Bonjour à tous !

Me voici de retour pour un nouveau chapitre ! Bonne lecture !

Le lendemain, l'amertume et désormais la rancune de James Potter n'avaient pas désempli. Alors qu'ils étaient tous réunis autour de la table du petit-déjeuner, il contemplait sa fourchette avec l'envie irrépressible de la planter dans la main peu charnue de Snape, situé quelques places plus loin. Celui-ci l'ignorait avec un flegme à peine forcé, et écoutait d'une oreille distraite Sirius qui racontait la même sempiternelle plaisanterie qu'il avait lue dans la dernière édition de la Gazette. Seul Remus, toujours bon public, forçait un rire pour que Sirius ne se sente pas en reste.

James serrait si fort sa fourchette entre ses mains que Lily le remarqua et posa une main apaisante sur la sienne. Il se détendit alors légèrement.

« Allons James, c'est encore par rapport à ton balai ? lui chuchota-t-elle à l'oreille.

- Pas que. Enfin, Lily ! Quand est-ce que Snivel… Pardon, Snape, se corrigea-t-il en levant les yeux au ciel, est-il devenu si proche de Sirius ?

- J'en sais rien. Ils partagent la même chambre, normal que ça les rapproche, non ? Puis je ne le trouve pas si proche de Sirius, regarde, il ne lui parle pas.

- Mais Sirius lui parle, à lui ! Répliqua-t-il, agacé.

- Et alors ? Severus peut être d'excellente compagnie, tu sais, il faudra t'y faire, sourit-elle.

- Ah non ! Tu ne vas pas t'y remettre toi aussi ! »

Il avait parlé si fort et si sèchement que le reste de la tablée se tut instantanément et se tourna vers lui.

« Bon alors, quoi ? Sirius, c'était donc quoi ta blague si hilarante qu'il fallait à tout prix la raconter à Snape ici présent. Pourquoi je ne pourrais pas l'entendre moi aussi ? » Le ton était acerbe.

Mal à l'aise, Sirius regarda autour de lui sans trop comprendre. Il commença d'une voix hésitante :

« Bah c'est un elfe de maison qui …

- Oh par pitié, le coupa Severus, épargne-nous une énième occurrence de cette blague nullissime, Black. Une fois était largement suffisante. Potter n'a aucune envie de l'entendre, il pleurniche juste car il n'a pas fait le deuil de son pauvre petit balai. »

James lâcha brutalement sa fourchette qui retomba en un son métallique et fit sursauter tout le monde. Il se releva et bouscula la table ce faisant.

« Oui ! Mon putain de balai qui m'a suivi toute ma scolarité ! Au cas où tu n'aurais pas remarqué, il était même dans mon propre cercueil, c'était un de mes biens les plus précieux !

- Et bien peut-être qu'il aurait fallu ne pas se croire tout puissant et ne pas parier sans réfléchir, répondit Severus avec un sourire satisfait.

- Dans un sens, il n'a pas tort, commença Remus. Personne ne t'a proposé de mettre ce balai en j…

- Oh, ferme-la, Remus ! » Claqua James.

Les yeux de Remus s'ouvrirent comme des soucoupes et il se renfrogna vers son assiette, de peur d'envenimer la situation. Mais Sirius monta au créneau.

« James, tu vrilles complètement, là. C'est de bonne guerre ! Tu sais très bien que si Severus avait perdu un pari dans lequel il avait engagé son bien le plus précieux, tu aurais jubilé et tu aurais tout fait pour qu'il tienne sa promesse de le détruire. C'est juste pour rire. »

James regarda un par un ses amis.

« Alors c'est ça ? C'est juste drôle, hein ? Vous êtes tous contre moi, c'est ça ?

- James, mais non, mais écoute ... »

Il n'écouta pas et quitta la table avec fracas. Lily le suivit immédiatement, non sans lancer un regard lourd de reproches au sourire satisfait qui s'était déjà dessiné sur les lèvres de Severus.

Une fois dans la chambre, elle referma la porte derrière elle et se tourna vers son mari qui faisait les cent pas.

« James, calme-toi, tu me donnes le tournis.

- Alors, toi aussi tu trouves que j'exagère et que Snape est hilarant et si merveilleux ? »

Elle inspira profondément et répondit calmement.

« Oui, je trouve que tu exagères, et non, je ne trouve pas que Severus soit hilarant ou je ne sais quoi. Mais par contre, je ne comprends pas pourquoi tu refuses si obstinément d'accepter ton erreur et de passer à autre chose.

- Bon sang, Lily ! Il s'agit de Snape ! Tu ne comprends pas qu'il fait tout pour me blesser, pour se venger de …

- Oh ? Il aurait donc des raisons de t'en vouloir ? Ironisa-t-elle. Je me demande bien ce qu'il pourrait te reprocher…

- Oh, ça va, hein ! Tu sais très bien qu'il n'était pas complètement innocent non plus ! »

Il arrêta enfin de tourner en rond et s'assit sur le rebord du lit, pour mettre sa tête dans ses mains. Lily s'installa à ses côtés et lui massa affectueusement le dos.

« Ce n'étaient que des querelles de collégiens. Il est temps peut-être de passer à autre chose et de lâcher prise, qu'en penses-tu ? Lui suggéra-t-elle doucement.

- Et puis quoi ? Devenir son meilleur pote ? On pourrait peut-être aller voler en balai ensemble à l'occasion, ou s'échanger des bracelets de l'amitié comme deux gamines de douze ans ?

- Ou alors tu pourrais tout simplement essayer de vivre en bonne entente avec lui. La cordialité n'a jamais tué personne. »

James leva les yeux au ciel comme si Lily avait émit une hypothèse complètement farfelue. Elle l'ignora et poursuivit.

« Fais un effort. Ou ce sont tes amis, ou même moi que tu risques de perdre. Car en t'obstinant, tu deviens vraiment insupportable.

- Mais c'est pas le sujet, arrête de dire n'importe quoi ! … » répliqua James sans réellement réfléchir.

L'instant d'après, il réalisa qu'il avait dit la chose la plus stupide et regrettable de sa vie. Lily cligna frénétiquement des yeux et se recula. James essaya maladroitement de se rattraper.

« Chérie, le prend pas comme ça, tu sais très bien que tu ne pourrais pas me quitter et que …

- Ah ? Et pourquoi ne pourrais-je pas quitter le grand James Potter ? »

Elle se releva et se dirigea vers la porte. Et juste avant de la claquer derrière elle, elle regarda James droit dans les yeux et lui lança :

« Aucune relation n'est jamais garantie, James. Essaye de faire rentrer ça dans ta grosse tête enflée. »

Il se précipita à sa poursuite, mais elle avait déjà dévalé les escaliers et s'était précipitée vers l'extérieur sans adresser un mot au reste de la tablée.

« Lily ! appela James, sans succès. Bon sang ! Lily ! »

Il agrippa sa baguette et se retourna vers la table. Plus précisément vers Snape, et lui lança un premier sort. Snape, qui avait anticipé ça, réussit à parer son coup sans difficulté.

« Allons ! Réglons ça une bonne fois pour toute ! Sans que les autres n'interviennent !Waddiwasi ! »

Il chercha à projeter violemment les assiettes vers lui, mais une nouvelle fois, Snape réussit à dévier chacun des projectiles.

« Tu veux te battre contre moi, réellement, Potter ? fit-il d'une voix amusée.

- Et pourquoi pas ? A moins que tu aies peur ?

- Peur de toi ? Sois un peu sérieux. »

Il avait dit ça avec nonchalance, mais son ton était néanmoins dangereux. Remus, qui se souvenait pertinemment du puissant adversaire qu'avait été Snape pendant la fin de la guerre, s'interposa et se plaça devant James.

« Prongs. Arrête ça. »

Il planta ses yeux dans les siens, le forçant à le regarder en lui tenant fermement la nuque. Et il marmonna entre ses dents, suffisamment bas pour que Snape n'entende pas. « Crois moi sur parole, James. Tu-n'as-pas-envie-de-te-battre-contre-Snape. Ce n'est plus l'étudiant qu'on côtoyait à Poudlard. »

James hésita un instant mais son ami avait l'air convainquant. Snape le toisait, immobile et sur le qui-vive. Il semblait déterminé et James pouvait deviner la lueur malsaine qui brillait intensément dans ses yeux. Il déglutit et rabaissa sa baguette. De dépit, il se contenta de faire exploser un vase, et remonta s'enfermer dans sa chambre.

oOo

« Ce que tu es têtu, James ! Arrête de t'obstiner ! »

Dans la chambre commune des Gryffondors, James Potter ne quittait pas des yeux la carte du Maraudeur. A ses côtés, Neil était à demi allongé sur son lit, tenant dans ses bras Rose, qui, appuyée confortablement contre son épaule, lisait distraitement un livre de potions.

« Oui je suis têtu, Neil. C'est une de mes plus grandes qualités. Et oui, je m'obstine, car je suis persuadé que le départ de Mulciber n'a pas tout réglé. »

Ses yeux ne quittaient pas la carte et la parcouraient inlassablement.

« Tu refuses d'accepter sa culpabilité car tu avais le béguin pour elle… bailla Rose d'un air ennuyé..

- Pas du tout. Je cherche juste à … Ohoh ! Mais qui voilà ! »

Il se redressa pour mieux observer la carte à la lumière de la fenêtre. Les deux autres se redressèrent également, curieux.

« Ce cher Scorpius Malfoy. Que va-t-il donc faire dans le bureau de Schwarz, un dimanche après-midi ? »

Neil se recoucha, déçu.

« Il a peut-être besoin d'aide pour un devoir de potion... »

Mais Rose ne se replaça pas contre son épaule. Elle arborait le même air suspicieux que James.

« C'est vrai que c'est étrange. Il n'est pas à l'entraînement de Quidditch ?

- C'est probablement mieux pour nous qu'il ne s'entraîne pas, fit paresseusement Neil. Bon, sinon, quelque chose d'intéressant sur cette carte ?

- Il veut peut-être chercher des ennuis à Schwarz, s'inquiéta Rose.

- Rose, fit James avec une pointe de condescendance. Malfoy est en troisième année, je ne vois vraiment pas ce qu'un professeur de Poudlard aurait à craindre d'un élève de troisième année. »

Rose se renfrogna, vexée, mais Neil sembla pencher de son côté.

« Cela dit, c'est vrai qu'on parle de Schwarz, ici. Elle se laisse facilement déborder. Surtout par les Serpentards.

- Il paraît que Serena Selwyn a jeté une énorme bombabouse sur son tableau la dernière fois ! C'est vrai, Rose ? Demanda James, avide de détails.

- Oui, c'est vrai soupira-t-elle, et tu le sais, vu que c'est vous deux qui aviez laissé traîner la bombabouse au cours précédent. »

Ils éclatèrent tous deux de rire et se tapèrent joyeusement les mains. Rose roula des yeux, agacée.

« Bon, lança-t-elle, impatiente, vous pensez qu'il faudrait aller voir ce qu'il se passe avec Scorpius ? Selwyn a eut une heure de retenue, les Serpentards y retournent peut-être en représailles. »

James regarda à nouveau la carte.

« Oh. Il y a également Rosier dans le bureau.

- Mordred ? Demanda Neil.

- Nope, Morgane. »

Les deux autre se redressèrent instantanément.

« Il faut aller voir ce qu'il se passe ! » s'écrièrent-ils d'une même voix.

James ouvrit le tiroir de sa table de chevet et s'empara de la cape d'invisibilité qu'il avait « oublié » de rendre à Albus. Tous les trois se rapprochèrent et la cape les recouvrit, les dissimulant ainsi des regards indiscrets. A pas feutrés, ils se dirigèrent vers le bureau de leur professeure de potions.

A mesure qu'ils avançaient, l'inquiétude qu'ils avaient pour elle allait en augmentant et leurs pas se faisaient de plus en plus hâtifs. A tel point qu'ils se mirent presque à courir et ne remarquèrent pas la personne qui se tenait sur leur route, près de la porte du bureau de leur professeure de potion. Il lui rentrèrent dedans sans ménagement et se retrouvèrent tous trois au sol. James sortit de la cape d'invisibilité en maugréant.

« Dursley ! Tu fais quoi ici ! »

Celle-ci se massait son épaule endolorie et lui indiqua de se taire. Neil ouvrit la cape d'invisibilité et invita James et Hayley à s'y réfugier. Cette dernière se ratatina tant qu'elle pouvait pour être dissimulée à son tour.

« Qu'est-ce que vous foutez ici !? s'exclama-t-elle en chuchotant.

- On vient surveiller ton pote Malfoy, répondit James. Et toi ? Tu le couvres, c'est ça ?

- Pas du tout. Je venais aussi voir ce qu'il faisait. Il est avec Morgane Rosier, dans le bureau de Schwarz.

- Ça on le sait déjà, mais ils disent quoi ? Demanda James avec une pointe d'agacement.

- J'en sais rien ! S'écria Hayley. Schwarz a insonorisé le bureau. »

James s'approcha de la porte et y cala son oreille.

« Mince. On dirait que Schwarz a insonorisé son bureau…

- Mais, s'offusqua-t-elle, c'est ce que je viens de ... »

Elle leva les yeux au ciel d'irritation, mais renonça à argumenter.

« Pousse-toi, d'ailleurs, poursuivit-elle néanmoins. Ils peuvent sortir d'un moment à l'autre. »

Elle le ramena en arrière, où ils s'assurèrent de ne pas être dans le passage au cas où la porte s'ouvrirait.

C'est ce qu'elle fit quelques minutes plus tard, et tous les quatre retinrent leur souffle. Rosier sortit d'abord, suivi de près par Scorpius.

« Bien Professeur, fit Rosier. Je m'assurerai que Selwyn fasse bien sa retenue et que plus aucun Serpentard ne vienne perturber vos cours.

- Parfait. Rosier, Malfoy, je vous verrai au concert. »

Les quatre espions en herbe se dévisagèrent et attendirent que Rosier et Malfoy s'éloignent et que la porte se referme pour réagir.

« Et bien ! Je n'ai jamais entendu Schwarz aussi assurée, s'exclama Neil.

- Comme quoi, continua James, on avait bien raison, ils sont bien venus pour cette histoire d'heure de retenue. Mais Schwarz les a bien remis en place. Qui l'aurait cru ? »

Les trois Gryffondors échangèrent un rire rassuré, mais Hayley gardait son air soucieux. Quelque chose clochait et elle n'arrivait pas à dire quoi.

« Ils ont parlé d'un concert ? »

James et Neil la dévisagèrent comme si elle avait changé de couleur.

« Bah oui, Hayley, répondit James, le concert de Weasel and the Wolf, à Pré-Au-Lard, la semaine prochaine, ne me dis pas que tu n'es pas au courant ?!

- Ah oui, c'est vrai, fit-elle, sans décontracter ses sourcils.

- Tu y seras ? Demanda Rose, d'un ton engageant.

- Vu que Scorpius a l'air d'y aller, oui, il y a de fortes chances que j'y sois. » répondit-elle d'un ton indiscernable.

oOo

Le Cottage était resté quelque peu sonné par la confrontation entre James et Severus. Certes, ce dernier n'avait pas semblé très affecté et s'était rapidement retiré dans la salle de potions pour poursuivre ses analyses des anciens horcruxes, mais Tonks, Remus et Sirius étaient restés un long moment à se dévisager, incapables se décider sur l'attitude à adopter.

Tonks, la première, intervint :

« Ce James ! Comment a-t-il osé te parler, Remus ! Tu n'avais rien dit de mal... »

Remus haussa les épaules d'un air indifférent.

« Il finira bien par s'excuser de lui-même. Il devait juste être à cran. »

Son ton se voulait désinvolte mais son regard le trahissait. Il était bien plus retourné qu'il ne voulait bien le montrer.

« Non, Rem', c'était inadmissible. Tu ne devrais pas le laiss…

- Laisse tomber, Dora ! James est mon ami, je sais très bien comment le gérer ! »

Le ton avait été plus sec qu'il ne l'avait anticipé et Tonks se figea un instant. Avant qu'elle n'ait pu répliquer quoi que ce soit, il s'était levé et s'était rendu dans le bureau dédié aux recherches avec Sirius. D'un regard, Sirius avait compris qu'il devait le suivre à l'intérieur.

Remus se massait le cou d'un air soucieux.

« Qu'est-ce qu'on va faire de James, Patmol ? Il est intenable.

- Tu crois qu'Hagrid a des fléchettes tranquillisantes, qu'on utilise sur le gros gibier ?

- Sirius ! C'est sérieux ! Ils sont à deux doigts de s'entre-tuer avec Severus. Et même Lily ne semble pas réussir à le calmer.

- Pour être honnête, je doute que Lily soit la mieux placée pour calmer James quand il s'agit de Severus. Et ce ne serait pas juste pour elle de la laisser au milieu de cette guerre stérile. »

Remus acquiesça, surpris de la maturité de son ami. Comme il appréciait le voir ainsi, si soucieux pour ses amis, si fidèle et si réfléchi. Mais cette maturité était souvent fugace et s'évanouit presque aussi vite qu'elle n'était apparue.

« Ne t'inquiète pas, je sais exactement comment redonner le sourire à notre vieux Prongs.

- Sirius, je n'aime pas l'expression de ton regard. Qu'est-ce que tu manigances ? »

Sirius se mordit la lèvre d'un air qui était tout sauf innocent et se contenta de sourire avec un air taquin. Ce même air taquin qui avait si souvent fait renverser le cœur de Remus pendant leur adolescence. Il ne pouvait s'en empêcher, il perdait tous ses moyens quand Sirius le regardait ainsi. Sans trop y réfléchir, il sourit et se rapprocha de son ami. Il attrapa doucement un bouton de son veston et l'attira vers lui. Il tenta de prendre son air sérieux, mais se savait trahi par le large sourire attendri qui lui traversait le visage.

« Allons Sirius, tu ne vas rien faire d'illégal ou de stupide, j'espère ? »

Leurs lèvres se touchaient presque et une nouvelle fois, Sirius se recula légèrement, conservant son regard malicieux.

« Oh Patmol, ne me dis pas que tu joues désormais à te faire désirer…

- Ça n'a pas vraiment l'air de te déplaire. »

Remus resta sans voix face au culot de son ami et le regarda avec tendresse en posant sa main sur son torse. Sirius approcha sa main, mais ce n'était que pour aller chercher quelque chose dans sa poche intérieure.

« Je vais devoir y aller, je me demande quelle heure il est … Mais ? »

Il ouvrit brusquement son veston, arrachant un bouton, pour mieux vérifier l'intérieur de sa poche.

« Où est … ? Oh merde ! Ma montre ! J'ai dû la laisser au 12 square Grimmault... »

Il haussa les épaules d'un air indifférent, et se tourna à nouveau vers Remus.

« Je dois vraiment y aller, va plutôt essayer de prendre soin de Lily, je pense que notre cher Prongs nous sera reconnaissant qu'on ne laisse pas trop le champ libre à Severus. »

Il l'embrassa doucement sur la joue et disparut l'instant d'après, laissant Remus rêveur.

oOo

Le soleil redescendait doucement sur le cottage et la pièce se faisait de plus en plus sombre. James remarqua alors qu'il venait de passer la journée entière allongé sur son lit, à fixer le plafond et à en compter chacune des fissures. Les événements du matin l'avaient chamboulé, bien plus qu'il n'aurait souhaité se l'avouer.

Tout d'abord, il y avait Snape. Remus avait raison, ce n'était plus l'élève qu'il avait côtoyé et cette nouvelle situation le déstabilisait. Il sentait une confiance et une puissance émaner du sorcier qui le forçaient à revoir tous les codes qu'il s'était construits auparavant. Il n'était plus possible de ressentir le même mépris qu'il avait pu ressentir pour lui, et il avait l'impression que ce nouveau sentiment venait grignoter peu à peu sa propre estime de lui-même. Ce n'était pas de la crainte – il n'allait quand même pas avoir peur de Snape ! - mais il n'arrivait pas à mettre de mot sur ce nouveau sentiment. Et le fait qu'il semble désormais toléré – apprécié même ! - de Lily, de Sirius et de Remus achevait de venir déranger ses certitudes, qui avaient été si bien ancrées ces dernières années. Même Tonks semblait cordiale avec lui, et parfois amusée par son humour pince sans rire, si on pouvait appeler ça de l'humour. Bizarre, elle lui avait paru pourtant sensée au début.

James en arrivait au point où il se demandait si le problème ne viendrait pas plutôt de lui. Il secoua la tête fermement, en se répétant que non, le problème avait toujours été Snape. Il avait été celui qui cherchait à les dénoncer et qui les pistait. Il avait été celui qui avait toujours été malsain et bizarre, celui qui préparait des coups en douce et qui attaquait par derrière. Non, le problème venait bien de Snape. Mais aujourd'hui, il était celui dont tout le monde vantait le courage, celui que Harry consultait en cas de besoin et celui qui faisait des potions pour Remus. Qu'avait-il manqué ? Que s'était-il donc passé pour que l'équilibre des choses se renverse ainsi ? Il ne comprenait plus les réactions de ses amis. Remus avait toujours été la voix de la raison, certes, mais il n'allait jamais aussi loin. Bon sang ! On parlait de son balai et Remus savait à quel point celui-ci avait de la valeur à ses yeux. Et Sirius ! Depuis quand Sirius estimait que c'était de bonne guerre ?

Ce qui l'agaçait le plus était de devoir reconnaître qu'ils avaient raison tous les deux. S'il y avait bien une personne contre qui il était en colère, bien plus que Snape, c'était bien lui-même. Et s'il n'avait qu'une crainte pour le moment, c'était ce terrifiant sentiment de ne pas maîtriser et de ne plus comprendre son entourage.

Il sentait que les choses lui glissaient entre les doigts comme s'il s'agissait d'un cours d'eau qu'il aurait essayé d'arrêter avec ses mains. Son fils lui échappait, Sirius lui échappait, et bien sûr Lily lui échappait.

Oh Lily !

Chaque jour, chaque matin à se lever à ses côtés, elle lui paraissait plus éloignée que la veille. Ses regards pétillaient moins, et ses sourires devenaient de moins en moins lumineux. Même leurs nuits lui paraissaient de moins en moins torrides et de plus en plus mécaniques. Il ne savait pas où trouver la force de traverser le fossé qui se creusait chaque jour entre elle et lui. Il savait bien que le fossé ne paraîtrait pas si infranchissable si au milieu ne se dressait pas la silhouette immense et sombre de Snape. Sa présence était un élément qui venait brouiller sa relation avec Lily, autrefois si fusionnelle et limpide.

Repenser à Snape acheva d'assombrir ses pensées déjà bien noires. Sirius passait également aussi beaucoup de temps avec lui. Et bizarrement, cela lui rendait le cœur encore plus lourd que quand il pensait à Lily. Il n'aimait pas la sensation que cette simple pensée générait en lui. C'était comme un poison qu'il sentait avancer dans chacune de ses veines. Une colère qu'il ne savait pas apaiser.

Un bruit étrange le sortit de ses contemplations. Un bruit sec, comme gratté sur le bois de la porte de sa chambre. Il se releva et alla ouvrir. Il ne vit personne devant lui, mais finit par baisser les yeux.

A ses pieds, un énorme chien noir était assis, et semblait incapable de réprimer un vif battement de queue. Dans sa gueule se trouvait un énorme paquet, et James reconnut instantanément l'étiquette de la boutique d'accessoires de Quidditch du Chemin de Traverse. Le chien était recouvert de cendres et le regardait avec fierté.

James s'empara du paquet, et, la gueule enfin libérée, le chien se transforma. Il le regarda défaire le papier.

« Un Stratus 500 ? S'extasia James.

- Yep. La réédition 2019. Même design, mais les performances du 21ème siècle. »

Le sourire revint presque instantanément sur les lèvres de James. Il y avait des choses qui ne changeaient pas. Comme la lueur qu'ils échangèrent d'un regard. Comme leurs rires enthousiastes qui résonnèrent dans toute la chambre.

« Mais, Sirius, comment …

- Disons que j'ai ma technique. » répondit-il mystérieusement, en repensant avec nostalgie à l'Eclair de Feu de son filleul.

NdA : le titre de ce chapitre vient de « Etrange Bazar », de Charlelie Couture : il s'agit d'une chanson de Toy Story, où on voit toute la jalousie de Woody envers Buzz, j'aime beaucoup cette chanson, et je trouvais qu'elle illustrait bien la situation dans laquelle James devait se sentir.