Bonjour à tous !

Et voici un nouveau chapitre, qui vous fera voyager, histoire d'oublier la rentrée !

C'est un chapitre assez différent des précédents mais il me tenait à cœur. J'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture !

Quelques heures plus tard, toute la maisonnée était encore dans la grande salle à manger, à faire le point sur la situation et à essayer d'anticiper la suite qui allait s'avérer complexe. Mais avant de réellement pouvoir anticiper la suite – et rassurer ses fils qui étaient tous deux rongés d'inquiétude pour leurs amis respectifs, Harry se dit qu'il valait mieux essayer de mieux comprendre les éléments ayant amenés à la situation présente.

« Dis-moi Ted, demanda-t-il. Tu ne m'as jamais raconté comment tu avais obtenu le bracelet que tu avais placé dans la tombe de ta mère. »

James, Albus, Hayley et Rose s'étaient relevés d'un même geste. Ils avaient l'habitude des récits de voyage de leur grand cousin d'adoption et en raffolaient tous les quatre. Les adultes remarquèrent l'éclat de curiosité qui brillait désormais dans les yeux des enfants et se rapprochèrent également. Une petite assistance se forma en cercle autour du jeune homme, qui commença son récit, en n'oubliant pas de modifier son visage au fur et à mesure de celui-ci pour lui donner encore plus de force.

oOo

C'était l'été 2017. Victoire venait juste d'obtenir ses Aspics et nous étions partis en tournée avec le groupe que nous avions monté tous les deux à Poudlard. Notre but au départ était de faire le tour des écoles de Magie du monde entier pour essayer de nous faire connaître. On avait eu notre petit succès à Beauxbâtons, il faut dire que la mère de Victoire nous avait préparé le terrain… Et sans vouloir être méprisant, les français ont rarement l'occasion d'entendre du bon rock. Ils font du très bon vin, mais la musique, c'est pas leur truc. Ne me regarde pas comme ça, Victoire, tu sais que c'est vrai !

Les choses avaient également à peu près marché à Durmstrang. Ce ne sont pas des grands fêtards là-bas, mais on a réussi à presque remplir le bar dans lequel on jouait. De là, on a eu un contact pour jouer un peu plus à l'est, à l'école de Koldovstoretz, en Russie. Ça aurait été un moyen extraordinaire de lancer notre carrière naissante… Mais le concert a dû être annulé car le bar où on devait jouer avait été détruit la veille lors d'une bagarre entre deux piliers de comptoirs. L'un des opposants avait essayé d'envoyer un arbre de Quidditch – oui, les Russes jouent au Quidditch sur des arbres, sur son adversaire à la suite d'une partie de Poker où il aurait eu des soupçons de triche. L'adversaire en question a répliqué en invoquant un ours qui a envoyé l'arbre valser sur le comptoir. L'ours s'était mis à cracher du feu sur les bouteilles de vodka en mille morceaux, et les flammes avaient fini de tout ravager. L'établissement avait été complètement détruit et nécessitait plusieurs semaines de travaux. Les propriétaires, qui nous avaient annoncé la nouvelle par hibou, avaient l'air de prendre les événements avec philosophie et avaient trouvé la situation « cocasse » et « amusante ».

Bref, nous étions passés à ça de nous faire connaître du monde sorcier slave, et nous n'avions pas beaucoup de perspectives pour la suite, si ce n'était de retourner jouer en Angleterre. Le Chaudron Baveur nous sollicitait pour une date pour la fin de l'été, mais cela faisait encore un mois et demi sans savoir quoi faire. Là, encore une fois, ce sont les parents de Victoire qui nous sont venus en aide. Bill a repris contact avec son ancien correspondant brésilien, qui lui avait envoyé un chapeau ensorcelé quand il lui avait annoncé qu'il ne pouvait pas poursuivre l'échange avec Castelobruxo. Le sorcier en question était ravi de pouvoir enfin s'excuser et nous a obtenu la possibilité de jouer deux dates à l'école brésilienne. C'était pendant les vacances, mais quelques élèves étaient restés, et ça nous a permis de sympathiser avec l'orchestre de l'école, qui nous a initié à la Cumbia et à la Bossa Nova. C'était très instructif. Bon, feue mamie Andy aurait préféré que j'en profite pour étudier la magizoologie, qui est la spécialité de l'école, mais je persiste à penser que ça avait été deux semaines très intéressantes.

Le château de Castelobruxo était somptueux. Il semblait sortir de nulle part au beau milieu de l'épaisse forêt tropicale, qui l'enveloppait dans un manteau vert impénétrable. La nature vivait en harmonie au milieu des vieilles pierres ancestrales de l'école, qui s'élevaient sous la forme d'une immense pyramide surplombant une somptueuse cascade dont l'eau tombait en fracas et s'en allait rejoindre le majestueux fleuve Amazone.

En jouant de la musique, on avait sympathisé avec un élève de l'école, en avant-dernière année, Matthéus Silveira. Il était resté quelques semaines supplémentaires pour finir un projet de métamorphose, et j'avais été ravi de l'y aider. Trop heureux de finir en avance, il avait décidé de nous inviter visiter sa famille dans son village natal.

Il descendait d'un peuple ancestral du fin fond de l'Amazonie et son village se situait à quelques jours de pirogue de Castelobruxo, près de la frontière péruvienne. Il nous fallait remonter le fleuve à contre-courant, mais il était un sorcier-navigateur hors pair et avait réussi le tour de force de nous faire voyager à l'encontre des éléments. En réalité, il avait simplement bricolé un bateau à moteur, mais s'était amusé à nous faire croire qu'il y avait de la magie là dessous. Et j'avoue que nous nous étions amusés à faire semblant de le croire.

En quelques jours seulement, nous arrivions donc dans le village de Matthéus. Quelques maisons sur pilotis étaient éparpillées autour d'un foyer où l'unique feu du village crépitait doucement. On pouvait encore sentir l'odeur du porcelet qui avait servi de repas à toute la communauté, constituée d'une dizaine de bambins courant nu aux abords du fleuve et de quelques hommes et femmes aux peintures rouge sang sur le visage.

La forêt vibrait dans chacun des recoins du village, qui semblait faire partie intégrante de la Selva. Si vous avez déjà pensé que la Forêt Interdite est impressionnante et bruyante, vous ne pourrez qu'à peine imaginer ce que pouvait être cette forêt ! Une infinité de variétés, d'espèces et de couleurs se battaient pour nous émerveiller. Le vacarme des oiseaux de la forêt ne cessait jamais, et jamais je n'aurais pu imaginer devoir me défendre contre des insectes plus gros que moi !

Si la période précédente avait été très instructive musicalement parlant, cette nouvelle étape permit à Victoire de découvrir une de ses capacités magiques jusque là inconnue. En effet, on savait très bien que Victoire maîtrisait l'anglais et le français sans problème, de part ses parents. A Durmstrang, elle n'avait semblé n'avoir aucun problème avec l'allemand, mais cette langue est relativement proche de l'anglais, et elle-même s'était dit qu'elle avait instinctivement compris quelques expressions de base. Même chose pour le portugais : c'est une langue latine, et donc très proche du français. On s'était juste dit qu'elle était naturellement très douée pour les langues. Mais quand, à notre arrivée au village, le père de Matthéus, un vieux chaman à l'air taciturne, s'est précipité pour invectiver son fils, Victoire a pu me retranscrire tout le contenu de leur altercation. Comment le père était surpris de voir son fils arriver si tôt, et qu'il savait le temps qu'il fallait pour remonter le fleuve, il savait que son fils avait employé des moyens non-maj polluants et néfastes pour la mère nature, juste pour aller plus vite. Son fils n'écoutait que d'une oreille, agacé, et répondait parfois à son paternel qu'il était temps qu'il s'ouvre au progrès.

Je dois avouer que le discours du père et du fils ne m'intéressait guère à cet instant présent. Je m'étais tourné vers Victoire, qui ne semblait pas comprendre mon ébahissement.

« Oh ça va, Ted, le portugais n'est pas une langue si compliquée à comprendre. Tu devrais essayer, Obrigado !

- Victoire, son père parle le Jarawara, Matthéus nous avait dit qu'ils étaient 150 à parler encore cette langue.

- Tu es sûr ? Pourtant ça me paraît aussi limpide que quand Matthéus parlait avec ses amis à Castelobruxo…

- Il leur parlait en Jivaro ! Je ne comprenais rien à ce qu'ils disaient ! »

Le regard de Victoire valait son pesant de gallions à ce moment-là. Un air de perplexité, de réflexion, un air à la fois perdu et déterminé à comprendre.

« Victoire, lui avais-je dit, je pense que tu es une Babelienne.

- Une quoi ?

- Tu as la capacité de parler toutes les langues du monde. J'ai eu un cours sur ça en étude des Runes anciennes, certains sorciers qui grandissent dans des environnements bilingues développent parfois cette compétence. C'est très rare chez nous les anglais, mais il paraît que c'est assez courant dans certaines régions du monde. »

Cette capacité s'était avérée bien utile dans cette contrée du monde où chaque village parlait sa propre langue. Elle nous avait permis de sympathiser avec tous les habitants et de rapidement les comprendre. La barrière culturelle restait parfois, mais cela résultait souvent en de nombreux éclats de rires partagés.

Nous étions restés quelques jours, à découvrir les coutumes et les pratiques magiques locales. Le village comptait un métamorphomage hors-pair, du nom de Wanako, qui nous avait fait une démonstration, et m'avait montré comment je pouvais exploiter ma propre capacité à un niveau artistique. C'était quelque chose d'assez nouveau pour moi, car jusque là, mes transformations n'étaient qu'un moyen de montrer mes émotions du moment ou d'amuser la galerie. Je découvris alors que je pouvais en faire quelque chose de beau et d'expressif.

Je passais ainsi mes journées à m'entraîner avec Wanako tandis que Victoire discutait avec les femmes du village des différentes astuces de potions qu'elles pouvaient s'échanger. Malgré tout, au bout d'une semaine, nous commencions à sentir qu'il ne fallait pas abuser de l'hospitalité de la famille de Matthéus, et nous nous étions décidés à partir, afin de continuer à explorer l'Amérique Latine.

Le soir, auprès du feu de camp où grillaient quelques chenilles, Matthéus nous dit :

« Mon père doit se rendre à Iquitos, au Pérou. C'est une grande ville, de là, vous pourrez trouver des bus pour aller explorer le reste du pays.

- Y a-t-il un quartier sorcier ? Peut-être pourrons-nous trouver des portoloins ou un réseau de cheminée ? Nous irons plus vite. » demanda Victoire, en regardant d'un air peu convaincu sa chenille dans sa feuille de bananier. Le père de Matthéus l'entendit et gronda d'une fois forte :

« La magie ne doit jamais aller à l'encontre de la Pachamama ! La magie est la Pachamama, et seule la magie respectant la Pachamama, mieux, honorant la Pachamama peut être tolérée ! Vouloir aller plus vite n'est pas conforme aux lois de la nature. Il faut prendre le temps de voyager. »

Matthéus leva les yeux au ciel, mais je regardai Victoire avec un air entendu. Le père de Matthéus avait raison : si nous souhaitions voyager, nous allions prendre le temps. Nous n'étions attendus en Angleterre que d'ici la fin de l'été, nous avions tout le temps pour aller explorer le Pérou.

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Et heureusement que nous en avions du temps, car le père de Matthéus ne voyageait pas vite ! Il en fallait de la patience pour remonter le fleuve Amazone à contre-courant. Nous nous relayions pour pagayer, et ceux qui ne pagayaient pas pêchaient afin d'assurer le bivouac du soir. Et j'ai beau avoir été poursuiveur, je manquais sérieusement d'entraînement pour suivre le vieux Silveira, surtout dans la chaleur moite et étouffante de la forêt.

Mais en quelques jours, nous arrivâmes à Iquitos, et Mr Silveira nous laissa au beau milieu du port pour aller disparaître dans le marché où il devait acheter des ingrédients à potion. Après quelques semaines isolés dans la forêt Amazonienne, le choc de retrouver une grande ville était violent. Les bruits de klaxons émanaient de partout, les gens s'interpellaient à tout bout de champ et nous faisaient vite comprendre que nous étions dans le passage des charrues qui déversaient leurs cargaisons de maïs ou de pommes de terre.

Victoire demanda son chemin à quelques personnes, mais comme nous ne savions pas où aller, il était difficile pour les locaux, même avec la meilleure volonté du monde, de nous guider. Une vieille dame nous conseilla néanmoins de nous rendre à la gare routière.

Là, un conducteur de collectivo, ces petits vans pouvant abriter une dizaine de passagers, nous expliqua qu'à la suite d'un glissement de terrain, ils étaient bloqués à Iquitos pendant au moins deux semaines. Qu'à cela ne tienne, nous n'avions qu'à partir à pied !

Nous sommes donc partis à la recherche du quartier sorcier de la ville, afin de trouver un guide devant lequel nous pouvions utiliser la magie. Le hasard fit que nous retrouvâmes Mr Silveira, qui, après avoir découvert la situation, accepta de faire un détour de quelques jours pour nous amener au point où les bus pouvaient repartir vers le reste du pays.

Silveira, qui était resté silencieux pendant tout le voyage en pirogue, était beaucoup plus volubile à mesure qu'il vidait ses verres de Pisco. Il nous raconta qu'il était au départ des favelas de Rio de Janeiro, et qu'il était enfant de moldus. Il avait fait ses études à Castelobruxo, où il avait rencontré la mère de Matthéus. A la fin de leurs études, ils étaient donc partis s'installer dans le village natal de sa désormais épouse, et il avait alors découvert tous les secrets de la Selva. Néanmoins, il prétextait parfois devoir se rendre en ville pour récupérer des ingrédients à potions, pour réellement retrouver des vieux amis de Castelobruxo et boire un peu d'alcool.

« Mais impossible de trouver une Cachaça convenable ! » se lamenta-t-il.

Je me souviens avoir murmuré à l'oreille de Victoire que c'était pas très respectueux de la Pachamama comme attitude, mais elle avait refusé de traduire, trop heureuse qu'on trouve un guide avant de s'aventurer de nouveau dans la forêt.

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Cette fois-ci, le voyage s'annonçait plus dangereux, car nous nous éloignions de l'espace dégagé du fleuve pour nous enfoncer profondément dans la forêt. Elle était si dense que parfois, nous ne pouvions plus voir le ciel. Silveira nous dégageait le passage à coups de machette et nous avancions à pas lents, évitant à chaque pas des fourmis, des serpents ou toute autre créature qui n'avait pas pour but premier de nous maintenir en vie.

Pour bivouaquer, nous installions des hamacs dans les arbres et nous mangions le produit de la chasse et de la cueillette de Silveira. Celui-ci s'absentait donc quelques heures, en fin de journée, et il nous interdisait de quitter le campement, de peur que nous fassions des mauvaises rencontres dans la forêt.

En bon Poufsouffle, je trouvais que c'était une règle tout à fait raisonnable, d'autant plus que cela nous permettait à Victoire et moi d'avoir quelques instants d'intimité. Mais un soir, un cri déchirant résonna dans toute la forêt. Un cri bestial et monstrueux, suivi immédiatement après d'un autre cri distinct du premier : un cri de femme.

D'un même corps, nous nous sommes relevés, saisissant nos baguettes, pour accourir en direction des cris. J'attrapais la machette que nous avait laissée Silveira pour tracer un chemin plus rapidement à travers la forêt.

Très vite, on se retrouva nez à nez avec une créature monstrueuse. Elle faisait trois ou quatre mètres de haut et se dressait sur ses pattes arrières, ce qui la rendait encore plus impressionnante. Recouverte d'une immense fourrure d'un rouge vif, elle avait des griffes longues de plusieurs centimètres, faisant penser aux griffes d'un paresseux. Elle n'avait qu'un œil au milieu du front et une première petite bouche juste en dessous, remplie de petites dents acérées comme des rasoirs. Je dis une première, car le plus impressionnant était sa bouche qui prenait tout l'espace de son ventre, et qui était elle remplie de dents chacune grandes comme mon avant bras. De cette bouche sortait une immense langue rétractable qui frémissait en faisant vibrer les filets de bave qui s'y formaient.

La créature s'était mise sur ses pattes arrières pour tenter d'atteindre le haut d'un arbre où s'était réfugié une femme, d'apparence européenne, et à l'épaisse chevelure noire et bouclée.

Victoire fut la première à la reconnaître.

« Professeur Mulciber ? »

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« Quoi ?! » s'exclamèrent d'une même voix Harry et le reste de l'assistance. L'Auror ajouta en plus un juron et se rétracta en se souvenant que ses enfants étaient à ses côtés. Ted, qui n'avait pas encore été mis au courant des récents évènements liés à la professeure de Poudlard, ne sembla pas comprendre la réaction violente de son parrain. Celui-ci lui fit signe de continuer, poussé également par l'impatience des adolescents, fascinés par cette histoire de monstre sanguinaire.

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La jeune femme entendit Victoire appeler son nom et se tourna instantanément vers nous. Je remarquai alors que sa baguette était au pied du monstre, et par conséquent hors d'atteinte. D'un coup d'accio, Victoire attira vers elle la baguette de Mulciber pour la lui renvoyer et je sautai en direction du monstre. Je changeais mon visage en celui d'un tigre aussi féroce que je le pouvais et la créature me répondit en rugissant et en se frappant le torse avec vigueur. Je pouvais sentir son haleine fétide. Victoire agitait de nouveau sa baguette pour attirer vers elle autant de branchages que possible pour les précipiter vers le monstre. Je fis de même et Mulciber, qui avait profité de la distraction du monstre pour descendre de son arbre, nous avait rejoints et jetait autant de branches de bois mort que possible vers le monstre, qui, surpris commença à reculer. Enfin, Mulciber invoqua une immense vague d'eau qui aspergea l'animal complètement, et celui-ci s'enfuit à toutes jambes.

Le souffle court, on s'était dévisagés un instant, sans oser dire un mot, de peur que le monstre ne revienne. Mais il semblait bien parti et nous repartîmes tous trois vers le campement de base, où un Silveira mort d'inquiétude nous attendait.

Mulciber nous expliqua qu'elle faisait des recherches sur les créatures d'Amazonie afin de pouvoir compléter un cours de septième année, et que la créature qu'elle étudiait était justement celle qui l'avait attaquée. Il s'agissait d'un mapinguari, une sorte d'énorme paresseux, qui en plus d'être féroce avait pour caractéristique de détester l'eau. Silveira lui expliqua qu'elle avait beaucoup de chance d'être en vie, et qu'il ne valait mieux ne pas trop traîner afin d'éviter que le mapinguari ne revienne, encore plus en colère, ou même pire, accompagné. Sans prendre le temps de nous reposer pour la nuit, nous défaisions donc le campement, et nous mettions en marche pour quelques heures afin de marquer une distance avec le mapinguari et nous rapprocher de la route que nous avait promis Silveira. Mulciber, se remettant à peine de ses émotions, nous expliqua qu'elle avait largement ce qu'il lui fallait pour construire son cours de l'année suivante. Elle nous demanda si elle pouvait se joindre à nous pour quelques temps sur la route, ce que nous acceptâmes avec plaisir.

Après une nuit de marche à travers la forêt, on arriva enfin au point où les collectivos pouvaient reprendre des passagers. Après nos adieux avec Silveira, on s'engouffra dans le premier qui semblait aller vers le sud et on s'endormit aussitôt, tous les trois épuisés.

La route était rarement goudronnée et souvent chaotique. Le van sursautait régulièrement, rendant le sommeil difficile et le voyage inconfortable et parfois même douloureux. Mais cela nous importait peu, car les plus beaux paysages du Pérou se présentaient à nous, et au bout de quelques jours de voyage, et autant de collectivos, la forêt luxuriante laissa place aux montagnes désertiques de la Cordillère des Andes.

Le contraste était saisissant. La vue était enfin dégagée sur des kilomètres, et on pouvait distinguer au loin des habitants transportant leurs marchandises sur des lamas diligents. L'air également avait changé : il était bien plus sec, et l'oxygène de plus en plus rare à mesure qu'on montait en altitude. Curieux, et lassé de nos journées et de nos nuits en bus, je proposai que nous nous arrêtions dans les environs, et Victoire et Electre acceptèrent avec enthousiasme. Je dis Electre, car à ce moment-là, on avait bien pu nous rapprocher de notre ancienne professeure, et cela faisait plusieurs jours qu'on n'employait plus nos noms de familles. Sa compagnie était discrète et agréable, et elle acceptait notre choix de privilégier des moyens de transport moldus sans jamais se plaindre. Elle nous informa malgré tout qu'elle avait une carte magique des environs, et que selon cette carte, le hasard avait fait que nous nous trouvions tout près d'un village ayant une forte population magique. Il s'agissait d'un ancien repère de chercheurs d'or et abritait encore de nombreux orpailleurs et artisans de l'or. Cela nous parut suffisamment intéressant pour que nous décidions d'aller y faire un détour. En effet, le village n'était pas loin, et en quelques heures de marche, nous y étions déjà. La marche était on ne peut plus apaisante après avoir été enfermé si longtemps dans cette caisse à savon moldue. L'oxygène, bien que rare, était pur et revigorant. Le chauffeur du dernier bus que nous avions pris nous avait donné quelques feuilles de coca à mâcher, elles nous aidaient à faire face au mal d'altitude.

Le village ne ressemblait en rien au village de Matthéus Silveira. En plein cœur des montagnes désertiques, les maisons étaient d'anciennes constructions fragiles faites de torchis, et les habitants nous regardaient arriver d'un air méfiant. Fort heureusement, Victoire put facilement briser la glace et, surpris de tomber sur une gringa s'exprimant si bien en Quechua (la langue locale), les villageois nous accueillirent à bras ouverts. Ils nous expliquèrent qu'ils récoltaient l'or dans la rivière qui se trouvait un peu plus en aval, et au loin, en contrebas, on pouvait distinguer de la végétation qui semblait indiquer le lit de la rivière en question. A partir de l'or qu'ils récoltaient, ils fabriquaient de magnifiques bijoux qu'ils allaient vendre dans une autre vallée plus au sud. Il y a des siècles, avant l'ère colombienne, leur village alimentait en or les plus grands empereurs Incas de la vallée sacrée. Nous n'étions pas très intéressés par l'or, mais plus par les récits qui accompagnaient tous les ouvrages que nous montraient les habitants. Certains bijoux avaient des propriétés magiques dont eux seuls gardaient le secret.

Le soir, nous étions accueillis chez Pablo et son épouse Carlita, qui, voyant que nous n'avions pas fait de réel repas depuis plusieurs jours – hormis des sandwichs grignotés à la va-vite entre deux bus – s'empressa de remplir nos assiettes d'un copieux plat de pommes de terres au maïs. Repus, nous nous endormirent rapidement, ravis de retrouver le confort d'un vrai lit.

Le lendemain, Electre était partie de son côté explorer le reste du village, affirmant vouloir en savoir plus sur cette magie dont parlait certains habitants. De notre côté, on en profita pour nous rapprocher des musiciens du village. On avait repéré un guitariste et un joueur de flûte, et on se proposa de les rejoindre pour découvrir un peu plus la musique locale. La musique étant un langage universel, je ne me sentais pas mis à l'écart et parvenait à communiquer presque aussi bien que Victoire avec les deux musiciens.

Le soir, nous étions de nouveau chez Pablo, et Electre nous attendait avec une surprise. Pour nous remercier de lui avoir sauvé la vie, elle avait fait fabriquer un somptueux bracelet en or, sculpté et orné de motifs incas.

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A nouveau, Harry ne put s'empêcher d'interrompre le récit de son filleul en poussant un juron.

« Ah la garce ! Tout ça pour vous faire croire que c'était un bijou péruvien ! Elle avait probablement l'or sur elle depuis le début, avec les restes de la coupe de Poufsouffle.

- Poufsouffle, tu dis ? S'étonna Ted. Ça expliquerait le fait que j'ai tout de suite été fasciné par ce bijou… Mais de toutes façons, tu vas vite constater que c'était beaucoup d'efforts pour pas grand-chose de la part d'Electre. »

Et il reprit son récit.

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En effet, comme certains d'entre vous doivent le savoir, les loups-garous sont fortement vulnérables aux métaux précieux, principalement l'argent, mais également l'or. Je n'ai pas hérité de la lycanthropie de mon père, fort heureusement, mais j'ai développé quelques caractéristiques propres aux lycans. Parmi elles, une grande irritabilité les soirs de pleine lune et une allergie cutanée aux métaux précieux. Victoire, de son côté, de part son père, avait également hérité de la même allergie aux métaux précieux, en plus d'un certain appétit pour la viande saignante. Nous étions donc flattés du présent offert par Electre, mais bien incapables d'y réellement faire honneur. Je le conservai donc dans un bout de tissu au fond de mon sac de voyageur, et me dis que je trouverai bien un moyen de l'utiliser à sa juste valeur.

Très vite, on fit nos adieux au village d'orpailleurs pour descendre encore davantage dans le sud. Nous avions entendu parler de cette ancienne vallée inca qui avait achevé d'attirer notre curiosité. Electre poursuivit le voyage avec nous, et Victoire parvint à négocier un lama qui nous aida à porter nos bagages et ainsi faciliter la marche en direction de la Vallée Sacrée.

Le chemin était long et la route escarpée. Nous avancions à pas lents et précautionneux à travers la montagne aride et désertique. Parfois, le seul signe de vie que nous voyions de la journée était le vol majestueux d'un condor qui perçait l'immense ciel bleu dépourvu de nuages. Un jour, en lieu de condor, c'était le vol d'un dent-de-vipère du Pérou qui avait percé le ciel. Ce jour-là, nous nous sommes rapidement dissimulés derrière des rochers afin de nous assurer que le dragon ne nous repère pas. Mais je revois encore cet animal grandiose fendre les airs et le silence de la montagne de son cri déchirant. J'en ai encore des frissons.

Après plusieurs jours de marche, nous pouvions enfin voir les vestiges de la grandiose Vallée Sacrée. Emprisonné dans l'aridité de la cordillère, prisonnier à la fois du temps et du relief, un imposant temple inca se dressait devant nous. La pierre semblait tout aussi éternelle que la montagne qui l'entourait. Au delà des ruines, une habitation pourvue d'une cheminée d'où sortait de la fumée nous indiquait que le coin était habité. Victoire pointa du doigt des chevaux accrochés au flan de la montagne, et nous pressâmes le pas afin de retrouver le contact d'autres êtres humains.

Encore une fois, le pouvoir de Victoire s'avéra très utile. Seul un vieil homme vivait dans les environs. Un ancien chaman qui avait fait le vœu de protéger le site des invasions étrangères. Terriblement rabougri, une longue barbe grise et sale pendant au sol, l'homme semblait avoir au moins cent cinquante ans.

« Deux cent soixante six, pour être exact. » me corrigea Victoire, qui avait déjà commencé à échanger avec lui.

« Il garde le site sacré d'Atahualpa, dernier empereur inca, mort en 1533. Il a commencé à l'âge de 11 ans, et a repris le travail de son prédécesseur, mort en 1762, après avoir gardé le site pendant plus de deux cents.

- Hé bien, m'exclamai-je, elle est pas mal du tout l'espérance de vie par ici. L'air de la montagne, ça fait de ces miracles.

- Mais non, crétin. » fit Victoire en levant les yeux au ciel. Elle poursuivit sa conversation avec le vieil homme.

Le chaman sembla surpris de croiser une jeune femme qui maîtrisait si bien la langue ancestrale des incas, et se décida à lui raconter le secret de sa longévité. Les incas avaient un rapport particulier avec la mort. Ils sacrifiaient et momifiaient leurs enfants en offrandes à leurs dieux, souvent assoiffés de sang. Mais parfois, les dieux s'avéraient cléments, et permettaient à certains de ces enfants de revenir à la vie, afin qu'ils deviennent les gardiens de l'héritage de leur empire. Il leur offrait alors une longévité hors du commun. Il était donc littéralement un enfant de la montagne, envoyé par les dieux.

Nous étions tous les trois absolument fascinés par ce que nous entendions. Cette magie nous effrayait et nous fascinait en même temps. Avec l'accord du Chaman, nous passions donc quelques jours dans cette vallée sacrée, à visiter les anciens temples et à apprendre tout ce que nous pouvions sur cette ancienne civilisation. Electre était extrêmement enthousiaste et s'exclamait régulièrement que cela allait être si intéressant pour ses futurs cours. Elle restait longuement auprès du chaman, l'aidant à la préparation des repas. De mon côté, j'ignorais si c'était l'isolement ou le fait d'être confronté au thème de la mort, récurrent chez les incas, mais je me retrouvai plongé dans une introspection que je n'avais jamais réellement pris le temps de faire auparavant.

Je méditais de nombreuses heures durant, et en profitait pour faire lentement le deuil de ma grand-mère, partie d'une dragoncelle foudroyante quelques mois auparavant. Je comprenais alors que mon élan voyageur n'avait été qu'un moyen d'éviter à me pencher trop sérieusement sur la question de ce deuil. Quand on est loin de chez soi, les vivants semblent aussi loin que les morts, et il peut être aisé de penser que l'on retrouvera les deux à son retour. Je pleurai ainsi beaucoup, mais de larmes salutaires et bénéfiques.

Je pensais ensuite à mes parents. La vallée semblait bénéficier d'une atmosphère toute particulière, à la frontière entre morts et vivants, et je me sentais pour la première fois proche d'eux, eux qui auparavant n'avaient été que des images floues sur d'anciennes photographies. Je ressentais qu'ils avaient pu être vivants tout comme j'étais moi même vivant. Je sentais pour la première fois leur énergie qui pulsait dans mes veines. Je sentais cette énergie vitale, qui me traversait et traversait toute la terre. Dans ma transe presque mystique, je pris une décision. Le bracelet allait être un présent pour ma mère, afin de témoigner publiquement de la reconnaissance d'avoir reçu le présent de la vie.

Je faisais part de ma décision aux autres, qui l'accueillirent avec engouement. Le chaman me montra alors une incantation toute simple permettant de ramener à la terre un présent pour un non-vivant.

Le lendemain, sans que l'on sache pourquoi, Electre avait disparu. Je me dis que je ne devais pas être le seul à avoir été chamboulé par le contact avec le chaman. Je proposai alors à Victoire de partir aussi.

Nous avions donc repris la route à deux. Nous avons continué à travers la montagne, puis rejoint une route. Là, nous avions pu trouver un scooter qui nous avait permis d'atteindre encore plus vite la ville de Cusco. La ville était emplie de touristes un peu bohèmes qui, comme nous, étaient venus chercher un frisson sud-américain. En retrouvant le contact avec la civilisation, je remarquai que le voyage m'avait épuisé. C'était également le cas pour Victoire. On explora encore quelques jours la ville inca, pour nous rapprocher du quartier sorcier, pour enfin prendre le premier portoloin qui nous ramènerait à Londres.

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Ted avait finit son récit, et la petite assemblée écoutait ses derniers mots avec attention. Remus et Tonks regardaient fixement leur fils, qui leur adressait un sourire gêné. Il n'était pas donné à beaucoup de monde de pouvoir entendre quelqu'un parler de la difficulté de son deuil aussi explicitement, surtout quand le deuil vous concernait de manière si directe. Tonks tendit doucement sa main vers son fils qui la prit dans la sienne. Trop de questions et de sentiments contradictoires se bousculaient dans la tête du jeune homme, qui préféra laisser se dessiner sur son visage un sourire timide et plein de pudeur.

Harry, quant à lui, remettait les pièces du puzzle en place. C'était donc Mulciber qui avait déniché au fin fond de son voyage la formule permettant aux horcruxes de ramener les personnes à la vie. Si son voyage était initialement destiné à transformer l'ancien horcruxe et convaincre Ted de le placer dans la tombe de Tonks, il s'était avéré bien plus profitable quand elle avait pu en plus trouver la clé qui lui manquait : la formule permettant de faire le lien entre le monde des morts et celui des vivants. Formule qu'elle s'était empressée de communiquer au groupe de psychopathes qui préparait le retour de Voldemort.

« Bon sang, où se trouve cette garce de Mulciber ? » marmonna-t-il suffisamment fort pour que les autres l'entendent et se tournent vers lui.

Tous semblaient aller dans son sens, sauf Ted et Victoire qui n'avaient pas encore été mis au courant des récents évènements. Harry s'empressa de tout leur raconter, de la manipulation grossière et répugnante qu'elle avait eu sur James, à l'épisode des balais ensorcelés, en passant par sa tentative de lâcher Remus sous sa forme lycanthrope sur les enfants et sa fuite. Ted secoua immédiatement la tête alors que Victoire se couvrait la bouche en un geste horrifié.

« Ce n'est pas possible ! Je n'y crois pas ! s'exclama Ted.

- C'est pourtant la vérité.

- Non, Harry, tu ne connais pas Electre, insista le jeune homme. On a passé beaucoup de temps avec elle. Il … Il doit y avoir une explication. Elle n'est pas comme ça, je te le garantis. »

Harry lui lança un regard peiné. Tout comme James, Ted semblait avoir été victime du charme et de l'influence de la sorcière et refusait de voir la vérité en face.

NdA : John Lennon aurait dit « Le rock français, c'est comme le vin anglais », sous-entendu, c'est assez mauvais.

NdA2 : Oui, les russes jouent au Quidditch SUR DES ARBRES .

NdA3 : Bill avait bel et bien un correspondant brésilien qui lui a envoyé un chapeau ensorcelé quand il a dû abandonner le programme d'échange, faute de moyens financiers.

NdA4 : Le mapinguari est une créature légendaire d'Amérique Latine, à l'allure d'un énorme paresseux, avec un œil unique et une bouche immense située sur le ventre.