Bonjour à tous !

Me voici de retour pour un nouveau chapitre !

J'en profite pour répondre à Marie-A, qui a commenté en tant qu'invitée : Merci pour ta review ! Pour Durmstrang, j'avoue que j'ai toujours pensé que cette école était en Allemagne, et donc qu'on y parlait allemand. En faisant des recherches plus poussées, l'école serait plutôt située en Scandinavie, et son nom est même écrit en cyrillique, ce qui indiquerait en effet qu'on y parle peut-être russe… Mais l'école acceptant des élèves venant d'aussi loin que la Bulgarie, et l'Europe ayant une telle diversité linguistique, difficile de savoir en quelle langue sont dispensés les cours …

D'après les wiki que j'ai pu trouver, il y aurait 11 écoles de magie dans le monde, mais seulement 8 auraient été confirmées par JKR.

Après les émotions des derniers jours, la vie se ré-organisait de nouveau. Harry avait entouré la maison de sortilèges de protection pour éviter les curieux. La nouvelle de son éviction de la tête du département des Aurors avait déjà dû faire le tour du Ministère. Il avait pensé contacter le Ministre de la Magie, mais le vieil Eliott O'Toole était un arriviste de première. Harry ne serait pas surpris s'il avait lui-même quelque chose à voir avec ça. Il se souvenait de la dernière conversation qu'il avait eu avec lui, lors d'une soirée mondaine : « Il faut du sang NEUF, Potter ! - Monsieur le Ministre, avait-il répondu, je n'ai pas encore quarante ans ! - Je sais mon petit, je sais. Mais vous représentez tellement la Guerre, c'est déprimant. Il nous faut des figures qui représentent l'avenir, l'optimisme ! - Monsieur le Ministre, vous recherchez un département des Aurors efficace, ou vous préparez votre ré-élection ? ». La conversation n'était pas allée beaucoup plus loin, car le Ministre s'était éclipsé pour aller saluer le nouveau capitaine des étourneaux de Warminster.

Il allait devoir être vigilant, car il allait très vite savoir qui pouvait être de son côté et qui allait rapidement lui tourner le dos – voire le poignarder à nouveau dans le dos.

Mais il était déjà habitué à entendre les pires rumeurs à son sujet et cela ne lui faisait plus peur. Non, ce qui l'inquiétait bien davantage, était la sécurité de ses enfants. McGonagall lui avait envoyé un message pour lui dire qu'elle avait convoqué Lee et Delhia Jordan, et que l'état de leur fils était toujours stable. Le fait de le savoir hors de danger l'avait quelque peu rassuré et il avait pu rassurer également ses enfants, mais le fait d'imaginer le jeune Neil Jordan, d'habitude si vivant et si joyeux, immobile et sans conscience dans un lit d'hôpital achevait de le déprimer. Le point positif dans cette histoire était que très peu de journaux faisaient état de l'attaque contre Neil, qui avait été considérée comme un banal accident. Ce qui était d'ailleurs plutôt étrange, et Harry se dit qu'au Ministère, d'autres personnes devaient souhaiter masquer l'affaire. Mais cela arrangeait plutôt Harry. La méfiance des auteurs de l'attaque allait sûrement baisser, et s'il jouait serré, il allait pouvoir continuer à mener son enquête à Poudlard en conservant son poste de professeur invité. McGonagall lui avait d'ailleurs précisé dans son dernier hibou que son poste était plus que jamais d'actualité. D'autant plus que la soudaine absence de six élèves allait vite être remarquée et créer une certaine agitation.

Pour le moment, en attendant de remettre les pieds à Poudlard et de trouver des subterfuges pour toutes les questions que pourront avoir les élèves, il devait retourner au Ministère afin de récupérer tous les documents délicats concernant l'avancement de son enquête. Peu importe le jeu que jouait cette hyène d'Abercrombie, il ne fallait pas qu'il mette son sale nez dans l'enquête. Il jeta un coup d'œil à sa montre, qui indiquait six heures du matin. Le Ministère était fermé la veille, pour cause de pause dominicale, mais d'ici une heure, l'effervescence de fonctionnaires affairés allait reprendre et peu de temps après, son bureau aura été vidé, ravagé comme après le passage d'une nuée de sauterelles. Il avait donc peu de temps pour agir.

La maison dormait encore, et il se dirigea vers la grande cheminée du salon. Il alluma discrètement le feu dans l'âtre, en faisant attention de ne pas réveiller son épouse qui dormait dans la chambre du dessus. Quelques secondes plus tard, il était dans les couloirs déserts du Ministère.

Le gardien somnolait à son bureau, et releva vaguement un sourcil en sa direction, surpris de voir un fonctionnaire aussi matinal. Harry le salua sans s'attarder, et avança à grandes enjambées vers le département des Aurors où se trouvait son bureau.

Il passa devant l'immense statue représentant le monde des sorciers, qui avait été remise en place après la Guerre, et s'engouffra dans un des ascenseurs. D'un coup de baguette magique, il indiqua son étage, et l'ascenseur commença à virevolter dans tous les sens et à le bringuebaler sans ménagement pour l'amener à l'étage demandé.

Il s'avança dans les couloirs encore déserts et arriva très vite au niveau de son ancien bureau. Fort heureusement, se dit Harry, Abercrombie ne brillait pas par son intelligence et n'avait pas eu la présence d'esprit de se dire qu'il ne serait pas le premier à arriver ce matin-là. Le bureau était encore intact, et la serrure n'avait pas été changée. Il leva les yeux au ciel en se demandant ce qu'un amateur pareil allait bien pouvoir faire à son poste, et récupéra un carton dans l'immense armoire qui faisait face à son bureau. Dedans, il rassembla les papiers sensibles ainsi que tous les documents concernant d'autres affaires. Il s'y replongera plus tard quand les choses seront rentrées dans l'ordre. Il eut un pincement au cœur en rangeant les photos de son mariage avec Ginny ou de ses trois enfants posant fièrement en uniforme de Poudlard.

Il jeta un dernier coup d'œil à la pièce qui lui paraissait bien vide désormais. Il espérait pouvoir y retourner le plus rapidement possible, mais les temps étaient si incertains qu'il ne pouvait jurer de rien. Avant d'éteindre la lumière, il posa son carton comme s'il avait oublié un élément essentiel. D'un coup de baguette magique, il défit légèrement un des boulons de sa chaise de bureau. C'était certes mesquin et inutile, mais imaginer cet idiot d'Abercrombie se casser la figure lors de son premier jour à son poste lui remontait le moral. Un sourire mesquin aux lèvres, il se décida enfin à éteindre la lumière et à quitter la pièce.

Il se glissa de nouveau dans l'ascenseur qui reprit son ballet en sens inverse, les couloirs étant toujours aussi déserts.

Mais au détour d'un virage, une silhouette attira son attention. Qui donc était déjà au Ministère à une telle heure?

Curieux, il intima à l'ascenseur de revenir sur ses pas, et distingua plus nettement une chevelure blonde qu'il connaissait que trop bien. Il avait trop souvent vu ce catogan platine se pavaner dans les couloirs du Ministère pour que son sang ne fasse qu'un tour en l'apercevant.

« Lucius Malfoy ! » murmura-t-il, en sortant de l'ascenseur et en se dirigeant vers la silhouette qui semblait faire les cents pas avec impatience.

Il comprit son erreur en s'approchant davantage. L'homme sursauta en le voyant apparaître et le dévisagea.

« Potter ! » s'exclama-t-il, avec le dédain caractéristique de Draco Malfoy.

Si de loin, Harry pouvait comprendre son erreur, à la lumière des néons du couloir, plus de doute n'était possible. Le catogan n'était pas aussi impeccable que celui de son paternel et lui donnait un air d'ancien guerrier Viking, mais le genre de guerrier qui avait le temps de se raser de près et de s'enduire les cheveux d'après shampoing avant de se rendre sur le champ de bataille pour gagner sa place au Valhalla. Les mèches qui dépassaient semblaient avoir été calculées au millimètre, et ses vêtements étaient toujours aussi onéreux, mais moins classiques que ceux de son père. Son costume trois pièces était impeccable et aurait très bien pu le faire passer pour un riche moldu. Il avait toujours son air aristocratique et suffisant, mais force était de constater que ses choix vestimentaires ne venaient plus afficher avec autant d'ardeur la pureté de son sang.

« Malfoy ? Sursauta Harry. Que fais-tu ic… ? »

Il releva les yeux pour constater qu'il était dans les couloirs du département de la Justice magique. Il ne prit pas la peine d'aller au bout de sa question.

« Oh. » fit-il simplement.

Le regard de Draco resta impassible, mais Harry était un père lui aussi, et savait exactement déceler l'inquiétude qui le rongeait à l'heure actuelle.

« J'attends Granger. Ai-je le droit ou est-ce qu'espérer avoir un procès équitable pour mon fils serait trop vous demander ? »

Harry ne répondit pas immédiatement. Il avait ici une occasion rêvée de poursuivre son enquête, mais il allait falloir la jouer serrée. Après tout, il ne savait pas encore si Draco Malfoy avait joué un rôle dans toute cette histoire.

« Voyons, Malfoy, tu connais le sens de la justice qu'a Hermione. Avec elle, on a toujours œuvré pour que le droit soit appliqué. »

Le regard de Malfoy s'assombrit dangereusement.

« Ah oui, Potter ? Donc pour toi, arrêter un enfant de treize ans, c'est œuvrer pour la justice ? Tu as vraiment de la chance d'avoir la position que tu as, car j'aurais bien quelques sortilèges à te balancer si je n'avais pas peur d'empirer la situation dans laquelle est Scorpius ! »

Harry secoua la tête en signe de négation.

« Malfoy ! Je ne suis pas responsable de l'arrestation de Scorpius. Je peux te le jurer. Je ne suis plus à la tête du département des Aurors, et je pense que ce n'est qu'une question de jours avant que je ne sois même plus Auror. »

Malfoy écarquilla des yeux et semblait réticent à le croire.

« C'est la vérité, Malfoy. Je ne sais pas ce qui a amené à l'arrestation de ton fils, mais je t'assure que si j'avais été en charge, ce ne se serait pas passé comme ça. »

Il avait dû avoir l'air suffisamment sincère, car Draco sembla se détendre quelque peu. Harry poursuivit afin de le rassurer davantage. Il se disait que c'était pour mieux le mettre en confiance afin de mieux le cuisiner, mais il savait bien que c'était également par empathie de père.

« Si c'est Hermione qui s'occupe de l'affaire, tu peux être sûr que …

- Justement, Potter, ce n'est pas encore acté. Le Magenmagot doit se réunir pour savoir si cela ne donnera pas lieu à un procès en son sein, comme pour une affaire d'État. Granger est influente, mais pas au point de faire face à tout le Magenmagot…

- Tu as pu parler avec ton fils ? Demanda Harry.

- Juste avant son transfert, oui. Il était terrorisé. Il voulait parler à son grand-père. Bon sang, mais qu'est-ce que mon père a bien pu manigancer ! »

On y était, les sens en alerte, Harry tenta de guider la conversation vers Lucius Malfoy.

« Tu es encore proche de ton père ? »

Draco lui lança un regard offusqué.

« Tu veux dire de l'homme qui voulait faire de moi un assassin pour garder sa place auprès de Tu-Sais-Qui ? Tu es malade ? »

Il avait l'air sincère. Harry saisit discrètement sa baguette dans sa poche et lança un sort de legilimancie informulé. Oui, Draco était bien trop en colère pour penser à avoir la moindre protection mentale et disait la vérité. Harry voyait que le ministère commençait à s'agiter. Sachant que Hermione ne serait pas présente au Ministère avant neuf heures du matin, il proposa à Malfoy d'aller en parler autour d'un café, afin de ne pas croiser d'oreilles ou de regards indiscrets. Quelques instants plus tard, ils étaient dans le café du coin de la rue, et Harry s'amusait de voir Draco décontenancé par les moldus qui l'entouraient. Après s'être emparés de leurs boissons, ils s'assirent à une table et Draco reprit son récit.

« Mon père a commencé à être froid avec moi après ton entretien à la Gazette du Sorcier, dans lequel tu innocentais publiquement Snape. Selon lui, si j'avais eu le courage de tuer moi-même Dumbledore, Snape n'aurait jamais été directeur de Poudlard, et il aurait pu l'être à sa place.

- Drôle de façon de ré-écrire l'histoire. Je pensais qu'il regrettait son passé de Mangemort. Il a pourtant bien pleurniché à son procès.

- Des larmes de crocodiles. Il ne s'est jamais vraiment remis de la chute de Voldemort. Même ma mère le trouvait excessif, et le sujet venait toujours polluer les réunions de famille. J'ai essayé de faire bonne figure pour que Scorpius connaisse son grand-père, mais j'avoue que depuis le décès d'Astoria, je n'ai plus eu le courage de faire des efforts et j'ai préféré rester isolé quelques temps. »

Harry eut un regard compatissant. Le décès de Mrs Malfoy avait été soudain et il avait eu de la peine pour son ancien rival en entendant la nouvelle. Mais le visage de Malfoy n'avait rien exprimé à l'évocation de feue son épouse, comme si son esprit ne parvenait pas à se détacher de son problème présent.

« Bordel, reprit Malfoy, comment ai-je pu être aussi con ! Scorpius avait besoin d'aide, et au lieu de se tourner vers moi, il s'est tourné vers son grand-père ! Comment ai-je pu en arriver là ?»

Harry contempla son café d'un air morose. C'était exactement la même réflexion qui lui avait traversé l'esprit après la résurrection des six revenants. Son fils avait essayé de parler à un mort plutôt que de lui parler directement à lui.

« Ecoute Malfoy, c'est normal que les ados ne fassent parfois pas confiance en leurs parents. Ça fait partie de leur construction et ça ne veut pas dire que tu as été un mauvais père. »

Draco grimaça aux paroles de Harry, probablement piqué à vif dans son égo d'être ainsi conseillé par son ancien rival. Il reprit contenance et laissa Harry poursuivre.

« Maintenant, si tu veux qu'on aide efficacement ton fils, j'aurais besoin de ton aide. Que peux-tu me dire d'intéressant sur ton père pour le moment ? »

Draco le regarda intensément comme pour peser le pour et le contre. Il était étrange de se lancer dans une telle alliance avec Potter, mais le jeu en valait la chandelle. Il plongea son regard acier dans celui de son rival, et ce qu'il y décela - du respect, de la conviction et du professionnalisme, l'encouragea à coopérer.

« Mon père joue au vieil homme tranquille depuis quelques années, mais je sais qu'il continue à avoir une certaine influence au Ministère en finançant quelques partis politiques sous la table. Ma mère vient souvent se réfugier chez moi, car elle refuse de prendre part à certaines réunions qu'il organise chez lui. Ils ne sont pas nombreux, mais elle les suspecte de manigancer quelque chose de très sérieux. Elle a trop peur d'avoir des soucis avec le Ministère. Entre la perte de sa sœur – même si elles n'étaient pas proches – puis celle de sa bru – encore une fois, là non plus, elle ne la portait pas dans son cœur … Mais ça l'avait suffisamment affecté pour qu'elle ait juste envie d'être tranquille, désormais.

- Sais-tu qui vient à ces réunions ?

- Mmmh, laisse moi réfléchir. Je sais qu'il y a cette prof qui s'est enfuie récemment, la nièce de Mulciber. Felix Rosier, aussi.

- Le père de Morgane et Mordred ?

- Celui-là même. Ce sont les seuls auxquels j'arrive à penser, même si je sais qu'il y en avait d'autres.

- Envoie moi un hibou si cela te revient. »

Draco hocha la tête d'un air entendu. Il sonda ensuite l'expression de Harry comme s'il se doutait que l'auror ne lui avait pas tout dit.

« Sais-tu de quoi ils pouvaient bien parler ? Reprit Harry, feignant d'ignorer le fait que le blond le scrutait avec attention.

- Aucune idée. Mais j'ai comme l'impression que tu le sais déjà, non ? Sinon, pourquoi t'intéresserais-tu donc autant à mon père ? »

Harry se mordit la langue et prit un instant pour analyser l'expression de Draco, comme s'il cherchait le moindre indice lui permettant de décider de la confiance qu'il pouvait lui accorder.

« Ça sera justement à toi de me le dire. »

Draco posa sa tasse de café d'un air déçu.

« Et bien, moi qui pensais presque qu'on pouvait se faire confiance, Potter. Dommage. »

Il fit mine de vouloir mettre fin à la conversation et partir. Harry serra des dents et soupira.

« Bon, d'accord. Dans la nuit d'Halloween, un phénomène inexplicable s'est produit. Mes parents, Remus et Nymphadora Lupin, Sirius Black et Severus Snape sont revenus à la vie. »

Draco resta silencieux pendant quelques secondes, puis éclata d'un rire sonore.

« Et, poursuivit Harry en ignorant l'hilarité du blond, six élèves sont impliqués. Et Scorpius en fait partie. Ainsi que mes deux fils. Et je pense que les réunions de ton père sont liées à ça, mais j'ignore dans quelle mesure. C'est pour ça que j'essaye de coincer Lucius Malfoy. Je sais qu'il a été en contact avec ton fils. »

Le rire de Draco ne désemplit pas, et il dut poser sa tasse de café pour éviter d'en renverser de partout. Mais Harry continuait de le fixer le plus sérieusement du monde.

« Sacré Saint Potter, si tu n'existais pas il faudrait t'inventer. Tu aurais pu simplement me dire que tu ne voulais pas me le dire, mais au moins, tu m'as bien fait rire.

- Mais c'est la vérité, Malfoy.

- Tu penses que Granger est à son bureau ? » Fit Draco, en jetant un œil à sa montre. Manifestement, la plaisanterie de Harry commençait à l'ennuyer, et il cherchait à y couper court.

« J'en sais rien, répondit Harry, en éludant la question. Malfoy, je pense que tu pourrais largement m'aider dans mon enquête. Tu peux très bien reprendre contact avec ton père et voir ce qu'il manigance.

- Et j'obtiens quoi, en échange, Potter ?

- Un procès équitable pour ton fils. »

Draco éclata à nouveau de rire.

« Tu ne m'avais pas dit quelques minutes plus tôt que c'était déjà assuré ? De plus, je ne vois pas trop ce qu'un futur ex-auror pourrait réellement avoir comme influence. »

Harry resta silencieux, à court de proposition. Il finit par soupirer et dire d'une voix lasse.

« Ecoute Malfoy, c'est pas le moment de jouer à la négociation. Tu me connais, tu connais le sens de l'honneur des Gryffondors, et tu vois bien que je joue cartes sur table. Tu sais bien que dans tous les cas, je me battrai pour qu'un élève de Poudlard puisse avoir accès à un minimum de justice et de protection. Encore plus si le môme en question est ami avec mon fils. La question, c'est de savoir de quel côté tu es. Ceux qui se servent de ton fils, ou ceux qui cherchent à le protéger.

- Ok Potter, pas la peine de monter sur tes grands chevaux ! J'essayerai de me faire inviter à cette prochaine réunion. En échange, assure-toi que rien n'arrive à mon fils. Et convainc Granger de tout faire pour obtenir un procès équitable à Scorpius. »

Harry hocha la tête avec conviction, et serra la main de Malfoy. Un sentiment étrange le parcourut, mais il se sentit soulagé de voir que son ennemi du passé n'en était plus un dans le présent. Il avait bien trop d'ennemis à présent pour pouvoir se payer le luxe de passer à côté d'un potentiel allié.

oOo

S'il y a bien une chose à laquelle les quatre élèves résidant au Square Grimmault n'étaient pas préparés, c'était le zèle et l'enthousiasme que Lily Potter pouvait déployer dès le matin. Était-ce le fait qu'elle soit une ancienne excellente élève ? Ou son côté maternel ? Le fait était qu'elle avait passé le dimanche de la veille à concocter un programme d'étude pour chacun des élèves, en prenant soin de ne négliger aucune matière. Elle avait aussi rédigé les emplois du temps de chacun des revenants pour qu'ils puissent en fonction de leurs capacités aider les adolescents dans leurs études.

« James ! Lève-toi ! Tu dois aider James Jr pour son cours de métamorphose à 9 heures ! N'oublie pas qu'il a ses BUSEs à fin de l'année ! »

James Potter grogna pour toute réponse et se roula encore plus profondément dans les couvertures. Lily essaya de l'y extirper, mais n'eut en guise de retour que des grognements encore plus incompréhensibles.

Elle monta d'un étage et alla frapper à la porte de la chambre de Remus et Tonks.

« Remus ! Tambourina-t-elle, debout ! Tu as cours avec Rose en Défense contre les Forces du mal ! Tu dois l'aider avec le sort Carperetractum ! Tonks ! Lève-toi aussi ! Il faut que tu aides Albus à bosser son cours sur les métamorphomages ! »

Elle redescendit dans sa chambre pour constater que James se levait à peine, le regard torve et endormi.

« Et toi tu vas faire quoi ? marmonna-t-il en sortant péniblement du lit.

- Je dois aider Hayley pour son cours de potions.

- En gros il n'y a que Sirius et Snape qui ont le droit de dormir dans cette foutue maison ? »

Il se massa le visage, puis commença à s'habiller en continuant de marmonner. Lily leva les yeux au ciel.

« Non, j'ai dit à Sirius de venir t'assister avec James. Sinon, je lui ai dit de préparer quelques notes pour un cours sur les hippogriffes. Et Sev va venir m'aider avec Hayley. »

James cligna frénétiquement des yeux. D'un seul coup, il paraissait tout à fait éveillé.

« Avec Snape ? Tu … Tu as choisi les emplois du temps de chacun et du coup, tu as décidé de bosser avec… Snape. » constata-t-il d'une voix perplexe.

Lily rassembla quelques affaires sans relever la remarque de son mari.

« Oui. Il est le meilleur d'entre nous en potion, mais il paraît qu'il n'est pas des plus pédagogues, je me suis dit qu'on serait un binôme intéressant. » fit-elle distraitement en récupérant une plume et un encrier de sur le bureau.

James resta bouche bée, mais avant qu'il ne puisse réagir, son épouse avait déjà disparu dans l'embrasure de la porte. Il crut un instant que son poing allait se contracter de rage, mais il n'en était rien. Au contraire, il sentit au fond de lui une vague d'indifférence et cela l'inquiéta bien plus que s'il avait voulu fracasser la lampe contre le mur.

Lily se retrouva rapidement dans le salon qui servait également de chambre aux deux jeunes filles. Rose venait juste de finir de se préparer et allait rejoindre Remus pour son cours de défense contre les forces du mal. Elle semblait angoissée mais Lily la rassura en un sourire. Quand elle fut partie, elle se tourna vers Hayley, qui était encore en pyjama et qui finissait un mug de chocolat chaud.

« Hayley ? Tu sais que nous commençons notre cours dans moins de cinq minutes ? »

L'intéressée finit son mug d'une gorgée et une moustache de chocolat apparut sur ses lèvres. Elle se débarbouilla d'un geste de la main.

« ça y est, je suis prête ! Railla-t-elle en haussa des épaules.

- Mais enfin, tu ne vas pas t'habiller ? Fit Lily d'une voix un peu plus étranglée qu'à l'habitude.

- Pas besoin, je vais sûrement me tâcher pendant ce cours, puis on voit personne, aujourd'hui, non ?

- Euh, et bien … Ce n'est pas très conforme aux règles de sécurité. »

Hayley leva les yeux au ciel. Elle était manifestement d'une humeur massacrante et Lily mit ça sur le compte de l'adolescence.

« On doit revoir la potion de ratatinage, ajouta-t-elle sur un ton agressif, il n'y a vraiment rien de dangereux là-dedans. »

Lily ne trouva rien à argumenter et laissa la jeune fille sortir son matériel de potion en bougonnant.

« Bien, te souviens-tu des ingrédients ? » demanda Lily d'une voix énergique, essayant de changer de recentrer la jeune fille vers son travail.

Hayley commença à fouiller dans ses affaires.

« Il faut du jus de figue, non ? Et des chenilles ?

- C'est ça. Quel type de chenille ?

- Qu'est-ce que j'en sais … Des chenilles vertes ? »

Lily plaça les poings sur les hanches et espérait intérieurement que cela lui donnait un air autoritaire. Elle n'aurait pas pensé que les difficultés commenceraient si vite avec des adolescents.

« Hayley ! Je pense que tu n'as pas bien saisi la situation. Ce ne sont pas des vacances, mais des semaines de cours ! Donc il serait bien que tu y mettes un peu du tien ! »

Elle avait parlé d'une voix forte, mais Hayley ne se laissa pas impressionner.

« Oui bah c'est bon, je vais la faire cette potion à la noix. Pas la peine de hurler. »

Elle rassemblait ses ingrédients un part un en essayant de se rappeler des ingrédients et des ustensiles dont elle pensait avoir besoin. Alors qu'elle maugréait silencieusement, Lily se dit qu'elle était probablement partie du mauvais pied et se décida à changer de stratégie.

« Bon. Il se passe quoi ce matin ? » fit-elle d'une voix plus douce.

Hayley haussa des épaules sans rien dire et Lily attendit quelques instants.

« Tu es inquiète pour Scorpius ? »

La jeune fille releva la tête brutalement en s'exclamant :

« Oh non. Qu'il aille se faire voir ! Puis vous tous aussi d'ailleurs ! »

Lily resta encore silencieuse. Elle avait touché le point sensible, il fallait juste laisser les choses s'exprimer d'elles-mêmes.

« Vous pouvez pas comprendre, poursuivit la jeune fille sans même que Lily n'ait besoin de parler davantage. Vous pouvez pas comprendre ce que ça peut faire de … d'arriver dans un monde où vous ne connaissez rien, où vous n'êtes rien et … Oh, dans le monde des moldus, je pouvais être quelqu'un, vous savez ! J'avais déjà la célébrité, et tous les chemins s'ouvraient à moi … »

Lily ne voulut pas l'interrompre. Elle la regardait intensément, mais Hayley ne la regardait pas. Elle se contentait de marcher en rond dans le salon, et d'expulser tout ce qu'elle avait sur le cœur.

« Ah ça non, vous ne pouvez pas savoir ce que ça fait, de ravaler sa fierté, de redémarrer tout en bas de l'échelle sociale… Mais je l'ai fait. Sans me plaindre. Et j'ai cru que Scorpius pouvait être un soutien, un soutien qui paraissait au début infaillible. C'était ... »

Elle s'interrompit un instant, et son visage s'éclaira d'un bref sourire rêveur.

« C'était quelqu'un qui m'a fait découvrir tous les codes qui me manquaient. Quelqu'un en qui j'ai placé toute ma confiance, car … Car il m'a tendu la main quand j'étais la plus vulnérable… Et puis ...»

Le sourire rêveur s'effaça presque aussi rapidement qu'il n'était apparu, pour laisser place à nouveau à de la colère.

« Et puis voilà, tout s'envole en fumée. Je pensais que je pouvais être autre chose qu'une fille de moldus à ses yeux, mais je n'ai toujours été que ça. Celle qui peut à la limite être sa camarade de classe… Mais dès que les choses s'enveniment et qu'il faut choisir son camp, les masques tombent. »

Elle luttait désormais frénétiquement contre les sanglots qui semblaient prêts à éclater. Elle renifla et essaya de garder une contenance, mais Lily pouvait bien voir qu'elle était bouleversée. Elle invita Hayley à s'asseoir près d'elle et lui prit la main doucement.

« Et à ce moment-là, on ressent comme une …

- Trahison. »

Lily avait fini sa phrase presque instinctivement, et Hayley avait relevé un œil surpris en sa direction. Cette dernière l'entoura doucement de son bras et lui sécha les larmes de son autre main. La jeune fille ferma les yeux et se laissa bercer par les mouvements doux et réguliers de Lily.

« Il est terrible ce moment-là, poursuivit Lily. Ce moment où on comprend que l'autre a pris un autre chemin. Quand la personne qui avait été nos yeux dans ce monde plein de brouillard se met soudainement à traîner avec des personnes qui nous considèrent à peine comme des animaux. Ce qu'on ressent quand on entend les premières plaisanteries et que cet ami, en qui on avait placé toute notre confiance, esquisse le premier sourire ! »

Toujours dans le creux de ses bras, Hayley ne remarqua pas que Severus Snape venait d'entrer dans la pièce, mais cela ne passa pas inaperçu pour Lily. Tout en continuant de bercer doucement la jeune fille qui sanglotait désormais doucement contre son épaule, Lily croisa son regard et comprit très vite qu'il avait entendu le début de la conversation. Son expression se fit plus dure, mais elle poursuivit, sans que l'on puisse réellement savoir si elle s'adressait à Hayley ou à l'homme qui se tenait immobile devant elle.

« On se demande alors si notre ami avait toujours été comme ça, ou s'il a changé ? A-t-on été naïve ? L'univers entier semblait nous dire de nous méfier, mais on voulait y croire. On voulait vraiment voir ce qu'il y avait de plus beau dans cette personne… Puis on se dit qu'on devra peut-être un jour se battre contre cette personne… Parce que c'est notre existence même qu'elle semble remettre en question par ses choix de vie. Et c'est ça, qui est le plus effrayant. »

Sans rouvrir les yeux, Hayley acquiesça doucement en serrant dans sa main celle de Lily. Severus quant à lui, fixait intensément Lily, incapable de prononcer le moindre mot.

« Et bien c'est vrai qu'au début, on ressent de la colère. Elle est légitime cette colère. Parce que Se… Scorpius, ton ami, t'a trahie, et il n'avait pas le droit d'agir ainsi. Tu as donc le droit de lui en vouloir. »

Tout en parlant, elle ne quittait pas des yeux Severus qui était comme pétrifié.

« Après, on finit par moins y penser. La colère passe. On se reconstruit. On ré-apprend l'amitié. On ré-apprend à faire confiance. La vie continue. »

Toujours immobile, Severus se raidit encore davantage. Lily ne le quittait pas des yeux, sondant au plus profond de son être pour y déceler la moindre de ses réactions. Son regard habituellement si fier et assuré semblait avoir été envahi d'une humilité qu'elle ne lui connaissait que trop peu.

Elle inspira profondément.

« Et puis, un jour, parfois très longtemps après, ou peut-être très rapidement, on prend conscience qu'on ne voyait qu'une toute petite partie du tableau. Que cet ami était un être complexe. Et qu'il avait peut-être eu besoin d'aide à ce moment-là. Qu'au lieu de colère, on aurait peut-être pu remplir son cœur de compassion. »

Severus sursauta, mais Lily ne s'interrompit pas.

« Peut-être que ton ami a simplement besoin d'aide. Peut-être a-t-il besoin qu'on le guide. »

Hayley resta un long moment silencieuse, semblant prendre son temps pour intégrer ce que sa grande tante lui avait dit.

« Assez ! » résonna enfin la voix de Severus Snape, tranchant le silence brutalement.

Hayley ouvrit les yeux et le découvrit la dévisageant d'un regard noir.

« Jeune fille, c'est un cours de potion ici, pas une pyjama party, allez tout de suite vous rendre présentable et prête à vous concentrer sur votre potion de ratatinage ! »

Le ton avait été si ferme que Hayley ne se le fit pas répéter une deuxième fois et s'empressa de rassembler ses affaires pour se diriger vers la salle de bain.

Le silence se fit entre Severus et Lily, qui continuaient à se regarder sans oser dire un mot. Enfin, Severus parvint à ouvrir la bouche.

« Lily, je … Je suis désolé. »

Lily eut un sourire triste, empli de fatalisme et de nostalgie.

« Ça va. Ça ira. J'aurais peut-être pu ...

- Non. Ça ne va pas, fit-il d'un ton ferme. Et non, tu n'aurais pas pu ou dû ou je ne sais quoi. Tu as essayé de m'aider. Tu as fait ce que tu pouvais. C'est moi. C'est moi qui n'ai pas écouté. Tu n'as rien à te reprocher. C'est moi qui suis désolé. »

Elle ne le quittait pas des yeux et le contemplait de plus en plus intensément. Il semblait enfin comprendre la peine qu'il lui avait causée lors de leurs dernières années à Poudlard. Enfin, comme si cela la libérait d'un poids qui lui avait pesé pendant toutes ces années, elle murmura en un souffle :

« Merci. »

Severus hocha doucement la tête, puis releva malgré tout un sourcil surpris.

« Ce n'est pas la première fois que je te demande pardon. Pourquoi accepter mes excuses maintenant ? »

Le visage de Lily s'entr'ouvrit d'un sourire timide, un peu plus large que le précédent, et un peu plus joyeux.

« Parce que c'est la première fois que je te crois. »

Alors un poids équivalent à celui de Lily s'envola du cœur de Severus, qui sentit malgré lui ses lèvres se détendre en un sourire.