Bonjour à tous !
Comme promis, après un chapitre un peu court où l'histoire n'avançait pas, je reviens rapidement avec un nouveau chapitre, riche en rebondissements !
J'espère qu'il vous plaira !
Harry se rappelait avec une nostalgie non dissimulée l'émerveillement qu'avait été celui de sa petite cousine Hayley quand elle avait posé le pied sur le sol pavé du Chemin de Traverse. Il se souvenait avoir échangé un regard éloquent avec Hermione, qui, comme lui, comprenait également la mine époustouflée de la jeune fille, qui ne savait plus où donner de la tête ni du regard. Car il y avait là une chose que ni Ron, ni James, ni Albus, ni Lily ne pouvaient comprendre, ayant toujours vécu dans le monde sorcier. C'était le sentiment de joie et de poésie indescriptible qui pouvait s'emparer de vous quand on vous annonçait que la magie existait pour de vrai.
Mais la magie était un monde fermé et certaines personnes étaient condamnées à l'observer de loin, sans jamais parvenir à y pénétrer. C'était le cas de la jeune Courtney, qui avait réservé un accueil glacial à sa sœur à son retour d'emplettes. Et ça avait été le cas de sa tante, qui n'avait jamais surpassé la jalousie qu'elle avait éprouvée à l'encontre de sa petite sœur.
Harry sortit de sa poche un morceau de papier griffonné à la va-vite lorsqu'il avait demandé à son cousin l'adresse de sa mère. Pétunia coulait une retraite paisible non loin de Privet Drive, dans une maison plus petite, moins chargée en souvenirs, et plus adaptée au veuvage.
En effet, la qualité de sorcière de la deuxième petite fille Dursley avait été difficile à dissimuler au méfiant grand-père Vernon. Ajoutée à un régime alimentaire riche en bacon, en Brandy de prestige, et en cholestérol, l'annonce avait eut raison de son cœur déjà fatigué par une vie à irriguer des artères bien remplies. Dudley lui avait expliqué que ses derniers mots avaient été « la magie, ça n'existe pas », et Harry le croyait sur parole. Après cela, Pétunia s'était donc retirée dans une maison plus fonctionnelle et plus petite, et avait rompu la solitude avec la compagnie d'un petit corgi qui lui donnait une excuse pour passer encore plus régulièrement l'aspirateur.
Elle avait également coupé toute communication avec sa plus jeune petite fille, et considérablement refroidi celle d'avec son fils, l'accusant de jouer le jeu de ces dégénérés, de cette magie, qui lui avait volé sa sœur, son mari, et désormais son fils. Le pauvre Dudley, désemparé, n'avait pas réussi à la faire sortir de son entêtement.
Et si Duddynouchet, comme elle avait plaisir à l'appeler il y a plusieurs décennies de cela, n'avait pas réussi à la dérider, c'est dire si les chances de réussite de Harry Potter étaient minces. C'est sur ces pensées peu enthousiastes qu'Harry s'avançait vers le portillon entouré de jonquilles bien entretenues, et qu'il appuya sur la sonnette.
Une clochette artificielle retentit et les aboiements hystériques d'un petit chien se firent immédiatement entendre. Le rideau en dentelle se souleva, et le visage pincé de Pétunia apparut à la fenêtre. Celle-ci sembla le reconnaître et lui lança un regard furieux. La porte s'ouvrit néanmoins, et quelques secondes plus tard, sa tante se tenait de l'autre côté du portillon, tenant sa robe de chambre fermement contre elle pour se protéger du froid.
« Qu'est-ce que tu veux ? » cracha-t-elle en guise de salutation.
Son habituel air suspicieux avait tracé au fil des années des marques précises sur son visage désormais fatigué. Harry essaya d'avoir le sourire le plus encourageant possible et prit l'air le plus affable qu'il pouvait.
« Bonjour Tante Pétunia. Je passais justement dans le quartier, et je me demandais comment tu allais …
- Trêve de mensonges. Qu'est-ce que tu veux ? »
Harry abandonna toute idée de jouer la carte de l'obséquiosité. Son visage se détendit et il reprit, plus sérieusement.
« J'ai à te parler. A propos de ta sœur. Mais aussi à propos de ta propre sécurité. Tu as un instant ? »
Elle le toisa de haut en bas, comme pour évaluer si sa tenue était suffisamment convenable pour l'accepter au sein de sa maison. Voyant l'air concerné qu'arborait Harry, elle finit par céder et lui ouvrit le portillon. Quelques instants plus tard, la bouilloire sifflait et Harry saluait avec enthousiasme le jeune chien qui l'accueillait avec toute la chaleur qui manquait à sa tante.
« Pumpkin ! Couché ! » s'écria-t-elle, en servant une tasse de thé à son neveu.
Elle s'installa devant lui, et resta silencieuse, dans l'expectative que ce dernier prenne la parole. Harry prit une profonde inspiration et commença.
« Tout d'abord, serait-ce idiot de te demander si tu as eu le moindre contact avec notre monde récemment ?
- Complètement idiot, en effet. Je ne vois pas ce que ce genre d'inepties pourraient faire dans ma vie.
- Vraiment aucun contact ?
- A part cette maudite chouette qui m'apporte depuis deux Noël la carte de Hayley, non. La voici qui m'apporte des cartes avec des serpents … Des serpents pour Noël ! »
Elle secoua la tête en signe de désapprobation.
« As-tu été témoin de quoi que ce soit de suspect récemment ?
- Je viens de parler d'une chouette dans mon salon, c'est suffisamment suspect à mes yeux.
- Plus récemment que Noël. Ces dernières semaines par exemple ? »
Pétunia secoua la tête en signe de négation.
« Pourquoi ? J'aurais des raisons de m'inquiéter ? Une nouvelle guerre se prépare dans votre monde de fous ? »
Harry resserra son mug fermement et contempla le fond de sa tasse.
« Pas une guerre non. Mais des événements étranges ont …
- Votre monde est un événement étrange en lui-même. Il va falloir être plus spécifique.
- Des événements étranges même de notre point de vue. Ces événements restent inexplicables et je suis en train d'enquêter dessus.
- Quel rapport avec moi ? »
La tante Pétunia ne communiquait pas avec les gens, elle leur aboyait dessus.
« Le rapport, répondit Harry patiemment, c'est que la réponse au mystère sur lequel j'enquête réside peut-être dans ce petit livre de contes. »
Il sortit de sa besace le livre en question et le posa sur la table basse. A sa vue, Pétunia sursauta et se recula d'un bond. Elle se redressa sur son siège comme si le sol avait été envahi de centaines de rongeurs. Elle secoua la tête en signe de négation, ouvrant et refermant la bouche à plusieurs reprises.
« Où as-tu trouvé ça ?! » finit-elle par articuler, le visage déformé par ce qui semblait être entre la crainte et le dégoût.
Harry répondit à sa question par une autre question.
« Que peux-tu me dire sur cet objet ? »
Elle secoua à nouveau sa tête négativement, incapable de répondre.
« Comment l'as-tu récupéré ? Qu'est-ce que vos sales pattes sont allées faire dans la …
- Qu'est-ce que c'est ? »
Harry était calme et posé, mais têtu. Pétunia finit par répondre.
« Quand ta mère a été enterrée, je n'ai pas voulu assister à l'enterrement qui a eu lieu en petit comité. Mais juste avant la mise en bière, j'ai quand même pu m'arranger pour … c'est ridicule. »
Ses lèvres étaient encore plus pincées que d'habitude et son regard se fit fuyant.
« Pour … ? l'encouragea Harry.
- Pour lui laisser une marque de … non pas mon affection… Mais au moins quelque chose qui représenterait une … trêve. »
Elle baissa les yeux comme si elle avait dit une chose honteuse. Harry posa sa main sur la sienne en un geste d'affection qui le surprenait lui-même.
« Comment as-tu récupéré cet objet ? Qu'est-il arrivé à la tombe de ma sœur ? »
L'agressivité avait repris dans sa voix et son regard était encore plus méfiant que d'habitude.
« Avant que je te réponde, peux-tu m'assurer avec certitude qu'il s'agisse bien du même livre ?
- Bien sûr que c'est le même, je ne suis pas stupide.
- Vérifie. » insista-t-il, en l'invitant à le feuilleter.
Pétunia le prit délicatement dans ses mains et tourna les premières pages, contemplant avec attention chaque illustration. A la page 33, elle sursauta.
« La tâche de chocolat ! » s'exclama-t-elle. Harry hocha doucement la tête.
Elle regarda à nouveau le livre sans comprendre.
« Tu me confirmes donc que ce n'est pas le livre que tu as déposé dans la tombe de ma mère ?
- Celui que j'ai mis avait une … mais personne ne savait que … mais pourquoi … » balbutia Pétunia, manifestement confuse.
Harry lui prit la main délicatement et la força à la regarder dans les yeux.
« Tante Pétunia. J'ignore pourquoi, mais l'objet que tu as déposé dans la tombe de ma mère a été remplacé par cette copie. Je dois essayer de comprendre ce qui s'est passé.
- Ils ont profané la tombe de Lily ? »
Harry n'avait jamais entendu sa tante parler avec une voix si fragile et si étouffée, comme si elle-même avait peur d'entendre ce qu'elle pouvait dire. Il secoua la tête négativement pour tenter de la rassurer.
« Non. Enfin, j'en sais rien, mais c'est plus compliqué que ça. »
Les poignets de Pétunia se crispèrent.
« Qu'est-ce qu'ils lui ont fait ? Harry !? Que s'est-il passé ?
- Il y a eu du grabuge autour de quelques tombes. Il se peut que tu sois impliquée contre ton gré, donc je vais devoir instaurer des protections magiques autour de ta maison. Un Auror sera également présent pour s'assurer de ta sécurité, mais il restera discret.
- Qu'est-ce qu'ils ont fait à la tombe de ma sœur ? » insista-t-elle, en grinçant des dents.
Harry soupira. Il n'avait jamais vu sa tante avoir l'air aussi préoccupée. Il faut dire qu'il n'avait jamais autant parlé de sa mère avec elle, le sujet ayant toujours été un tabou à ne pas transgresser.
« Elle est de retour. » Fit-il simplement.
Pétunia lui répondit par un air ahuri :
« Qui est de retour, Harry ? »
Sa voix était devenu un crissement suraigu semblable à une porte qui coince.
« Ecoute, j'ignore comment, mais voilà, elle est revenue, comme à son dernier jour, et avec elle …
- QUI est revenu, Harry ?
- Ma mère ! Lily est revenue. »
Le temps se figea pour quelques secondes, le temps que le cerveau de la tante Pétunia analyse cette nouvelle information. Au bout de quelques secondes, elle sortit de sa transe et secoua la tête négativement.
« Harry, arrête de dire des choses pareilles, c'est un pêché. »
Elle fit un rapide signe de croix comme pour expier le fait d'avoir entendu une telle affirmation.
« Je ne dis que la vérité. Il y a trois semaines, il s'est passé quelque chose auprès de la tombe de ta sœur. Et pas que. Mon père est également de retour.
- Quoi ? De tous les êtres humains, Notre Seigneur aurait donc choisi Lazare, puis deux mille ans plus tard, tes parents ? »
Elle ricana avec dédain.
« Impossible pour moi de dire s'il y a ici l'œuvre de ton Dieu. Mais il n'a pas fait les choses à moitié, puisqu'il a également ramené à la vie deux amis de mon père, et l'épouse de l'un d'entre eux. Oh, et Severus, également. »
Elle releva un sourcil suspicieux.
« L'affreux garçon qui traînait toujours avec Lily ? J'ignorais qu'il était mort.
- Je t'en avais parlé il y a vingt ans quand j'étais venu vous voir après la bataille de Poudlard. »
Elle haussa des épaules avec indifférence et sa main chassa l'idée comme on chasse une mouche importune. Le silence s'installa ensuite à nouveau. Et à nouveau, sa tête reprit ses mouvement incontrôlables de négation. Harry comprit alors que l'information était finalement complètement acceptée quand il aperçut, au milieu des contractions de son visage, deux larmes perler à chaque œil.
« Ce n'est pas vrai…
- Si. Je l'ai vue pas plus tard qu'hier. »
Et pour la toute première fois de sa vie, Harry Potter vit sa tante pleurer.
oOo
Harry avait certes un peu avancé sur son enquête, mais beaucoup d'éléments restaient à éclaircir : quelqu'un avait bien subtilisé le livre de contes et l'avait remplacé par un autre. Mais premièrement, quand ? Avant le retour des survivants ? Et ensuite, comment ? Harry se souvint de la cérémonie de déplacement des tombes. Quelqu'un aurait-il pu intégrer quelque chose à la tombe de sa mère ? Et enfin, pourquoi ? Qu'avait donc ce livre de si spécial pour souhaiter le voler ou le remplacer ? L'original étant un objet moldu, Harry se dit que ce devait être l'objet de substitution qui avait ici de la valeur. On aurait donc cherché à ajouter un objet magique, et pour ne pas attirer l'attention, on aurait utilisé ce qui était déjà présent. Les personnes responsables de l'échange savaient donc que ces tombes seraient ré-ouvertes, non ? A moins que les tombes n'aient été que des cachettes ? Ce serait en effet l'endroit idéal. Mais pour cacher quoi ?
« Est-ce que je pourrais la voir ? »
La voix inhabituellement timide de Pétunia le coupa dans ses rêveries et Harry se rendit compte qu'il avait, l'espace d'un instant, complètement oublié la présence de sa tante. Il se ressaisit.
« Euh … Oui. Si … Si elle est disponible, oui. Je peux emprunter ta cheminée ? Ce sera plus rapide.
- Ma cheminée ? Ah non, tu vas encore mettre la maison sens dessus dessous comme avec cette famille de rouquins mal-élevés ?
- Ne t'inquiète pas, tante Pétunia, je remettrai tout en ordre. »
En parlant, il inspectait la cheminée qui semblait conforme au passage de sorciers, et sortit de sa poche un petit sachet de poudre de cheminette. Il agita sa baguette et un feu de couleur verte s'embrasa dans l'âtre. Harry s'accroupit pour y faire rentrer tout son corps. Pétunia réprima un hoquet de surprise en voyant les flammes entourer son neveu, mais aucune de ces flammes ne semblait avoir d'emprise sur lui.
Il quitta alors le salon de sa tante pour se retrouver dans le salon du Cottage. Remus sursauta en le voyant arriver et quitta la lecture de son livre.
« Harry ! Qu'est-ce qui t'amène ?
- Est-ce que ma mère est là ?
- Oui, elle est en train de travailler avec James et Severus sur la formule arithmantique, je vais la chercher si tu veux. »
L'instant d'après, Lily apparaissait, James et Severus sur ses talons. Les deux hommes semblaient en pleine querelle.
« Non, Potter, pour la millième fois, la catalyse des éléments a déjà été faite et je ne peux pas l'analyser davantage. Ça ne donnerait rien de toute façon.
- Et moi je te dis, Snape, qu'il y a encore des choses à déceler, car si je me base sur la formule arithmantique, que ce soit la poudre ou le fluide …
- Il n'y a rien à déceler. Tu ne peux pas te baser sur de la théorie…
- Ce n'est pas de la théorie, Snape, c'est une grille de lecture des faits vu que c'est ce qui nous a permis de …
- Maman ! Les coupa Harry. Je suis chez ta sœur. Veux-tu venir avec moi pour la voir ? »
La mâchoire de Lily se décrocha et le silence se fit autour d'elle. Elle sembla prise de court. Elle sembla hésiter et se tourna vers son époux puis vers Severus pour y trouver du soutien. Ceux-ci cessèrent immédiatement de se chamailler pour chacun à sa façon l'encourager à y aller.
« Je… Oui. Bien sûr. »
Elle passa maladroitement la main dans ses cheveux pour tenter de se recoiffer et remit sa robe en place. Elle inspira profondément et adressa un signe de tête à son fils pour lui signaler qu'elle était prête.
Elle s'accroupit et déplia une jambe dans la cheminée. L'instant d'après, elle se retrouvait dans le salon froid et aseptisé de sa sœur.
Assise sur son canapé, le tailleur impeccable et l'air sévère, Pétunia ressemblait à une professeure de bonne conduite dans un lycée de jeunes filles. Son regard autoritaire transperça Lily qui se sentit perdre en consistance.
« Pétunia ? »
Celle-ci lui releva le menton plein de dédain. Les larmes qui coulaient quelques instants plus tôt avaient été séchées d'un revers de manche, et elle ne laissait plus rien transparaître de son émotion.
« Alors comme ça, tu as poussé ton vice contre-nature au point de braver la Mort elle-même ? »
Elle se signa et embrassa son crucifix.
« Je ne te savais pas croyante, fit doucement Lily.
- Le veuvage offre du temps et de la solitude. C'est propice à l'introspection spirituelle.
- Oh, tu es veuve. Je suis navrée. Depuis longtemps ?
- Un peu plus de deux ans. Quand le venin de ton espèce a encore une fois touché notre famille tranquille et sans histoire. Mais quand est-ce que les gens comme toi comprendront qu'ils n'ont rien à faire avec les gens normaux ? »
Lily sourit doucement et s'assit sur le canapé faisant face à celui de sa sœur. Elle avait entendu mille fois ce discours au cours de son adolescence.
« Harry m'a dit que ton fils avait eu une carrière fructueuse ? En boxe, il me semble ? » fit-elle poliment pour changer le sujet de conversation.
oOo
Elle aurait voulu pouvoir lui arracher les yeux et lui lacérer le visage. Sa sœur honnie était revenue, et alors qu'elle-même accusait le poids des années qui lui avait creusé de profondes rides sur le visage et avait tiré ses traits vers le bas, Lily affichait son visage lisse et sans imperfection et elle était encore plus belle que jamais. Pétunia bouillonnait de jalousie.
Elle s'était installée face à elle et s'adressait à elle d'une manière affable. Pétunia lui répondit avec une fierté et une vanité non dissimulées au sujet de son fils et de son succès, trop heureuse de pouvoir étaler sa réussite par procuration. Il y avait certes quelque chose de malsain dans son plaisir d'afficher ainsi sa réussite de mère, et Pétunia envoyait copieusement se faire voir le petit sentiment de honte qui s'insinuait en elle à mesure qu'elle exposait sans vergogne toutes les réussites de son fils.
« Reçu par la Reine suite à sa médaille olympique ! Comme tu dois être fière ! faisait doucement Lily. Oh et là, plus ancien, à sa remise de diplôme ! Il a belle allure ! »
Elle se rapprocha pour mieux voir les photos que Pétunia lui montrait.
« De mon côté, je suis si heureuse de voir ce que Harry est devenu. C'est un homme remarquable. »
Harry leva les yeux au ciel et rosit légèrement. Le sourire de la tante Pétunia s'effaça mais Lily ne le remarqua pas et poursuivit.
« Et c'est en grande partie grâce à toi, Tuney. Merci d'avoir ainsi pris soin de mon enfant. »
Harry se mordit la lèvre pour s'empêcher de répliquer quelque chose, et remarqua que sa tante serrait elle aussi des dents. Lily ne décela rien de la gêne qui s'était installée entre les deux.
« Tuney, peut-être aurais-tu des photos de Harry ? »
Pétunia garda la mâchoire serrée. Elle regarda autour d'elle d'un air gêné quand Harry vint à sa rescousse :
« J'ai plein de photos de mes années à Poudlard, Maman. Je te les amènerai à l'occasion.
- Mais, Tuney, tu dois bien avoir des images de Harry enfant, non ? »
La tante Pétunia se redressa, piquée à vif.
« Je me suis déjà occupée de ton fils, je ne savais pas qu'il fallait qu'en plus, je fasse office de photographe !
- Tu l'as bien fait pour ton propre fils, les étagères débordent d'albums en son honneur ! Le premier jour d'école de Dudley ! Dudley sur un vélo ! Dudley et son 6ème anniversaire ! Dudley au zoo ! Dudley, Dudley, Dudley ! Où est Harry ? »
A mesure qu'elle parlait, elle empilait les albums photos qu'elle sortait des différents étagères. Harry se massa le cou avec lassitude et se décida à intervenir.
« Maman, vraiment, ça va. Vous n'allez pas gâcher vos retrouvailles avec ce genre de détail…
- Non, ce ne sont pas des détails, Harry. J'ai besoin de savoir dans quel genre d'environnement tu as grandi !
- Quel genre d'environnement ? S'insurgea Pétunia. Mais pour qui tu me prends ? On a été une famille respectable ! Harry a même eu sa propre chambre …
- Oui, à douze ans, je…
- A DOUZE ANS ? Mais il dormait où avant !? S'écria Lily, outrée.
- Maman, vraiment, c'est pas grave… Oh, regardez, je suis sur la photo de classe de Dudley ! »
Il essayait de pointer une petite tête malingre et ébouriffée au milieu d'autres enfants souriants, mais les deux sœurs ne l'écoutaient plus, trop occupées à se quereller. Enfin, après quelques minutes de cris, de doigts pointés l'une sur l'autre et de pleurs, Lily coupa enfin court à la conversation.
« J'en ai assez entendu. Harry, on rentre au Cottage, fit-elle d'une voix sans appel.
- Très bien, ce n'était pas la peine de revenir dans ma vie si c'était pour être aussi désagréable !
- Désagréable ? Moi ? Alors que c'est toi qui a constamment l'air d'avoir une bouse de dragon sous le nez ?
- Moi au moins je vis dans un monde où les dragons sont dans les livres pour enfants !
- Bon ! Fit Harry avec un sourire crispé, et bien on va y aller, comme tu as dit, Maman. Tante Pétunia, merci pour le thé, je reviendrais vers toi si j'ai du nouveau... »
Il attrapa sa mère par le bras avant que Pétunia n'ait pu répliquer quoi que ce soit et ils s'engouffrèrent dans la cheminée. Fort heureusement, ils allaient vite retrouver le calme et la quiétude du Cottage. Remus serait assis sur le canapé, lisant confortablement son roman préféré en écoutant du Jazz, Sirius et James seraient en pleine partie d'échecs et Severus serait occupé à travailler paisiblement sur une quelconque potion…
Le sort qu'il manqua de recevoir au moment où il pénétra dans la pièce vint le contredire immédiatement. De chaque côté de la pièce, James et Severus tentaient d'atteindre l'autre avec divers sorts en s'hurlant dessus. Entre les deux, Sirius et Remus essayaient de les raisonner en évitant eux mêmes de se prendre des sorts en pleine figure.
« Allons, Severus, sois raisonnable ! Tentait Remus. Tu sais très bien qu'il n'a pas réellement voulu dire ça et que…
- Mais qu'il se taise alors ! Ce crétin refuse d'écouter alors qu'il fait clairement fausse route et ...
- Allez, James, tentait à son tour Sirius, tu sais très bien que sur ce point précis, il a plus d'expérience que toi et …
- Plus d'expérience que moi ? Sirius ! Mais qu'est-ce qui te prend de défendre ce … ce … Capillomedusa ! »
Les pointes des mèches de cheveux de Severus se transformèrent en des centaines de petits serpents qui s'entrelaçaient et cherchaient à mordre leur propriétaire. Il fit un pas de côté pour éviter un autre sort et dégaina sa baguette pour lancer :
« Verraengorgia ! »
Les verres des lunettes de James Potter triplèrent de volume, ce qui eut pour effet de l'aveugler totalement. Leurs branches s'allongèrent pour enlacer fermement le crâne de James, ce qui eut pour effet de le faire hurler de douleur.
« ASSEZ ! » s'écria enfin Harry. « Finite Incantatem ! »
Les cheveux de Severus et les lunettes de James reprirent leurs formes normales.
« Mais qu'est-ce qui vous arrive à vous chamailler comme des collégiens ? Mais vous avez quel âge ? »
Au son de sa voix, on pouvait voir que Harry était coutumier de ce genre de situation et que ce n'était pas la première fois qu'il devait mettre fin à ce type de querelle. Son père prit d'ailleurs un air qui lui rappela étrangement le regard que lui lançait son fils aîné quand il était pris sur le fait. Severus tentait quant à lui de retrouver une contenance, reprenant son masque froid et indifférent qu'il avait oublié d'arborer l'espace d'un instant. Tous se calmèrent.
« Bon, est-ce que quelqu'un peut m'expliquer calmement ? Demanda Harry.
- Rien de grave, répondit Remus. James et Severus ont juste un léger désaccord sur la marche méthodologique à suivre.
- Un léger désaccord ? Intervint Lily. Qu'est-ce que ce doit être quand ils se disputent réellement…
- Probablement quelque chose de proche de ce que j'ai pu voir à l'instant entre toi et ta sœur ? » Répliqua Harry. Lily lui répondit par un sourire désolé.
Sirius poursuivit :
« Si j'ai bien tout compris au débat, James estime qu'il y aurait encore des tests à faire sur la poudre et sur le fluide issus de la poudre, et Severus affirme que tout a été fait et qu'il faut plutôt se concentrer à mieux décoder le …
- Potter avait une tâche à réaliser, mais est trop imbu de lui-même pour réaliser que …
- Pour réaliser que j'ai fait ma part et qu'il y a bien quelque chose de louche que tu n'as toujours pas réussi à déceler…
- Je me répète, Potter, mais j'ai déjà testé sur moi et ... »
Snape se tut instantanément et son visage se figea. Ses yeux s'écarquillèrent.
« Et quoi, Snape ? Répéta Potter.
- Je … Je n'ai quand même pas …
- Tu n'as pas, quoi, Snape ? »
Ce dernier secoua la tête violemment de façon incrédule.
« Mais non, non, non ! Ah mais quel idiot ! S'exclama-t-il.
-Je ne te permets pas, Snape, fit James, indigné.
- Mais pas toi, abruti ! Moi !
- Quoi ? Tu es un idiot? »
James se tourna vers Sirius, un sourire radieux mais encore médusé.
« Snape qui se traite lui-même d'idiot… C'est le plus beau jour de ma vie …
- Ah, mais ferme-la, Potter ! Cracha Snape. Comment ai-je pu être aussi distrait ! »
Il était désormais livide et se massait le front comme pour s'aider à réfléchir. Il attrapa subitement le poignet de James Potter pour le tirer sans ménagement vers le laboratoire de potions, et tous les autres le suivirent, perplexes. James chercha à se dégager de la forte poigne de Severus mais n'y parvint pas.
« Sectum ! »
Une légère entaille se forma sur l'avant bras de James qui lança un regard horrifié à Snape. Celui-ci l'ignora et approcha sa baguette de la goutte de sang qui commençait à perler.
« Sn… Snape, tu fais quoi là ? »
Severus ne répondit pas et se contenta de faire s'élever la goutte de sang pour l'approcher d'un tube à essai où se trouvait le liquide noir qu'il avait déjà réussi à séparer du reste de la poudre. Une goutte en sortit et vint à la rencontre de la goutte vermeille. A la collision, la goutte écarlate se dissolut en une volute de fumée et il n'en resta qu'une miette noirâtre qui s'effondra sur le sol en un petit bruit pitoyable.
« Du venin. » fit la voix sans appel de Severus, qui relâcha enfin son étreinte de James. Ce dernier se massa doucement le bras et en profita pour repositionner ses lunettes sur son nez.
« Mais alors, commença Lily, pourquoi ne pas l'avoir décelé la première fois ?
- L'immunité, répondit précipitamment Harry, en contemplant la miette de sang coagulé qui s'était effondrée sur la paillasse.
- En effet, confirma Snape, ravi de voir que vous avez porté un minimum d'attention aux cours de potions, Potter. J'ai été assez stupide pour ne tester que sur mon propre sang, oubliant le fait que mon corps était désormais immunisé au venin. Enfin, à ce venin en particulier. Le venin de Nagini.»
Harry se frappa le front, pris d'une révélation.
« Vite, amenez-moi les autres objets ! Le livre de contes ! Le balai ! Le bracelet ! Mais comment a-t-on pu ne pas y penser !»
oOo
Quelques instants plus tard, les objets demandés par Harry avaient été rassemblés sur la table basse et les six survivants les entouraient, partageant le même air perplexe. Harry s'était de nouveau volatilisé par la cheminée, pour revenir quelques minutes plus tard accompagné de Ron et Hermione. Dès son arrivée, Hermione se mit à inspecter les objets avec attention.
« Hermione, j'aimerais savoir si tu vas arriver à la même conclusion que moi. » Lança Harry en la regardant faire. Ron tenta de répliquer d'un air courroucé que lui aussi pouvait arriver à des conclusions, mais dut reconnaître que conformément à son habitude, il était complètement perplexe.
Fier de son petit effet, Harry annonça la dernière conclusion de Snape. Il ne fallut qu'un instant pour qu'Hermione pousse son couinement et sa soudaine aspiration d'air caractéristique de ses moments d'illumination.
« Mais oui ! Des horcruxes ? »
Harry croisa son regard et hocha rapidement de la tête. Ron sembla enfin connecter les morceaux, mais les six autres restaient confus. Harry vint rapidement à leur secours.
« Pour tenter d'échapper à la mort, Voldemort avait divisé son âme en plusieurs morceaux. Ces morceaux d'âme étaient dissimulés dans des objets, que Ron, Hermione et moi-même avions dû traquer et détruire. »
Un éclair apparut dans le regard de Severus Snape.
« Voilà donc ce qu'était ce fameux secret que Dumbledore refusait si fermement de me confier. Votre fameuse mission en dehors de l'école : traquer ces objets. L'épée de Gryffondor servait donc à les détruire ?
- Précisément. » Confirma Harry.
Parmi les six sorciers, chacun à sa façon tentait d'appréhender l'information de Voldemort transgressant un tabou majeur de la société sorcière, qui était d'altérer sa propre âme.
« Combien de … En combien de morceaux avait-il divisé son âme ? » demanda Remus, tentant de rassembler ses derniers souvenirs de la bataille.
« En sept, répondit Harry.
-En huit. » fit au même moment la voix de Hermione. Harry lui lança un regard noir et soupira.
« Merci, 'mione, je comptais esquiver ce détail. Je n'ai jamais eu l'occasion de prononcer cette phrase de toute ma scolarité mais … Mes parents vont flipper. »
Hermione eut un petit rire désolé et laissa Harry continuer.
« Voldemort a volontairement séparé son âme en sept morceaux, dissimulant son âme en six objets différents.
- Et vous abritiez le huitième. » Compléta Severus, qui arrivait enfin à faire le lien entre tous les éléments.
Tout semblait limpide, désormais. Le fils Potter était un Fourchelangue, il partageait une connexion unique avec le Seigneur des Ténèbres, la prophétie, et il avait survécu au mage noir si souvent. Tout se connectait enfin, comme s'il avait enfin la dernière pièce d'un puzzle qui l'avait occupé pendant de nombreuses années.
Potter Jr finissait de raconter les derniers détails et de rassurer ses parents qui étaient horrifiés à l'idée que l'intégrité spirituelle de leur précieux rejeton ait pu ainsi être souillée par la présence d'un morceau de Voldemort. Severus arborait ici un air cynique, mais devait bien s'avouer à lui-même que l'idée était également pour lui sacrément dérangeante. Il réprima un frisson.
« Tout ceci ne nous dit pas pourquoi vous avez rassemblé un vieux balai, un livre moldu et un bracelet avec tant d'empressement. Je suppose qu'ils n'étaient pas les horcruxes en question, non ? » demanda-t-il enfin, pour se concentrer à nouveau sur le sujet.
Harry secoua la tête.
« Non, bien sûr. Mais je suis sûr que chaque horcruxe se retrouve dans l'équation. Nagini en était un, et son venin est un des ingrédients essentiels de la poudre qui vous a ramenés à la vie. Le deuxième ingrédient était de la poudre de diamant…
- Le diadème de Serdaigle ! S'exclama Ron.
- Exactement.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas, intervint Tonks de sa voix timide. Vous aviez bien dit que vous aviez dû détruire ces horcrutrucs, non ? »
Hermione sembla réfléchir un instant, et trouva rapidement une explication.
« En magie, comme dans le monde physique, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. Si nous avons détruit l'âme qui y était attachée, l'objet garde certaines propriétés.
- Un peu comme l'eau garderait une certaine mémoire ? Demanda Remus.
- Oui, plus ou moins. Et c'est pour cela qu'on ne reconnaît pas les objets originels. Nous avons affaire à des versions transformées, à des artefacts façonnés à partir des restes des horcruxes. Reste à savoir quel objet correspond à quel horcruxe. »
Hermione poursuivait son inspection des objets présents devant elle.
« Le livre de conte doit probablement inclure des fibres de papiers issues du journal de Jedusor. Le bracelet est fait d'or. Une analyse assez basique permettrait de savoir s'il est ancien, et s'il s'agit du même or que la coupe de Poufsouffle. Mais pour le balai, je ne vois pas. »
Elle le rapprocha d'elle pour mieux le regarder, et ce faisant, le rapprocha de Sirius.
« Hey, James, c'est toi qui a rajouté cet anneau autour des brindilles ? »
James secoua la tête et Hermione regarda de plus près.
« La bague des Gaunt ! » s'écria le trio d'une même voix.
Les autres essayaient de suivre.
« Attendez, attendez… Fit James. On en est donc à cinq. Vous disiez que Voldemort en avait créé sept ?
- Non, sept morceaux. Lui, plus six horcruxes, répondit Harry.
- Il en manque toujours un. »
Harry acquiesça avec une moue perplexe. Le sixième horcruxe restait un mystère. Restait également encore à savoir qui avait ainsi pu rassembler tous ces objets, par quel moyen et dans quel but. Mais force était de constater qu'ils venaient de faire une grande avancée. Il détacha l'anneau décoratif du balai afin de rassembler les anciens horcruxes. Severus Snape vint ensuite briser le silence contemplatif dans lequel ils s'étaient tous plongés.
« En conclusion, l'objet ici qui devra attirer notre attention sera la bague de balai, et non plus le balai en lui-même, n'est-ce pas ? »
Harry fronça des sourcils, perplexe.
« Euh, oui, certainement, pourquoi ?
- Car Potter a toujours une promesse à honorer, il me semble. » fit-il avec un air faussement innocent.
James Potter se figea et lui lança un regard courroucé.
« Snape ! Tu en es encore là !?
- Un pari est un pari, Potter. » répondit-il d'un ton impitoyable.
Harry éclata de rire et fut heureux que ses enfants ne soient pas présents et n'entendent pas les insultes que son père venait de proférer.
Quelques instants plus tard, James Potter contemplait d'un air désespéré le balai de son adolescence être réduit en cendres dans le feu qui crépitait insolemment dans l'âtre de la cheminée. Juste à côté de lui, Severus Snape sirotait tranquillement un thé qui lui semblait être la boisson la plus délicieuse au monde, puisque parfumée avec les larmes de regret et d'amertume de James Potter Sr.
