Bonjour à tous et toutes !

Voici un nouveau chapitre !

J'espère qu'il vous plaira !

A bientôt !

« C'est une malédiction... soupira Sirius, en contemplant la pile d'objets poussiéreux qui se dressait devant lui. Qui aurait pu croire que mes parents gardaient autant de babioles inutiles? »

Il se replongeait ainsi dans la tâche qu'il avait entreprise plus de vingt ans auparavant, juste avant d'être arraché à la vie : trier l'immense héritage matériel de la très noble famille Black. Devant lui s'amoncelaient boites à bijoux, cages à oiseaux, télescopes, pendules (au masculin comme au féminin), chaudrons, tableaux aux portraits fatigués et aux natures mortes depuis longtemps, coffrets ensorcelés, lampes à huile ayant anciennement abrité des génies orientaux ou encore des grimoires tombant en lambeaux… Toutes les sortes d'artefacts ou d'appareils magiques que l'esprit humain pouvait concevoir se retrouvaient ainsi amassées dans une pile informe qui n'avait rien à envier à la Salle sur Demande de Poudlard.

Mais le plus contraignant était bien sûr de devoir se farcir la mauvaise humeur et le manque d'enthousiasme que trimballait le jeune Malfoy dans chacune des pièces du manoir Black. Le garçon conjuguait l'arrogance de son jeune âge avec la morgue inhérente à chaque descendant de famille pure.

« La véritable malédiction, c'est de devoir passer le week-end avec vous… Je n'ai rien demandé, moi ! » pesta le jeune Scorpius Malfoy, en soulevant ce qui semblait être une chouette empaillée en arborant un air dégoûté.

« Ecoute, Malfoy, répliqua Sirius, je n'y peux rien si mon filleul considère qu'en tant que derniers héritiers de la famille Black, on a l'obligation de venir vérifier et trier cette accumulation d'abominations. Et je peux t'assurer que j'avais d'autres projets que de passer mon week-end dans cette ruine qu'est devenue la maison de mes parents. »

Scorpius renifla sarcastiquement.

« Ah ouais ? Comme quoi ? »

Sirius ouvrit la bouche pensant trouver rapidement une réplique cinglante, mais il dut rapidement admettre que les projets ne se bousculaient pas au portillon depuis leur retour. Il referma la bouche en grimaçant d'un air agacé et un sourire moqueur se dessina légèrement sur les lèvres de l'héritier Malfoy.

Non mais qu'avait bien pu penser Harry quand il s'est dit que ce serait une bonne idée de lui faire passer du temps avec le petit-fils de Narcissa et de Lucius ? Que ce garçon était désagréable ! Serpentard jusqu'au bout des ongles, il promenait sa suffisance dans chaque pièce de la maison comme s'il était propriétaire des lieux et rechignait à la moindre tâche qu'on pouvait lui attribuer.

Ici, il s'agissait de rassembler les animaux empaillés pour que Tonks puisse ensuite poursuivre ses expériences de nécromagie sans sombrer dans l'illégalité. Cette même Tonks était en train d'essayer de dégager une panthère volumineuse qui lui dévoilait ses crocs d'un air menaçant.

« Malfoy ! Tu ne veux pas venir m'aider ? » l'interpella-t-elle, essoufflée.

Le garçon quitta un instant sa contemplation du volatile et daigna lui lancer un regard ennuyé. Il posa l'oiseau sur une étagère et vint se placer à côté de Tonks pour l'aider à tirer la panthère vers elle, la dégageant du capharnaüm dont elle était restée prisonnière pendant plusieurs décennies.

Après une bonne heure à farfouiller, à déplacer, à tirer, à pousser, que ce soit magiquement ou à la force des bras, il n'y avait pas moins de deux paons, trois belettes, un zèbre, une famille de quatre suricates, six serpents flottant dans des bocaux et même un lion majestueux, qui avaient été retrouvés, et qui, mis désormais de côté, libéraient un espace non négligeable dans le grenier de la famille Black. Les poings fermement posés sur les hanches, Tonks contemplait avec fierté le fruit de leur travail.

Elle agita sa baguette magique, et en quelques secondes, chaque animal se retrouva pas plus grand qu'une petite figurine pour enfant. Elle les plaça avec attention dans une petite valise en cuir brun.

« Hé bien, la passion d'Orion Black pour les trophées de chasse aura enfin une utilité. Sirius, tu es sûre que tu ne veux pas les conserver ? » demanda-t-elle avec un sourire en coin, qui laissait supposer qu'elle connaissait déjà la réponse.

Sirius se contenta de lever les yeux au ciel et Tonks éclata d'un rire joyeux. Elle quitta la pièce pour aller s'affairer vers la cave de la maison, où selon elle, étaient encore conservés nombres de bocaux renfermant toutes sortes de créatures magiques et non magiques.

Peu préoccupé par son départ, Sirius entreprit de tirer une malle lourde et volumineuse vers lui, afin de pouvoir l'ouvrir. Une volute de poussière s'envola, et Scorpius éternua. Quand il releva la tête cependant, son regard s'illumina comme si on avait révélé le plus précieux des trésors.

Sirius porta son attention vers l'intérieur de la malle. De nombreux ouvrages reliés aux couvertures de cuir noir abîmé par les affres du temps prenaient place. Sirius comprit alors le poids incommensurable de la malle et les difficultés qu'il avait eu à la déplacer. Mais il comprenait moins l'enthousiasme qui s'était soudainement réveillé dans le regard habituellement si ennuyé de l'adolescent. Il se pencha davantage et put lire les différents titres des ouvrages. Il reconnut quelques noms d'auteurs. Ça et là, les plus grands théoriciens de magie noire s'affichaient sans vergogne. Rien que les titres auraient fait frémir les sorciers les plus aguerris, et le jeune Scorpius les contemplait avec une avidité déconcertante. Avant qu'il ne puisse tendre la main pour attraper un des livres, Sirius referma brutalement la malle.

« Rien d'intéressant ici ! Allons voir dans cette armoire… Il doit rester les fourrures ensorcelées de ma mère... »

Il n'osa pas croiser le regard du jeune garçon mais pouvait presque percevoir sa déception. Si au départ il lui avait paru agaçant et prétentieux, sa présence le mettait désormais mal à l'aise. S'était-il mépris face à sa réaction ? Était-ce réellement de la curiosité ? Son sixième sens de canin lui indiquait que quelque chose ne tournait pas rond avec ce gamin. Et c'était probablement pour cela que Harry lui avait demandé de passer l'après-midi avec lui. Mais que pouvait-il bien y faire ?

Il y eut soudainement un « crack » et un petit être vêtu d'une vieille redingote noire à queue de pie traînant sur le sol apparut en plein milieu de la pièce. Sirius mit quelques secondes à le reconnaître.

« Kreattur ? fit-il interloqué. Mais tu … Tu as des vêtements ? »

L'elfe de maison s'inclina aussi bas qu'il le pouvait.

« Je vois que Monsieur Black est revenu dans la noble maison de sa noble mère… Kreattur est désormais un elfe libre qui travaille dans les cuisines de Poudlard. Kreattur s'achète ses vêtements avec son propre argent désormais. Mais Kreattur est fidèle à son Maître Harry Potter. Et son Maître Harry Potter lui a dit de venir dans son ancienne maison, pour aider son ancien Maître Sirius Black qui est revenu d'entre les morts… »

Sirius releva les sourcils, surpris. Il haussa ensuite les épaules d'un air indifférent.

« Bah, j'imagine qu'on a bien besoin d'une paire de bras supplémentaire. Prends cette pile de fourrures et va les envoyer aux bonnes œuvres. Tu peux en choisir une pour ta garde robe personnelle si tu veux. C'est pas du meilleur goût, mais c'est loin d'être votre préoccupation principale, à vous les elfes ... »

Kreattur émit un petit couinement plein d'émotion et de reconnaissance.

« Les manteaux de la Maîtresse … » murmura-t-il d'une voix pleine de déférence et d'admiration.

Il s'approcha de la pile de fourrures et pour se faire, s'approcha de quelques pas de Sirius. Il s'arrêta net, comme un chien ayant flairé une piste. Le voyant immobile, Sirius l'interpella :

« Hé bien, Kreattur ? Qu'est-ce qui t'arrive ? »

Kreattur le fixait avec intensité, comme s'il pouvait voir l'intérieur même de Sirius. Quelque chose s'apparentant à de la crainte apparut dans ses yeux.

« Des traces de cette magie néfaste… Oh, l'ancien Maître en est plein. L'ancien Maître Sirius est recouvert de mauvaise magie. Pas bon du tout. Oh non, ce n'est pas bon du tout ... »

Il secoua la tête et s'éloigna, s'emparant ensuite de la pile de fourrures. Sirius eut un instant l'air perplexe, puis se tourna vers Scorpius.

« Cet elfe a toujours été un peu cinglé. Comment est le vôtre, chez les Malfoy ? »

Scorpius lui lança un regard interloqué.

« La possession d'elfe de Maison est interdite depuis la loi Granger de protection des espèces humanoïdes de 2012.

- Hermione a interdit la possession d'elfe ? Mais quelle idée absurde ! S'exclama Sirius.

- En effet. Désormais, si on veut avoir un employé de maison, il faut le payer…

- Ah ! J'ose même pas imaginer la réaction des grandes familles de sang pur …

- Oh, Grand-père Lucius voulait la crucifier ! Père a pris ça avec plus de philosophie. Et je pense que ça lui avait plu, avec Mère, de s'occuper un peu eux mêmes du domaine. »

Il resta un instant silencieux, puis il reprit :

« Mais Père envisage d'en employer un, car il a besoin d'aide depuis… Depuis l'année dernière, fit-il sobrement.

- Oh, le domaine de ce pauvre Draco Malfoy est trop grand pour que tes parents s'en occupent eux-mêmes ? Quelle tragédie ! Ironisa Sirius.

- C'est surtout que c'est beaucoup plus difficile depuis que Mère est morte. » lança Scorpius, comme on laisse s'abattre un couperet.

L'amusement de Sirius s'évanouit de son visage et il n'osa plus rien dire. Il baissa les yeux d'un air confus et fit mine de chercher autour de lui une autre malle ou une autre armoire à trier.

La journée allait être longue.

oOo

Et elle l'avait été. Sirius s'affala de tout son poids sur le lit, sous le regard cynique de Severus, tranquillement assis sur un fauteuil. Sans quitter son livre des yeux, il se surprit à engager négligemment la conversation.

« Alors, Black, épuisé après une journée à s'occuper d'un adolescent ? Imagine si tu avais dû en faire ton métier …

- Très drôle. Je te rappelle que tu n'en as pas fait ton métier, tu as simplement eu la chance que Dumbledore t'offre une cachette plus confortable qu'une cellule à Azkaban. » Répondit Sirius avec agressivité. Les sourcils de Severus se redressèrent.

« Mais c'est qu'il mordrait ! Alors, le jeune Malfoy t'a donné du fil à retordre ?

- Je ne comprends pas ce que Harry voulait en m'obligeant à passer une journée avec lui. Alors certes, la maison de mes parents est désormais propre comme un sou neuf, mais ce gamin est tellement … malsain.

- Il n'a que treize ans. Il n'est malsain que si on décide de le percevoir ainsi.

- Il a une fascination bizarre pour la magie noire. Il n'a pas arrêté de me poser des questions sur ma famille… Le ton a fini par monter. »

Severus se pinça l'arrête du nez et referma son livre en secouant la tête.

« Black … De toutes les personnes qui nous entourent, je pensais que tu serais celle qui n'aurait pas oublié ce que c'était d'être adolescent.

- Être adolescent, ce n'est pas se demander comment fonctionne le sortilège d'Avada Kedavra ni s'il est possible de créer des Inferis conscients d'eux-mêmes. »

- Il t'a demandé ça ?

- Pas directement. Mais c'était le sujet du livre qu'il lisait pendant notre pause déjeuner. Et celui du livre qu'il a essayé de voler dans la bibliothèque de mes parents. »

Severus se massa le menton d'un air pensif.

« Et tu lui as dit quoi ?

- Qu'est-ce que tu veux que je lui dise ? Qu'il fallait qu'il arrête de chercher ce genre de choses et qu'il ferait mieux de se trouver un passe-temps de son âge ! »

Severus leva les yeux au ciel.

« Vraiment, Black ? Si à treize ans, un adulte t'avais dit ça, tu l'aurais pris en compte ?

- Je n'étais pas fasciné par la magie noire à treize ans, tout le monde n'est pas comme toi.

- Je pensais qu'on avait passé le stade des attaques gratuites, Black. J'essaye juste de t'aider. Enfin, de t'aider à aider ce jeune garçon. Si on peut éviter de créer un futur mage noir, ce serait positif. »

Sirius haussa des épaules.

« On ne peut pas empêcher quelqu'un de devenir mauvais.

- Oh. Donc le mal est ancré en nous ? Y a-t-il un point de non-retour ? Est-ce décidé par notre maison ? Peut-être est-il possible de le déceler avant la naissance ? On gagnerait un temps précieux dans ce cas.

- Pas la peine d'ironiser, je sais que j'ai raison. Quand on a un fond mauvais, on le reste toute sa vie.»

Les sourcils de Severus s'élevèrent bien haut sur son front.

« Ah ? Donc la rédemption n'existe pas dans le monde du grand Sirius Black ? Je devrais peut-être aller directement pointer à Azkaban pour le restant de cette deuxième vie.

- Pff… Toi c'est pas pareil, tu étais de notre côté.

- Je ne l'ai pas toujours été. »

Il y eut un silence. Sirius regarda avec suspicion Severus qui ne sourcilla pas.

« Le monde n'est pas aussi manichéen que tu ne te l'imagines, Black. On se trompe, surtout quand on est adolescent.

- Rejoindre les forces du mal n'est pas une erreur, c'est un choix de vie.

- C'est pourtant l'erreur que j'ai faite. »

Sirius évitait à présent le regard de son compagnon de chambre. Un lourd silence s'installa, et trois coups discrètement frappés à la porte tombèrent au moment le plus opportun pour venir libérer Sirius du sentiment de gêne dans lequel il se sentait désormais. Il invita la personne à ouvrir et fut encore plus soulagé en voyant le visage de Remus apparaître dans l'entrebâillement de la porte. Ce dernier se tourna vers Severus, qui daigna relever les yeux de son livre pour regarder l'intrus.

« Severus, je voulais te remercier. J'ai bien trouvé les fioles sur mon bureau. Je commencerai à les prendre à la nouvelle lune, comme tu me l'as indiqué.

- Parfait, Lupin, fit cordialement Severus. J'espère que le goût ne sera pas trop mauvais.

- C'est absolument infect, mais c'est toujours mieux que de devenir un monstre sanguinaire. »

Severus acquiesça en un mouvement de tête.

« Tu peux le diluer dans une infusion de verveine, ça n'affecte pas l'efficacité de la potion. Mais pas plus d'un volume pour deux.

- Je ferai ça, merci. »

Remus resta gauchement dans l'entrebâillement de la porte, et Sirius et Severus continuèrent de le fixer.

« Merci, Severus.

- Tu te répètes, Lupin.

- J'interromps une conversation ? Demanda-t-il, surpris de l'atmosphère froide de la pièce.

- Du tout, Sirius avait terminé. » fit simplement Severus d'une voix glaciale.

Ses instincts ne lui avaient donc pas fait défaut, il y avait bien une tension. Sirius le fixait avec ses yeux de chiots qui semblaient le supplier de le tirer de là.

« Je vais fumer une clope. Sirius, tu m'accompagnes ? »

Sirius se leva un peu trop précipitamment et le rejoint rapidement à l'extérieur de la pièce. En quelques instants, ils se retrouvèrent à nouveau assis dans les chaises en fer forgés, et Remus lui tendit une cigarette et s'empressa de la lui allumer d'un claquement de doigts.

oOo

Sirius resta longuement silencieux. Sa conversation avec Severus l'avait chamboulé plus qu'il n'osait se l'avouer. Il faut dire que quelques semaines auparavant, à leur retour, jamais il n'aurait imaginé atteindre un tel degré de cordialité avec lui. Non, il devait être honnête, ce n'était plus de la cordialité depuis longtemps, cela se muait en une réelle complicité. La preuve en était qu'il avait été la première personne vers qui il s'était tourné pour parler de ses déboires de la journée. Et l'affection qu'il pouvait ressentir pour l'ancien mangemort faisait s'effondrer la forteresse de certitudes qu'il avait mis des années à construire. Remus sembla percevoir son tourment et l'interpella.

« Sirius, tout va bien ?

- Oui. C'est juste … Qui aurait pensé que Snape t'aiderait à lutter contre ta lycanthropie, hein ? »

Il eut un petit rire incrédule, mais Remus conserva son air sérieux.

« Il faisait déjà ça quand j'enseignais à Poudlard. Et les années qui ont suivi. Jusqu'à ta mort en fait, voire même un peu après. »

Sirius haussa des épaules et eut une moue dubitative. Remus poursuivit.

« L'ennui, c'est qu'à l'époque, tu refusais d'accepter mes arguments quand je te disais que c'était quelqu'un de bien.

- Il était un mangemort.

- Et toi un héritier de la famille Black, et un ancien taulard. On a tous nos casseroles et nos étiquettes. Ça ne vous empêche pas de bien vous entendre désormais. »

Sirius tira longuement sur sa cigarette pour ne pas avoir à répondre.

« Ce qui t'emmerde, c'est de constater que les gens peuvent changer, et que tu as pu te tromper à leur sujet. »

Ce que Remus pouvait être agaçant quand il arrivait à analyser si parfaitement ce qui se passait dans son cerveau, et quand il prenait son ton professoral. Ce qu'il était énervant quand il avait raison ! Bien sûr qu'il était contrarié car il aurait été plus simple que Severus reste le parfait connard qu'il avait été dans son esprit, et qu'il ne se retrouve pas à devoir revenir sur toutes ses convictions juste parce qu'il commençait à ressentir de l'amitié vis à vis de lui. Car accepter que Severus ne soit pas le salopard qu'il avait toujours haï, revenait à accepter qu'il avait une part de responsabilité dans les querelles qui avaient secoué leur scolarité – et plus tard, sur le parcours qu'avait choisi de suivre le futur mangemort.

« Tu crois qu'on y était allés un peu fort, avec James, à l'époque ? »

Remus s'étouffa avec son mégot et regarda Sirius comme s'il avait été demeuré.

« Un peu fort ? Vous avez été absolument abjects. J'ai passé mon temps à vous le répéter.

- Excuse-moi ? S'indigna Sirius. Tu objectais vaguement, et tu nous laissais faire quand même. »

Remus fut sur le point de répondre quelque chose et se ravisa. Il savait que Sirius avait raison. Il se regardèrent chacun d'un œil un peu honteux et échangèrent un petit rire.

« J'étais censé être votre conscience à vous deux. Quelle piètre conscience j'ai été ! »

Sirius sourit avec tendresse en repensant aux difficultés qu'avait pu avoir Remus à l'époque, pour tenter de ramener vers la voie de la raison James et lui-même. A nouveau, son cœur se fit étrangement lourd et douloureux alors que Remus lui rendait timidement son sourire.

La lune ne formait plus qu'un mince quartier dans le ciel, mais cela n'empêchait pas Sirius de distinguer le visage de Remus avec une déconcertante facilité. Et il semblait étrangement bien plus proche que lors de leur dernière cigarette à deux. Il plongea le nez vers le ciel pour contempler le ciel et la constellation du Grand Chien qui apparaissait nettement dans l'immensité noire. Il repensa à sa famille, et se souvint que le jeune Scorpius se trouvait sur son arbre généalogique. Il se sentit un peu honteux de l'avoir jugé si vite, alors qu'il était lui-même très bien placé pour comprendre l'influence et le poids que pouvaient avoir un tel héritage. Une voix sournoise vint lui murmurer que lui-même avait très rapidement réussi à échapper à leur influence, mais il savait au fond de lui qu'il s'agissait de mauvaise foi. James et la maison Gryffondor l'avaient sauvé. Et même s'il lui était douloureux de le reconnaître, il savait que s'il avait été à Serpentard, il aurait facilement suivi la pente sablonneuse qu'avaient pu suivre Severus ou son frère Regulus.

Remus restait silencieux, mais avait bien remarqué la ride soucieuse qui s'était creusée sur le front de son ami. Il posa une main réconfortante sur la sienne.

Sirius ne retira pas sa main. Toujours plongé dans ses réflexions, il caressa machinalement les doigts de Remus qui s'entrelaçaient dans les siens. Il finit par sursauter, remarquant enfin ce qu'il était en train de faire. Mais il n'arrêta pas pour autant. Le contact avec Remus le rassurait. Car même si ses convictions pouvaient s'effondrer comme un château de carte, car même si le monde s'avérait mille fois plus complexe que ce qu'il avait bien voulu l'anticiper, et par voie de conséquence, mille fois plus menaçant et dangereux, la présence de Remus était une constante, un pilier qui lui, ne risquait pas de s'effondrer. Alors au diable la lourdeur de son cœur, tant que Remus était là, la vie était simple.

Sans réellement prendre conscience de son geste, son buste s'était penché vers l'avant et vers Remus, qui avait initié le même mouvement de son côté. Comme si le mouvement avait été commandé de l'extérieur, les trajectoires de leurs visages se rapprochèrent jusqu'au point de rencontre. Au diable la lourdeur de son cœur, tant que les lèvres chaudes de Remus venaient le réchauffer, la vie était simple.

oOo

Remus ne réalisa pas immédiatement ce qui était en train de se produire. Sa réaction avait été aussi primaire que celle d'un assoiffé au cœur du désert à qui on offre enfin de l'eau après quarante jours d'errance, et il avait bu avec avidité à la fontaine des lèvres de son ancien amant. Déjà, ses mains s'accrochaient désespérément au col de sa chemise, comme pour s'assurer qu'il ne puisse jamais plus s'éloigner de lui. La crispation soudaine de ses mains le surprit et il lâcha soudainement prise. Il eut un mouvement de recul, comme si la raison lui était revenue, aussi brutalement qu'elle l'avait quitté.

Il baissa les yeux pour ne pas avoir à croiser le regard de Sirius qui s'était également reculé.

« Désolé, je ... »

Il sentit un doigt se poser délicatement sur ses lèvres, comme pour lui intimer de se taire. Sirius se rapprocha de son oreille pour lui murmurer.

« Ce n'est rien. Merci d'être là. »

Sans réellement y réfléchir, Remus chercha à attraper à nouveau les lèvres de Sirius mais celui-ci se déroba.

Il déposa un baiser chaud sur son front et Remus sentit toute la tension dans son corps s'évanouir. Sirius comprenait. La gratitude qu'il ressentait alors pour lui venait alléger quelque peu son cœur pesant.

oOo

Sirius remonta rapidement dans sa chambre. Severus n'avait pas quitté sa place, les yeux toujours plongés dans son ouvrage. Il les releva en voyant Sirius entrer dans la chambre, et ne put empêcher son sourcil de se relever en remarquant son sourire rêveur et le boutonnage plus qu'aléatoire et improbable de sa chemise débraillée. Il le regarda de haut en bas et eut un rictus. Sirius se contempla, et eut un regard penaud, tel un enfant pris la main dans la jarre à cookies.

Il eut un sourire éloquent.

Severus leva les yeux au ciel, arborant un air désapprobateur. Malgré tout, son début de sourire venait trahir son amusement et sa curiosité.

« Et bien, en cinq minutes, vous avez eu le temps de conclure votre petite affaire. Je ne sais pas qui je dois plaindre entre Lupin ou toi... »

Sirius eut besoin d'un moment pour comprendre et lui lança ensuite une expression indignée.

« Hey ! Non ! On s'est embrassés, c'est tout. On aurait pu aller plus loin, mais j'ai fait en sorte que non.

- Tu étais soudainement pris d'un remord à l'idée que tu risquais de briser un mariage pour le moment heureux et stable ? »

Sirius repoussa cette idée d'un revers de main comme si elle avait été absurde.

« Non ! Pff … Non. J'ai juste réalisé. Remus est mordu. Je peux le sentir. Ça ne sert à rien de le brusquer. Il finira par venir, il ne peut pas en être autrement. Donc en le repoussant pour le moment, non seulement je montre que je peux être raisonnable, mature et respectueux, et en plus, je me rends un instant inaccessible, ce qui me rendra encore plus désirable. »

Severus l'observa, ébahi par ce qu'il venait d'entendre.

« Si j'avais cru qu'un jour quelque chose d'aussi machiavélique puisse sortir de ton cerveau, Black. Même moi, je trouve ça complètement malhonnête. Tu es sûr que tu n'es pas un Serpentard ?

- Le Choixpeau voulait au départ m'y envoyer, mais j'ai refusé. Je lui ai dit que je m'étais fait un pote dans le train et qu'il allait probablement aller à Gryffondor. Et que je voulais le suivre.»

Le serpentard releva un sourcil interrogateur et Sirius poursuivit.

« On m'a ensuite expliqué qu'il envoyait tous les cinglés qui avaient le cran de lui demander le choix à Gryffondor, de toutes façons. »

Severus eut un regard rêveur, se demanda un instant quelle aurait été sa vie s'il avait eu le culot de demander à l'auguste et respectable Choixpeau magique de Poudlard de se retrouver dans la même maison que Lily. Il fut coupé dans sa rêverie par le regard inquiet de Sirius.

« Tu ne diras rien à personne, hein ? Pas pour le Choixpeau, bien sûr. Mais pour Remus. »

Severus le toisa, s'amusant de voir Sirius Black tout à fait à sa merci. Il fit mine d'hésiter et les yeux de Sirius se firent encore plus implorants. C'était extrêmement plaisant. Il mit fin néanmoins au supplice de son compagnon de chambre.

« Le commérage ne fait pas partie de mes activités habituelles et j'ai horreur d'échanger des banalités. Ta vie sentimentale est et restera un non-évènement. »

Sirius poussa un soupir de soulagement.

« Merci, Severus. T'es top. »

Il poursuivit, alors que Severus avait déjà haussé des épaules d'un air indifférent et replongé les yeux dans son livre.

« Désolé pour ces années à Poudlard. On a été des vrais porcs. »

Severus ne releva pas les yeux, mais ceux-ci restèrent immobiles pendant quelques secondes sur la même ligne.

Sirius s'installa de son côté du lit et éteignit sa lumière.

« Bonne nuit, Severus. »

Ce dernier se surprit lui-même à répondre :

« Bonne nuit, Sirius. »

oOo

L'esprit libéré par les conversations de la veille, Sirius dormit profondément cette nuit-là. Les progrès effectués dans son rapprochement avec Remus avaient fait se dessiner un sourire rêveur sur son visage et l'avaient même détournés un instant de son addiction : en effet, la bouteille de Firewhisky était restée intacte ce soir-là, au grand soulagement de Severus. Mais s'il ne devait plus subir son haleine pestilentielle du matin, le Sirius serein n'en était pas moins à son aise, et donc agaçant. Le bras de Sirius s'était échoué sur son visage et manqua de l'étouffer à son réveil. Il le repoussa d'un geste vif et agacé. En réaction, Sirius se rapprocha et se colla un peu plus à lui.

« Mmmhhhmh Moony ... » fit-il d'une voix embrumée.

Severus le repoussa encore plus violemment.

« Black ! Réveille toi, sombre crétin ! »

Sirius ouvrit les yeux, surpris de retrouver la réalité. Ne semblant pas se formaliser de la situation – au contraire de son acolyte – il s'étira bruyamment et se gratta l'arrière du crâne.

« Bien dormi ? » bailla-t-il.

Severus répondit par un regard noir et ignora la question. Sirius se leva, et à mesure que le sang affluait à nouveau vers son cerveau, il se remémora la journée de la veille. En ce qui concernait la remise en ordre de la maison de ses ancêtres, la journée avait été une réussite. Mais il devait s'avouer qu'en ce qui concernait la création d'une relation de confiance avec le jeune Scorpius, l'échec avait été cuisant. Il haussa des épaules et descendit se préparer un café. Il aurait bien l'occasion de se rattraper, plus tard. Ces choses-là prenaient du temps, de toute façon.