Lucy regardait les vagues qui se formaient suite à l'avancée du bateau. Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'elle avait quitté son palais, son père et les gens qu'elle aimait. Seule, sa plus proche amie était avec elle, si on ne comptait pas les navigateurs et sa suite. Lucy avait besoin d'un réel soutien pendant ce voyage sans retour. En effet, elle ne rentrerait plus jamais chez elle.
Elle avait tenu pendant tout le début du trajet, la main de son amie ; le cœur de Lucy se déchirait en sachant que dans moins d'une heure, elle accosterait dans un nouveau pays. Brisée de savoir qu'elle ne reverrait plus les couleurs de son royaume natal. Elle allait vivre dans une autre contrée pour le reste de sa vie, et même si elle savait que c'était un honneur, une part d'elle-même était réticente.
Son père lui avait pourtant dit, le jour où il lui avait annoncé la grande nouvelle : « Ma fille, soit bénie, tu vas devenir Princesse Héritière du pays le plus puissant au monde. » Elle était offerte en mariage à un jeune prince pas plus âgé qu'elle. Lucy ne savait rien de lui, à part quelques rumeurs et bruits de cour qui circulaient mais les peintures et dessins qu'on lui avait fait parvenir de lui, la rendait impatiente. Si partout on chuchotait qu'il n'avait pas été gâté en beauté, Lucy lui trouvait du charme, mais ce qui lui plaisait le plus, cela devait être sa bienveillance.
Quand Lucy avait appris pour son mariage arrangé, elle avait d'abord grimacé, tenter de convaincre son père, en vain. Au fond d'elle même, depuis sa plus tendre enfance, elle s'y était préparée. Elle savait bien qu'elle n'aurait d'autre destin que de finir femme d'un éminent inconnu. Telles étaient les volontés de son père.
D'autant plus que celui ci, semblait avoir réussi ce qu'il appelait un coup de maître. Jamais son père n'aurait pu espérer tel mariage pour sa fille. Lui, roi médiocre d'un minuscule royaume situé sur une île éloignée du continent, pouvoir faire convoler sa fille à l'héritier du royaume le plus fort économiquement et militairement de leur époque ; c'était inespéré. Cette alliance de génie allait redonner au peuple de Lucy un nouveau souffle et elle le savait.
Le roi avait besoin de pouvoir compter comme allié le royaume de Fiore. Alors Lucy avait véritablement capitulé, si c'était pour ses sujets, elle pouvait bien accepter ce mariage. Elle ne pouvait qu'être d'accord avec son père et ses ministres, sa vie allait changer en mieux. Elle allait avoir accès à bien plus d'argent, et elle pourrait organiser des salons de littérature avec les plus grands maîtres de lettre. S'ils n'avaient jamais répondu à ses invitations quand elle était princesse de son petit pays, en devenant princesse de Fiore, assurément, ils viendraient. La seule chose qui l'ennuyait d'avance, allait être la sévérité de l'étiquette, son titre de Princesse Héritière ainsi que devoir apprendre les us et coutumes de son nouveau pays.
Lucy préférait largement lire ; être le centre du monde l'angoissait terriblement. Ses professeurs d'éducation avaient pourtant tenté de remédier à ce défaut, mais rien ni faisait. Lucy ferait des efforts, elle ne voulait pas tâcher la réputation de son père. Après tout, pour accepter un tel mariage le Roi de Fiore avait posé de nombreuses conditions. Lucy ne devait jamais avoir été marié en première noce, devait parler couramment la langue de Fiore, avoir été élevée d'une éducation stricte et sévère comme on le voulait pour les grandes princesses de ce monde et encore bien d'autres exigences. Le plus difficile pour Lucy avait été de perfectionner sa langue.
Elle n'était pas très bonne pour en apprendre de nouvelles, heureusement pour elle, on lui avait enseigné la langue de Fiore depuis son plus jeune âge. Notamment dû à la puissance de ce royaume, presque tous les pays du monde se devait de savoir parler le Fiorentin. Elle avait donc un très bon accent, elle ne se débrouillait pas trop mal, elle comprenait ce qu'on lui disait et savait se faire comprendre. Parfois, elle manquait simplement de vocabulaire.
Lucy continuait de fixer l'horizon bleu perdu dans ses pensées. Elle appréciait les voyages en mer, c'était quelque chose d'assez agréable de se laisser porter par l'océan et le courant. Lucy aurait aimé apprendre à naviguer, malheureusement ce n'était pas dans les cours que l'on donnait à une princesse. Si Lucy appréciait le voyage, son amie en face d'elle ne semblait pas être du même avis. En effet, celle ci était toute pâle et tentait de dormir sur le canapé de la cabine, peine perdue aux vues des secousses.
« Tu te sens mal, Levy ? »
La concernée rouvrit ses yeux marrons clairs pour les poser sur la jeune femme en face d'elle. Elle lui sourit.
« Oh ne vous en faites pas, Ma Princesse, je n'ai jamais supporté les voyages en mer. »
Lucy soupira, malgré des années d'amitié et de confidence, sa demoiselle de compagnie de toujours ne se déciderait jamais ni à vouloir la tutoyer, ni à vouloir l'appeler par son prénom. Pas même pour leurs dernières journées passées ensemble. En effet, Levy ne devait être présente que lors des festivités, elle repartirait ensuite. Cela brisait le cœur de Lucy, elle ne voulait pas se retrouver seule et sans repère dans ce nouveau royaume.
Impossible de contester cette décision, le Roi de Fiore ne voulait pas que la jeune princesse garde avec elle une de ses dames de compagnie, simplement parce qu'il craignait qu'ainsi Lucy ne veuille pas s'accoutumer à son nouveau mode de vie et s'enferme dans sa relation avec son amie. Le Roi de Fiore voulait une princesse chaleureuse et qui puisse s'intégrer rapidement pour être acceptée à la cour et par les sujets du royaume. Il ne voulait pas que la future épouse de son fils fasse chuter sa cote de popularité.
Lucy et sa suite avaient accosté sur le continent et le royaume de Fiore, il y a déjà une quarantaine de minutes. La ville portuaire qui les avait accueillis ne semblait être occupée que par des commerçants et des exploitants maritimes. Si bien que Lucy et sa suite devaient se rendre dans une autre ville bien plus apte à l'accueillir comme il se devait. Lucy était reconnaissante de cette sage décision, elle n'aurait pas apprécié rencontrer son nouveau peuple dans une forte odeur de poisson.
La jeune princesse eut quand même du mal à contenir ses émotions en posant le pied sur la terre ferme. Elle avait fait tout ce qu'elle pouvait pour retenir quelque sanglots. Levy avait tenté de la réconforter du mieux qu'elle le pouvait. Elle même avait une pointe au cœur en sachant qu'après les noces de son amie, elles ne se reverraient plus et ne garderaient qu'un contact épistolaire. Levy apprendrait à s'en contenter.
La dame de compagnie ne s'inquiétait pas trop pour sa jeune princesse, en effet, Lucy était la plus belle femme de leur pays, et Levy pensait aisément qu'elle devait même être une des plus belles femmes du continent. Alors qu'importe à qui elle allait être mariée, l'homme en question tomberait forcément à ses pieds, et la chérirait. Peut être que Lucy aurait le mal du pays, mais cela ne durerait pas, c'était une dégourdie et surtout, elle avait une personnalité qui la rendait attachante. Qui oserait la détester ?
« Je te vois sourire, qu'est-ce qui te met de bonne humeur ? »
Prise sur le fait, Levy rougit, et s'excusa. Ce n'était pas vraiment digne d'une dame de la noblesse de laisser ses émotions transparaître à ce point. Heureusement qu'il n'y avait qu'elle deux, dans le carrosse censé les conduire à la ville où Lucy rencontrerait le Roi de Fiore.
« A vrai dire, je suis curieuse de voir la Cour royale de Fiore, et le Roi, ainsi que votre futur époux. »
Lucy lui décocha un petit sourire triste. Si Levy avait aussi hâte c'était bien parce que pour elle, ce n'était qu'un voyage, elle pourrait rentrer chez elle après. Puis Levy n'allait pas se marier avec un inconnu, elle.
« J'ai envoyé une lettre au Prince Héritier, il y a un mois. Il ne m'a pas répondu. »
Levy ne le montra pas, mais elle était plus que surprise. Une princesse ne faisait pas ce genre de chose, mais d'un autre côté, elle fut attendrie par la jeune femme en face d'elle. Lucy semblait vraiment curieuse de rencontrer son futur mari, malgré ses angoisses.
« Il n'a pas dû avoir le temps !
— J'espère juste qu'il l'aura lu. »
Cela brûlait les lèvres de Levy, Dieu qu'elle avait envie de savoir ce que Lucy avait écrit dans cette lettre mais elle n'osa pas poser la question, si leur relation était proche, Levy ne se permettait pas d'être aussi intrusive dans la vie de Lucy. Elle savait à quel point il était difficile pour la jeune princesse d'avoir un peu de vie privée, alors elle ne voulait pas lui enlever ses quelques secrets.
En regardant par la fenêtre du carrosse, Lucy put remarquer qu'ils se rapprochaient des habitations, cela voulait dire qu'ils n'allaient pas tarder à arriver à leur destination, la ville portuaire d'Hargeon. Lucy serra les plis de sa robe en voyant les maisonnettes devenir de plus en plus nombreuses et de plus en plus rapprochées les unes des autres. La jeune femme sentait son coeur tambouriner dans sa poitrine, le stresse montait petit à petit, jusqu'à devenir insupportable.
« Je vais dépérir, Levy.
— Tout se passera au mieux, ne vous inquiétez pas ! »
Lorsque ils empruntèrent la route près des quais du port, Lucy vit le regroupement de personnes qui s'était agglutiné aux pieds des maisons, la population était bruyante. Elle remarqua même que certain étaient entassés à leur fenêtre. Etaient-ils tous là, pour la voir, elle ? Il semblerait que oui, les gens agitaient leur bras quand son carrosse passait. Lucy réussit même à comprendre quelques mots lancés par la foule malgré les cris : « Bienvenue ! » ou encore « Vive la princesse ! »
Lucy ne put retenir ses émotions, elle était vraiment émue. Jamais elle n'avait eu tel accueil, même dans son propre royaume. La population lançait des fleurs sur le carrosse quand il passait, la ville d'Hargeon devait être riche pour que les habitants puissent se le permettre. Elle comprenait pourquoi le Roi de Fiore avait tenu à faire leur rencontre dans cette ville. Le cadre semblait magnifique.
« Maintenant, c'est vous qui souriez, Ma Princesse. »
Lucy tourna d'un coup sa tête vers Levy, elle venait de se rendre compte qu'elle regardait dehors depuis maintenant une bonne dizaine de minutes complètement obnubilée par la présence des habitants de la ville. Lucy ne put s'empêcher de répondre positivement.
« Cela me fait chaud au cœur, j'espère que tout le royaume est aussi heureux de mon arrivée.
— Il n'y a pas de raison pour qu'il en soit autrement. »
Finalement le carrosse s'arrêta sur une immense place, que Lucy devinait être le centre la ville. Il y avait encore plus de monde que tout à l'heure. La jeune femme entendit son cœur battre jusque dans ses oreilles, elle vit Levy se lever quand un des gardes qui avaient fait parti du voyage vint leur ouvrir la porte. Levy fut la première à sortir. Lucy ferma les yeux puis prit une grande inspiration, se répétant que tout se passerait bien.
Enfin, au bout de quelques minutes elle se trouva sur la place entourée par toute sa petite cour. Le soleil l'éblouit, on était en pleine après midi mais Lucy tacha de regarder droit devant elle. Un long tapis bleu roi sur le sol, lui indiqua le chemin à suivre, il menait à un luxueux Hotel particulier et juste devant l'entrée, se tenait un bon nombre de personnes noblement habillés mais Lucy fut déçue, il ne lui semblait pas que le Roi de Fiore soit là, ni son fils.
Levy lui fit signe d'avancée, et la jeune femme se reprit, marcha en direction de ces inconnus sous les acclamations de la population. Elle avait bien plus envie de saluer chaque habitant que d'aller vers ce groupement d'homme et femme qui avaient tous le visage fermé. La suite de Lucy la suivit de près. Deux jeunes femmes très jolies s'avancèrent en direction de la princesse, et Lucy ressentit des tremblements. Elle angoissait, le stresse allait-il lui faire dire n'importe quoi ? Arriverait-elle à comprendre ce que lui dirait ces dames quand elles lui parleront ?
« Nous souhaitons la bienvenue à Votre Altesse, nous sommes honorées. »
Lucy retint sa respiration face à la jeune femme qui venait de lui parler. Elle ne sut quoi lui répondre et préféra s'en tenir au silence, elle hocha simplement de la tête. On lui avait appris qu'il valait mieux se taire plutôt que d'ouvrir la bouche et de passer pour une idiote.
« Nous sommes vos dames de compagnie attitrées, voici la Duchesse de Magnolia et, moi même, Comtesse de Foss. »
Lucy hocha à nouveau la tête, elle répéta dans sa tête le nom et les titres de ces deux jeunes femmes. Il fallait vraiment qu'elle les retienne, après tout, si elles étaient ses dames de compagnie, elle avait intérêt à nouer une bonne relation avec elle. Elles allaient devenir ses nouveaux repères.
