Ce texte illustre assez bien le craquage de quatre heures du matin. Voilà. C'est écrit en cinquante minutes pour les 24H du FoF, sur le thème Tu m'as déjà arraché mon cœur. N'hésitez pas à me contacter si vous voulez des infos !
Bonne lecture !
Frankenstein
Quand tout s'est effondré, il y a eu un grand vide. La grande lumière, le dernier cri, et quelque chose qui ressemble à la mort.
Ça ressemblait à la mort, sauf que je me suis réveillé, et que tout en moi était vivant. Je me souviens de ce que j'ai entendu. On a dit que je n'existais plus et personne ne voulait m'écouter. Celles qui auraient dû me reconnaître m'ont rejeté et je ne savais plus rien.
C'est une drôle de chose, la vérité, parce que ça casse tout.
J'étais un homme de conviction.
Et quand je suis revenu j'étais perdu comme un enfant minuscule.
Et de province en province on m'a chassé, jusqu'à ce que je te trouve. J'étais devant ta porte et tu as ouvert. Je n'avais pas vraiment d'espoir, je n'avais pas vraiment rien mais tu étais là.
Et je ne savais pas quoi faire et tu m'as demandé ce que je voulais faire, quand je ne savais même pas ce que je voulais être. Lotor ? C'est mon nom ?
Et tu m'as demandé ce qui me tenait à cœur et j'ai arraché mon cœur de ma poitrine pour voir. Je l'ai ouvert et je n'ai trouvé que du sang, du sang qui avait la couleur magique de la quintessence qui empoisonne tout.
Et toi, tu as pris mon cœur plein de sang pollué dans tes mains, et j'ai cru un instant que tu allais le manger. Tu l'as vidé de ses liquides avant de le poser sur ta table, sur une bâche de plastique neutre, et tu ne l'as plus quitté des yeux. Il battait encore. Il battait sans moi, et je marchais sans lui.
Tu as été fascinée, et puis c'est moi que tu as allongé ensuite sur ta table.
Tu as fait une blague, un homme sans cœur, quelque chose comme ça, et je me suis dit que j'étais peut-être bien un homme. Que je voudrais peut-être bien être un homme.
Et tu as ouvert ma poitrine, ce trou béant, et tu as cherché les restes de mes artères, tu as enfoncé tes mains sous mes côtes, et quand je regardais mon torse, je les voyais à la place de mon cœur.
Personne n'était jamais entré en moi de cette façon.
C'était gluant et lourd et un peu douloureux.
Et j'ai eu envie que tu restes là, mais tes mains sont parties, ça a fait comme un vide. Encore.
Tu as essayé de me remettre mon cœur, tu as cousu, et j'ai suggéré que tu fasses des sutures de tes cheveux, pour que je sache.
Quand ça tire, c'est toi qui tiens. Ce que j'ai dans le cœur c'est un bout de toi.
Tu as dit que c'était stupide, et que ça ne tiendrait pas. Tu l'as fait quand même et ça a tenu.
Parfois, ça se passe comme dans un conte de fées. Tu m'as remis le cœur à sa place, tu m'as fièrement tapoté la poitrine après l'avoir refermée, tu étais épuisée. Tu m'as fait m'asseoir, tu as regardé mon dos. Tu as regardé mon visage, et tu as vu que lui aussi était un peu arraché.
Maintenant tu me gardes près de toi, entre ton laboratoire et ton appartement, tu dis que je ferais mieux de sortir mais on me fixe sur cette Terre qui est la tienne, tu dis que je pourrais partir mais tu n'es pas ailleurs qu'ici.
Tu m'as mis un livre entre les mains, et les lettres ne m'étaient pas familières, alors tu m'as appris.
Frankenstein. Si ça peut te rassurer, je pense que tu n'as rien en commun avec ce docteur. C'est vrai, il ressemble un petit peu à ma mère.
Dix-mille ans que j'étais en vie, dix-mille ans que je n'avais pas pleuré. Je ne savais pas que je pouvais. Et quand ça tombe je ne sais pas si ça vient de moi, ou de tes cheveux, en tout cas il y a quelque chose dans mon cœur qui se serre, et je t'en veux mais je ne regrette pas.
Maintenant j'apprends à écrire dans ta langue, et on me dit que la fête des mères est déjà passée.
Je t'écris quand même ce mot, en retard, et tu as dix-mille ans de moins que moi mais tes mains sont celles qui m'on rapiécé le cœur, alors ça semble approprié.
Je ferai mieux l'année prochaine.
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Voilà ?
Sur ce.
