Yo ! Cet OS est écrit en une heure dans le cadre de la Nuit du FoF, sur le thème Douleur.

Ça se passe dans le même univers que l'OS 4 Du sang sur les mains, mais des années plus tard.

Bonne lecture !

Tout est bien qui ne finit pas

Ses doigts qui se crispent au-dessus de son clavier, les muscles de son épaule qui se tendent d'un coup. Son bras immobile, suspendu dans l'air, elle ne peut pas le bouger.

Et si elle ferme les yeux, elle verra que ça la brûle.

Elle doit juste respirer.

Et attendre que ça passe. Si elle arrivait, déjà, à se lever et à prendre un cachet, ce serait bien. Ça n'agit jamais assez vite, mais ça lui donne quelque chose à faire. Quelque chose à penser.

Quelque chose à penser qui n'est pas son bras. Elle ne le sent même plus. C'est juste une masse de douleur accrochée à son corps, elle ne peut pas plier les doigts, elle serre les dents.

Si elle ferme les yeux, elle sera là-bas.

Elle se souvient du silence qui vrombit, quand elle ouvre les yeux, de la douleur qui siffle, elle se souvient qu'elle a pensé avoir perdu ses membres. Tous ses membres.

Elle se souvient qu'elle ne savait pas, avant ça, qu'on pouvait avoir la nausée à cause de la douleur. Elle en avait entendu parler, peut-être, mais c'était là, d'un coup, elle a pensé : est-ce que je me suis blessée à la tête ?

Elle desserre la mâchoire, un glapissement lui échappe.

Elle ne sait pas pourquoi c'est cet endroit qui la hante.

Peut-être parce que c'est sa première fois.

Sa première explosion.

Peut-être que la panique qu'elle a ressentie à ce moment précis n'est jamais vraiment partie.

Avant même de comprendre ce qui lui arrivait.

En fait, elle a compris beaucoup plus tard.

Il y a d'abord eu la surprise, et très vite, la terreur, et plus vite encore, la panique. Un éclat de seconde.

Elle se souvient, elle a eu une seule pensée : la carte.

Quand elle a entendu la détonation. Quand le plafond a commencé à s'effondrer.

La carte qu'elle devait récupérer. La carte mémoire, elle en avait besoin.

Quand elle a réussi à courir, quand elle s'est jetée au sol.

Des informations sur son père, sur son frère. Gravées sur une carte qui disparaît dans le souffle de l'explosion.

Quand tout est devenu noir, puis rouge, puis blanc.

Elle rouvre les yeux. Elle ne sait pas pourquoi elle pense à ça.

« Pidge ? Ça va ? »

Elle rouvre les yeux, comme elle a rouvert les yeux sur ce désastre, sur le désespoir, sur sa gorge qui ne voulait plus respirer.

Une cheminée encrassée, brulée.

« Codé. »

Elle ne sait pas pourquoi elle pense à ça, parce que tout est bien qui finit bien.

Elle l'a eue, sa carte. Des mois plus tard, elle l'a retrouvée. Elle a trouvé la carte. Elle a trouvé son frère, elle a trouvé son père, et après un instant douloureux, après un moment d'incompréhension, une main pose un cachet de codéine devant elle, et un verre d'eau.

La main qui a appuyé sur le détonateur.

C'est drôle, comme la douleur sait ramener les choses à elle.

Comme une vague, comme chaque fois qu'elle souffre elle doit souffrir, à nouveau, cette première douleur.

C'est drôle comme le passé tient à des petites choses, comme ça ne part jamais vraiment.

C'est drôle parce que tout est bien qui finit bien.

« Merci, Keith. »

Parce qu'elle ne lui en veut pas. Parce que c'est derrière elleux, parce qu'elle le prend, ce cachet, parce qu'elle espère que ça agira plus vite que d'habitude sans y croire vraiment.

Ils ont dit, traumatisme.

Et quand ils ont dit ça, Pidge a su que c'était pour toujours, un mariage entre elle et la douleur.

Elle a su que le temps n'était plus linéaire.

Il y a cinq ans, elle a survécu à l'explosion d'une base de données de Daibazaal.

Pourtant ça explose aujourd'hui. Maintenant.

Le passé n'appartient pas au passé. Le passé appartient au présent.

Il est à elle, à elle maintenant.

Et quand elle arrive à se lever de sa chaise, à croiser le regard de Keith, à tenir sa main, elle espère seulement réussir à lutter. Lutter, encore et encore, sans jamais en finir, pour que le présent, lui, n'appartienne pas au passé.

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Aussi, dans cet AU, Pidge utilise tous les pronoms. C'est normal si ça change d'un OS sur l'autre.