Chapitre quinze: Fatalité

L'une des meilleures stratégies des Jeux de La Faim a été celle que Chêne Quercus a employé dans les Treizièmes Hunger Games, lorsque le vainqueur a réussi à porter un coup fatal aux plus forts de son édition, en utilisant sa propre faiblesse comme base…

Warren Evergreen – 25 ans Programmateur d'événements spéciaux dans les jeux.

Rien qu'à voir le contenu du petit sac d'Alaïa, j'ai senti que mon cœur cessait de battre. Je ne pouvais pas le croire, cet élément ne pouvait pas être dans les jeux, ils ne pourraient pas…

Je secoue la tête pour tenter de retourner au moment présent des jeux. Bien sûr, qu'ils pouvaient le faire, ce n'est pas comme si la substance était un secret pour le Capitole, mais même ainsi, mon esprit refuse de l'assimiler.

Dans le lieu d'où je viens, tout est centré sur une légende, une divinité omnipotente qui nous délivrera de tous les maux. Quelqu'un qui nous protège et prend soin de nous et pour qui nous devions obéir à une série de règles. La plus importante : ne quitter la ville sous aucun prétexte et rejeter toute stimulation extérieure, sous peine de déclencher une tragédie.

Instinctivement, je lève ma main vers mon cou par un mouvement inconscient. Tout est si étrange, si troublant, que je ne peux pas le croire. À l'époque, j'étais trop innocent pour me rendre compte de la tromperie dans laquelle je vivais. Je croyais que tout ce qui s'était passé, la guerre, les morts et après la succession de tragédies qui frappaient quiconque s'écartait du droit chemin, étaient un châtiment divin. Je n'ai compris la vérité que quelque temps après, quand Arcana en personne s'est présentée chez moi, me parlant de choses que je n'avais jamais connu auparavant, entre elles les jeux de la faim et son projet de rajeunir l'équipe avec des nouveaux esprits...

— Tu vas bien ? —Le doux chuchotement de Valerie me tire de mes réflexions, elle a posé une main sur la mienne dans un geste de prévention. Dès notre première rencontre, lorsqu'elle a été désignée comme mon mentor pendant le stage, nous avons développé ce type de comportements cohésifs. Ce n'est rien de mauvais, au contraire, il nous permet d'éviter des désastres majeurs, comme lorsque j'ai empêché les carrières d'assassiner Cromwell pendant le bain de sang. Et maintenant… Il me permet de me freiner, avant de recommencer une habitude que j'ai tardé beaucoup de temps à éliminer de mon comportement.

—Oui, oui, c'est seulement que je n'ai pas pensé qu'ils utiliseraient le composé dans les jeux. Ça pourrait être dangereux. —Je réponds, en même temps que j'éloigne la main de mon cou et elle acquiesce. Le composé auquel je fais référence, cette poudre ou ce sable couleur rose fuchsia que possède Alaïa, faisait partie d'une drogue qu'ils utilisaient pour nous dompter à ces normes. Au contact du sang, les sentiments s'intensifiaient, transmutant nos peurs en réalité à tel point que tout était déformé dans l'esprit jusqu'à devenir sauvage. Ou du moins, c'était le but ultime : la réalisation de la tragédie

Cependant, au moment de vérité, le cerveau est si complexe qu'on ne peut pas deviner tout ce qui pourrait se passer, à partir de l'instant même où la substance entre en action. Le garçon du district huit s'est arrêté dès qu'il a senti la piqûre de la fléchette, l'esprit piégé dans ce moment typique où le tribut sait que tout est perdu pour lui. Alaïa le sent, aussi, car ses pas ne sont pas rapides, comme lors de la poursuite, mais plus lents et discrets, à tel point qu'on les entend à peine depuis l'écran central de la salle des juges des jeux. Renner, quant à lui, porte sa main à l'arrière de son cou et en retire le projectile, vide. Pendant ce temps, Alaïa fait un pas de plus vers lui. Et je peux voir le moment exact où son cerveau comprend toutes les implications de ce que cet objet précis pourrait signifier dans les jeux. Je remémore la fiche de ce tribut, un jeune garçon doté d'une intelligence supérieure à la moyenne, comme moi, mais complètement gaspillée jusqu'à ce qu'il est parvenu à construire ce piège. Mais, cette fois, cette capacité pourrait jouer contre lui.

—Est-ce que c'est correct qu'ils s'affrontent ?—Valerie essaie quelque chose, en hésitant, tout en passant la main sur son côté de la table tactile, sans la toucher. —En fin de compte, dix personnes sont déjà mortes, nous devrions, peut être, les séparer. —Tandis qu'elle parle, l'écran nous montre un plan de Renner avec ses yeux grands ouverts, emplis de peur et de terreur. Alaïa, de son côté, ne s'approche pas, elle se contente de l'observer, essayant de deviner son prochain mouvement. Elle est consciente qu'elle s'est empressée de le suivre, mais à ce moment-là, il est possible que la curiosité ait été plus forte et maintenant il n'y qu'une chose qu'elle puisse faire.

—Pas question ! —Tiana proteste, excitée. —Le public est en extase, on ne peut pas leur faire ça. —Voyant les taux d'audience, on ne peut pas la contredire. —Alaïa est douée, elle saurait retourner la situation en sa faveur. —Elle évalue —En plus, les constantes du garçon ne sont pas au mieux. Ce sera simple. —Sentence-t'elle. En ce moment la caméra se centre sur Renner, qui a décidé de se tourner et attaquer, utilisant la fléchette comme un couteau. Le geste surprend Alaïa, qui ne parvient qu'à faire un pas en arrière, de sorte que le coup n'entraîne qu'une simple égratignure. Finalement, elle se lance à l'attaque, confiante, le garçon semble effrayé, mais aussi féroce, devenant désespéré en un instant, ce qui lui fait gagner quelques points. Juste au moment qu'une poussée d'Alaïa le fait tomber, perdant au passage sa seule "arme". C'est alors que le garçon du district huit remarque son inhalateur et se jette dessus.

Dès lors, la bataille devient une lutte entre les adversaires pour l'objet. Alaïa pour précipiter sa mort et lui pour survivre à tout prix. Et ce n'est pas étonnant, son rythme cardiaque est totalement, emballé, si bien qu'il peut s'effondrer à tout moment. Lui aussi, s'en aperçoit, car son visage se dresse vers le ciel, expirant en recherche de souffle. Et, concentrant toutes ses forces, il parvient à forcer la jeune fille à lâcher prise au dernier moment. Ses mains se referment sur l'inhalateur et il prend une grande inspiration. La façon dont son corps réagit, passant de la peur au soulagement puis à l'espoir, est aussi rapide que la montée de l'audimat lorsque l'on montre le visage déterminé d'Alaïa. Elle n'a pas peur, pas de résignation, non plus, mais attend le bon moment pour poser ses mains sur son cou et serrer...

Et, à cet instant, je le sais, peu importe ce que fasse le garçon, elle a déjà gagné la partie.


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Cromwell Plog – 18 ans – District 11 – [le début est avant le deuxième coup de canon qu'entend Renner]

La façon dont on trouve le cadavre de Sheisha, pris dans un piège complexe dont les matériaux ne semblent pas appartenir au paysage de l'arène, me rappelle les animaux que j'ai dû chasser pour protéger les cultures de mon district : des petits animaux, comme les taupes ou encore des différents types de rongeurs et lapins, en plus des insectes. Bien que je n'aie personnellement jamais essayé de tuer une proie aussi grande qu'elle, si on ne compte pas les humains, bien sûr. Mais je doute fort que les hommes que j'ai tués entrent dans cette catégorie.

En tout cas, c'est une image que quelqu'un comme moi devrait s'attendre à voir. Nous sommes dans les jeux de la faim, après tout. Mais la seule chose à laquelle je pense, en regardant Alec essayer de sortir son petit corps de là, par tous les moyens possibles, c'est que je ne sais pas comment réagir.

Alaïa a, néanmoins, une vision plus claire des choses, car elle se met immédiatement, à la poursuite du garçon du district huit, qui est sur le point de disparaître de mon champ de vision. J'hésite avant d'avancer sur le sol et il me suffit d'un regard pour savoir que le piège ne peut pas se démonter facilement, sans le casser. Alec pourrait prendre son maillet et frapper la structure jusqu'à ce qu'elle cède, mais le risque de briser le corps de la petite fille, sans rien réussir, est trop grand. Je ne vois pas non plus d'outils pour m'aider à accomplir la tâche par moi-même. Attend une minute, pourquoi est-ce que je pense à ça, déjà ? Ce n'est pas comme si sortir la fille de là allait m'aider à attraper Brunel dans le futur. Cependant...

«¡Sheisha!»

Le cri d'alerte du volontaire du douzième district me revient en mémoire, comme un souvenir. À ce moment-là, alors qu'Alaïa et moi discutions du type de poison que son sac pouvait contenir, les deux cris - celui de l'enfant et le sien - ont suffi à me ramener à la stabilité de l'arène. Je ne pouvais pas me permettre de perdre des alliés, j'en avais besoin pour combattre les carrières. Même si l'allié était aussi insignifiant que cette fille instable. Sheisha avait déjà tué quelqu'un, peut-être qu'elle pourrait le faire à nouveau. Et si ce n'est pas le cas, nous pouvions toujours utiliser l'idée initiale d'Alaïa et la transformer en appât, pour piéger une cible plus importante. Mais maintenant, tout est perdu.

—Cromwell…

La voix que j'entends provient de la petite fille du district neuf, elle a l'air aussi surprise que terrifiée, en plus de souffrante. Je ne peux pas détacher mes yeux de son ventre ensanglanté. Une image aussi belle que troublante : le crime de Sheisha. Il m'attire presque par inertie, me faisant faire un pas vers elle, qui recule, me fixant toujours. Le sang n'arrête pas de couler, tout comme pour le patron de Kira, quand je l'ai frappé à la tête, sauf que dans son cas, ce n'était pas tant que ça. En plus, cette enfant, elle...

Elle souffre, ses yeux m'observent désespérés tandis qu'elle essaie, maigrement, de contenir le saignement de son ventre avec ses mains. Pendant un moment, j'hésite sur ce que je dois faire, ce n'est pas Brunel, je n'ai rien à gagner en la tuant. Et ça n'a pas d'importance si je la laisse partir, elle va mourir de toute façon. C'est peut-être pour ça qu'elle ne prend pas la peine de courir. Néanmoins, je continue d'avancer.

Et, à cet instant, c'est clair pour moi que je vais la tuer. Non seulement en raison du sang ou de la douleur évidente sur son visage, il y a aussi la frustration de tout ce qui s'est passé depuis le début du bain de sang. Quand j'ai vu que le garçon du district un était vraiment déterminé à défendre mon ennemie. Alaïa m'avait suggéré de l'attaquer comme distraction, c'était dangereux, mais si j'arrivais à me sauver, j'aurais une alliance face aux carrières. Une stratégie presque identique au « plan » que Marguerite avait en tête pour moi : l'union des volontaires du onzième et douzième district, les héros contre les méchants.

À l'époque, ce plan me semblait non seulement stupide, aussi, il ne m'intéressait pas le moins du monde. J'étais venu pour me venger de Brunel, pas pour jouer une sorte de conte de fées dans l'arène. Je n'ai commencé à le concevoir que lorsque j'ai vu que mon partenaire de district approchait les professionnels et puis tout est tombé à l'eau.

Je finis par presser mes pas jusqu'à ce que j'atteins une enfant fatiguée, en larmes et résignée. Et je lève mon arme pendant que mon esprit se remémore le dernier moment où je me suis senti en sécurité : la réunion avec Alaïa et Alec, alors que nous discutions de la façon de nous débarrasser des carrières. Si Sheisha n'était pas partie, si elle n'avait pas refusé, si ces deux jeunes enfants ne l'avaient pas tuée... Je ne serais pas ici, en train d'accorder le dernier souffle à une créature innocente.

La machette est si rapide que je ne remarque même pas le moment où elle transperce la fille, faisant retentir le canon. C'est alors que je réalise qu'Alec n'est plus face au cadavre de Sheisha, mais derrière moi. Et je ne sais pas comment déchiffrer l'expression sur son visage.

—Je suis désolé. Tu voulais te charger d'elle ? —Je demande, en essayant de transmuter mon visage en quelque chose de plus amicale, maintenant il semble surpris. Il finit par nier et m'incite à partir, sous l'argument que nous devons trouver Alaïa. C'est alors que je me souviens de la dernière conversation que j'ai eue avec elle, lorsque nous avons parlé du fait que la poussière dans son sac pouvait être un hallucinogène. Ce dont j'en suis sûr quand je la vois se battre contre le garçon du district huit.

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—Alaïa ! —Alec fait mine d'avancer vers eux, lorsque mon bras se positionne devant lui.

—Laisse-la, tu ne vois pas qu'elle est en train de gagner ? —Je proteste, avec un ton sérieux, en regardant le combat. Et j'ai raison. Le garçon timide, incapable de parler sans bégayer, semble s'être transformé en une bête folle, luttant avec bec et ongles pour sa survie, mais cela ne semble pas suffire. C'est clair pour moi à l'instant, même, où les mains de la fille du douzième district se referment sur son cou, le serrant de plus en plus fort jusqu'à ce que le canon retentit.

Lorsque l'inattendue mélodie de l'hymne suit le dernier bruit de canon du matin, une sensation étrange m'assaille, en même temps que je prends conscience de tout ce qui s'est passé. Alaïa soupire, soulagée, elle est fatiguée et épuisée ; à tel point qu'elle n'hésite pas à accepter la main que lui tend le garçon du district douze, pour se relever. Et ensemble, ils observent comment le visage de Sheisha est le premier à apparaître dans le ciel. L'expression d'Alec a encore changé, elle est plus sérieuse et déterminée, tout comme la sienne. Et moi, bien que je devrais être content, car mieux se sentent mes alliés, plus il y a d'espoir que nous puissions bientôt affronter les carrières, prochainement (et donc, je puisse, enfin, tuer Brunel) ; je n'en suis pas capable.

Tout ça est inhabituel, nous sommes à midi, pas à minuit, nous ne devrions pas voir les visages des morts. À moins que… Je tourne mon regard de côte à côte, cherchant des signes de la zone que nous avons laissée derrière nous en quittant le bain de sang, mais nous sommes trop loin pour que je puisse vérifier mes soupçons. Ce que je peux voir, cependant, est l'éclat d'une petite fléchette cristalline, sur le sol, et mon malaise augmente.

J'avais raison, cette poudre était un hallucinogène. Alaïa s'en doutait aussi, et pourtant elle l'a utilisé. Même si elle savait qu'elle n'en avait probablement pas besoin. C'était un geste inutile, pervers même. Un test qui n'aurait pas dû se faire de cette manière et qui me fait me demander si je suis du bon côté. Contrairement à Alec, cette fille m'a toujours paru un peu perverse, elle était trop calme et énergique pour participer aux jeux de la faim. Cependant, comparée à des personnes comme Brunel ou le garçon du District un, elle ne semblait pas être une personne particulièrement maléfique. Mais, dorénavant, j'ai des doutes.


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José Eduard Bailey (Martínez) – 17 ans – District 5

Je dépose l'un des étranges couteaux, que possédait Nicott, près des mains d'une Sonya, endormie. La façon dont Mazda me regarde du ciel est un mauvais rappel de ce qui s'est passé. C'est comme remuer le couteau dans la plaie et, en même temps, c'est aussi un reproche.

Quand nous avons, enfin, trouvé Nicott mon cœur s'est empli d'espoir. Je voulais m'allier à lui, l'aider, non seulement en guise de remerciement de nous avoir sauvés du bain de sang, mais aussi parce qu'il semblait digne de confiance et courageux. Il était toujours en train de briller, créant de la magie avec ses mots tout comme faisait Sandra avec ses chansons et se démarquant avec des stratégies improvisées que je n'aurais jamais imaginé que fonctionneraient (comme ce qu'il a fait lors du défilé). Je n'ai pas remarqué le dangereux que c'était jusqu'à ce que j'ai vu que les carrières le pourchassaient. Et même ainsi une parte de moi refusait de l'accepter.

C'est pour ça que je n'ai pas hésité à coopérer avec lui. Le suivre bien que je sache que je pourrais mourir. Que nous pourrions tous mourir à cause des carrières. Mon esprit ne raisonnait pas, tout comme il ne l'avait pas fait lors du bain de sang, quand j'ai saisi Sonya comme si de ma vie en dépendait. Sauf qu'à ce moment-là, je courais pour sauver ma vie, alors que, en ce moment, quand j'ai vu Gallo je… Je n'ai pensé qu'à attaquer.

Je fouille dans le sac rouge, en recherche de quelque chose de plus à céder à mon alliée, n'importe quoi qui puisse compenser le coup que je m'apprête à lui porter, en ce moment. Je dois m'éloigner, ne pas penser à Nicott ne fonctionne pas, au contraire. Mon esprit se bloque dans l'image fixe de son corps étendu sur le sol, avec ce sourire de triomphe que même en cet instant, il tenait à conserver. Ce qui unit aux traces du combat, lui donnait une image lugubre et désolée. Il m'a fait vomir pour la deuxième fois de la journée, et même ainsi, je ne regrette pas de l'avoir vu.

—mnnnnn, pardon. —Le mot que Sonya murmure dans son sommeil, me fait m'arrêter net, paralysé. Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Elle est fragile, choquée et abattue. Je ne peux pas, simplement, la laisser seule, mais même ainsi je...

« Tais-toi, Sonya, tout est de ta faute! » Je me rappelle lui avoir crié dessus une fois que mon estomac a cessé de me faire vomir. Mon alliée avait commencé à s'excuser dès qu'elle m'avait vu tomber à genoux devant le corps de Nicott. Je me sentais frustré, en colère, désespéré, mais surtout brisé. Je voulais frapper quelque chose, et ou quelqu'un. Notamment ce carrière du district deux, il avait tué Mazda, n'aurait pas hésité à faire la même chose à Sonya, au bain de sang et maintenant, il venait de tuer Niccot et moi… À cause de Sonya je...

« Je ne voulais que te sauver ! »

Remémorer son dernier cri me fait fermer les yeux, très fort. À ce moment-là, lorsque je me suis rebellé contre ma partenaire sous le coup de la colère, Sonya a fini par fondre en larmes sous mes yeux. Elle n'arrêtait pas de pleurer et de s'excuser auprès de moi, Mazda ou Niccot. Ce fut suffisant pour me freiner. Je ne pouvais pas la haïr, je ne pourrais jamais le faire. Pas tant que son visage en larmes me rappelle qu'elle a fait ce qui était le mieux pour nous. Je le savais et pourtant...

Je n'arrivais pas à arrêter de remémorer ces derniers instants de la nuit. Quand j'ai lancé ce couteau à Gallo, je ne pensais pas à moi-même, mais à Mazda : la fille au sourire doux et chaleureux dont la vie a pris fin à cause de ce carrière. J'avais une opportunité, une seule distraction et tout pourrait se finir pour lui. C'était la seule chose à laquelle je pensais. Alors, Sonya m'a plaqué au sol et tout a dérapé.

Je secoue la tête, essayant de me concentrer sur quelque chose qui ne m'amène pas à continuer d'inculper mon allié pour des choses que nous n'avons pas pu éviter. Les visages des tributs continuent de défiler, tandis que je réfléchis à réveiller Sonya ou à ne pas le faire. En plus, d'Enophi, Kyle, Mazda et Nicott, j'ai du voir la petite fille du district deux, ma propre partenaire de district et les alliés de Nicott : Denis du district trois et Yago du dix. Plus les deux tribus du district huit et la fille du district neuf. Onze personnes en un jour.

Sonya sourcille face aux derniers rayons de lumière artificielle, se retournant dans un ultime effort pour rester endormie ; quand ses mains cognent l'arme que je lui ait laissée et elle se réveille en sursaut. Pour être honnête, je suis surpris qu'elle ne l'ait pas fait plus tôt, au milieu du comptage. Mais la vérité est que nous avions tous les deux terminé la journée, épuisés. On a eu trop d'émotions pour un seul jour, surtout quand ce jour est la veille d'un massacre dont l'anticipation peut détruire tes nerfs. Je me souviens qu'elle m'a avoué ne pas avoir fermé l'œil de la nuit, alors qu'il est naturel pour elle de faire le contraire.

—Mais qu'est-ce que... ? —Les yeux de ma compagne sont grands ouverts alors qu'elle tente, mal que bien, de s'orienter dans le noir. Par réflexe, ses mains se referment autour de l'arme et, pendant un instant, je crains qu'elle ne m'attaque. Mais ensuite, elle la lâche, laissant échapper un petit cri, avant de se rendre compte que nous sommes seuls. —José, qu'est-ce que tu fais ? Tu m'as fait peur.

—Je suis désolé, Sonya, je… —J'hésite en la regardant tâter le sol, un peu perdue, elle est tendue, mais je ne peux pas lui en vouloir, je n'ai même pas allumé la lampe de poche, profitant de la lumière du comptage pour préparer mes affaires. —Je dois m'en aller. —Son expression, apparemment méfiante et alerte se brise en m'entendant.

—Quoi ? Non ! —Proteste-t-elle en faisant quelques pas vers moi, choquée. —Pourquoi ? —Je finis par lui tendre la lampe de poche, dans ses mains. Je me sens mal, mais je ne peux pas l'éviter, si je continue avec elle, en me rappelant encore et encore les événements de la tragédie... Je finirai par la blesser, et je ne veux pas le faire.

—Tu en aurais besoin pour t'éclairer dans la nuit. —Je lui réponds, fermement, en la lui cédant — Pardonne-moi, Sonya, je ne veux pas le faire, mais je ne peux pas… —Mon explication est interrompue par un murmure de mon allié, qui dit quelque chose que je n'arrive pas à comprendre. —Pardon, qu'as-tu dit ?

—Pardon —dit-elle, en élevant la voix. C'est là que tout me revient, le bain de sang, Mazda poussant Sonya, et puis...

«Je ne suis pas une brebis égarée !»

Le souvenir de la dernière phrase que Gallo a prononcée avant de déclencher la tragédie est comme détonner une bombe, pour moi. Je finis par lâcher la lampe de poche et accrocher le sac rouge sur mon dos, avant de m'enfuir en courant. Mon alliée s'excuse sans cesse dans un monologue sans fin qu'elle n'interrompt que pour me demander de ne pas partir. Mais je continue à courir, essayant de mettre de plus en plus de distance entre nous, tout en faisant de mon mieux pour ne plus être hanté par les images et les phrases de Mazda et Nicott.

J'en ai assez. Assez de courir et fuir de manière insensée, alors que tous ceux que j'aime meurent autour de moi. Je veux faire quelque chose, mais je ne peux pas risquer que Sonya dans le coup. Je ne sais pas si je dois me risquer, moi, non plus. Mais je veux quand même… Je continue de courir de plus en plus vite jusqu'à ce que mon corps s'épuise. Les images des morts de mes alliés sont transmutées par les excuses répétées de Sonya et les miennes. Je me sens si mal, j'ai laissée mon alliée seule, mais la seule chose à laquelle je pense est l'image de Sonya brisée et anéantie face au cadavre de Nicott, s'excusant encore et encore...

Et le pire, c'est que peu importe le nombre de fois où je me répète que ce n'est pas le cas, mon cerveau continue de la condamner pour la mort de Nicott. Et pas seulement à elle, il y aussi Gallo et, finalement, moi.

Nous sommes tous coupables dans cette histoire.


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Sadfire Williams – 18 ans – District 1

Une fois, mon chat a réussi à coincer l'une de ses pattes dans la ficelle d'un de ses jouets, si fort et si serré qu'il n'a pas pu l'enlever tout seul. J'ai essayé de lui approcher pour le décrocher, mais ce n'était pas facile, car il ne voulait pas arrêter de jouer avec l'objet au bout de la corde, un petit ruban brillant avec une cloche au milieu et décoré de petites boules en mousse. Il l'avait attrapé entre les ongles de la patte libre, cependant, j'ai réussi à la lui faire lâcher en utilisant des caresses et des mots doux. Ensuite, il a continué de jouer avec le même jouet, comme si de rien n'était. Je le tenais par le bâton et le secouais et il courait ou sautait pour l'attraper. De temps en temps, je le lui laissais pour qu'il profite du plaisir de l'avoir dans ses mains, mais je finissais toujours par le lui enlever et recommencer. Jusqu'à ce que je me lassais de jouer…

Je grimace en essayant d'étirer ma jambe droite, je ne sais pas pourquoi je me souviens de mon chat maintenant. Peut-être parce que la situation dans laquelle je me trouve maintenant, avec une cheville bandée, à cause de la lame d'un couteau, sans manche, que ce tribut du six m'a lancé pendant la bataille est semblable à la sienne. Quand le combat a finit et Gallo, enfin, a assassiné Nicott, j'ai refusé catégoriquement de retirer d'un coup la lame enfoncée, comme l'a suggéré mon partenaire de district. Elle était assez fine et l'enlever, sans les outils nécessaires, pourrait provoquer une hémorragie ou pire encore, me rendre invalide pour toujours. Il m'a aussi suggéré d'utiliser le baume de Gallo, mais le carrière du district deux lui a rappelé que le produit ne guérit pas les blessures, il ne fait que les atténuer et si je marchais la blessure pourrait s'aggraver.

Résultat : nous avons dû renoncer à chasser plus de tributs et prendre le chemin du retour, moi boitant, soutenu par Filipo, jusqu'à notre retour à la Corne d'Abondance, où, enfin, nous avons pu extraire l'objet, sans problème majeur. C'est le carrière féminin du district quatre, Kleo, qui l'a fait, avec l'aide d'une trousse de secours de la Corne d'Abondance, ainsi que le contenu d'un parachute, fourni par mon mentor. Mais, pour une raison quelconque, elle ne m'a pas donné un puissant agent de guérison. Peut-être qu'elle économise pour une occasion critique.

Je caresse ma cheville avec la main, comme si je prétendais la masser, je n'aime pas être incapacité de cette façon. J'ai une autre raison de penser à mon chat en train de jouer, après qu'il se soit blessé : cette situation a été l'une des premières fois où j'ai été capable de gérer un jeu. Je dois admettre que contrôler quelque chose d'aussi mineur que le fait que mon chat attrape ou non son jouet était assez amusant. Peut-être que le problème de ce souvenir est justement que je me sens comme un chat en ce moment. Pris dans un jeu que je ne peux pas contrôler…

Le bain de sang n'a pas bien terminé. Les juges et cette fille du dix ont interrompu ma bataille avec Comorant, causant que le garçon du district quatre m'échappe. Et non seulement ça. Cette secousse a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, j'avais Cormorant à portée, j'aurais pu le toucher sans ce changement soudain dans le mouvement du sol. C'était une manière sournoise de gagner, mais j'étais fâchée et, en fin de compte, tout est valable pour la victoire. Mais, soudain, le tremblement de terre s'est arrêté et j'ai fait un faux pas, tuant une autre personne : le garçon du dixième district. J'ai vu le couteau atterrir dans son dos, le faisant tomber mort instantanément. Je me souviens encore du commentaire de Gallo à ce sujet :

« Joli tir, Sadfire. Tu as frappé dans le mille. » C'est ce qu'il m'a dit, sur un ton sarcastique, alors que son allié du six nous regardait, perplexe, avant de partir. « Tu veux que je t'en donne un autre ? Qui sait, peut-être que la deuxième fois sera la bonne. »

Et j'ai dû contenir mes envies de lui répondre quelque chose d'insultant. Ça me rendait malade de rage, je ne voulais pas ça ! Je ne voulais pas le tuer, et surtout pas d'une façon aussi anti-climatique. Je ne voulais pas non plus le faire avec Nicott et c'est pourquoi, au moment où il s'est jeté sur moi, je me suis battue avec si peu de motivation. Je préférais laisser Gallo briller plutôt que, encore, se produise un événement que je n'avais pas prévu.

Je déteste ne pas contrôler le jeu, ça me fait sentir vulnérable, rageuse et irritable. Ruinant, ainsi, mon image et réputation de gentille fille, car ma patiente se termine et quand m'a patiente est à bout je perds le contrôle. Par chance, Gallo a très bien compris ce que je prétendais agissant de façon si vulnérable face à Nicott et a vite pris la relève. D'ailleurs, il l'a fait d'une manière très intéressante. S'il n'y avait pas ce projectile dans ma cheville, je serais heureuse. Ce combat l'a exposé.

Tandis que je continuais de repasser les événements, Brunel s'est levé d'où elle était assise et s'est approximée à l'intérieur de la Corne d'Abondance. Elle ne semblait pas inquiète, plutôt ennuyée et apathique et je la comprends certainement, moi aussi, j'aimerais bien être en train de chasser les tribus en ce moment. Mais c'est impossible avec mes blessures.

Ceci est un autre détail qui ne me plaisait pas de la nuit dernière : nous étions au matin du deuxième jour, dans l'arène (ou du moins c'est ce qu'il semblait si on se guidait par la zone de la prairie.) et pendant que mes partenaires chassaient, j'étais censé rester avec la fille du district onze. J'avais essayé de l'éviter, convaincre Filipo de rester avec moi. Mais dès que Gallo a mentionné le nom du garçon du district sept, mon camarade de district s'est excité comme un enfant et a décidé de le suivre, ainsi que Kléo (à qui le garçon du district deux avait déjà convaincue auparavant). La seule qui est restée était elle.

—Tu es bien silencieuse, petite princesse. —Évalue t-elle en s'asseyant à côté de moi, avec ce ton arrogant si caractéristique. —Tu as, déjà, des remords ? —Elle se moque et devant mon absence de réponse, elle ajoute : —Ou ta famille te manque-t-elle ? —Je choisis de feindre un sourire triste, il était temps de reprendre mon actuation.

—Un peu, oui, je suppose, ce n'est pas facile d'être loin de ceux qu'on aime. —Je réponds, sans être sûre de si je mens ou pas. C'est vrai que je n'avais jamais passé autant de temps sans ma famille auparavant, mais c'est aussi une chose à laquelle ils nous ont préparés à l'académie. J'allais bien. —Mais je sais qu'ils m'attendent et que, quoi que je fasse, ils seront fiers de moi.

Ça, c'était un vrai mensonge, je me souviens que ma mère a très mal réagi lorsqu'elle a appris que j'avais accepté la proposition de volontariat de mon district. Elle pensait que c'était aberrant et dangereux, mais j'étais persuadée que, tôt ou tard, elle changerait d'avis. Sinon, ce n'était pas grave, je n'étais pas seule, j'avais mon père et mon frère, ainsi que mon amie Pearl, pour me soutenir.

»—Et toi ? Ils te manquent ?

Face à ma question, Brunel s'est montrée un peu déconcertée, mais n'a pas tardé à s'adapter et me parler de ses parents. C'était évident qu'elle n'était pas préparée à ce que je commence une conversation tranquille, mais plutôt, à ce que je sois à la défensive. Cette fille s'amuse à taquiner les gens et jouer avec leurs nerfs, ou du moins c'est ce qu'insinuait son partenaire de district à l'interview. Malheureusement pour elle, moi aussi, je sais jouer...


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Cormorant Jones – 17 ans – District 4

—Nous devrions partir d'ici. Rester à découvert n'est pas sûr pour nous. —Cette phrase, prononcée par Jack, pendant qu'on prenait un petit-déjeuner, a été le prélude de la tempête. Lorsque, après avoir passé la nuit dans la zone au bord de la cascade, nous avons décidé qu'il était temps de bouger et explorer le terrain le long de la rivière à partir de la cascade, nous n'avions jamais imaginé que nous serions confrontés à une autre alliance. Et certainement pas à la pire d'entre elles.

Ma partenaire de district est la première à réagir, en recomposant son expression de surprise, suite à m'avoir trouvé. Je peux deviner ce qui flotte ce qui flotte dans son esprit pendant un instant, c'est la même chose que je me répète dans le mien depuis la fin du bain de sang. Nous n'avons jamais accordé quand finira notre trêve.

Heureusement, ou plutôt le contraire, ce n'est pas à elle de prendre la décision, ni à moi d'ailleurs. Diana est la première a avancer et lever son fouet, tandis que jack marque le contraste, en reculant, face à l'expression de bonheur extrême de Filipo. Gallo, quant à lui, m'évalue du regard avant de déclarer, sur un ton de sentence.

—Tu n'aurais pas du refuser notre alliance, Cormorant. Maintenant, tu vas périr.

Et, immédiatement, il se lance à l'attaque. Je suis frappé par le fait que des deux, c'est précisément lui qui décide de m'attaquer à courte distance, en plus de l'absence de la carrière du district un. Mais je préfère ne pas me demander où est elle et contre-attaquer. Trois carrières sont beaucoup mieux que quatre et j'ai déjà pu constater à l'académie qu'au moins Kleo vaut plus qu'il n'y paraît.

Gallo, cependant, ne déçois pas. J'ai décidé de lui laisser prendre les devants pour que je puisse étudier ses mouvements. Mais il ne se confie pas et bien que je parvienne à bloquer ses coups assez efficacement, quelque chose me dit qu'il est allé droit vers moi pour une raison. Ses mouvements, d'abord en phase avec les miens, deviennent de plus en plus rapides au fil du temps. Je n'aime pas ça, c'est comme s'il connaissait ma principale faiblesse et en profitait pour gagner. À quelques reprises, il a même réussi à me blesser parce que je n'arrivais pas à interposer mon arme à temps.

Quand, suite à éviter de justesse, qu'il me traverse la poitrine avec l'un de ses couteaux, j'aperçois la crinière de ma chef d'alliance, acculé contre la rivière par ma partenaire de district, je décide que ça suffit. Je dois trouver un moyen de renverser la situation. Le silence de la forêt est uniquement rompu par deux choses : les rires et provocations de Filipo, qui arrive jusqu'à l'impossible pour empêcher Jack de se couvrir de ses flèches derrière les arbres, les rochers ou même les buissons qu'il trouve, et le débit de l'eau de la rivière. C'est juste ce son qui finit par me donner une idée.

Me voyant m'éloigner, Gallo retient un mot qui est un mélange entre un juron et une insulte, avant de me poursuivre. Il n'a pas l'air de vouloir me lancer un couteau, même si je sais qu'il le pourrait. Je ne lui en laisse pas le temps non plus, à l'instant où je parviens à me rendre là où je veux être, en contournant juste le bon tronçon où la rivière est moins profonde pour moi, j'interpose ma lance entre lui et moi. Il a juste le temps d'éviter un coup mortel au cou, avant de remarquer où nous sommes...

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En voyant la peur que ses yeux laissent entrevoir, en réalisant que j'ai été à deux doigts de le tuer, je me permets de sourire un peu. Je l'ai, définitivement, je l'ai. Il ne faut pas longtemps à Gallo pour se récupérer et attaquer. Il veut agir vite, il prétend, ainsi, éviter l'inévitable, le moment où mes pieds trouvent un pied ferme sur l'un des premiers gros rochers qui traversent la rivière. L'eau est mon terrain, même si ce n'est pas exactement la mer.

Le carrière du district comprend rapidement à quoi je joue et maintenant, il s'autorise à me lancer des couteaux, mais avec mon arme, il est facile de les dévier. J'ai eu raison de prendre la lance de la Corne d'abondance au lieu d'une épée. Elle s'avère bien plus utile que je ne l'avais prévu. Ma confiance est telle que j'ose même parler :

—Je suis curieux, Gallo. —J'enchaîne après quelques coups de lance assurés, le garçon n'ayant pas lancé plus de trois couteaux avant de comprendre qu'il était inutile d'attaquer à distance. —Pourquoi as-tu pris si personnellement le fait que je veuille suivre ma propre voie, loin de l'alliance des carrières ? C'est mieux pour toi, non ? Tu auras une personne de moins à craindre au moment de la rompre. —Le garçon du district deux ne répond pas, se concentrant pour continuer l'attaque malgré la dénivellation de l'eau, il a l'intention de me faire tomber du rocher, mais je ne vais pas lui faciliter la tâche. —Ou bien, es-tu si dominateur que le moindre contretemps t'es fatal ?

Pas besoin de réponse pour savoir que j'ai bien deviné, la façon dont ses yeux s'écarquillent, sous l'effet combiné de la surprise et de la peur, est un signe suffisant. Son corps est, même, paralysé dans une posture proche de l'indécision. Et pendant un instant, je peux déduire qu'une partie de lui semble chercher une issue. Je pourrais, même, essayer de le tuer maintenant, et je l'envisage pendant un moment. Jusqu'à ce que je le vois sourire…

—Je pourrais te dire que tu as deviné, mais je crains que ce serait un mensonge. Les contretemps sont mieux de ce que je pensais. Tu as bien fait d'y baser toute ta stratégie, mais tu as oublié quelque chose. Nous, les carrières, nous agissons toujours ensemble : Kleo, fais-le !

Ce n'est qu'après-avoir entendu ces mots, de sa part, que je prends le risque de tourner le regard vers mes alliés. Jack est en sécurité, ou du moins tout ce que l'on peut l'être quand on remarque que ton adversaire a vidé presque tout un boîtier de flèches autour de toi. Diana, cependant, a été attrapée par le filet de ma partenaire de district, qui semble avoir eu une idée similaire à la mienne, car elle est aussi dans l'eau. Et j'ai assez vu Kleo, en action, pour savoir ce que ça signifie...


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Kleo Sampdoria 17 ans – District 4

Entendre la voix de Gallo a été comme sortir d'une transe pour moi. Comme si j'émergeais d'un rêve pour atterrir dans la cruelle réalité du jour. La fille du district dix se débattait comme un poisson entre mes filets. Je ne pouvais que la regarder avec un mélange de doute et de compassion. Ce n'est pas juste, ça ne devrait pas se passer comme ça. Mais si je veux gagner les jeux, je ne peux pas me permettre d'hésiter.

Quand j'ai entendu Gallo parler d'organiser une dernière partie de chasse, dans la prairie, avant de changer de zone, je me suis sentie partagée. Je voulais explorer, connaître des nouveaux territoires, découvrir l'arène au fur et à mesure que j'avançais. Et la prairie en plein été était un endroit beaucoup plus tentant que la forêt rouge. Il semblait également mieux approvisionné que celui-là, de sorte qu'il y avait plus de chance de trouver des choses comme de la nourriture ou de l'eau, pour le moment où les provisions de la Corne d'Abondance se raréfient. D'un autre côté, il y avait mon partenaire de district. Sadfire m'avait dit que lui et Diana avaient fui par cet endroit. Et je n'étais pas sûre de vouloir le revoir de si tôt.

Je pensais simplement que nous survivrions tous les deux à la majeure partie du jeu, afin de m'assurer une voie de recours en cas d'échec. Et un avantage à exploiter dans un futur moment de faiblesse. C'est pourquoi je n'ai pas eu le courage de mettre fin à notre trêve. Cela signifierait annuler toute lueur d'opportunité avec lui et je ne voulais pas ça.

Maintenant, cependant, c'est clair pour moi. Tout s'est terminé au moment où Diana a levé son fouet et a attaqué, marquant le début d'une bataille tant attendue par le public. La fille du district dix était une très bonne combattante, elle avait beaucoup de force et de compétences défensives. Mais tout cet élan de brutalité et de férocité s'est avéré futile contre moi. La coincer n'a pas été difficile, pour moi, j'avais mon infaillible filet avec moi. À quelques occasions, elle a essayé de faire des choses utiles, comme me le prendre ou immobiliser mon bras avec son fouet. Mais, d'une manière ou d'une autre, je m'en sortais toujours indemne. J'étais comme une pieuvre qui attaquait une proie avec ses tentacules. Bloquer un coup ne servait qu'à pour que je lui encaisse un autre, puis un autre. Et ainsi jusqu'à ce que nous avons finis toutes les deux dans l'eau. C'est alors que j'ai eu le meilleur avantage de mon côté. Ses pas ralentissaient, poussés par le courant, tandis que je m'adaptais rapidement, et nous avons continué jusqu'à ce que j'ai réussi à la capturer dans mon filet…

Notant la façon donc dont tous les regards sont tournés vers moi, je me rappelle où je suis et je lui plante la dague, comme s'il s'agissait d'un poisson à manger au lieu d'une personne. C'est la meilleure façon d'agir, visualiser tous vos ennemis comme des poissons, des obstacles ou des défis à surmonter pour atteindre un objectif. Le public regarde, l'honneur du district est en jeu, et si je veux gagner, je dois apporter un bon spectacle.

À l'instant où le canon retentit, il est clair pour moi que s'il y avait une chance de faire équipe avec Cormorant à l'avenir, elle s'est envolée. Mon partenaire de district ne parvient qu'à crier "Non !" en même temps que le garçon du district sept, avant de se rendre compte que tout est fini. Ils se précipitent tous les deux sur moi, mais tandis que l'avance de Jack est ralentie par une flèche dans sa jambe, la lance de Cormorant m'atteint presque, mais Gallo attaque. Mon allié voit dans cette distraction le meilleur moyen de prendre le devant sur Cormorant et de le tuer. C'est là que je réagis, ceci n'est pas correct, je ne peux pas laisser les choses se terminer ainsi. Ce n'est pas ma façon de faire les choses et ça ne le sera jamais.

—Attends, Gallo ! —Je crie, désespérément, en retenant l'envie de me mordre la langue pour ce que je m'apprête à faire. Mon allié s'arrête net, son couteau frôlant pratiquement le cou de Cormorant —Ne fais pas ça, s'il te plaît. Il faut lui donner une chance de se battre. — Ma voix est plus suppliante que je ne le pensais, mais je ne peux pas m'en empêcher. Je ne voulais pas que notre trêve se termine comme ça, avec un affrontement devant le Capitole. Pourtant, une partie de moi préférerait voir ça plutôt que de le voir se faire assassiner par traîtrise.

Gallo arque les cernes, m'observant avec une expression étrange, et pendant un instant, je crains qu'il ne m'ignore et finisse son attaque. Mais la façon dont le bras de Cormorant le projette en arrière, le faisant tomber, me fait comprendre que le temps de surprendre est terminé. Mon partenaire de district s'est récupéré rapidement, trop rapidement à mon goût, car il se jette à nouveau sur moi. Je n'ai pas d'autre choix que de mettre ma dague entre moi et sa lance. Je suis fatiguée, mais il est trop tard pour faire marche arrière.

—Tu sais que tu as commis une grande erreur, n'est-ce pas ? —Je ne peux que hocher la tête à la question de Cormorant, je ne sais pas ce que j'étais censé obtenir avec ça. La façon dont mon compagnon s'élance est plus prudente et plus lente qu'auparavant. Cormorant n'est pas idiot, il sait que dans d'autres circonstances, j'aurais le dessus. Je suis trop rapide, je suis parmi les coureuses les plus rapides de notre académie. Mais la succession de ces deux batailles m'a laissé suffisamment blessée et épuisée pour tout miser sur une seule carte. Je saute par-dessus un rocher qui dépasse de l'eau, évitant son arme, pour récupérer mon filet et le lancer vers ma cible. Je n'attends pas grand-chose de ce geste, juste ralentir mon adversaire assez longtemps pour prendre l'avantage. Ce qui se passe, cependant, me prend au dépourvu. Mon partenaire a été si facilement trompé que je ne devrais pas être surprise que sa lance me transperce, en ce moment même. Pourtant, je le suis...

Qu'as-tu fait, Cormorant ?


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Oh là là, quelle tension ! Ce chapitre a été frénétique, tant dans sa rédaction comme dans son déroulement. Au début, il n'y avait rien, j'avais beaucoup de doutes que je ne savais pas comment résoudre, l'un d'eux est celui qui se reflète dans le point de vue de Warren. Mais à la fin, mes idées l'ont emporté et je les ai laissées me guider. Dans ce chapitre, nous disons au revoir à trois autres personnes : Renner, Diana et Kleo. Ces morts ont été difficiles, très difficiles même, surtout les deux dernières. Mais s'il y avait une chose dont j'étais sûre, c'était que tôt ou tard, je me débarrasserais d'un membre de chaque alliance. Et l'inspiration a voulu que ce soit aujourd'hui. Quant au garçon du district 8, à partir du moment où j'ai décidé qu'il serait la première victime de la drogue d'Alaïa, il était condamné. J'ai seulement changé la personne qui allait le tuer à la dernière minute. Je suis vraiment désolée, chers garçons et filles, cela semble cruel de dire que nous sommes dans les jeux, mais c'est la réalité. Mes remerciements à Hibari-Sempai, Ana88 et Jolteon2404, pour les tribus. Ils m'ont rendu un très bon service, tous les trois. J'espère que leurs propriétaires ont été aussi satisfaits que moi de leurs performances dans l'arène. Et je vous verrai dès que je publierai le prochain chapitre. À bientôt ! :D