Yo !

Cet OS est écrit pour la Nuit du FoF, sur les thèmes Trame et Congé.

C'est un UA qui me trotte dans la tête depuis un certain temps, donc c'est plutôt un brouillon de futur OS ? Anyway.

Jour de congé

Ça aboie, et puis il y a le trafic, dehors, qui assourdit. Un bourdonnement qui remplit la pièce.

Pidge est à peine levé.e pourtant le soleil est bien haut. Iel n'est pas du genre à s'inquiéter facilement, mais après des années à travailler entre ce qui est mortel et ce qui est déjà mort, iel a appris à reconnaître les signes.

Hunk n'a pas encore appelé, alors iel imagine que sa vie n'est pas en danger. Si iel était sur le point de mourir, Hunk aurait rêvé d'ellui et l'aurait appelé au réveil. Autre option, Hunk a rêvé de Pidge, mais il est lui-même mort et donc en incapacité physique de joindre son téléphone.

En tout cas sa tête vrombit, il y a une barre sur son front, un poids qui lui écrase la cervelle, et quand iel lève la tête vers le plafond, il est recouvert de mouches. Des mouches noires qui vrombissent et qui grouillent, une masse salle et bruyante.

L'air est humide et électrique, tout est lourd. Un orage approche. Et il n'arrive pas seul.

C'est au-delà du supportable.

Et en plus, iel est à court de café.

Ça pourrait juste être le début d'un mauvais jour. Ça arrive, les mauvais jours. Iel est peut-être de mauvaise humeur à cause d'un rêve dont iel ne se souvient plus. Sauf qu'il y a une mouche dans son verre de lait, noyée, son ventre noir qui flotte, et Pidge doit réprimer un haut-le-cœur avant de prendre la créature dans ses mains.

Iel est précautionneuxe, fait attention à ne pas l'écraser. C'est fragile, entre son pouce et son index, si iel appuyait seulement un peu la chair gluante exploserait, salirait ses doigts. Iel appelle.

« Bae-Bae ! »

Et la chienne approche, et Pidge fait sauter le petit insecte gorgé de lait de ses doigts à la gorge de Bae-Bae, qui avale, qui déglutit avec une grimace.

Alors Pidge attrape son portefeuille et enfile ses chaussures, ses lunettes de soleil, prend la laisse de Bae-Bae et s'enfonce dans le jour.

Le soleil est encore plus pénible à l'extérieur. Il lui attaque les épaules, frappe son dos, rend tout trop éblouissant. Il fait frais au supermarché, Bae-Bae regarde son humain depuis l'extérieur, attachée à un poteau, les yeux tristes.

Pidge n'avait pas prévu de passer son jour de congé à travailler.

Mais iel sait que ce qui doit arriver arrivera, et que ce qui peut arriver est probable.

Iel avait prévu, aujourd'hui, de dormir longtemps et de manger de la glace au peti-déjeuner.

Assis.e sur le banc d'un parc, iel regarde Bae-Bae courir. Ça, iel peut le faire. Iel sort un pot de glace du sac du supermarché. Prends son temps. Quand le dessert lui coule dans la gorge, iel sent des regards sur sa bouche, des centaines d'yeux minuscules qui lea scrutent, des mouches et des guêpes qui attendent leur tour.

Iel vide le pot avec détermination, avant de l'abandonner dans une poubelle, de l'offrir à ses stalkers, de le voir se faire couvrir de petites pattes noires. Iel appelle Bae-Bae. Rentrer à la maison.

Après, c'est routinier. Il faut faire du café. Enfiler une robe noire, mettre un tapis noir, prendre une douche, mettre une robe noire un peu moins chaude que la première, fermer les rideaux, s'installer à la table du téléphone avec son café et sa robe, appeler Hunk.

« BIP, Bureau d'Investigations Paranormales, je peux vous aider ?

— C'est moi.

— Pidge, c'est ton seul jour de congé. Je te supplie d'arrêter les heures sup'.

— Je sais, je sais. Mais la mort arrive. J'ai reçu le message. »

Et iel explique. Les mouches, la migraine, cette odeur d'orage et de ferraille dans l'air, presque comme du sang et de la pluie, ça donnerait presque envie de vomir, cette histoire, et Hunk réfléchit. Il essaie de ne pas paniquer, Pidge le laisse prendre son temps. Il est anxieux de nature.

« Donc. C'est grave ?

— Meh. Pas plus que ça, tu vas sans doute rencontrer une personne morte, c'est tout. Mais tu dois appeler Circé.

— Circé ?

— Circé ?

— Vous venez de me dire d'appeler Circé. C'était pas toi ?

— Euh, non. Mais je vais t'envoyer le numéro du Couvent de Circé. »

Pidge opine du chef. Hunk le comprend sans doute.

« Je vais trouver une personne morte là-bas ?

— Laisse la trame se faire, Pidge. Personne ne peut dire l'avenir si précisément.

— Tu dis toujours ça. Laisser la trame se faire. C'est une expression de ta grand-mère, c'est ça ?

— C'est ça. »

Pidge opine encore du chef. Iel va appeler, et d'une manière ou d'une autre, ça lui fera rencontrer un.e mort.e. Bon.

« C'est bien choisi. J'ai l'impression que tout ne tient qu'à un fil. Ou que je marche sur un fil. Et que je vais bientôt tomber. »

Il y a un silence. Dans la boîte mail de Pidge, le numéro de téléphone convenu. Un site web du Couvent. Des araignées. C'est bien, les araignées, pour les mouches. Hunk dit seulement :

« Ne tombe pas. »

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