Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard
Gros chapitre aujourd'hui.
Et petite mise à jour des premiers chapitres de l'acte 2. J'avais oublié de mettre le titre de l'arc -_-
Acte 2 - Première partie : Un nouveau combat
Chapitre 4 : L'épreuve
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Le lendemain matin, nous attendons tous les trois aux portes du campement. Les éclaireuses nous donnent la localisation du terrier de déchus et nous partons enfin pour cette étrange mission.
La progression se fait tout d'abord dans un silence pesant, mais il n'y a que Garak et moi qui soyons nerveux. Astrid avance à nos côtés sereinement.
Comme conseillé par Akara, je l'observe attentivement. Je peux dire rien qu'à sa démarche qu'elle est une redoutable combattante. Elle ne fait aucun mouvement superflus et malgré son allure détendue, ses muscles sont bandés. Elle est prête à attaquer au moindre signal de danger.
Nous atteignons rapidement le repère des déchus. Terrier est un mot bien réducteur pour ce que nous trouvons. Il s'agit en vérité d'une ouverture dans le sol menant à une véritable grotte souterraine. Le combat s'engage presque instantanément. Garak ne peut sauter dans cet environnement exigu mais il reste rapide et efficace. Mes techniques d'arc sont légèrement entravées dans les couloirs mais je peux me battre plus librement dans les parties plus ouvertes. Je remarque qu'Astrid ne réagit pas tant que cela et pendant un temps, elle se contente du strict minimum, fauchant de sa lance les déchus qui passent à sa portée. Ses attaques sont nettes et terriblement efficaces mais l'intention ne semble pas y être.
Nous progressons aisément dans la caverne, semant la mort et la destruction sur notre passage, jusqu'à ce que nous tombions dans une large cavité sans issue. Parmi les déchus présents se trouvent des sœurs armées d'épées, que je ne remarque pas tout de suite.
- "Infamie." Grogne soudainement Astrid.
Son visage habituellement si serein est soudainement déformé par la colère. Mais ce n'est pas la même que la mienne ou celle de Kashya. Je dirai qu'il s'agit plus de révolte. C'est en suivant son regard que je les vois. Elles sont cinq, armées d'épées. Leur peau est grise est veinée de noire et des écailles sombres recouvrent leurs membres et une partie de leur torse. Comme Moiraine et les autres sœurs que nous avons combattu à ce jour, elles sont devenues des sortes de succubes privées d'ailes. Je m'apprête à tirer, lorsque je reconnais plus particulièrement l'une d'entre elles. Ma main tremble et la flèche ne part pas. La plus petite n'est autre que Maeko. Comme d'un fait exprès, l'arme qu'elle tient à la main est la même que celle qu'elle tenait le jour de sa mort. Une épée courte cassée.
Paralysé par cette vision je ne réagis pas lorsqu'elle me fonce dessus en hurlant. Je dois la vie sauve à Astrid qui pare l'attaque avec son bouclier et la repousse d'un seul mouvement. L'instant suivant son aura se déploie d'une étrange manière. Les poils sur mes bras se dressent et je vois le corps de l'amazone se recouvrir d'une sorte d'armure de foudre. Chacun des coups qu'elle assène ensuite déchaînent de puissants arcs électriques qui tétanisent ses victimes.
Puis elle mène une danse mortelle parmi mes anciennes camarades, plongeant sa lance dans leur corps comme si elles n'étaient faites que d'air. Lorsque arrive le tour de Maeko, je sers les dents. Astrid la tue devant mes yeux et pour moi c'est comme si elle mourrait une deuxième fois.
Pourquoi j'ai si mal? Elle n'était même plus en vie. Elle n'était plus qu'un monstre. Je n'aurai pas hésité pour les autres.
- "Infamie." Répète l'amazone une fois son massacre accompli. Son corps est toujours parcouru d'éclairs. "Vos sœurs ne méritaient pas cela." Dit-elle en se tournant vers moi. Ses yeux flamboient littéralement de son aura.
Subitement, les couloirs autour de nous s'emplissent du ricanement sinistre des déchus. Ils arrivent de partout. Lorsque je les vois émerger, je comprends que quelqu'un les a ramenés à la vie. Ils portent la marque des blessures que nous leur avons portées. Les corps des rogues abattues par Astrid commencent eux aussi à s'agiter. C'est alors que je trouve le responsable. J'ignore comment il a réussi à nous dissimuler sa présence, mais un déchu un peu plus grand que la normale se cache dans une alcôve creusée dans la roche. Il tient à la main une sorte de bâton chamanique.
- "Tuez le!" Je hurle à Garak qui est le plus proche.
Le barbare fonce dans sa direction et remplit sa mission d'un seul coup net. Mais le mal est fait et les déchus morts sont prêts à nous déborder. L'espace d'un instant, j'ai un flash. L'image de la marée des enfers déferlant dans le monastère s'imprime dans mon esprit. La haine emplit mon cœur comme jamais et je sens quelque chose en moi se rompre. Je me sens étrangement plus forte. Comme libérée de chaînes. Je ne tire qu'une seule flèche. Elle se nimbe de filaments arcaniques et traverse plusieurs déchus d'affilés, alors même qu'ils ne sont pas alignés. Je réitère la prouesse plusieurs fois sans même réfléchir. Je m'apprête à tirer une nouvelle fois lorsque la main d'Astrid rencontre douloureusement ma joue. La gifle me fait reprendre vaguement contact avec la réalité. Je réalise alors que je tiens Garak en joue. Je baisse aussitôt mon arc.
- "Qu'est-ce qui vous prend?" Me sermonne l'amazone.
Je suis toujours dans le monastère mais la scène a changé. Je me revois, submergée par la douleur, envisager de combattre les enfers à mains nues. Kashya m'avait alors frappée de la même manière. Je regarde distraitement Astrid s'approcher du corps de mon ancienne amie, qui heureusement ne s'est pas relevée. Elle me regarde. Ses yeux ont perdu l'éclat flamboyant qu'ils avaient tantôt.
- "Je lui ressemble un peu. Est-ce pour ça que vous avez du mal à me regarder en face? Est-ce cela qui nourrit votre colère?" J'acquiesce en silence. "Qui était elle pour vous?"
Ce sont ces quelques mots là qui me ramènent finalement à la réalité. Je mets si longtemps à répondre. Mais mes compagnons attendent patiemment que je formule ma pensée.
- "Elle était une source de bonheur." Je finis par dire, la gorge serrée.
- "Dites-lui." M'ordonne alors Astrid. Elle a l'air sérieuse.
- "Lui dire quoi? Elle est morte. Deux fois…" Je soupire.
- "Je ne suis pas aveugle. Je vois bien que vous n'avez pas la conscience tranquille. Il y a quelque chose d'inachevé entre vous. Alors, dites-lui ce que vous avez sur le cœur."
- "Pourquoi ?"
- "Parce que c'est la dernière fois que vous pourrez le faire. Lorsque nous sortirons, je détruirai cet endroit. Plus rien ne pourra jamais en sortir. Cette caverne deviendra le tombeau de vos sœurs, alors décidez-vous." Déclare-t-elle sur un ton martial.
Je regarde avec incompréhension les succubes éparpillées sur le sol. Au début, je ne sais pas quoi dire, puis la réponse me vient… naturellement. Je m'approche de Maeko et me couche presque sur le sol pour lui parler à l'oreille. Je ne veux pas que les autres entendent même si je n'ai qu'un mot à lui dire. Il me faut tout mon courage pour le prononcer.
- "Pardon." Je murmure d'une voix brisée.
Dans ce pardon, je laisse glisser toute la culpabilité que je ressens de l'avoir aidée à devenir plus forte, la conduisant, par effet de causalité, à vouloir se battre avec les autres alors qu'elle n'avait jamais eu la carrure pour.
Je me relève, le cœur lourd. Astrid me scrute. Je vois dans son regard qu'elle m'a percée à jour. Elle a deviné d'où je tire ma force et que je n'ai pas fait complètement ce qu'elle m'avait demandé.
Je n'avais pas compris avant de revoir Maeko que ce n'était pas seulement contre Kashya et Akara que j'étais en colère. C'était aussi contre moi-même. Et que cette colère-là, je pouvais la transformer en haine pure. Quelle force j'avais eu pendant quelques instants. Mes flèches avaient répondu à mon désir de vengeance, comme si elles avaient été une extension de moi-même. Ce pouvoir, je dois le préserver. Contre Moiraine, il pourrait faire la différence.
J'ai bien compris qu'Astrid m'offrait de soulager mon cœur pour calmer ma rage. Et je lui en suis reconnaissante. Mais je ne peux me le permettre pour le moment. Après Moiraine, après Andariel, peut-être… mais pas avant.
Garak me rejoint et pose sa large main sur mon épaule.
- "Soyez patiente. Vous finirez par guérir."
Je ne dis rien. Il n'a rien vu. Il pense certainement que c'est mon deuil que je dois faire. Il est passé à côté de l'essentiel. Quelque part, j'en suis soulagée. Je vois bien que le barbare a du respect pour moi. S'il savait, je pense qu'il aurait pitié et ça je ne le veux pas.
Le regard d'Astrid me brûle presque la peau. Je me détourne finalement. De honte cette fois-ci.
- "Sortez d'ici." Nous dit-elle simplement.
A peine avons nous trouvé le chemin de la sortie que je sens la concentration magique augmenter irrationnellement dans notre dos. La terre enfle et nous avons à peine le temps de nous écarter. L'explosion fait jaillir la roche verticalement. Au milieu de la colonne enflammée qui se crée, je distingue une forme qui s'élève. Étonnamment, elle est plus brillante que le feu lui-même. Elle retombe à quelques mètres de nous en même temps que toutes les roches qui avaient été projetées.
C'est Astrid. Son aura la recouvre de la tête aux pieds, comme une armure d'or. Elle se dissipe en même temps qu'elle se relève. Derrière elle, la grotte n'est plus qu'un cratère fumant. Je tremble. Qui est cette femme?
- "Comment avez-vous...?" Je bégaie.
- "Rentrons. Je pense que vous avez-vu ce que vous aviez à voir. Le jugement final revient à votre Grande Prêtresse." Dit-elle en lieu et place de me répondre.
Garak fronce les sourcils mais ne dit rien. Nous faisons le chemin du retour en silence. Nous nous présentons à Akara dès que nous arrivons.
- "Quand je vous le demanderai, vous parlerez chacun à votre tour sans intervenir dans le récit des autres, est-ce bien compris?" Nous dit-elle. Nous acquiesçons. "Commençons par vous Garak."
- "Le terrier n'était pas très grand, mais les démons y étaient nombreux. Il y avait parmi eux un déchu qui pratiquait la nécromancie. Je pense que c'est de cela que nous devons nous méfier pour les combats à venir. Il faut trouver ceux qui ramènent les morts à la vie et les tuer avant toute chose. Astrid a détruit la caverne en provoquant une explosion. Ce terrier là ne nous posera plus de soucis." Résume-t-il. Akara se tourne ensuite vers moi.
- "Annor, qu'as-tu à rajouter?"
- "Garak dit la vérité au sujet de la nécromancie. Ce qui m'inquiète, c'est que je pense que ces déchus venaient du monastère." J'hésite un instant à dire la suite, mais ne sachant pas ce que va révéler Astrid, je prends les devants. "Il y avait quelques-unes de nos sœurs mortes parmi eux. Elles sont revenues à la vie sous forme de succubes comme Moiraine. Ces monstres, là bas, jouent avec nos défunts et c'est intolérable."
Je sers les poings. Il y a tant de choses que je voudrais dire mais toutes me déserviraient. Je sais qu'Akara n'aime pas l'idée que je développe ma haine pour devenir plus forte. Elle me l'a fait comprendre à plusieurs reprises. Garak n'a pas mentionné que j'ai failli le tuer, emportée par ma folie meurtrière, alors je ne vais pas m'enfoncer toute seule en dévoilant que j'ai trouvé une nouvelle source de colère à utiliser. Je ne peux pas mentir non plus. Nous devons beaucoup à l'amazone et je pense sincèrement que c'est quelqu'un de bien. Bien meilleure que moi, en tout cas.
- "Astrid a de très grands pouvoirs et bon cœur." Dis-je alors pour conclure.
Après tout, Akara nous a demandé de la juger. Je remarque du coin de l'œil, l'expression étonnée de l'amazone. Sans doute ne s'attendait-elle pas à ce que je dise cela. La Grande Prêtresse se tourne alors vers elle.
- "Qu'avez-vous à dire?" Lui demande-t-elle.
- "La nécromancie est une atteinte à la morale. Quiconque a ramené vos sœurs d'entre les morts pour en faire ces monstres sans âme, doit périr." Il n'y a aucune colère sans sa voix mais elle est implacable. "Cette épreuve m'a permis de renforcer ma conviction. Mes sœurs se trompent à vous refuser leur aide. En faisant cela, elles jouent le jeu de nos ennemis. J'espère qu'elles verront la lumière, mais en attendant, si vous l'acceptez, je réitère ma proposition. Je souhaite rejoindre vos rangs."
Akara sourit à sa manière. Tout est dans son regard.
- "Astrid. Je vous crois et me sens honorée. J'accepte." Elle ferme les yeux. "Les barbares sont nobles et clairvoyants. Si Garak ne s'en est tenu qu'aux faits les plus basiques, c'est qu'il ne vous a pas jugé néfaste pour nous. Si Annor a vu la bonté de votre cœur, dans son état actuel, c'est qu'il doit-être grand. J'ignore ce qui s'est passé entre vous et cela ne me regarde pas, mais merci pour elle. Je sais qu'elle ne vous le dira pas."
Je sers les dents. Elle est en train de m'humilier en dévoilant ainsi mon orgueil déplacé. D'un autre côté, je ne m'étais pas rendu compte de mon impolitesse. Pendant la mission, j'avais considéré Astrid comme inférieure, pas physiquement, mais humainement. Parce que c'était elle qui passait l'épreuve. Garak et moi étions des juges. J'en avais oublié toute forme de respect élémentaire.
Mais, un instant… Comment a-t-elle su qu'il y avait eu incident. Rien dans ce que nous avions dit ne le suggérait. A moins que...
- "En vérité, ce n'était pas Astrid que vous jugiez c'était moi?" Je m'exclame outrée.
Akara ouvre les yeux. Son regard d'acier me transperce.
- "Je ne crois pas t'avoir donné l'autorisation de parler." Réplique-t-elle.
- "Je me moque de vos règles." Mon ton monte. "Répondez-moi!"
La gifle que m'assène l'amazone est bien plus vexante que douloureuse. C'est la deuxième fois aujourd'hui qu'elle me remet à ma place de cette manière. Et je ne m'attendais pas un seul instant que la correction vienne d'elle.
- "Ce n'est pas toi que je jugeais, Annor. C'était bien Astrid. Mais tu t'es dévoilée toute seule. Ton comportement parle de lui-même et de vous trois, tu es la seule à avoir posé un jugement de valeur."
- "Mais vous aviez dit…"
- "Je t'ai demandé d'observer, pas de juger. Juge celui qui a peur d'être jugé."
Mon cœur cogne si fort dans ma poitrine. Je suis sous le choc. Elle a tout compris à partir de ces trois récits ridicules. Les larmes menacent de couler.
- "Pardonne-moi Annor, car je vais encore te faire du mal. Hélas, j'ai besoin que tu apprennes cette leçon avant qu'il ne soit trop tard. Elle est essentielle."
Je me sens mal. Je ne sais pas si c'est parce que je commence à hyperventiler ou si c'est simplement parce que j'ai peur de ce qu'elle va dire.
- "Je vois dans tes yeux de l'incompréhension. Tu te demandes certainement comment j'ai fait pour deviner qu'il s'était passé quelque chose d'important." Je tremble. Elle lit en moi comme dans un livre ouvert. "Vois tout, entends tout." Dit-elle calmement. Ces mots-là sont comme un poignard qui me traverse le cœur. "C'est un précepte que j'ai appris, il y a très longtemps auprès de ma maîtresse." Elle ne précise pas Askari, sans doute parce que Garak est là et qu'elle ne peut pas parler aussi librement qu'elle le voudrait. "Je sais que Moiraine te l'a transmis. C'est de moi qu'elle le tient. Par ces mots, tu peux être plus alerte pour le combat mais tu peux aussi ouvrir le cœur des gens."
J'ai envi de fuir très loin. C'est une vérité que je ne veux pas entendre. J'ai bien compris que je vais servir d'exemple. Toutefois, je ne peux pas bouger. La terreur me fige littéralement sur place.
- "Je t'ai bien écoutée, je t'ai bien observée. Tu glisses lentement sur la même pente que Kashya. Comprends bien que je sais parfaitement quelle épreuve tu traverses. Je me sers de la voie de Rathma pour maîtriser mes propres émotions. Mais ne crois pas un seul instant que j'ai guéri de ce qui s'est passé. J'ai simplement ouvert la porte de mon cœur aux instants de joie. Je les laisse entrer pour rééquilibrer la balance. Il me faudra peut-être jusqu'à la fin de mes jours pour y arriver mais je ne rejette pas la possibilité." Elle me présente ses deux mains. "La douleur et l'horreur feront partie de moi, autant que la joie. Les deux ont le droit d'exister. À agir comme tu le fais, tu es en train de t'interdire la moitié qui te rendrait au final plus forte.
Contrairement à Kashya, tu sais parfaitement lire les émotions et les comprendre et je sais quelle importance tu attaches à l'âme des gens. C'est pourquoi je te crois lorsque tu dis qu'Astrid a bon cœur. Mais pour que tu le dises, c'est qu'elle t'a offert quelque chose qui t'a beaucoup touchée. Et je suis persuadée que tu l'as refusé … par conviction. De la même manière que tu refuses systématiquement mon conseil sur l'équilibre de tes pouvoirs." Je déglutis. "Astrid aurait pu profiter de ton état pour être fausse et essayer de s'attirer mes faveurs en te complimentant en retour, après ton récit, mais elle n'en a rien fait. Elle a choisi d'en rester aux faits et à son engagement. Ce qui prouve deux choses. Son intégrité et le respect qu'elle a pour nous. Si elle t'avait complimenté, j'aurais su qu'elle mentait. Je sais comment tu te bats en ce moment et pour une sœur c'est une honte. Tu es forte, c'est vraie et une élève brillante. Mais je refuse de t'enseigner quoique ce soit d'autre, tant que tu n'auras pas changé d'attitude. Je ne mettrai pas plus de pouvoir entre tes mains même si cela nous prive de la chance de vaincre Moiraine."
Mon cœur manque un battement. Vient-elle de mettre en jeu la sécurité de tout le monde, simplement pour me donner une leçon? Je lève la main.
- "Oui, que veux-tu ?" Me demande-t-elle sèchement, m'autorisant néanmoins à parler.
- "Ce n'est pas juste. Vous ne pouvez pas faire ça aux autres."
- "Je ne le fais pas. C'est toi seule. Je ne fais que te montrer où se trouve la balance et les poids. Comprends que le pouvoir n'est rien sans contrôle. Ta haine te fera brûler de l'intérieur avant que tu aies accompli quoi que ce soit."
Sur le moment, je pense qu'elle me fait juste un nouvel affront pour m'enfoncer un peu plus. Puis je me rappelle soudainement le discours qu'elle avait tenu à Jarzeth.
"Votre chemin est pavé de déséquilibres qui s'accentueront avec le temps si vous persistez. La balance n'existe pas uniquement dans la manipulation des énergies élémentaires et dans la maîtrise de son corps éthéré. Réfléchissez bien à votre avenir et à vos ambitions dans la vie. Vous finirez par vous détruire et certainement tout ce qui vous tient à cœur si vous n'êtes pas prudent."
Puis c'est au tour de Moiraine de venir me hanter.
"La peur et la douleur font parfois agir les personnes de bien étranges manières. Je l'ai vu combattre hier. Il se bat avec la rage de celui qui a tout perdu. Et en un sens, c'est le cas. La colère et la peine dirigent ses actions, mais il peut être raisonné."
Elle parlait du prince. Un homme dont le déséquilibre penchait profondément du côté angélique et qui aujourd'hui est certainement devenu la marionnette de Diablo. Que vais-je devenir, moi dont le pouvoir me vient directement d'un seigneur des enfers?
Je fonds en larmes. Je me mords la lèvre pour ne pas crier en même temps. La leçon vient de rentrer dans la douleur. Vois tout, entends tout. Comme avec celui de Moiraine, l'enseignement d'Akara est plein de messages imbriqués les uns dans les autres. Comment n'y avais-je pas pensé alors que l'une était l'élève de l'autre. Et cela fait des semaines que j'ai copieusement ignoré tout ce qu'elle conseillait depuis le tout début de ma formation avec elle. J'ai honte de moi.
Garak pose à nouveau sa main sur mon épaule et répète les exacts même mots qu'il m'avait dits dans la caverne.
- "Soyez patiente. Vous finirez par guérir."
Je réalise soudain que j'ai fait une autre erreur. Comme j'ai été bête de penser qu'il n'avait pas compris. Je me pensais plus maligne, mais tout le monde a vu ce que je suis devenue ou en passe de devenir. Pour lui, perdre l'équilibre des forces est une forme de maladie. J'aurai dû me souvenir de la manière dont il m'avait parlé du druide, pour le comprendre. Ce n'était pas de ma peine dont il parlait, mais de ma condition.
- "Je te laisse réfléchir à tes actions, Annor. Tu peux partir." Assène Akara.
Je me relève tremblante. Astrid me sourit gentiment. Elle n'a pas pitié de moi. Je crois que c'est juste un encouragement. Je recule. Non. Je ne suis pas encore prête à dire merci.
Je réalise qu'il y a pas mal de giffles dans cette première partie d'acte 2 lol.
Normalement, je me calme sur les baffes :)
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