait certainement pas apprécié et il avait eu une grande foi dans le jugement de son Hélène.

Enfin bon, Collins était à Longbourn, avec un peu de chance il ne s'attarderait pas. Et s'il avait la stupidité de regarder du côté de Pénélope pour une épouse, et bien... Il lui démontrerait en détail pourquoi c'était une très mauvaise idée. Perseus l'aiderait sans aucun doute, Collins perdrait aussi l'usage d'un membre au moins. Et cela uniquement si Pénélope ne s'était pas déjà charger du problème.

Ce n'était certes pas très bien vu par la bonne société anglaise, mais il avait appris à ses enfants, particulièrement Pénélope qui était une belle femme depuis plusieurs années, malheureusement pour lui, à se défendre. Les endroits où ils avaient été au fil des ans n'avaient pas toujours été recommandable et s'il avait confiance en la grande majorité de ses hommes, cela ne voulait pas dire qu'il ne savait pas quel genre d'homme s'engageait dans la Navy. Ou était forcé de s'engager.

Sa fille était une belle femme, avec une dot encore plus séduisante, même à l'époque. Il n'avait donc pris aucun risque, lui apprenant à se servir d'une lame, faisant en sorte qu'elle en ait toujours une sur elle, il lui avait aussi appris à tirer avec un revolver. Et surtout, pour sa tranquillité d'esprit et pour s'assurer que sa famille soit protégée, il avait chargé Burton avec cette tâche.

Burton était un homme d'une cinquantaine d'année qui avait été un marin pendant longtemps, il avait servi sous ses ordres et il avait gagné son respect. Et inversement. Il y avait peu d'homme en qui il avait plus confiance que Burton. Ce dernier avait été blessé gravement à l'épaule gauche il y a quelques années de cela, sa blessure le força à quitter la Navy. L'Amiral Bennet plutôt que de le laisser tomber, l'engagea dans sa maisonnée, lui demandant d'assurer la sécurité de sa famille. Il était après tout droitier et un redoutable combattant, il était aussi extrêmement loyal.

N'ayant ni famille, ni projet, et appréciant énormément la famille de l'Amiral, Burton n'hésita pas une seconde et accepta avec joie. Cela faisait près de dix ans maintenant qu'il avait quitté la Navy et qu'il travaillait pour la famille Bennet. Il s'était battu à plusieurs reprises pour la sécurité de Pénélope et des enfants, tout comme il l'avait fait l'année où Hélène Bennet vivait encore.

Il était un membre de la famille à leurs yeux. Et plus que capable de remettre à sa place n'importe qui, particulièrement les jeunes imbéciles qui pensaient pouvoir séduire Pénélope pour obtenir de l'argent.

Burton allait lui être particulièrement utile dans les prochains mois, après tout sa fille allait faire ses débuts dans la société londonienne, elle allait avoir besoin d'être protégée dans ses divers déplacements. Ses nièces aussi si elles venaient à Londres comme il comptait le proposer à son frère. A part si les choses avaient beaucoup changé depuis la dernière fois, il n'y avait pas beaucoup de prétendants possibles pour ses nièces autour de Meryton.

A Londres, et bien les choses étaient différentes. Et ainsi Pénélope ne serait pas seule dans ces moments importants pour une jeune femme. Lorsqu'il fallait se préparer, choisir une tenue, discuter des hommes qu'elle allait rencontrer... Quoique la dernière idée lui donnait des envies de meurtre... Il savait que c'était important pour sa fille, et il l'avait promis à sa femme. Il ne pouvait déroger à son serment, qu'importe à quel point il en avait envie. Il devait s'y résoudre.

Et si jamais ses nièces avaient le comportement adéquat, alors ils exécuteraient ce projet, Pénélope aurait du soutien ainsi et de la compagnie qui n'était pas sa tante ou qui n'avait pas été engager pour passer du temps avec elle. Mais tout cela dépendrait du comportement de ses nièces, des désirs de Paul bien sûr et aussi, et surtout, de l'opinion de Pénélope.

Il allait aussi devoir préciser à son frère que même si toutes ses nièces venaient à Londres, quoiqu'il ne voyait pas pourquoi cela serait, après tout les deux dernières étaient très jeunes. Particulièrement Lydia. Donc même si elle devait toutes venir, Fanny n'était pas invitée à venir loger chez eux. Elle pouvait aller chez son frère, les Gardiner, mais Pénélope ne voulait pas de sa tante Bennet chez elle, et il pouvait comprendre.

Surtout vu qu'elle allait avoir suffisamment à faire de son côté sans se soucier de Fanny Bennet. Elle la trouvait trop grossière, bruyante et même vulgaire.

Ajustant une nouvelle fois sa position sur le siège, il regarda le paysage espérant arriver bientôt. Il avait hâte de se dégourdir les jambes et de revoir son frère.

Pour la première fois en huit ans, ils allaient enfin se revoir.