Bonjour à tous !

Et voici un nouveau chapitre !

Merci à « Guest » et à Marie-A d'avoir répondu et mieux exposé votre vision de Lily. J'ai tendance à trop en la parfaire, mais vos réflexions m'aident à mieux construire ce personnage qui est plus complexe et humain qu'il n'y paraît. Je pense qu'elle a le syndrome de la petite fille parfaite, qui vient d'une famille aimante et juste, et qui du coup pose sa moralité comme valeur absolue et, malgré toute son empathie, a du mal à réellement comprendre les difficultés qu'on peut avoir quand on vient de la « vraie » vie, celle sans privilège. J'avais jamais fait attention au petit sourire qu'elle manque d'esquisser dans la scène de la pensine, et en effet, il dit beaucoup sur elle, et sur peut-être sa difficulté à choisir entre son ami, et sa position de fille populaire (choix qui nous paraît évident, mais qui peut être complexe à 15 ans). Malgré tout, je n'irais pas jusqu'à dire que Severus n'a fait « qu'une » erreur. Je pense que son presque sourire amusé, et son manque d'indulgence, sont le résultat d'années entières à essayer de comprendre Severus et de le ramener vers le droit chemin.

Mais merci pour ce débat très enrichissant, j'espère ne pas ennuyer les autres en répondant ici… En tous cas, ça m'aide énormément pour la suite et ça m'inspire beaucoup !

Harry n'avait pas une minute à lui. Ce matin, il s'était rendu rapidement au Ministère, où son poste d'Auror était moribond. Abercrombie n'avait pas encore l'autorité pour totalement le démettre de ses fonctions, mais il l'avait mis à un poste qui lui rappelait fortement le placard où il avait grandi. Généralement, il faisait semblant de régler quelques papiers, ce qui lui permettait de maintenir son poste, et de laisser supposer à son nouveau chef qu'il acceptait sa nouvelle situation sans trop protester. Ce matin-là, il profita de sa visite au Ministère pour discrètement rencontrer Draco Malfoy, qui avait eu l'occasion de voir son père la veille. L'entretien fut bref. Il ne pouvait s'attarder, puisqu'il devait ensuite courir à Poudlard, pour aller dispenser ses leçons.

Ses cours de défense contre les forces du mal à Poudlard lui maintenaient une couverture bien utile. Il pouvait en effet garder un œil sur Morgane Rosier, la septième année que Hayley avait accusée le soir de l'arrestation de Scorpius. Mais l'élève, en bonne serpentarde, était extrêmement prudente et maligne. Il avait essayé d'intercepter son courrier, mais rien ne ressortait de sa correspondance, et à aucun moment il n'avait pu, dans les jours qui avaient suivi le concert, observer le moindre comportement suspect. La semaine s'était avancée, et mis à part quelques questions sur l'absence de ses fils et de leurs amis – sujet sur lequel Harry était resté évasif – tout semblait suivre son cours à Poudlard.

Hagrid avait installé le grand sapin dans la Grande Salle, et les professeurs faisaient léviter les traditionnelles décorations. Harry se prit au jeu de les observer, un sourire attendri aux lèvres alors qu'il se remémorait l'émerveillement qu'il avait eu la première fois qu'il avait vu l'immense arbre de Noël siégeant près de la table des professeurs. Il croisa le regard de Lily, dont les yeux verts pétillèrent de la même façon que les siens quelques décennies plus tôt, et il lui adressa un petit signe de la main, auquel elle répondit joyeusement, avant de poursuivre sa conversation avec Hugo.

Il n'avait malheureusement pas le temps de s'attarder, et devait vite emprunter le réseau de cheminée, afin de se rendre au Square Grimmault.

Là aussi, la vie s'était peu à peu organisée et suivait son cours. Les élèves révisaient studieusement, mais attendaient avec impatience la fin de la semaine qui allait marquer pour eux le début des vacances. Lily et Tonks avaient insisté pour faire installer un arbre de Noël qui ajoutait un air festif au lugubre salon de la Noble famille Black. Sirius s'était d'ailleurs amusé à ajouter des fausses barbes de Père Noël aux différents portraits de ses ancêtres, et on pouvait même parfois surprendre Kreattur fredonner quelques mélodies de Noël pendant qu'il préparait de délicieux biscuits à la cannelle.

Il pénétra dans le salon et Remus lui tendit immédiatement un chocolat chaud, comme si son arrivée avait été minutée à la perfection. Il s'assit dans le canapé et huma la douce odeur sortant de sa tasse.

Après s'être enquis de l'avancement du travail scolaire de ses enfants, puis donné quelques nouvelles de Poudlard, Harry aborda tout de suite la raison principale de sa visite :

« J'ai vu Malfoy ce matin. Draco, précisa-t-il. Il a vu son père. Lucius aurait une antenne au Ministère pour faire sortir son petit-fils de prison. Il serait en réalité derrière son arrestation, et la soudaine montée en puissance de ce crétin d'Abercrombie. Faire arrêter Scorpius n'était qu'une étape pour mieux le manipuler ensuite. L'idée serait de continuer à le former à la magie noire. »

Il s'était attendu à une réaction de la part au moins de son cadet, mais tous restèrent silencieux.

« La sortie serait prévue pour samedi. Il n'y a malheureusement pas grand-chose à faire. Draco va tenter de lutter contre l'influence de son père, mais vu que c'est Lucius qui va permettre sa sortie, il lui sera difficile de s'opposer à ses décisions. Mais sa présence nous garantit une certaine source d'informations. »

Les adultes hochèrent la tête pensivement, et Albus restait toujours aussi étrangement silencieux.

« Je n'ai malheureusement pas d'autres nouvelles que celles-ci. Abercrombie semble avoir des difficultés à se débarrasser complètement de moi, et je ne trouve rien en espionnant Morgane Rosier. On ne trouve toujours pas quel serait le sixième objet ayant permis votre retour... »

Il se massa le front d'un air préoccupé et Lily lui prit doucement le bras pour l'aider à se détendre.

« Harry, tu fais tout ce que tu peux. Les choses vont vite se décanter, ne t'inquiète pas. »

Il soupira et finit par acquiescer. A nouveau pressé par le temps, il regarda sa montre, et se releva brutalement.

« Je vais déjà devoir y aller, j'ai un cours qui m'attend avec les quatrièmes années Poufsouffle et Serdaigle. »

Il avait déjà reposé son mug sur la table basse et après avoir rapidement salué tout le monde, il disparut dans la cheminée.

Sirius vérifia dans la cheminée qu'il était bien parti, et se tourna ensuite vers les autres.

« Bon, au moins, ça règle la question de la date. Il faut faire évader Scorpius avant samedi. »

Les réactions parmi les autres furent diamétralement opposées.

« Quoi !? S'exclama Lily, ne me dis pas que vous maintenez ce plan complètement fou ! Harry vient juste de nous dire qu'il va sortir de prison …

- Pour ensuite se retrouver sous l'influence de son grand-père ! Répliqua Sirius. Hors de question de laisser faire ça !

- Sirius a raison ! S'exclama Albus. Il faut plus que jamais aller l'aider.

- Mais enfin, s'il a l'opportunité d'être libéré de manière légale … » argumenta Lily.

Sirius la regarda d'un air grave qu'il n'avait pas l'habitude d'arborer.

« Non, Lily. D'une, on ne peut pas le laisser une minute de plus que nécessaire dans cette prison de fous. Pense à tous les récits terrifiants que tu as pu entendre sur Azkaban … Et dis-toi qu'ils sont encore loin de la réalité. »

Lily frissonna et arrêta d'argumenter.

« Ensuite, continua Sirius, ne sous-estime pas l'influence que peut avoir le patriarche d'une famille de sang pur. Au plus vite on sort ce môme des griffes des Malfoys, au mieux tout le monde se portera. »

Il croisa le regard de Severus qui approuva gravement.

« S'évader d'Azkaban est un acte très grave, intervint Tonks, pensive. Est-ce qu'on ne le mettrait pas dans un pétrin encore plus sérieux ?

- Enfermer un mineur est déjà largement contraire à la loi, qui plus est sans procès, répondit Severus. Son évasion se défend largement devant une cour de justice.

- Et toi James, t'en penses quoi ? Fit Lily en se tournant vers son mari.

- J'en sais rien… Je pense que Sirius a raison malgré tout. Des fois, il faut donner un coup de pouce aux choses. »

Alors que les choses semblaient entendues entre tous les adultes, Hayley se permit d'intervenir, en posant son appareil sur ses genoux, et en l'ouvrant. Elle désigna l'écran et chacun se rapprocha pour mieux voir ce qui y apparaissait.

« De mon côté, j'ai réussi à obtenir des plans en trois dimensions d'Azkaban. Guidés par Sirius, un groupe pourra se rendre vers la prison. Il y a des gardes situés sur le toit qu'il faudra neutraliser. Ils sont au nombre de trois, chacun dans un angle de la prison. Ils sont chacun posés sur une dalle, qui maintient un système de sécurité. La difficulté sera de les neutraliser en s'assurant qu'ils ne quittent pas leur dalle – car à ce moment là, toutes les alarmes de la prison se déclencheraient. En même temps, un groupe devra entrer par en bas, via l'évacuation des eaux usées. Côté Ouest, il y a cette grande douve qui doit normalement laisser le passage à des êtres humains, si la carte est à l'échelle.

- Oui, confirma Sirius. J'étais passé par là quand je m'étais évadé. Il faut juste ne pas être trop grand.

- Je vous conseille de passer par là, car c'est là que se trouve la loge du gardien. Celui-ci part en pause à un horaire précis qui change quotidiennement et que je pourrais récupérer normalement demain matin à six heures. Ces pauses doivent durer exactement sept minutes, ce qui vous laisse le temps de venir forcer le coffre qui comprend les clés des cellules, mais également les baguettes des prisonniers. Scorpius est dans la cellule 394, au dixième étage. Il faudra arriver à monter vers sa cellule, le libérer, et ensuite, remonter avec lui les dix étages restant vers le haut. »

Un silence admiratif s'installa quand la jeune fille eut fini ses explications. Il était incroyable qu'autant d'informations aient pu être trouvées en si peu de temps rien qu'en pianotant sur un appareil moldu.

« Reste à savoir qui prend part à la mission. » fit James Junior, d'un ton qui ne laissait aucun doute sur le fait qu'il y prenait part.

Hayley fut la première à répondre.

« Je vais rester ici pour vous guider. Prenez ces écouteurs et ces téléphones. » Elle en tendit un à Rose et un à James junior, qui tendaient la main d'un air perplexe. « Par ce moyen, je pourrais vous guider si je trouve une autre information. »

Remus eut un soupir attristé.

« Je suis encore fatigué de la précédente pleine lune. Je ne serais pas utile si je venais avec vous. »

On pouvait entendre au son de sa voix combien cela lui coûtait de ne pas participer à l'aventure avec ses compagnons. Tonks lui massa le cou affectueusement. Elle resta pensive un instant.

« Qui garde la prison, si ce n'est plus les détraqueurs ? Demanda-t-elle.

- Des aurors. Ils se relaient, par relèves d'une semaine. Ce sont souvent des jeunes aurors en formation, ça fait partie de leur bizutage, répondit Hayley.

- Oh. Intéressant. » fit-elle mystérieusement, en continuant de masser Remus.

Elle réfléchit un instant, puis reprit la parole.

« On pourrait aller mettre un peu de boxon au département des Aurors. Rien de bien méchant, mais ce qu'il faut pour que ces jeunes sorciers aient envie de quitter leur poste pour aller voir ce qu'il se passe au Ministère.

- Tonks ! Tu es brillante ! S'exclama Lily.

- Parfait, tu viens donc avec moi, j'ai quelques idées... »

Lily écarquilla les yeux, ne s'attendant pas à se retrouver si vite avec un rôle à jouer.

« Nous avons deux balais, énuméra James Junior, en évoquant les deux balais qu'il avait réussi à voler à l'équipe de Serpentard.

- Trois, ajouta James Senior, en désignant le balai que lui avait déniché Sirius. Il faut au moins trois personnes sur le toit, pour neutraliser les gardes. Et il faudra également deux ou trois personnes pour arriver vers le bas … Il nous manque donc des balais ... »

Albus et son frère échangèrent un regard complice et un sourire espiègle vint se dessiner sur leurs visages.

« Ou tout autre moyen de locomotion... » fit James Junior d'un air cabotin, en se tournant ensuite vers Sirius.

Il lui agrippa le bras, et l'entraîna vers la trappe qui menait à la cave de la maison, les autres sur ses pas.

Ils descendirent les escaliers situés sous la trappe et Sirius alluma sa baguette. Il put alors distinguer les toiles d'araignées qui trônaient depuis des années sur les étagères et son nez fut immédiatement pris par une odeur d'humidité et de vieux cartons. C'était le seul endroit du Square Grimmault qu'il n'avait pas rangé.

Dans la cave, trônait une grande bâche dissimulant une étrange silhouette. Sirius et James Senior comprirent instantanément et s'exclamèrent d'une même voix :

« La Triumph ! »

D'un geste de baguette, Sirius releva la bâche qui la recouvrait avec la même douceur que s'il avait relevé la jupe d'une jolie fille. Ses yeux brillèrent à mesure qu'apparaissait sous ses yeux l'engin. Entièrement rénovée, elle luisait de mille feux sous le lumos de sa baguette. Il laissa glisser ses mains sur les courbes de la machine d'une caresse affectueuse.

« Oh mon dieu, elle est toujours aussi belle…

- Bon, on continue de parler du plan, avant que Black n'ait une érection ? Ironisa Snape.

- T'aimerais bien ! » Lui lança Sirius du tac au tac, sans quitter la moto des yeux.

Snape manqua de s'étrangler à la remarque, mais n'eut pas le temps de le menacer de mort comme il l'aurait souhaité, car James, qui était lui aussi encore absorbé par la contemplation de la moto, énonça :

« Elle peut embarquer trois personnes, avec le side-car. Sirius, tu la conduis mieux que quiconque, tu embarques donc dessus et vous vous dirigez vers l'entrée au rez de chaussée. Emmène Albus avec toi, vu qu'il est encore petit.

- Hey ! Protesta Albus.

- En taille, pour te faufiler. » répondit James, en lui adressant un clin d'oeil.

Albus répondit par un sourire soulagé.

« Je viens aussi, sur la moto ! s'exclama Rose. Je fais la même taille qu'Albus. »

Son ton était si déterminé que personne n'osa argumenter.

« Ce qui fait, poursuivit à son tour Snape, que Potter Senior et Junior, et moi-même irons vers le toit, en balai. »

Il se retint de grimacer à la perspective de se retrouver sur un balai. Mais c'était le moyen le plus efficace de faire le trajet aller sans trop lui prendre trop d'énergie. Pour le retour, il avait déjà son idée.

« Attends, l'interrompit James. Il y a un souci. Comment on ramène Scorpius ?

- Je lui passerai mon balai, répondit Severus, d'un ton assuré.

- Et tu rentreras comment ? Demanda James, d'un ton qui aurait presque pu laisser supposer que la question l'inquiétait.

- Ne te préoccupes pas de ça. » fit Snape pour toute réponse.

James éclata de rire.

« Ah ! Tu as un plan ? Tu vas rentrer comment ? En vol sans support ? » Son rire se poursuivit, mais Snape resta silencieux. Le rire de James mourut étrangement dans sa gorge et il n'insista pas. Il se tourna néanmoins discrètement vers Sirius et lui chuchota : « il déconne, non ? » d'un air soucieux.

oOo

Le lendemain matin, l'aile des Aurors au Ministère s'était retrouvée mystérieusement recouverte d'un étrange glacier digne des facéties les plus audacieuses des frères Weasley. Les escaliers s'étaient transformés en une immense piste de luge. Les Aurors chargés de la formation des futurs garants de la paix sorcière, naviguant maladroitement entre diverses batailles de boules de neige, peinaient à trouver les coupables du méfait tandis qu'arrivaient en des « pop » incessants les différents étudiants voulant à leur tour profiter du chaos en ce qui deviendrait probablement une des journées les plus mémorables de leur formation. Alors que chacun spéculait sur l'identité des fauteurs de troubles, Lily et Tonks revenaient dans la cheminée du Square Grimmault, un rire espiègle accroché à leur visage, et des flocons dans les cheveux pour seuls témoins de leur culpabilité.

« Bien ! S'exclama Hayley en les voyant revenir, les yeux rivés sur son ordinateur. La prochaine pause est dans 123 minutes. Si vous partez maintenant, vous devriez arriver pile au moment de la pause du gardien. Rose et James, est-ce que vous m'avez entendue ? »

Elle ajusta le microphone de son casque et perçut la réponse positive de ses amis, qui étaient déjà devant le parvis de la maison. Le quartier était désert et des sorts pour repousser les éventuels moldus avaient été placés tout autour. Les deux James flottaient déjà dans le ciel nuageux de décembre, et Snape ajustait sa position sur son balai avec réticence. Sirius faisait déjà rugir le moteur de sa moto, alors qu'Albus finissait de serrer la lanière de son casque et que Rose se calait confortablement dans le side-car.

« Ok, Hayley, on décolle ! S'exclama James Junior en faisant signe aux autres.

- Roger ! » lui répondit la voix de la Serpentard dans son oreille.

James fronça un instant des sourcils, ne comprenant pas la réponse de son amie, puis, haussa les épaules pour se lancer à la poursuite de son grand-père et de Snape qui s'élevaient déjà dans les airs. La moto de Sirius vrombit derrière lui et tous s'élevèrent au dessus des nuages pour filer vers l'est, en direction de la mer du Nord.

Le vent glacial venait frapper leurs visages, et pendant quelques temps, ils ne virent que l'étendue infinie des nuages gris se déployant à perte de vue. Le soleil qui s'élevait lentement devant eux peinait à les réchauffer.

Au bout d'un moment, Sirius, qui était passé devant eux pour leur indiquer le chemin, leur adressa un large geste de la main, semblant pointer vers le sol. Ils avaient quitté les terres, et pouvaient redescendre en altitude sans prendre de risque d'être vus des moldus.

James modifia sa trajectoire et pointa vers le sol, pour fendre à toute vitesse à travers la couche épaisse de nuage. Le froid se faisait moins incisif à mesure qu'il descendait, et très vite, il arriva à quelques mètres de la surface de la mer qui s'agitait juste en dessous d'eux.

Des vents violents venaient ballotter les vagues qui s'abattaient avec fracas les unes contre les autres. Il perdit encore en altitude pour venir glisser près de la surface secouée de la mer, et sentir les embruns lui chatouiller le visage. Il jouait dangereusement avec les immenses rouleaux qui manquaient à chaque fois de l'emporter au fond de la mer.

Il entendit la voix de son grand-père l'appeler plus haut, et se décida à contre-cœur d'arrêter de jouer avec les éléments et de remonter un peu plus dans les airs.

Le trajet se poursuivit, et ils ne croisèrent qu'une frêle embarcation qui était bien trop occupée à braver la tempête pour remarquer que trois balais et une moto volante s'élevaient au dessus d'elle.

Enfin, l'immense tour de la prison d'Azkaban perça l'horizon et apparut devant eux. La moto de Sirius ralentit légèrement et James Senior se mit à sa hauteur pour lui adresser un signe de tête d'encouragement. Sirius inspira profondément et se ressaisit, tournant fermement l'accélérateur pour foncer à nouveau vers la sinistre tour dressée devant eux.

La prison était posée sur un îlot étroit qui semblait sorti de nulle part. La maigre surface au sol était presque entièrement occupé par un espace recouvert de sinistres talus de terre qui s'amoncelaient comme si le champ avait été bombardé de milliers d'obus qui auraient mis sens dessus dessous la terre stérile de l'île.

Alors que les deux James et Severus s'élevaient dans les airs pour rejoindre le sommet de la tour, Sirius négocia sa descente, trouvant une étroite bande de terre suffisamment plane pour lui permettre d'atterrir sans trop de difficultés.

Son visage était fermé, et Albus et Rose, habitués depuis quelques jours à la jovialité communicative du sorcier, ne l'avaient jamais vu comme cela. Son regard était aussi froid que le vent qui leur avait fouetté le visage et aussi inexpressif que le paysage désolé qui les entourait. Une odeur oppressante vint leur prendre les narines sans que Rose ne puisse immédiatement l'identifier.

Elle observa les lieux en frissonnant. Elle jeta un œil curieux en direction d'un des talus d'où semblait sortir un morceau de tissu blanc. Elle voulut s'approcher mais la voix de Sirius la retint immédiatement.

« C'est un linceul. Comme souvent, le corps n'a pas été bien enterré. »

Rose comprit alors l'odeur pestilentielle qui lui avait pris le nez dès leur atterrissage. Ils avaient atterri au milieu du cimetière de la prison d'Azkaban. Les talus n'étaient que la terre recouvrant les corps qui gisaient sans même qu'on ait pris la peine d'y dresser des stèles. Sans même qu'on ait pris la peine de les recouvrir convenablement, et sans même, pensa Rose avec effroi, qu'on ait pris la peine de leur offrir un dernier sacrement ou un dernier hommage. Ce n'étaient plus des hommes qui gisaient sous la surface de la terre, mais à peine un amas de détritus qu'on recouvrait pour l'hygiène. Ils avaient d'ailleurs probablement cessé d'être des hommes longtemps avant de mourir. Elle sentit une boule se former soudainement au creux de son estomac et réprima une violente envie de vomir.

« Ne nous attardons pas, les enfants. » fit Sirius en leur pressant le pas.

Il descendit de la moto et attira les deux jeunes sorciers vers les murs de la forteresse. L'immense porte s'élevait devant eux, impénétrable, se dressant quelques mètres devant un embarcadère où aucun bateau n'était accroché. Sirius contourna la porte pour s'approcher du petit canal situé en contrebas. Une grille bloquait l'accès, tout en laissant l'eau usée s'évacuer vers la mer. Une grille empêchant certainement le passage d'un homme ou d'une femme adulte, mais dont les barreaux étaient assez larges pour qu'un adolescent ou un chien s'y faufilent.

Sirius se transforma et plongea le premier dans l'eau glaciale, suivi ensuite par Rose et Albus, qui ne semblèrent pas hésiter l'espace d'un instant. La vision de l'effroyable cimetière avait terminé de les convaincre qu'il fallait libérer Scorpius de cet endroit le plus vite possible.

Ils parvinrent tous trois à passer la grille et nagèrent jusqu'à une berge où ils grimpèrent, pour rapidement se sécher d'un sort de réchauffement. Sirius resta sous sa forme animale, et commença à renifler le sol avec attention, à l'affût d'une piste qu'il aurait conservée au fond de sa mémoire depuis des années. Il sembla la trouver et leur indiqua la route à suite en avançant d'un pas discret et silencieux. Albus sortit de sa poche la cape d'invisibilité, et les recouvrit tous trois.

Rose fit pointer le petit microphone vers sa bouche pour donner des nouvelles discrètes à Hayley, qui était restée de l'autre côté de la ligne.

« On poursuit dans un étroit couloir, on avance vers le sud.

- Vous allez bientôt atteindre le bureau du gardien. Restez silencieux. Il prend sa pause dans deux minutes et quarante secondes. Je vous ferai signe quand il quittera son bureau, ce sera le seul moment où vous pourrez vous dévoiler. »

Au signal de Hayley, ils trottèrent discrètement vers le bureau du gardien pour s'y faufiler avant que la porte ne se referme derrière lui. Ils s'empressèrent alors de fouiller dans les innombrables tiroirs qui se trouvaient devant eux.

« Autant chercher une aiguille dans une botte de foin ! » s'exclama Rose, l'angoisse perlant légèrement dans sa voix.

Sirius se retransforma en humain et s'empara de sa baguette.

« Accio clé 394 ! Accio baguette de Scorpius ! »

La clé vint rapidement se loger dans sa main gauche, mais la baguette semblait lutter pour tenter de s'échapper d'un volumineux coffre dont elle était prisonnière.

Il fit signe aux enfants de sortir de la pièce et lança un « bombarda maxima ! » sonore qui vint exploser le lourd cadenas de la malle. Il put ainsi récupérer la baguette du jeune Malfoy et la lança à Albus qui l'attrapa au vol.

Tout se passait comme prévu. Quelques minutes plus tard, alors que Hayley leur confirmait que les deux James et Severus maîtrisaient pour le moment les trois gardes sur le toit, ils se retrouvaient devant la cellule de Scorpius. Rose s'empressa de déverrouiller la porte à l'aide de la clé, tandis que Sirius gardait un œil sur le couloir, en tentant d'ignorer les suppliques qui sortaient des cellules avoisinantes.

Une fois la porte ouverte, Albus se précipita à l'intérieur pour se jeter auprès de Scorpius. Mais il s'arrêta net, car ce qu'il vit dans la cellule lui glaça le sang.

Dans la cellule mal éclairée, seul un mince filet de lumière passait à travers les barreaux, à peine suffisants pour distinguer la silhouette recroquevillée de Scorpius. En quelques jours, le beau jeune garçon aux cheveux lumineux était devenu une pâle poupée de chiffon dont les crins retombaient sans forme sur son visage sale émacié. Ses yeux étaient aussi vides et creux que s'il avait été mort et seul un léger et régulier sursaut de sa poitrine semblait indiquer qu'il était encore en vie.

Albus resta pétrifié et parvint enfin à s'approcher et à balbutier :

« Scorp' … »

Scorpius resta immobile et ne sembla même pas remarquer son intrusion. Albus s'approcha, et se pencha doucement vers lui, pour lui toucher doucement l'épaule. Ce contact physique eut pour effet de faire bondir le garçon qui s'enfuit et se recroquevilla encore plus dans le fond de la cellule humide.

« Sirius ! Appela Rose qui était restée dans l'entrebâillement de la porte, on a un problème ! »

Après une dernière vérification dans le couloir, Sirius accourut et sembla très vite comprendre quel était le souci.

Azkaban était un endroit terrible, et le plus dur étaient bien souvent les premiers jours. Beaucoup n'y survivaient pas mentalement, et il avait vu beaucoup d'adultes sombrer dans la démence en quelques semaines. Réprimant sa terreur de rentrer à nouveau dans une cellule, il avança de quelques pas en direction de Scorpius, et s'accroupit pour se mettre à sa hauteur, tout en gardant quelques mètres de distance.

« Hé, gamin ! » appela-t-il doucement. Scorpius ne réagit pas, les yeux toujours rivés vers un point invisible.

Il s'assit alors plus confortablement, faisant un signe discret à Albus et Rose pour leur indiquer qu'il allait falloir être patient et qu'ils pouvaient lui faire confiance. Ils vinrent alors se positionner derrière lui. Rose rangea machinalement ses écouteurs dans sa poche, en indiquant rapidement à Hayley qu'elle la recontacterait plus tard.

« Scorpius, reprit Sirius de la même voix douce. Scorpius Malfoy. C'est Sirius Black. Tu te souviens ? Tu m'as aidé à ranger la maison de ma famille. Enfin, aidé, c'est vite dit... »

Et sous le ton léger et badin de la conversation, la magie s'opérait peu à peu. Sirius continuait à parler lentement mais sans réellement s'arrêter, et à chaque phrase, Scorpius semblait miraculeusement se détendre et revenir à une certaine réalité, sous le regard soucieux de Rose et Albus.

Son regard sembla enfin s'allumer, mais il ne semblait toujours pas prendre conscience de l'environnement qui l'entourait.

« Mais, maman, murmura-t-il les yeux perlant de larmes, les médicomages vont réussir à te sauver et…

- Non Scorpius, fit Sirius d'une voix douce mais ferme. Ta maman n'est pas là. Il faut que tu luttes. Il faut que tu comprennes. Tu es à Azkaban. Mais tu n'es pas seul. Albus et Rose sont avec moi. On est là pour t'aider.

- Maman… implora la voix brisée du jeune garçon.

- Non, Scorpius. Il faut lutter. C'est Sirius. Reviens à la réalité. »

Il fit un geste rapide à Albus pour l'encourager à parler à son tour.

« Hé, Scorp'. C'est moi, c'est Albus. Il faut que tu rentres à la maison. Viens, tu nous manques. » fit-il d'une voix tremblante.

Doucement, les yeux de Scorpius semblaient revenir peu à peu à la réalité. Il cligna des yeux, et comme sortant d'un rêve étrange, se tourna d'un air effrayé vers Sirius, Albus et Rose. Il trembla soudainement frénétiquement comme si son corps réalisait enfin la faible température de la pièce et Albus se jeta à son cou pour le serrer aussi fort que possible, autant pour le réchauffer que pour se rassurer lui-même.

« On s'en va d'ici. » lui murmura-t-il à l'oreille, tandis que Sirius et Rose l'aidaient à se relever avec un sourire encourageant.

A suivre. Très prochainement.