Enfin un nouveau chapitre :D ! Désolée pour le retard, j'ai été occupée par mon travail d'enseignante remplaçante, et j'ai été distraite par diverses choses. Ce qui a considérablement réduit mon temps d'écriture. Voici le chapitre :D

Note : Comme la syot a été créée bien avant la sortie du nouveau livre de Suzanne Collins, il n'inclut en aucun cas les personnages et les événements qui se sont produits dans le présent livre. Il ne comprend pas non plus la plupart des contextes et des intrigues qui ont été ajoutés sur la base d'entretiens avec l'auteur des livres. Ainsi, les vainqueurs et les histoires des 9e, 10e et 11e éditions des jeux sont très différents. Si vous cherchez quelque chose de fidèle aux livres, je vous conseille d'aller lire une autre type de fiction.


Chapitre quatorze: Un jeu d'ombres et de lumières.

Le talent de Roman Curtis a toujours été dans l'ombre, jusqu'à ce qu'il a décide de lutter pour sa vie...

Clark Mas'ud – 34 ans – Concepteur des arènes des Hunger Games.

Fragile.

C'est ce que j'ai pensé de Tiana, à peine, les vrais jeux ont commencé, que c'était une personne fragile. Elle semblait nerveuse, fragile et influençable, quand l'émission de la télévision l'a ébloui, dès son commencement. Laquelle l'a fait réagir d'une manière qui serait catégorisée comme imprudente et interdite, si elle n'avait pas eu de si bons résultats. Et pourtant, je sais par ce qui s'est passé, non seulement avec ma femme, mais, aussi dans sa préparation comme juge des jeux de la faim, quand elle a surmonté toutes les épreuves, que Tiana est plus forte qu'elle en a l'air.

Elle a beaucoup d'initiative, des bonnes idées, et une bonne capacité d'adaptation, malgré ses émotions instables qui la font agir de façon démesurée face à tous les contretemps qu'elle ne sait pas gérer correctement, comme le discours de la rebelle du district six. Mais elle m'a aussi pour l'aider...

C'est quelque chose que j'ai du mal à reconnaître, à cause de la blessure qui est toujours en moi, par cause de la mort de Meredith. Un événement qui contrairement à ce qui s'est passé lors des interviews du sixième district, je n'ai pas pu éviter. Car, même si ça me dérange, je dois admettre que Synnen a raison.

Je ne veux pas être licencié, moins encore éliminé, par une imprudence, de ma part ou de la sienne. Auparavant, cette possibilité était impensable, nous étions trop précieux pour que la présidente envisage de se passer de nos talents. Cependant, maintenant qu'être juge fait partie des carrières universitaires existantes, il y a beaucoup de jeunes diplômés avides d'une opportunité de travail dans les jeux, peu importe ce que cela implique. Et moi, avec ma cécité, je suis dans une situation très délicate vis-à-vis de mon poste de travail.

« Que ferais-tu, si tu étais à ma place ? »

Je repense aux mots de la présidente, lors de cette réunion impromptue, après les interviews. Je dois admettre que je n'ai pas été surpris de ce qui c'est passé, depuis qu'on a commencé à organiser des interviews aux tributs, ce n'est ni la première ni la dernière fois que ce genre de choses arrive. Des tribus avec des langues très longues et des interviews coupées ou divulguées de manière malencontreuse. La différence est qu'à l'époque des premières interviews, il n'y avait pas de personnes prêtes à postuler pour remplacer ceux qui ne faisaient pas bien leur travail. Si Tiana venait à être renvoyée, ce serait une honte, mais au moins, elle a des options (tant qu'elle ne fasse pas d'erreurs impardonnables). Elle n'a tué personne, elle s'est juste exposée et avec la vigueur des interviews, personne, à l'exception de quelques mentors et observateurs curieux, n'a prêté attention à nous. L'un des premiers est en train de parler à ma partenaire, a l'heure qu'il est et j'avoue qu'il m'inquiète.

Roman Curtis...

Quand il a été élu, je lui ai à peine prêté attention. J'aurais dû, après tout, c'était bizarre que le tribut choisi par l'académie ne se soit pas porté volontaire, comme il est déjà habituel dans les districts de carrière. Mais ce n'était pas non plus la dernière fois qu'il y avait des écarts par rapport au scénario dans certains districts, surtout depuis l'implantation du système des carrières et du volontariat qui, jusqu'à l'apparition de ce gamin du district deux qui s'est retrouvé dans le trio de finalistes, lors de la treizième édition, n'était que décoratif. Il faut beaucoup de courage pour sacrifier sa vie et sa fierté pour la vie des autres, même si l'on est entraîné pour cela, et notre système de sélection, dans ce district et le district un, n'était pas très différent à l'époque. Il restait de moins en moins de rebelles, enfants de rebelles, ou encore, frères et sœurs, en âge de moisson, surtout dans les districts privilégiés. Donc, même si l'élu était quelqu'un qui voulait y aller, c'était bien. Ça nous donnait du spectacle.

C'était ainsi depuis qu'il était devenu clair que les districts un et deux n'avaient plus de mauviettes qui allaient aux jeux, généralement les deux tribus se portaient volontaires et arrivaient toujours loin dans le jeux. Nate a été le premier de cette génération à gagner, à la quatorzième année, suivi par Levi Strauss, dans la seizième édition. À ce moment-là, le district quatre était mis dans le jeu depuis un an, ce qui a compliqué la compétition au lieu de la rendre plus facile. Les jeunes ont succombé aux rancunes populaires et aux bagarres stupides dans leur quête pour éliminer la concurrence le plus rapidement possible. En résolvant des conflits dans l'arène qui, à mon avis, auraient dû être résolus plus tôt, ou, peut-être, mis en attente jusqu'à ce qu'il n'en reste plus beaucoup de tributs vivants. C'est ce que je soupçonne qui s'est passé l'année où Iris s'est portée volontaire. L'alliance allait bien, il y avait beaucoup de tension entre elle et Cordelia, mais si Nora n'avait pas eu l'idée brillante de tuer le volontaire qui s'est devancé à Caleb Strauss, (à la moisson), elles auraient duré beaucoup plus longtemps ensemble. Je suis sûr qu'aucune d'elle n'était assez naïve pour croire que si elles se séparaient, elles arriveraient plus loin. Mais une fois que le conflit a éclaté, il n'y a pas grand-chose que vous puissiez faire.

Une fois que tout explose, tout ce que vous pouvez faire est de trouver un moyen de vous protéger, et ou, d'atténuer les dégâts. C'est ce que j'ai fait pendant la guerre, en restant avec mes parents dans l'abri prévu, même s'il y avait des gens qui se battaient au front. Et ce jour là, quand les flammes ont menacé de détruire ma maison à cause de l'inadvertance de Tiana, après notre dernière dispute. C'est ce que je voudrais faire maintenant, pour éviter de me faire blesser dans notre jeu. Mais je n'oublie pas que c'est moi qui l'ai proposé, et si je ne gagne pas, j'aimerais au moins partir en beauté, en sachant que j'ai tout fait pour que les jeux se terminent bien. Cela me donnerait du mérite, de sorte que, que je retrouve mon sens de la vue totalement ou partiellement, je puisse accéder à l'un des postes les plus élevés et bien rémunérés de la chaîne. Bien que je ne pense pas qu'aucun d'entre eux sera aussi bon que de contrôler l'arène des prochains Jeux de la faim.

Tout va bien, le public apprécie les surprises. Il l'a prouvé en soutenant ce tremblement de terre, qui a réussi à stopper la lutte du bain de sang, avant que nous ayons à regretter la perte de quelques tributs prometteurs. Même si j'aurais aimé qu'il emmène Nicott Naruda avec lui, après ce qu'il a crié, il est évident qu'il va nous poser des problèmes.

Mais les téléspectateurs veulent un affrontement entre lui et les tributs de l'alliance primaire, comme Gallo Caio Strauss ou Kleo Sampdoria. Alors on va le leur donner.

« Que ferais-tu, si tu étais à ma place ? »

Je n'aurais probablement pas la motivation nécessaire pour négocier avec les vainqueurs et les transgresseurs de règles, comme Arcana le fait maintenant avec les moins irascibles. Il faut plus que du courage pour promettre des choses comme des avantages, des changements ou des récompenses, en échange de l'accomplissement de son devoir. Le charisme, la ruse, les bonnes idées et le courage, ainsi que des bons amis, sont des qualités très appréciées aux postes gouvernementaux. Arcana en a, ainsi que plusieurs de ses collègues, mais, malheureusement, certains de ses rivaux en font également preuve, notamment ce jeune homme de l'âge de Tiana, qui a l'habitude de faire des discours dénonçant les erreurs du gouvernement actuel et appelant à un changement. Une votation des grands responsables, un suffrage censitaire, ou toute méthode qui, je crois, lui permettra d'accéder au gouvernement : Coriolanus Snow.

Mais sommes-nous vraiment prêts pour un changement aussi important que de laisser les gens choisir qui nous dirige ? J'en doute sérieusement.

Voilà quelques-uns des problèmes que la présidente m'a exposé, en plus de quelques avertissements : la décision d'Iris ne pouvait pas tomber plus mal, elle le sait, son père aussi, et ils ont tous les deux profité de la période de la moisson pour tout précipiter. Je ne suis toujours pas sûr de s'ils l'ont fait en se sentant en sécurité, après que Sadfire se soit porté volontaire, ou s'ils ont seulement tenté leur chance. Mais j'espère que Roman ne suivra pas leur exemple et respectera les règles.

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Dans l'arène, les tributs profitent de quelques heures de calme, après cet intéressant bain de sang. Les carrières parlent d'organiser une partie de chasse, profitant de la nuit qui approche dans la prairie, quand un cadeau atterrit devant Gallo : une petite pommade pour ses mains. Ses yeux montrent un mélange d'intérêt et de légère curiosité, ainsi que de surprise, qu'il s'efforce de cacher, alors qu'il regarde le plafond du tunnel. Puis il sourit un peu.

Dans la salle de contrôle des Jeux de la Faim, nous avons longuement discuté de ce genre de questions, dès que ma cécité a inspiré une grande partie du jeu : parachutes, horaires, annonces de tribus morts... Nous avons finalement décidé de respecter, autant que possible, le fuseau horaire du Capitole dans la forêt rouge et l'éclairage du tunnel en temps calme, d'utiliser le toit pour diffuser les morts, de manière cohérente avec le reste de l'arène ; (où nous préférons les diffuser en même temps dans toutes les zones) et de programmer une trappe dans le tunnel pour livrer les cadeaux. Tout cela pour ne pas embrouiller nos concitoyens avec un jeu très compliqué. De toute façon, ce n'est pas comme si nous n'avions pas la technologie pour le faire.

José et Sonya débattent sur l'arène, notant leurs estimations et leurs conclusions dans ce cahier, qui a été envoyé au premier. Ils semblent déterminés à chercher Nicott pour le remercier de son aide, et même lui demander une alliance, si possible. Je retiens une grimace lorsque plusieurs de leurs idées correspondent à la réalité de l'arène, au moment où Tiana dit au revoir au vainqueur et retourne à la salle de contrôle. Je n'aime pas que les tribus me rattrapent dans le raisonnement. Cela peut être dangereux.

—Ne t'inquiète pas, je ne pense pas que José arrive loin dans les jeux —dit Tiana en s'asseyant à côté de moi. —Il n'est pas très doué, et moins encore populaire, donc à moins qu'il ne fasse quelque chose d'exceptionnel, je doute beaucoup qu'ils parient sur lui. —Je remarque qu'elle ne porte plus le pendentif qu'elle a confisqué à Gallo, elle a dû le donner à Roman, en espérant qu'il ne l'enverra pas à l'arène par inadvertance. Pas quand il sait que le moindre faux pas de sa part pourrait entraîner sa mort, ce garçon l'aime trop.

—J'espère bien, nous n'avons pas besoin d'un autre Seth Agram —je commente, en faisant référence au gagnant de la onzième édition, un homme rusé qui a même déjoué les caméras de son édition pour gagner. — Au moins, les carrières comme Gallo ou Cormorant, s'il découvre quelque chose de plus, savent comment contribuer au jeu. Voyons ce que font les autres...

Et je retourne à la diffusion des jeux, décidant de remettre à plus tard le dilemme soulevé par Arcana. L'alliance de Cormorant est calme, peut-être trop calme, car, tandis que Jack semble déplacé entre une Diana et un Cormorant qui parlent et plaisantent comme s'ils étaient amis (Je soupçonne qu'ils le font pour l'audience, car il y a eu un moment où le garçon du quatre lui a murmuré quelque chose à l'oreille qui l'a fait s'éloigner en rougissant ; pendant qu'il l'aidait avec le bandage de sa blessure); il est évident qu'entre la nourriture dans le sac à dos doré, que Cormorant a pris, les bandages et autres ustensiles, dans le sac à dos de Diana et le parachute qui est arrivé à Diana avec des médicaments pour la douleur, en plus de leurs armes, ils ont la journée fixée en termes de fournitures. En plus, les trois ont donné suffisamment d'action pour un premier jour.

Kia et Renner surveillent leur piège, qui pourrait nous faire quelques victimes. Et l'alliance d'Alaïa parle d'une possible attaque surprise contre les carrières. J'aime bien cette fille, elle sait parfaitement ce que veut le Capitole. C'est dommage que la fille du district deux ne le fasse pas, elle est réticente, trop réticente. Et cela m'irrite. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment ils ont permis à son district de l'envoyer aux jeux, il est fort probable que sa sœur se soit précipité le jour de la moisson, provoquant ce rejet qui a entravé le processus naturel. Mais même ainsi, je pense qu'ils auraient dû faire autre chose.

Je pense que ces jeux auraient dû être différents, mais une fois que le spectacle est lancé, on ne peut pas le changer. Il m'est, donc, temps d'atténuer les dégâts autant que possible.

Il est temps de continuer le jeu d'ombres et de lumières que j'ai préparé, afin d'offrir au public un spectacle inoubliable, quel que soit le vainqueur.


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Gallo Caio Strauss — 17 ans — District 2

Le baume fourni par mon mentor est frais au toucher, légèrement verdâtre et pas trop épais, mais pas trop liquide, non plus, et le fait de l'étaler fait s'estomper la douleur de mes mains, bien qu'il ne guérisse pas mes blessures. Ça ne fait que les apaiser. Ce n'est pas non plus le but réel de la livraison, mais quelque chose d'autre, un message qui se laisse entrevoir parmi les nombreuses lettres et recommandations sur la boîte, si bien camouflé que s'il n'y avait pas de lumière, je ne l'aurais pas vu. Quelques mots écrits sur un bout de papier que, si Roman et moi n'avions pas partagé quelque chose de plus que des cours, entre le district et l'académie, je ne les comprendrais pas. Ce sont eux la raison de mon doux sourire, que je justifie immédiatement par des commentaires mordants et arrogants, à mes alliés, sur le spectacle que je vais donner maintenant que la douleur et la piqûre de mes blessures ne me distrait plus. Mon mentor a fait sa part, en parvenant à parler, que ce soit au chef des juges, au concepteur de l'arène ou à un autre membre essentiel de l'équipe responsable des jeux. Maintenant, c'est à mon tour de faire la mienne.

Filipo et Brunel rient joyeusement, dès qu'ils m'entendent, et fournissent des idées de meurtres de tribus de plus en plus macabres. Ils me dégoûtent, mais je ne leur dis rien, chaque jeu a besoin d'un ou plusieurs combattants sadiques parmi l'alliance des carrières et comme je n'en serai pas un moi-même, je les laisserais endosser ce rôle.

Sadfire se contente de rire, comme l'idiote qu'elle prétend être, et nous incite à deviner où nos adversaires, notamment Cormorant, pourraient se cacher. Elle et moi semblons mieux nous entendre, bien qu'aucun de nous n'y croie vraiment, simplement, je la manipule. J'ai décidé de changer de tactique quand j'ai vu que mes offensives, ou mes stratagèmes à son contrôle, ne font que diminuer la confiance que les autres membres de l'alliance ont en moi. Maintenant, je me contente de suggérer des tactiques convaincantes pour les jeux et de voir comment elle s'y prend, même si, de temps en temps, je ne peux m'empêcher de faire un commentaire provocateur ou dérisoire (comme lorsque je l'ai vue manquer son tir dans le bain de sang), mais j'essaie de ne pas laisser transparaître mon aversion pour elle.

Quant à Kléo, elle semble plus intéressée par l'environnement à explorer, que par le choix de victimes. Je sens une certaine tension dans ses mots, et je ne peux m'empêcher de me demander si notre conversation est aussi mauvaise pour elle que pour moi. En tout cas, ce n'est pas le meilleur moment pour l'interroger à ce sujet. Ses questions et commentaires tournent autour de l'arène et de ses différents éléments, sur lesquels je propose quelques idées ou hypothèses, sans jamais révéler tout ce que je sais. Si je veux gagner ce jeu, je dois anticiper autant que possible tous les tributs, alliés y compris, et le meilleur moyen est de percevoir le schéma de l'édition avant tout le monde et de l'ajouter comme un élément de ma stratégie. C'est la meilleure façon de vivre, sans devenir une simple copie des frères « crânes fêlés »*, comme Roman avait l'habitude d'appeler mes frères en plaisantant. Bien que je ne me souvienne pas s'il le leur a dit directement.

Lorsque nous avons terminé notre discussion, Sadfire nous laisse nous retirer pour préparer ce qui sera la première chasse des carrières de ces jeux. Je ramasse quelques-uns des Kunais que Nicott m'a lancés et les ajoute à mon set d'armes, tandis que je trace les contours des mots de mon mentor avec mon autre main. Peut-être que le Capitole appréciera le geste.

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Dans d'autres circonstances, j'aurais prononcé une phrase poétique sur les jeux, ou une citation tirée d'un de mes livres favoris, qui s'identifie à ma situation. Réciter à voix haute est l'une des choses que je faisais pour me remonter le moral ou me calmer, dans le district. Le club de poésie de mon école me manque, une activité que j'ai dû abandonner à cause de la pression et des commentaires taquins de mes frères. Nous n'avions pas l'habitude de faire beaucoup de choses de toute façon, juste des odes au président, au district ou au Capitole. Mais pendant un moment, quand j'étais enfant, je l'ai apprécié.

Lorsque je suis devenu carrière, j'ai dû faire un choix : suivre la voie de mes frères à la poursuite de l'honneur et de la gloire que procurent les jeux de la faim. J'ai dû cacher mon hobby, le reléguant aux moments que je passais à lire ou à étudier à la bibliothèque de l'école, ou à l'académie. C'est là que j'ai pris conscience de l'intérêt de Roman pour moi. Je le trouvais toujours quelque part dans mon champ de vision, en train de lire un livre ou d'écrire dans un cahier, ou sur une feuille de papier. Il était si... particulier. Je n'ai jamais compris pourquoi il était à l'académie, il n'assistait presque jamais aux cours, et quand il le faisait, ses performances étaient modérément basses, mais pas assez basses pour qu'il soit renvoyé. Sa sœur aînée était le prodige, du moins c'est ce que disaient, quotidiennement, les instructeurs qui, année après année, étudiaient les volontaires potentiels pour les jeux. Je ne lui parlais pas souvent, car elle avait deux ans de plus que moi, alors que Roman et moi faisions partie du même groupe d'entraînement.

C'est ainsi que j'ai pris l'habitude de le croiser presque tous les jours, et habitué comme j'étais à étudier mes adversaires pour gagner, j'ai fini par comprendre l'un de ses secrets, (qui s'est confirmé lorsque j'ai vu ses performances dans les jeux), Roman était plus habile qu'il n'y paraissait. Il n'était tout simplement pas intéressé à se battre, comme moi.

À l'époque, cette découverte m'a choqué, tout comme les moments où j'ai croisé son regard dans la bibliothèque. D'habitude, il détournait son regard à l'instant où nos yeux se rencontraient, aussi gêné que nerveux à l'idée d'être scruté. Mais parfois, je sentais autre chose, la même chose qui, à mon grand regret, occupe mes pensées en ce moment. Lui, aussi, était capable de percevoir ma faiblesse derrière ce masque de brutalité et de sécurité, sous lequel je cache toujours mes sentiments les plus profonds. C'est un aspect qui me rendait nerveux, car, en raison de sa timidité, il m'était difficile de deviner le but de son intérêt pour ma personnalité. Maintenant, je le sais.

«Ne te rends surtout pas, tu m'écoutes, Gallo ?» Je remémore le regard désespéré de mon mentor lorsqu'il me chuchotait les dernières recommandations, à l'oreille. On aurait dit qu'il était sur le point de fondre en larmes. « Peu importe ce que tu doives faire, mais n'abandonne pas. Je... Je ne sais pas si je pourrais le supporter. »

En ce moment, il semblait si fragile que je ne pouvais m'empêcher de me sentir coupable. Je jouais avec lui, j'utilisais ses sentiments à mon avantage pour que je l'emporte sur tout le reste. J'essayai de me convaincre que tout était nécessaire pour vivre, mais même ainsi, la façon dont il me tenait dans ses bras, me murmurant ses derniers mots, me faisait le même effet que s'il on m'aurait poignardé...

—À quoi penses-tu ? —La question de Kléo me fait presque sursauter, et je finis par sortir une phrase convaincante sur ma famille, qui la rend sérieuse. —Oui, je pense souvent à mon père aussi—répond-elle d'un air compatissant, puis elle sourit —Ne t'inquiète pas, je suis sûre qu'ils sont plus fiers de toi que tu ne le penses.

Elle dit cela sincèrement, avant de m'encourager à finir de me préparer et à suivre les autres. Elle a décidé de rester à la Corne d'abondance pour garder un œil sur les provisions, pendant que nous chassons, car elle ne semble pas avoir de cible en tête à abattre de sitôt. J'évite de pousser un soupir de soulagement, avant de l'écouter et d'essayer de chasser le sujet de mon esprit autant que possible. Heureusement, c'est elle qui m'a découvert et non Sadfire, le tribut féminin du district un n'aurait pas cru à mon mensonge.

Je n'aime pas penser à Roman, cela me fait me sentir comme si j'étais une horrible personne. Mais même cela est mieux que de se souvenir du bain de sang. Le visage désespéré de Mazda, qui se débattait comme une araignée qu'on torture. La difficulté de parer ses coups, malgré mon entraînement. Parce qu'elle savait bien où essayer de me frapper. Et ce cri désespéré qui est sorti de sa bouche, dès qu'elle a été vaincue...

Étrangement, je ne me souviens pas de sa mort. Cet instant même où mon instinct de survie a pris la relève pour me protéger de la hache de Sonya. Seulement d'un mouvement inconscient de mon couteau, tout en esquivant, et puis... Mes mains tachées de sang.

Une image qui ne s'efface pas, tout comme les larmes sur le visage de son alliée. Peu importe que son corps ne repose plus sur le sol du tunnel. Je continue à me rappeler d'elle et de ma prochaine victime :

Nicott Naruda.

Penser à lui me donne des sentiments mitigés. Son talent avec les mots, les applaudissements qu'il a suscités dans la foule... Il est clairement rusé et c'est ce qui me donne le plus de colère, en plus des dommages causés à mes mains. Mes frères sont en train de regarder ça, ils voient comment un simple tribut de district, possiblement un rebelle, a failli m'estropier. J'aurais dû le tuer quand je l'ai eu à portée, mais la vue de son visage, alors qu'il chargeait son allié, m'a fait m'arrêter dans mon élan.

Il aurait pu le laisser, inconscient comme il l'était, il n'aurait été qu'un fardeau pour lui et une cible facile pour moi. Mais il était déterminé à le faire survivre, même au prix de sa vie. Je n'ai pas pu le faire, je n'ai pu que regarder son visage douloureux alors qu'il me tournait le dos et s'enfuyait. J'ai fini par le laisser partir, jusqu'à ce que Sadfire m'a appelé. Le sol bougeait tellement que je n'ai pas été surpris qu'elle ne puisse pas cibler Cormorant, jusqu'à ce que tout c'est stoppé. Mais il était trop tard.

Elle avait raté, atteignant Yago, (qui était déjà debout et en train de courir), à sa place. Je n'aurais pas dû le lui reprocher, mais je suppose que j'étais trop frustré par ma propre incapacité à agir face au combat. J'aurais dû tuer Nicott quand j'en ai eu l'occasion, maintenant son visage me hante autant ou plus que les mots de Mazda dans l'interview. Quand elle nous a rappelé que nous sommes tous des humains avec des rêves et des illusions. Je ne peux pas le faire, cela fait de moi une personne faible. Et si je suis faible, mes frères auront raison.

Donc la prochaine fois qu'on se rencontrera, je devrai le tuer. À lui et tous les autres tributs que je trouve. C'est le seul moyen de les convaincre que je ne suis pas la mauviette qu'ils pensent tous que je suis.


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Alaïa Maddox — 16 ans — District 12

Dès que j'ouvre le petit sac en tissu, accroché à mon sac à dos blanc, je trouve une sorte de sable, ou de poussière rosâtre. Cela n'a pas du tout l'air naturel, mais artificiel, ça crie, presque, Capitole de partout. Et bien que je devrais être dégoûtée par son contenu, je ne peux m'empêcher de sourire un peu. Mon plan a bien fonctionné après tout, j'ai une arme qui peut faire la différence, si je l'utilise correctement. Bien que je ne sois pas sûre de son effet.

Lorsque l'instructrice de poisons s'est approchée de moi, peu de temps après ma conversation avec Lucy, j'ai pensé qu'elle allait critiquer ma performance, comme je l'avais vue faire avec chaque tribut qui lui posait une question, ou qui voulait simplement tenter sa chance à son poste. Mais, au lieu de cela, Adela m'a invité à venir en prétextant que je pourrais tirer profit de ses conseils et devenir l'une des meilleures surprises de l'arène. Évidemment, j'ai accepté, et c'est, définitivement, la meilleure décision que j'ai prise dans ces jeux :

« Clark Mas'ud, trente-quatre ans. Le concepteur d'arènes » Je me souviens qu'elle me chuchotait à l'oreille, alors que je faisais semblant de me documenter sur une plante communément appelée Morelle noire. « Il a peut-être l'air d'un présomptueux, avec ces lunettes noires, mais en vrai, il est plus rusé qu'il n'y paraît. Je ne sais pas pourquoi il s'intéresse à toi, mais je te recommande d'en profiter. Cela jouera en ta faveur. »

Et après m'avoir fait un clin d'œil, elle est retournée à son poste comme si de rien n'était. Il s'est avéré que l'aveugle qui m'étudiait au centre d'entraînement était bien plus que le concepteur de l'arène. Il était le partenaire du juge en chef de cette édition et l'un des rares juges à avoir semblé attentif à ma démonstration le jour des épreuves. Quand, au lieu de simplement montrer que je connaissais la plupart des plantes médicinales et vénéneuses du centre d'entraînement, j'ai utilisé des simulateurs pour montrer les effets de plusieurs de mes futures tactiques d'attaque avec elles, mes compétences avec le poignard et la sarbacane et je leur ai même montré les quelques objets que j'ai réussi à voler, pendant mon séjour ici. Certains avaient une valeur monétaire ou sentimentale, d'autres pas du tout. Mais ça a été intéressant de voir leurs réactions, surtout quand il a demandé si c'était tout...

À ce moment-là, j'ai été sur le point de dire oui et de m'en aller, mais je me suis rappelée de son sourire, après m'avoir vu parler à Lucy et j'ai décidé d'essayer, lui donner un indice d'à qui est-ce qu'il devrait regarder dans ce jeu. Je ne savais pas s'il allait me croire ou même si ça allait marcher, jusqu'à ce que le bain de sang commença et que j'ai vu la fille du district cinq essayer d'attirer mon attention avant de mourir...

—Tu as une idée de ce que c'est ? —La voix curieuse d'Alec m'a aidé à effacer l'image de Lucy de mon esprit. C'est mieux de ne pas m'attarder sur ce que j'ai fait. Si je veux sortir d'ici, je vais devoir tuer plus d'enfants que je ne peux en compter. Je secoue la tête, décidant de ranger le sac dans l'une des poches secrètes de ma robe et de porter la sarbacane en bandoulière.

—Aucune, mais connaissant les juges je ne crois pas que ce soit un poison à action rapide. Ces choses ne plaisent pas aux spectateurs. —Alec grimace dès qu'il m'entend, mais acquiesce. — J'ai de plus en plus de preuves que ce garçon a fait plus qu'aller à l'école et regarder les Jeux de la faim. Il n'a même pas l'air surpris. —Donc? Des idées pour attaquer les carrières ?

En m'asseyant à côté de mes alliés, je pouvais voir que Sheisha me regardait comme si j'étais sur le point de commettre un meurtre. En vrai, mon sac était bien garni pour cela, avec quelques fléchettes, des gants, des outils pour extraire les poisons ou fabriquer d'autres fléchettes, et évidemment la sarbacane. Mais il me manquait de l'eau, à part les bouteilles vides qu'Alec a reçues. Nous avons eu la chance de trouver une petite mare en chemin.

—A première vue, je ne vois que deux façons de les attaquer à l'improviste —commence Cromwell, comptant avec ses doigts, son expression plutôt sereine pour le sujet en question —. Quand ils dorment : en assommant ou en éliminant d'une autre manière celui qui monte la garde. Mais que nous réussissions ou non à le tuer, nous ferons du bruit et les réveillerons. —Il lève un doigt, pensif, puis le pose sur le plat de la lame de sa machette et continue ; puis il lève l'autre. —Ou profiter de l'une de leurs fameuses chasses, (ou en provoquer une), pour les diviser et les attaquer par parties, au lieu de tout l'ensemble. Dans les deux situations, nous risquons de mourir, mais la seconde a plus de chances de réussir.

Son sourire quand il finit est pour le moins troublant et me rappelle des souvenirs de l'époque où je vivais avec ma mère. J'ai vu des sourires similaires sur certains des hommes avec lesquels elle a couché, également parmi les agents qui détenaient et, ou exécutaient les voleurs, rebelles ou autres criminels. Bien que ceux-ci soient de plus en plus rares. Dans un endroit aussi pauvre et désolé comme l'est la veine du district, il n'est pas surprenant qu'il y ait toutes sortes de commerces illégaux. Si on les fermaient tous, même les agents de la paix n'auraient pas assez à manger.

—En bref, si nous voulons qu'ils aillent où nous voulons qu'ils aillent, nous devons leur donner une piste à suivre, peut-être un appât. —Mon regard dérive vers Sheisha, qui a l'air mal à l'aise et effrayée, mais ne prononce pas un mot. C'est certainement une option, bien que je parierais plus sur Cromwell, il est intelligent et fort. Peut-être qu'il ne mourra pas d'une flèche de Filipo.

Mais je ne pense pas qu'il se portera volontaire, sauf si je peux le convaincre que Brunel fera partie de l'équipe d'assaut. Alec pose une main sur sa main avant d'intervenir, mais elle se lâche. Je peux voir à son regard qu'il est aussi peu convaincu que moi.

—Non, pas nécessairement —répond-il. —Nous avons eu tous les trois des bonnes notes et je ne sais pas pour Margerite, mais je pense que Lark pourrait nous trouver quelque chose pour les attirer. Sinon, on peut toujours prendre du bois qui ne soit pas humide et allumer un feu. Les carrières pourraient prendre confiance et venir, sans que nous ayons besoin de risquer quelqu'un prématurément. —Cromwell rit sarcastiquement.

—Bonne idée, Samaritain, et puis quoi ? Si l'on en croit le bain de sang, nous avons deux tireurs qui nous attaqueront dès qu'ils nous verrons. Celui du district un a l'air idiot, mais je ne parierais pas autant sur celui du deux —, dit-il. Du coin de l'œil, je vois Sheisha devenir nerveuse, juste à la mention de Gallo, puis elle secoue la tête, se soucie-t-elle vraiment de son partenaire de district, ou est-elle juste effrayée ? Parce que je peux parier que lui, il ne se soucie pas d'elle.

—Je suis discrète, je pourrais me cacher et en assommer un avec le poison, ou l'affaiblir, si son effet n'est pas mortel. Mais avec les carrières, le mieux est de tendre une bonne embuscade, avec un ou plusieurs pièges, sur place ou en chemin. Une fois qu'ils seront tombés dedans, nous attaquerons.

Ma suggestion est accueillie par des idées de plus en plus nombreuses de la part de Cromwell et d'Alec. Le garçon du onzième district semble de plus en plus enthousiaste, tandis que mon partenaire de district hésite à attaquer quelqu'un sans provocation. Mais je le convaincs en lui rappelant qu'eux, ils le feraient sans problème. Ce n'est pas le cas de Sheisha, qui commence à secouer la tête en signe de détresse et à émettre divers sons de désaccord. J'essaie de la rassurer, mais d'après ses réactions, elle semble avoir une sorte de crise ; elle nous interrompt plusieurs fois pour dire le même mot dans une sorte de boucle. Alec essaie de lui approcher, lui prendre la main et de lui parler sur un ton très doux. Mais dès qu'il la frôle, Sheisha pousse un grand « Non !» Et s'enfuit.

—¡Sheisha, non ! —Dit Alec, il semble déterminé à la suivre quand je le retiens avec mon bras. Elle a, peut-être, besoin d'être seule.

—Ça peut être dangereux —répond-il, incertain, dès que je lui en parle. — Elle n'est qu'une enfant et ne semble pas être dans le meilleur état pour repousser une attaque. J'irais surveiller et essaierais de la convaincre de revenir dès qu'elle sera plus calme. Continuez à discuter des idées en attendant, Sheisha est apeurée, mais elle sera peut-être d'accord si nous avons un bon plan.

Et après avoir dit ces mots, il prend son arme et la suit. Je grimace, tout en sortant mes gants de mon sac à dos et en les mettant, puis je prépare la sarbacane, en remplissant certaines des fléchettes de poudre. Je n'aime pas ça.

—Dans mon district, il y a plusieurs types de mauvaises herbes qui sont dangereuses et envahissantes pour les récoltes. —Cromwell essaie de faire la conversation, nonchalamment, en s'approchant de moi. —La plupart sont toxiques, mais il y en a qui, à très faible dose, peuvent te paralyser ou provoquer de vives hallucinations —, explique-t-il. —Je ne connais pas bien le Capitole, mais si les délires de ton mentor sont vrais, ce n'est pas la dernière fois qu'il envoie ce genre de choses pour obtenir de l'action. —Et il sourit, malicieusement. Des délires, c'est comme ça que j'ai entendu dire qu'ils appelaient les visions et les souvenirs de Lark, à propos de l'arène. La même chose qui pourrait être, maintenant, entre mes mains.


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Renner "Renny" Banom – 15 ans – District 8

J'ai peur...

Construire le piège était bien plus simple que de le mettre en place. Tout est prêt, nous sommes au bon endroit, et pourtant je...

Je n'arrive pas à me calmer, je suis agité et terrifié. Je n'arrête pas de penser à tout ce qui pourrait mal tourner. Et même ainsi, si tout va bien, je...

—Je vais tuer quelqu'un.

C'est la première phrase que j'arrive à articuler sans bégayer, et pourtant, c'est encore trop bas, comme un murmure inintelligible auquel Kia répond, malgré tout :

—Pas nécessairement, Cromwell est grand et fort. Peut-être qu'il ne mourra pas

Sa voix est calme, comparée à la mienne, c'est comme si nous ne parlions pas du même sujet. Elle prétend m'aider à me sentir mieux, mais ça ne marche pas.

—Ce serait pire —je réponds —. Le piège ne peut pas se démonter, s'il reste a-a... S'il vit...— Je me tais quand je vois que je suis incapable de continuer ma phrase sans bégayer. Je ne peux pas le faire, je ne peux pas deviner le résultat de ce que Kia et moi avons planifié et le mettre en mots. Rien que d'y penser, de voir le garçon du onze agoniser dans la douleur, la faim et la soif en attendant sa mort... C'est trop cruel.

—Donc, ce qu'il faut faire est évident, n'est-ce pas ? —Sentence t'elle, avec un doux sourire ; ses yeux sont fixés sur les miens, à tel point que cela me fait peur. Ce n'est pas une menace, c'est un fait. Nous n'avons pas d'autre choix que de le tuer dès qu'il franchira la ligne que nous avons tracée. Et même ainsi, je...

J'ai encore trop peur, assez pour hocher rapidement la tête, terrifié par le manque d'hésitation de mon alliée, au moment où le bruit de pas précipités nous oblige à nous replier dans notre cachette, silencieux et immobiles comme des statues. Quelqu'un s'approche de la scène, en courant pratiquement. Kia jette un coup d'œil, attentive, pendant que j'attends avant de me montrer. Selon ce que nous avions convenu, elle serait la première à attaquer, dès qu'elle le verrait. Mais ce son... Non, ce n'est certainement pas le garçon du onze qui traverse.

C'est alors que ça se produit, un cri aigu d'agonie déchire l'air, alors que mon alliée se met en action. C'est l'heure, quelqu'un est tombé, mais ce cri n'est pas... C'est...

¡Sheisha Cryfel!

Le temps que je me rende compte, il est trop tard pour l'avertir. Kia a frappé la tête de la fille du district deux ; celle-ci, se voyant agressée, panique, agitant les bras vers mon allié, sans aucun contrôle. Elle a l'intention de la frapper, mais n'y parvient pas, car elle a reculé et alors qu'elle lève la batte à pointes pour l'achever, nous entendons un autre cri, c'est comme un appel...

—¡Sheisha!

Cela suffit à figer la scène devant mes yeux, je connais cette voix, c'est le volontaire du district douze. Un type grand et fort avec une énorme masse qui me casserait la tête en quelques secondes, Kia le remarque aussi, s'arrêtant à quelques pas de l'autre enfant. J'essaie de l'appeler, Alec n'est toujours pas là, on pourrais encore nous en sortir, même si on doit laisser Sheisha dans une longue agonie. Mais alors, je vois un flash sortir de ses mains et le ventre de mon allié est ouvert devant mes yeux. Il s'avère qu'elle avait une arme, une sorte d'épée longue, petite et ornée, mais elle n'avait pas eu le temps de la dégainer.

La coupure est si rapide que j'ai à peine le temps de prononcer son nom, alors que Kia recule de surprise. L'expression de la fille du district deux semble différente, plus tranquille et pleine d'espoir, presque démente, alors que les pas se précipitent. Mais elle meurt lorsqu'une lame de couteau s'enfonce dans sa poitrine, au moment où un coup de canon retentit.

Et puis en regardant mes mains vides, je réalise ce que j'ai fait et je panique. Je l'ai fait, je l'ai tuée et ensuite... Au moment qu'Alec arrive, je...

«Concentre-toi sur ton retour»

Le doux écho de la voix de ma sœur dans mon esprit suffit à me réveiller et à me faire fuir. Non. Je ne dois, en aucun cas, me faire attraper par lui. Je dois courir jusqu'à ce que je sois hors de sa portée. C'est le seul moyen pour moi de rentrer pour la voir et m'excuser. Et ensuite... Tout redeviendra comme avant.

Et pendant un instant, tout se brouille devant mes yeux, alors que ma respiration s'accélère à cause de la course et que des larmes coulent sur mon visage. Je n'arrive pas à le croire, j'ai abandonné Kia à son sort, bien qu'avec ses blessures, il est fort probable que…

Un autre coup de canon retentit et je sens mon souffle s'affaiblir, je ne peux pas m'arrêter, s'ils m'attrapent, je mourrai, mais si je continue à courir mes poumons vont se bloquer et alors... Je m'arrête en sentant ma vision se brouiller et je décide de me cacher derrière un arbre feuillu. Je n'en peux plus, j'ai besoin d'air. Frénétique, j'essaie de trouver mon inhalateur quand une piqûre derrière mon cou me fait sursauter, alertée, et l'objet tombe au sol. Ce n'est pas possible, ils m'ont trouvé, je…

Je ne veux pas mourir.


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Sonya Daskalova –16 ans – District 7

Marcher sur ce chemin de plus en plus sombre, éclairés par la torche de José, me rend nerveuse.

Je suis inquiète, je regarde sans cesse derrière moi et sur les côtés de peur que quelqu'un ne sorte de derrière un buisson et ne nous attaque. Je n'aime pas ça, plus nous avançons et moins nous sommes à couvert, laissant derrière nous notre abri pour entrer dans la prairie par laquelle nous sommes sortis du bain de sang. Et moi, contrairement à José, qui tient cet étrange appareil lanceur de couteaux qu'il a volé à la Corne d'Abondance, je n'ai pas d'arme.

—Tu es sûr que c'est une bonne idée ? —Je demande dans le plus proche à un chuchotement que possible, pas du tout sûre de moi. José s'arrête pour étudier de plus près sa carte, où des croix indiquent les différents endroits où Nicott pourrait se cacher, s'il s'était enfui à travers la prairie, puis il me sourit.

—Bien sûr, plus on est nombreux, mieux c'est, n'est-ce pas ? —L'espace d'un instant, son regard est si doux et si gai que je crois voir Mazda elle-même, venue me donner du courage. C'est lui qui a eu l'idée de chercher Nicott, convaincu que s'il était dans notre situation, il ferait de même. Moi, je ne le crois pas, mais j'ai besoin de quelque chose pour me donner de l'espoir après tout ce qui s'est passé. Et lui... Nicott... Peut-être que...

Non. Je ne dois pas être dupe, il pourrait facilement être mort à l'heure qu'il est, nous pourrions même être en train de tomber dans un piège.

Ce sont les pensées qui me tiennent en haleine, ma méfiance à l'égard des ténèbres qui nous entourent et m'empêchent d'avancer. Si Mazda était là, elle me dirait de les ignorer et d'aller de l'avant, qu'ensemble nous pouvons tout vaincre. Mais maintenant qu'elle est partie, je ne peux compter que sur moi-même.

—Je pense, tout de même que nous devrions être prudents et nous mettre à l'abri. —Je réponds —En ce moment, les carrières pourraient être en train de chasser dans cet endroit. Nous ne pouvons pas nous confier.

À l'instant où je prononce ces mots, il me semble sentir un léger bruit de pas qui s'approche de nous et mon malaise augmente puis s'effondre au moment où nous entendons sa voix :

—Ta partenaire a raison, actuellement, les guerriers de l'ombre me poursuivent. Votre seule chance de survie est de fuir, pendant que je cherche un moyen de les combattre.

—¡Nicott! —L'émotion qui monte en moi est si forte que je ne remarque même pas que mes pensées se sont transformées en mots. Le garçon du district six porte d'étranges lunettes sur les yeux, s'il n'y avait pas l'obscurité autour de nous, je penserais qu'elles sont pour le soleil. Il porte également un sac à dos blanc et ce que je pense être un petit outil d'agriculture dans chaque main. Mais beaucoup plus comme une arme de combat que comme un outil agricole, utilisé dans d'autres districts. Je devrais avoir peur, mais je ne peux pas, j'ai placé tout mon espoir dans ce moment. Je ne laisserai pas ma méfiance le gâcher.

—Tu as un plan ? —Demande José, et s'avance sans crainte vers lui. Je remarque qu'il y a quelque chose de différent dans le visage de Nicott, de la douleur, de la colère et quelque chose d'autre...

Il est seul, Yago et Dennis ne sont pas avec lui, ils l'ont probablement abandonné dans le bain de sang ou... Non, je ne peux pas penser à ça, les carrières arrivent, j'ai besoin de toutes mes forces pour m'échapper avant qu'il ne soit trop tard. Nicott se limite à sourire et dit:

—Improviser.

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Et soudain, c'est comme si tout recommençait, sauf que maintenant Mazda n'est pas là pour me sauver, au moment où le garçon du district six nous l'indique, José me prend la main et nous serpentons dans l'étrange forêt, à la recherche de notre refuge. D'après la distance à laquelle résonnent les pas des carrières et les quelques cris de colère que j'entends, je sens que Nicott a dû faire quelque chose pour les ralentir. Mais ce n'était clairement pas suffisant. Nous atteignons la maison effondrée, derrière laquelle nous nous abritions avant que ne retentissent les coups de canon des morts ; et à l'instant où José lâche ma main, pour s'accrocher au mur le plus proche de l'emplacement de Nicott, je comprends ce qu'il voulait dire par ce mot.

Improviser, c'est la clé de la stratégie de Nicott. Saisir toutes les opportunités qui se présentent et croire qu'elles lui permettront de réussir. Sur le côté du mur, opposé à celui devant lequel nous nous trouvons, se trouve une série de branches et de feuilles épineuses appartenant à certaines plantes grimpantes qui ont tendance à s'accumuler dans les terrains et les maisons abandonnés de notre district. Cependant, il y en a très peu, voire pas du tout, de notre côté du mur ; nous ne nous en sommes donc pas inquiétés. José saisit son arme de façon à ce que le couteau qu'il s'apprête à lancer pende en biais devant une branche fine et la scie, tout en gardant les yeux sur l'arrivée de Nicott. Nicott, en nous apercevant, nous incite à nous cacher derrière le mur et prend position directement devant nous.

Je profite du fait que le mur et sa silhouette arrivent presque a nous masquer entièrement, pour jeter un coup d'œil et voir ce qui se passe. Le garçon du district six a juste le temps de rassembler quelques branches et de les empiler de telle sorte qu'un simple coup de pied suffise à les soulever en une vague vers les jambes de sa cible, avant que les carrières n'arrivent sur les lieux.

Bien que Filipo ait un arc, avec lequel il pourrait tuer Nicott d'un seul coup, sans avoir besoin de s'approcher, il n'a guère envie de l'utiliser ; au lieu de cela, il ferme la distance qui le sépare de la fille du onzième district et se contente de regarder ce que font Gallo et la fille du premier district. Cependant, au moment où ils s'approchent tous suffisamment, Nicott passe à l'action et lance les branches les plus épineuses et les plus dangereuses vers les carrières, qui reculent à leur vue, mais seuls Gallo et la fille du premier district parviennent à ne pas être blessés par la ruse. Filipo tombe même au sol, poussé involontairement par la fille du district onze, qui, bien qu'elle parvienne à poser ses mains au sol à temps, n'a pas l'air très heureuse.

Cependant, à la façon dont Nicott sourit en les voyant dans les airs et à la façon dont il brandit ses instruments, je vois que ce n'est pas fini. Il a l'intention de les lancer, alors qu'ils n'atterrissent pas sur le sol, et de les attaquer. Gallo est le premier à s'en apercevoir et à se défendre, tandis que José les voit et tire avec son arme dans l'intention d'attaquer lui aussi. J'ai juste assez de temps pour le pousser au sol, avec moi, avant qu'il ne soit trop tard. Jusqu'à présent, le corps de Nicott a servi de bouclier, mais si nous restons debout, les carrières nous verront dès qu'il avancera et que la bataille éclatera. Et même si je comprends José et combien il se sent impuissant en ce moment, je ne peux pas laisser cela se produire. Je ne veux pas, aussi, le perdre.


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Alpine Bentley — Mentor du district 6

Pour une personne comme moi, qui a été victime de moqueries et d'intimidation dès son plus jeune âge, il n'est pas difficile de reconnaître une autre victime.

Le garçon du district deux. Gallo.

Dans son interview, il a déclaré qu'il n'aspirait qu'à surpasser la gloire de ses frères, cependant, lorsque Blake a prononcé cette phrase :

«Tes frères doivent être très fiers de toi.»

J'ai pu voir le vrai Gallo qui se cache sous le masque. L'expression déprimée de ses yeux, sa réponse au présentateur, toutes les deux sont le résultat de se focaliser sur un objectif trop grand pour lui. Après tout, comment surpasser un vainqueur ?

Il ne suffit pas de gagner les jeux. Vous devez montrer la force de résister à l'obscurité qui est en vous, sinon vous finirez par faire ce qu'ils veulent, tout comme moi.

Oui, il y a quelque temps, j'ai eu le même combat que Gallo dans ces jeux. C'est pourquoi je ressens de la compassion pour lui.

Cependant, maintenant, je ne suis plus la personne colérique et impitoyable que j'ai montrée lorsque j'ai été moissonnée pour les douzièmes jeux de la faim. Je suis Alpine Bentley, gagnante des jeux de la faim, mentor du district six, et je me dois à mon tribut.

Donc, même si Nicott est désavantagé, je le soutiendrai jusqu'au bout.

Dans l'arène, la bataille fait rage : les carrières sont sur le point de localiser José et Sonya, mais dès qu'ils aperçoivent la lame métallique, Nicott se jette sur le corps de Sadfire, l'impact de l'arme de José la faisant tomber au sol. Ainsi commence une petite bataille inattendue, la fille du district un est une très bonne combattante, mais pour une raison quelconque, elle se bat sans entousiasme. Comme si ce n'était pas ce qu'elle voulait. Et le fait est que, contrairement au début des jeux, dans le bain de sang, maintenant, elle applique pleinement son rôle.

Nicott cependant ne se retient pas, il est prêt à aller jusqu'au bout pour ses compagnons, la frappant de tous les fronts pour gagner jusqu'à ce que, à un moment où elle semble hésiter avec une expression de peur sur son visage (dont je doute beaucoup qu'elle soit réelle), Gallo interpose un couteau entre le kunai de Nicott et le visage de la fille du premier district et dit :

—Laisse-le, Sadfire, il est à moi.

Son ton ferme semble redonner le sourire à la fille du district un, qui range son épée et acquiesce. Nicott, lui, rit comme si la scène ne lui disait rien et recule d'un pas.

Lui aussi, savait que cela arriverait.

—Il semble qu'enfin tu oses t'avancer, petite brebis égarée, maintenant, me montreras-tu ta vraie force?

Ce simple choix de mots déstabilise suffisamment Gallo pour qu'il utilise toute sa fureur lors de la première attaque. Nicott est définitivement admirable. Non seulement il tient tête à un groupe de carrières, sans broncher, mais il vient de défier le tribut du district deux en duel à mort, sans rien perdre de son authentique sourire. Et il va jusqu'à le déstabiliser dans le processus.

—Il l'a vraiment appelé, petite brebis égarée ? Aïe, ça a dû faire mal. —Gnaea se moque, sans une once de pitié, l'atmosphère dans la salle de contrôle des mentors est devenue un mélange d'impuissance, de colère et de chagrin, couplé à un léger intérêt pour la façon dont cette situation va se résoudre.

Du coin de l'œil, je vois Limb et Light se tenir la main, dans un mouvement inconscient, regardant leurs tributs lutter contre leur propre impuissance et leur peur face à la bataille qui se déroule de l'autre côté du mur. Sonya tient José au sol, qui se débat pour se libérer de son emprise et éviter la tragédie qui s'annonce, ses yeux sont remplis de larmes, d'impuissance et de douleur.

Elle aussi, veut l'aider, elle veut aussi faire quelque chose, on le voit dans ses yeux. Mais, comme tout tribut de district, elle sait que s'affronter aux carrières ne peut que conduire à la mort. José devrait le savoir aussi, mais de là où je suis, je peux voir qu'il est aveuglé par sa propre colère et douleur. Mazda était une gentille fille, trop courageuse pour ce monde, tout comme Nicott.

Alors que la bataille s'intensifie, l'expression de mon tribut vacille, mais ce n'est pas de l'insécurité que je vois sur son visage, mais une légère déception. C'est comme si quelque chose dans le combat ne le satisfaisait pas. Gallo arque un sourcil, ne comprenant pas, moi non plus, d'ailleurs, mais ce n'est pas important. Le tribut du district deux finit par faire trébucher le mien et au moment où il semble sur le point de le tuer, il dit quelque chose qui clarifie tout :

—Je ne suis pas une brebis égarée! —Cette expression, un terme péjoratif utilisé dans certains districts inférieurs pour définir quelqu'un qui s'écarte du droit chemin pour tomber en disgrâce, est la clé. Le sourire de Nicott revient et après avoir répondu que oui, il finit par interposer un kunai devant celui que Gallo tient, dans ses mains, afin d'effectuer un coup de théâtre pour le capitole. Et, à nouveau, la colère retourne au visage du tribut, le faisant frapper durement le genou de Nicott, lui causant assez de douleur pour briser sa concentration et enfoncer le kunai dans son bras dominant. Nicott n'hésite pas et lui crache au visage, puis se débat pour se relever, mais ne réussit qu'à faire en sorte que Gallo le mette à terre à nouveau, forçant ses défenses avec des coup suivis d'autres coup de son couteau jusqu'à ce qu'il le plante finalement dans son cœur.

Il a réussi. Il a gagné la bataille. Mais pour moi, c'est juste un autre perdant.

Nicott est le vrai vainqueur de ce jeu.


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Note finale de l'auteur :*Dans le chapitre originel, l'expression utilisée est "hermanos calavera", donc, "frères cranes de morts", mais la traduction litéraire ne me satisfaisait pas.

Et c'est tout, :D, ce chapitre m'a pris beaucoup de temps. Comme vous pouvez le constater, j'ai ajouté plusieurs choses aux personnages, notamment dans le cas de Gallo, dont le club de poésie n'apparaissait nulle part dans la fiche, mais après avoir lu quelques moissons de « Villanos », le nouveau syot de Dani, je me suis convaincue que le capitole n'aurait pas forcément dû supprimer tous les hobbies non dédiés au travail de son district. Et j'en ai profité pour introduire l'habitude de Gallo de réciter des citations poétiques (information qui fait partie de la fiche), dont l'inclusion dans la fiction serait très difficile sans devoir modifier son approche et son but dans les jeux.

Dans ce chapitre, nous disons au revoir à trois tribus : Seisha, Kia et Nicott, qui meurent toutes dans l'ordre de leur passage dans le chapitre. J'ai eu du mal à les tuer, trop d'ailleurs, mais d'une manière ou d'une autre les jeux doivent avancer :'(. Merci à Joy Hamato, Alphabetta et Diego pour les tributs. Si vous allez sur mon profil, vous verrez que j'ai changé la liste des tributs de ces jeux par ceux de « Telaraña de Cristal », mais ne vous inquiétez pas, les personnages et leurs auteurs respectifs sont affichés dans la page de personnages du blog. J'ai également modifié la fiche de personnage d'Alpine, pour la rendre plus conforme à l'histoire que j'ai imaginée pour elle. A bientôt !