Bonjour à tous !
Et voici un nouveau chapitre, qui est un sacré tournant dans l'histoire. J'ai hâte de lire ce que vous en avez pensé !
Bonne lecture.
La tension était redescendue et le chemin du retour, sans le sentiment d'urgence et l'angoisse de l'aller, semblait bien plus tranquille et serein. La moto de Sirius ronronnait doucement à travers les nuages. Albus s'accrochait au dos de Sirius, en jetant régulièrement des regards inquiets en direction de Scorpius qui dormait profondément dans le side-car. James Junior faisait lourdement flotter son balai dans les airs, Rose accrochée à ses épaules, et ils semblaient avancer comme un gros bourdon vers l'horizon et vers les côtes anglaises qu'ils apercevaient déjà.
James Potter Senior s'était mis quelque peu à l'écart. Il n'aurait su dire pourquoi, le vent qui flottait doucement près de ses oreilles le mettait dans une humeur propice à l'introspection. Il gardait néanmoins un regard inquiet sur Severus Snape qui avançait devant lui, sursautant parfois quand le sorcier, affaibli, semblait quitter sa trajectoire. Mais Snape se ressaisissait à chaque fois.
Il devait admettre qu'il avait été époustouflé par la capacité de Snape de voler sans support, et il comprenait désormais les mises en garde de Remus. Snape était probablement un adversaire redoutable désormais, et il était certainement mieux de l'avoir dans son camp. Il le voyait lutter contre l'épuisement et son obstination à refuser l'aide que James lui proposait venait forcer encore son admiration. Snape avait toujours été fier et stupidement obstiné, et pour la première fois, James le regardait d'un œil nouveau.
Il devait avouer qu'il avait hésité quand Snape s'était retrouvé agenouillé devant lui, par le sortilège de Malfoy. On met difficilement de côté plusieurs décennies de rancunes et les stigmates des blessures de guerre. Et à l'idée que Snape ait pu, de près ou de loin, avoir été responsable de la souffrance de Harry ou de la mort de Sirius, son sang s'était mis à bouillir. L'espace d'un instant, la haine et la fureur qu'il avait ressenties avaient été si fortes qu'il avait failli foudroyer sur place son ancien ennemi. Pourquoi ne l'avait-il pas fait ? Tout était encore un peu confus dans sa tête. Harry lui faisait confiance. Remus lui faisait confiance. Sirius lui faisait confiance. Il ne voyait vraiment plus de raison de ne pas lui faire confiance. Et puis, il y avait eu le sourire narquois de Lucius. Car si James haïssait de toute son âme les mangemorts, il y avait quelque chose qu'il haïssait encore plus : c'était les mangemorts non repentis. Severus avait au moins pour lui d'avoir essayé de se racheter. Et pour cela, James sentait ses sentiments envers lui s'adoucir de jour en jour.
Mais ce n'était pas le regard nouveau qu'il posait sur Severus qui le dérangeait. Pour tout dire, cela simplifiait grandement les choses, principalement l'atmosphère qui allait régner au Square Grimmault.
Non, il y avait quelque chose de bien plus ancré qui venait titiller James au plus profond de son être. Une pensée, un sentiment, une impression, qui ne s'était encore pour le moment pas formulée dans son entièreté dans son esprit. Mais sa présence était insidieuse et prenait de plus en plus d'espace, comme le plant de lierre, au début jeune pousse sortie de terre, envahit peu à peu toute une forteresse, jusqu'à la faire s'effondrer.
Car James ne pouvait se sortir de la tête l'image de l'impressionnant Patronus qui était sorti de la baguette de Severus. Contrairement aux enfants, qui l'avaient pris pour le Patronus d'Albus, James avait bien vu qui avait été l'auteur de la somptueuse biche qui était venue joindre ses forces à son cerf et au chien de Sirius. Et il ne savait trop dire pourquoi, cette image le poursuivait depuis qu'ils s'étaient éloignés de la prison.
La force, la puissance qui émanait de ce Patronus ne laissait aucun doute quant à la force des sentiments de son auteur. Jamais James n'aurait imaginé percevoir une passion si équivoque et si intense, surtout venant de Snape.
Bien sûr, il s'était toujours douté que celui-ci avait eu un béguin pour Lily, et l'idée l'avait souvent amusé. Mais voilà, il pensait qu'il s'agissait du béguin non assumé venant d'un garçon mal dans sa peau qui idéalisait sa meilleure amie. Un béguin dont il pouvait s'amuser. Un béguin qui ne représentait aucune menace, puisqu'il n'avait aucune consistance. Un béguin qui de toute façon s'était évanoui à la fin de leurs études à Poudlard.
Alors que non. Ce qu'il avait vu prendre forme devant lui, ce n'était pas un béguin adolescent. C'était un amour, un amour si pur et si puissant qu'il en frissonnait encore.
Car à voir la force des sentiments de Severus pour Lily aussi clairement, il ne pouvait, en miroir, que constater la vacuité des propres sentiments qu'il lui portait.
Il n'était pas en train de paraître plus noble qu'il ne l'était en pensant se retirer du jeu au profit de Snape, loin de là. Il savait bien que l'idée que Severus Snape puisse un jour se rapprocher romantiquement de Lily était absurde, voire même complètement ridicule, il en avait largement conscience. Mais la vue de ce Patronus avait été l'électrochoc dont il avait eu besoin depuis ces dernières semaines.
Il n'aimerait jamais Lily autant que Severus l'avait aimée et l'aimerait encore à l'avenir. Le vide qui prenait place dans son cœur résonnait de manière encore plus effrayante que la manifestation d'amour avait été impressionnante. Il ne pouvait plus se le cacher désormais, tant la pensée obscène semblait envahir tout son esprit. Snape ou pas Snape, Patronus ou pas Patronus, la phrase s'énonçait désormais clairement dans sa tête : il n'aimait plus Lily. Point.
Devant lui, Severus continuait à lutter contre la fatigue et à refuser son aide, complètement inconscient des pensées qui traversaient James.
oOo
Pendant ce temps, les quatre sorciers qui étaient restés au Square Grimmault usaient le parquet à faire les cent pas. Tonks, Remus, Lily et Hayley tournaient en rond et se donnaient à chacun le tournis sans pour autant pouvoir arrêter de tourner dans tous les sens.
« Cela fait déjà deux heures que l'on a aucune nouvelle ! Rugit Lily. Hayley, tu es sûre que ton truc marche ?
- Je ne comprends pas, couina-t-elle en testant pour une énième fois son matériel. J'ai perdu la connexion avec les deux !
- Que peut-on faire ? On devrait aller les chercher, non ? Proposa Tonks.
- Seul Sirius connaît l'emplacement d'Azkaban, et s'ils sont sur le chemin du retour, avec la pluie, ce serait chercher une bouteille dans une mer en furie ! » Répondit Remus en enfouissant son visage dans ses mains.
La porte d'entrée s'ouvrit à grand fracas et Harry Potter apparut, dégoulinant de pluie et tout essoufflé. Il parvint néanmoins à articuler.
« Maman, Remus, Tonks, Hayley, vous êtes là ! »
Il reprit son souffle, tandis que les autres le regardaient sans oser faire un geste.
« Où sont les autres? » reprit-il.
Il y eut un silence. Harry reprit la parole.
« Mon désormais supérieur – il grimaça, Abercrombie, nous a fait venir de toute urgence. Quelqu'un aurait déclenché une tempête de neige dans les couloirs du ministère et cet idiot est en train d'essayer de régler le problème. »
Lily et Tonks se regardèrent brièvement et se tournèrent à nouveau vers Harry, qui poursuivait.
« Mais d'autres Aurors plus avisés semblaient plus au courant de la situation, apparemment, il se passe quelque chose à Azkaban. Il paraît qu'il y a eu une tentative d'évasion. Il faut que je rassure Albus ! »
En parlant, il s'époumonait à essayer d'appeler son fils en parcourant la pièce à grands pas.
« Harry… Commença Lily, d'une voix hésitante.
- Où est tout le monde ? Demanda à nouveau Harry.
- Ils sont tous partis à Azkaban pour faire s'évader Scorpius. » avoua enfin Lily, les yeux brillants et les lèvres tremblantes.
Harry resta immobile un instant, ne semblant pas réellement intégrer les paroles de sa mère. Alors Tonks ajouta :
« Cela fait deux heures qu'on a aucune nouvelle. Ils devraient être rentrés à l'heure qu'il est. »
Harry resta interdit, comme pétrifié. Il resta ainsi pendant une longue minute et personne n'osa dire un mot, tant l'angoisse leur avait ôté toute possibilité de prononcer le moindre mot. Dans ce silence pénétrant, on n'entendait que la pluie qui tombait régulièrement et insolemment. Chacun guettait de l'oreille le plus petit indice, les premiers bruits de pas ou le rugissement d'une moto qui leur indiquerait le retour des autres.
Ce fut Remus qui fut le premier à relever la tête et à tendre l'oreille. Son ouïe plus développée que la moyenne avait perçu le grondement sourd caractéristique de la moto, et très vite, tous entendirent distinctement l'engin atterrir lourdement au sol et se précipitèrent en un même mouvement vers la porte d'entrée. A peine celle-ci ouverte, que le balai de James et Rose s'y engouffra. Sirius et Albus aidaient Scorpius à sortir du side-car pour à leur tour se précipiter à l'intérieur.
Lily scrutait le ciel de son regard inquiet, mais ne voyait ni James ni Severus pointer à l'horizon. Un peu honteuse de se l'avouer, elle ne savait pas pour qui elle était la plus inquiète et l'idée que l'un ou l'autre puisse ne pas revenir lui broyait les entrailles de l'intérieur. Elle poussa cependant une exclamation de joie quand le balai de James, qui soutenait difficilement le poids de Severus sur son dos, apparut au milieu des épaisses lignes que formait la pluie.
« Je … Je peux … Y arriver seul ... faisait la voix affaiblie de Severus derrière James.
- Mais bien sûr, Snape, répondit James en roulant des yeux. J'ai failli te repêcher dans la Tamise, mais sinon, tu es au top de ta forme ! »
Il zigzagua un peu et finit par atterrir lourdement dans l'entrée encore ouverte du Square Grimmault.
Il se releva et aida Snape à en faire de même, pour très vite sentir les bras de Lily s'enrouler à la fois autour de son cou et de celui de Snape.
« J'ai eu si peur... » l'entendirent-ils souffler, sans chacun être sûr d'à qui elle s'était réellement adressée.
Ils n'eurent pas le temps de se poser davantage de questions qu'ils sentaient déjà le regard accusateur d'Harry Potter retomber sur eux. Il venait à peine de vérifier que ses fils, Rose et Scorpius allaient bien – Remus s'était déjà empressé de leur distribuer à chacun une copieuse ration de chocolat - et s'était tourné vers les adultes un air plein de fureur.
« Papa ! Sirius ! Severus ! Mais vous avez complètement perdu la raison ? »
Il pointait sa baguette vers eux, fulminant tellement de colère qu'on pouvait presque imaginer l'eau s'évaporer de son front rougi.
« Harry, commença Sirius en faisant un pas vers lui, il faut que tu comprennes … On …
- Mais IL N'Y A RIEN A COMPRENDRE ! Je vous ai demandé de prendre soin de mes enfants, PAS DE LES EMBARQUER DANS UNE MISSION SUICIDAIRE A AZKABAN ! »
Les murs du hall tremblaient sous la voix forte de Harry Potter. James baissait les yeux vers le sol, et Sirius recula d'un pas montrant d'un geste qu'il ne souhaitait pas argumenter davantage. Severus, pour sa part, semblait avoir toutes les difficultés du monde à se maintenir debout.
« Papa, s'exclama James Junior d'une voix timide, ce n'est pas de leur faute, c'est nous qui …
- Ce n'est pas le moment, James ! Le coupa Harry sèchement, pour se tourner à nouveau vers les trois hommes. Je suis en train d'essayer de résoudre l'enquête la plus difficile de ma carrière, tout en m'assurant que mes fils restent en sécurité et vous … vous… Mais vous êtes complètement inconscients !?
- Papa ! Insista James, ne les accable pas, c'est moi qui ai eu l'idée de …
- Pour la deuxième fois, James, tais-toi !
- Non, il ne va pas se taire ! Ce serait bien que tu écoutes pour une fois ! » rugit une voix qui vint de l'autre bout de la pièce et qui fit sursauter tout le monde. Tous les regards se retournèrent, pour apercevoir Albus qui s'était relevé et qui fixait son père d'un air effronté, les poings serrés.
« Non, on ne va pas se taire ! Tu … Tu n'y es jamais allé à Azkaban, donc tu ne sais pas comment c'est là-bas ! Heureusement qu'on y est allés, car sinon Scorpius serait devenu fou ou mort ou pire encore ! C'est James qui a eu l'idée et on était tous d'accord pour y aller ! Et au lieu de leur hurler dessus, tu ferais mieux de les remercier car sans eux on serait morts ! Car on y serait allés quand même, car quand … quand une personne qu'on aime est dans le besoin, c'est ce qu'il faut faire, et c'est ce que tu nous as toujours appris, et c'est ce que tu aurais fait pour Oncle Ron ou Tante Hermione ! »
Il avait sorti tout ça sans prendre le temps de respirer et semblait soudainement manquer d'air. Harry resta un instant bouche bée et rabaissa doucement sa baguette. La colère s'évanouit comme un confetti qui aurait pris feu. L'instant d'après, il serrait fort ses deux fils contre lui en sanglotant et en bénissant leurs deux bras, leurs deux jambes, leurs deux yeux, leurs deux joues et tout ce qu'il pouvait embrasser et serrer dans ses bras.
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Après ces quelques minutes interminables où Harry s'était demandé s'il allait pouvoir à nouveau serrer ses fils dans ses bras, les larmes de soulagement lui auraient presque fait oublier qu'il n'était pas le seul père à s'inquiéter pour son fils, et il revint très vite à la réalité.
Il se précipita vers la cheminée pour accourir à l'adresse que Draco lui avait indiquée, pour revenir peu après, suivi du blond, qui semblait avoir rangé son éternel air arrogant au placard. Seule l'inquiétude transpirait sur son visage blême, qui se transforma à la vision de son fils, dormant paisiblement sur un des canapés du salon.
« Oh Scorp'... » murmura-t-il simplement en s'approchant doucement.
Il passa doucement sa main dans les cheveux du garçon qui ne sembla pas en être troublé dans son sommeil.
« On lui a administré une potion de sommeil pour qu'il se remette de son éprouvant séjour. » lui expliqua Lily en un sourire tendre.
Draco se releva et sembla pour la première fois prendre connaissance de son environnement. Il dévisagea un à un chacun des protagonistes de la pièce. Son regard passa rapidement sur les enfants, qu'il semblait plus ou moins reconnaître des fois où il avait déposé Scorpius à la gare de King's Cross. Il observa avec plus d'attention la jolie jeune femme qui venait de lui adresser la parole, puis le jeune homme debout derrière elle. Celui-ci ressemblait bien trop étrangement à Harry Potter.
« Potter, commença-t-il d'une voix incertaine en pointant le jeune couple lui faisant face, tu … tu m'as dit que tu avais combien d'enfants déjà ? Enfin, je … T'as commencé à te reproduire à quel âge en fait ? Je suis un peu perdu. »
En effet, il paraissait absolument perplexe. Il sursauta et la confusion se fit encore plus grande quand il remarqua son ancien professeur de défense contre les forces du mal lui sourire gentiment. La jeune femme aux cheveux roses lui rappelait également quelqu'un.
Harry éclata de rire et lui offrit précipitamment un siège, le voyant s'affaisser au moment où il remarquait la présence de Snape.
« Quoi… Que … Potter ?
- Je te l'avais dit, Malfoy, mais tu ne m'avais pas cru. Scorpius est malgré lui impliqué dans la résurrection de ces six sorciers – il les désigna chacun du doigt à mesure qu'il parlait, mes parents, mon parrain, ta cousine, le professeur Lupin, et bien sûr, le professeur Snape. »
Draco secoua la tête en signe de dénégation et d'incompréhension.
« Sainte Bouse de Dragon ! Potter, mais … comment ?
- On commence à en avoir une petite idée, mais il nous reste encore à en savoir sur les personnes derrière tout ça.
- Et tu dis que Scorpius est impliqué ? »
Il caressa tendrement le front de son fils qui continuait à dormir profondément.
« Oui, répondit Harry. Ils étaient six : Scorpius donc, avec Albus et James, mes deux fils, ainsi que Rose, que voici. »
Draco la dévisagea de haut en bas.
« Des cheveux roux en pagaille... hey, mais c'est la descendance de Granger et Weas-moche ! »
Rose se ratatina et rougit de honte, quand une voix perça le silence gêné qui avait suivi la remarque de Malfoy.
« Elle peut parler, la vieille poupée Barbie, niveau généalogie! On en parle de votre père qui initie des gamins aux forces du mal ?! »
Draco se tourna alors vers l'origine de la réplique, avec un sourire amusé.
« Et qui c'est celle-là ? Elle me plaît bien !
- Et voici donc Hayley Dursley, répondit Harry en lui adressant un clin d'œil pour la féliciter de sa réplique acerbe.
- Oh ! Scorpius m'a parlé de toi ! Tu es sa meilleure amie sang de bourbe !
- Malfoy ! S'indigna Harry.
- Oh c'est bon, Saint Potter, je voulais dire enfant de moldus, se reprit Draco en roulant des yeux. Le monde est si politiquement correct de nos jours, c'est invivable. »
Il perçut le froncement de sourcil plein de désapprobation de Harry.
« Ne grimace pas comme ça, Potter, tu sais bien que je n'ai plus rien contre les san… enfants de moldus, ils sont aussi doués que les sorciers normaux…
-Bref ! S'exclama Harry dont les oreilles étaient devenues écarlates, il y avait donc Scorpius, mes fils, Rose, Hayley, et le meilleur ami de mon fils, Neil, dont tu as déjà entendu parler, vu que c'était la victime de l'attentat qui a mené ton fils à Azkaban. »
Le soudain rappel du jeune garçon qui avait été envoyé à l'hôpital sembla dissiper l'humeur taquine de Draco Malfoy. Il se renfrogna et quitta l'air arrogant et amusé dont il s'était vêtu quelques instants plus tôt.
« Et donc, comment avez-vous sorti mon fils d'Azkaban ? » demanda-t-il en s'adressant tour à tour à Harry et Snape, les deux visages qui lui étaient les plus familiers dans l'assistance.
Ce fut Sirius qui répondit :
« C'était au départ une idée des enfants. Severus, James, et moi, on n'a fait que les accompagner.
- C'est ça, fit sardoniquement Hayley, vous pouvez dire merci à la descendance de Potter, de Weas-moche et à la sang de bourbe ! »
Draco sourit à sa remarque, et regarda tour à tour chacun des enfants, puis les adultes, puis se tourna avec affection vers son fils, pour leur adresser à tous un « Merci. Merci à tous. » plein de sincérité.
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Quelques moments plus tard, constatant que son fils serait plus en sécurité au Square Grimmault, avec toutes les protections qu'avait installées Harry, et voyant l'insistance du jeune Albus, Malfoy se décida à laisser son fils dans la maison, et à quitter les lieux. Son départ provoqua un certain sentiment de soulagement dans la maison.
« Bon, et bien pour ceux qui n'auraient pas eu le plaisir de le rencontrer, c'était l'inénarrable Draco Malfoy ! S'exclama Harry ironiquement.
- C'était un ami à toi ? » Demanda Lily avec une mine circonspecte.
Harry éclata de rire en secouant la tête.
« Non, non pas du tout, on était un peu comme ... » Il voulut désigner James et Severus et se ravisa, sentant que pour la première fois, les deux hommes semblaient tolérer le fait d'être dans la même pièce que l'autre sans vouloir s'entre-tuer.
« Bref, on ne s'aimait pas trop, mais c'est du passé, fit-il pour ne pas déclencher une nouvelle querelle. Il a un sens de l'humour très discutable, mais il faudra qu'on travaille avec lui pour en savoir plus sur ce que trame son père.
- Peut-on lui faire confiance ? Demanda Sirius.
- Oui. »
C'était la voix de Severus Snape qui avait répondu sans appel. Tous tournèrent un œil curieux vers lui.
« Je connais Draco depuis l'enfance. Rien n'est plus important pour lui que la famille. Ça a toujours été son ancrage.
- C'est contre-intuitif, fit Remus, s'il adore sa famille, il suivra son père.
- C'est là où Lucius a fait une grossière erreur, répondit Snape calmement. En mettant en danger Scorpius, il perd le soutien de son fils, de même que le Seigneur des Ténèbres a perdu le soutien de Narcissa le jour où Draco a été mis en danger. Remus, toi qui as connu le jeune Malfoy à l'adolescence, ne vois-tu pas que le changement est flagrant ?
- Euh … Il a … Grandi ? Tenta Remus, perplexe.
- Et vieilli. Mais plus important encore, il a mûri. Il a tué le père. Enfin, métaphoriquement bien sûr. Même s'il garde une attitude un peu limite …
- Carrément raciste, tu veux dire, intervint James en levant les yeux au ciel.
- Certes, concéda Snape de mauvaise grâce, il a néanmoins coupé les ponts avec son père et cela a dû être, connaissant Malfoy, la chose la plus difficile et éprouvante qu'il ait eu à faire. Il n'a plus que son fils désormais, et je mettrai ma main à couper qu'à choisir entre la sécurité de son fils et suivre le fanatisme de son vieux père, il choisira la première option.
- C'est ce que je pense aussi, acquiesça Harry. Mais si j'ai bien compris comment s'est déroulée l'évasion de Scorpius, Lucius est désormais au courant de votre présence.
- Tu penses qu'il va en parler au Ministère ? Demanda Tonks.
- Je ne pense pas, il n'aurait lui non plus aucun intérêt à ce que cela se sache, et il fera en sorte que ses hommes tiennent leur langue. Mais c'est en train devenir un véritable secret de polichinelle, et je ne donne pas long avant que la Gazette ne fasse un article sur votre retour.
- Et ce serait un mal ? Demanda Sirius avec une pointe de provocation. On est enfermés depuis des semaines, autant crever l'abcès.
- Ce serait embêtant si ça se savait avant qu'on ait pu rassembler des preuves qu'il s'agit de l'œuvre de Lucius Malfoy et compagnie. Sinon, les enfants seront les premiers impliqués pour magie noire, et on voit bien l'état d'hystérie dont fait preuve le Ministère au moindre soupçon.
- Qui est Ministre en ce moment ? Demanda Remus.
- Un certain Eliott O'Toole, un planqué qui avait fui en Nouvelle Zélande dès le début de la Guerre. Le genre qui ne veut pas de vague, qui veut montrer à ses électeurs qu'il incarne le progrès et l'avenir, mais qui est très friand de subventions privées comme celles que peut offrir Lucius Malfoy. Et il sait que Hermione Granger brigue son poste pour les prochaines élections, donc il n'hésitera pas à me faire tomber si l'occasion se présente.
- En gros, résuma Lily, c'est à qui fera tomber l'autre en premier.
- C'est l'idée. Mais avant tout, nous allons devoir écouter Scorpius, car je pense qu'il a beaucoup de choses à nous dire. »
Tous acquiescèrent et Sirius rompit le silence par un bâillement sonore. Il était en effet tard, et sans même que les adultes ne les remarquent – trop absorbés dans leur conversation, les enfants s'étaient déjà endormis, épuisés par la longue journée. Les adultes, eux, ne semblaient pas demander mieux. Harry prit congé par la cheminée et, après avoir mis chaque adolescent dans son lit, chacun remonta dans sa chambre respective.
Seul James semblait suivre Lily d'un pas plus hésitant qu'à son habitude. Il la regarda monter les escaliers et attendit quelques instants avant de la suivre.
Il remarqua alors qu'il était la dernière personne dans la salle à manger. Il soupira, éteignit la lumière d'un geste de baguette, et monta à son tour l'escalier de bois d'un pas lourd. Quand il passa la porte de la chambre, Lily le regarda d'un air surpris.
« Qu'est-ce que tu attendais ? Tu as l'air bizarre. »
Il sourit doucement et l'observa revêtir sa chemise de nuit et ranger méticuleusement ses vêtements de la journée. Il remarqua avec une certaine amertume que les gestes précis et délicats de Lily ne le fascinaient plus comme avant. Il ne comprenait pas le creux qui lui prenait le ventre alors qu'il la regardait, ni cette lassitude qui envahissait son cœur, mais il sentait juste que continuer à rester là, dans cette pièce, à faire comme si de rien n'était, ç'aurait été déjà mentir, se mentir, lui mentir, et que ça, ça lui était intolérable.
Lily posa à nouveau un regard soucieux sur lui.
« James, tu es sûr que tout va bien ? »
Il s'assit lourdement sur le lit, à côté d'elle. Il inspira profondément et lui prit le bras.
« Tu … Tu ne te dis jamais que l'amour, c'est quelque chose d'étrange ? »
Elle rit et acquiesça en roulant des yeux.
« Euh … Oui, parfois. Il frappe vraiment là où on ne s'y attend pas.
- En effet. C'est … perturbant.
- C'est ça qui te met dans un état pareil ? »
James releva un sourcil confus.
« James, fit-elle d'un ton apaisant, je sais que l'idée de Sirius et Severus ensemble est perturbante, mais il faudra t'y faire. Sirius est ton meilleur ami, il faut le soutenir. »
James resta figé un instant, incapable du moindre mouvement, mis à part son clignement frénétique des yeux.
« Hein ?
- Oh. Je pensais que tu étais au courant. Je … Ce n'est apparemment pas ça qui te tracassait…
- Que … QUOI ?
- Oublie ce que je viens de dire. Tu voulais me parler de quelque chose ?
- Sirius … et Snivel….
- Severus, corrigea Lily.
- Severus, répéta James en levant les yeux au ciel. Mais … Comment ?
- J'en sais rien ! Peut-être à force de partager une chambre ? De quoi est-ce que tu voulais me parler ? Demanda à nouveau Lily, sur le ton de la conversation.
- Je … De nous. Mais attends. Sirius. Et Severus. Genre ensemble… Ensemble ?
- Apparemment. Severus me l'a confirmé. Il m'a parlé de…
- TUTUTUT Je refuse d'en entendre davantage ! » La coupa James avec empressement.
Il se plongea la tête dans ses mains. Mais manifestement son cerveau n'était pas prêt à intégrer cette information.
« Je … Je gérerai cette nouvelle plus tard. C'est … trop. Et c'est pas ce dont je voulais te parler.
- Et de quoi tu voulais me parler ? S'enquit Lily. Qu'est-ce qui serait plus important que ton meilleur ami batifolant avec ton ennemi de toujours ? »
Elle eut un rire amusé.
« Lily, par pitié, c'est déjà assez difficile comme ça, je ne veux surtout pas avoir cette vision en t… ET BON SANG LILY, ça y est je l'ai en tête ! »
Il grimaça et secoua la tête comme s'il avait mangé un citron. Il inspira profondément et son regard se fit moins trivial. Lily remarqua ce changement d'attitude.
« Oh. Tu as vraiment quelque chose de sérieux à me dire alors. »
Il acquiesça gravement et elle plongea son regard dans le sien. En une fraction de seconde, l'atmosphère changea radicalement.
« Lily … Je … Où penses-tu qu'on en est ? »
Elle fronça des sourcils.
« Où on en est ? Par rapport à quoi ?
- A nous. Tous les deux. On est mariés, on a un fils de quarante ans sans même avoir vieilli d'un pouce. Où on en est ?
- Monsieur a le démon de midi ? Ironisa Lily. Lassé par nos looongues années de mariage ?
- Oh je t'en prie Lily, tu vois très bien où je veux en venir. Avant de mourir, on s'engueulait déjà beaucoup.
- Au cas où tu n'aurais pas remarqué, on était poursuivis par un dangereux mage noir, donc excuse-moi si cela amenait quelques légères tensions et venait perturber l'harmonie de notre couple !
- On s'engueule encore souvent maintenant.
- Peut-être que si tu ne t'étais pas comporté comme un … fit-elle sèchement en cherchant ses mots.
- Lily, fit James en la fixant gravement.
- Oh, fit-elle en écarquillant des yeux. Oh. Ok. Je vois exactement où tu veux en venir. »
Elle se calma instantanément et regarda autour d'elle d'un air perdu.
« Lily, reprit James. Je voulais savoir où tu en étais. »
Elle soupira et son visage se contracta en une mine réticente. Son visage se relâcha enfin, comme si après son combat intérieur, elle semblait enfin accepter l'inévitable.
« J'en suis au même point, je t'avoue. Je m'étais dit que ça allait passer, mais apparemment non. »
Il lui prit la main tendrement, elle frissonna.
« C'est donc la fin ? De … Nous deux ? » lui demanda-t-elle d'un air presque suppliant. Il hésita un instant.
« Je … Je ne sais pas. Je te respecte trop pour te mentir et pour faire semblant. »
Elle hocha doucement la tête et eut un sourire triste.
« J'ai moi aussi l'impression de faire semblant en ce moment. J'aimerais que les choses aillent mieux … Mais la vérité, c'est que je ne sais même plus si j'en ai envie. »
James déposa un baiser tendre sur son front.
« Je ne voudrais pas qu'on finisse par se haïr. On vaut mieux que ça. »
Lily planta son regard dans le sien et ouvrit ses bras pour le serrer contre elle. Une larme coula doucement sur sa joue.
« Moi non plus, je ne veux pas te haïr, James. »
Il la berça doucement. S'arracher de ses bras était comme s'arracher d'un bain confortablement chaud. Alors il se demanda à nouveau pourquoi il faisait cela. Si les bras de Lily étaient si confortables, pourquoi s'en séparer ainsi ? Les précédentes semaines lui revinrent en tête. Les choses qu'il avait pu dire. Les choses qu'il avait pu ressentir. Il le savait au fond de lui, cela ne pouvait durer. Ils avaient eu l'extraordinaire opportunité de revenir à la vie, ce n'était pas pour pêcher par immobilisme ! Ce n'était pas pour insister dans ce qui ne fonctionnait déjà pas quarante ans auparavant.
Il restait cependant immobile. Ce fut Lily qui la première initia le mouvement. Elle se décolla lentement de son buste, comme un papillon se décolle doucement de sa chrysalide, et James ne fit aucun mouvement pour l'en empêcher. Quand elle fut complètement détachée de lui, il se leva à son tour, et quitta la pièce sans un mot pour s'en aller dormir dans une autre pièce.
