Disclaimer : L'univers de Diablo appartient à Blizzard


Autre gros chapitre qui clôt cet arc.


Acte 2 - Première partie : Un nouveau combat

Chapitre 5 : L'autre moitié

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Les sœurs aux postes principaux sont rapidement mises au courant de ma mise à pied, ou quoique ce soit qui s'en rapproche. Elles me refusent toutes de travailler. Pas de garde. Pas de surveillance des jeunes. Pas de tâches manuelles. Et interdiction de quitter l'enceinte du campement.

Cain est le premier à venir me voir. Ignorant certainement la raison de toutes les interdictions qui me frappent, il vient simplement prendre de mes nouvelles lorsqu'il me voit errer dans le campement comme une âme en peine.

- "Comment allez-vous?" Me demande-t-il en souriant. Je le regarde en biais.
- "Aussi bien qu'un oiseau en cage. Je n'ai rien le droit de faire..."
- "Qu'avez-vous fait pour être laissée de côté ainsi?" Je baisse la tête.
- "J'ai baissé ma vigilance et laissé de mauvaises choses guider mon cœur. On me donne du temps pour que j'aille mieux."
- "Et vous vous sentez mieux?"
- "Pas du tout. Disons que je comprends au moins ce que j'ai fait de travers et ce qu'on me reproche. Le problème, c'est que je ne sais pas comment faire pour me sortir de l'impasse dans laquelle je me suis mise."
- "Quelle impasse?"

Je sers les bras autour de ma taille. Je me sens assez mal à l'aise d'évoquer ça devant le vieil homme. D'un autre côté, il est certainement le seul à qui je peux parler de mes soucis. Et je peux faire confiance au sceau pour m'empêcher de dire des choses que je ne devrais pas.

Je formule ma question avec lenteur.

- "Si vous aviez un pouvoir que seules de sombres pensées pouvaient activer et que vous vous trouviez être l'unique personne capable de faire quelque chose de bien pour la communauté, ne souhaiteriez vous pas entretenir ce pouvoir?"
- "Oh je vois." Cain me sourit. "Je sais que vous êtes la meilleure archère de ce camp. Ce que vous me dites, c'est que pour utiliser certains de vos pouvoirs les plus forts, vous avez besoin de rester dans un certain état d'esprit, c'est bien ça?"
- "Oui. Mais ça s'est fait naturellement." J'essaie de me justifier. "Je n'ai pas cherché à me mettre dans un état pareil… enfin... jusqu'à il y a quelques temps." Je baisse la tête.
- "Dites-moi. Si vous avez le droit. D'où tirez-vous votre pouvoir alors?" Me demande-t-il à voix basse.

Le nom de Méphisto reste collé dans mon palais. Je suis un peu étonnée car Cain connaît tout des anges et des démons. Cela ne devrait pas être confidentiel pour lui. Mais visiblement, c'est une information que je ne peux transmettre. Je secoue la tête. Je connais les risques du sceau, alors je n'essaie même pas de lui faire deviner. Par acquis de conscience, je cherche du regard s'il n'y aurait pas quelqu'un d'autre qui pourrait entendre. Il n'y a personne à proximité. Je porte mon regard plus avant.

Beaucoup plus loin, je vois le druide assis sur un billot de bois. Il me regarde fixement.

- "Je ne peux rien vous dire pour le moment, je suis navrée." Dis-je à Cain qui attend toujours ma réponse.
- "Je comprends." Dit-il. "Je n'insisterai pas."
- "Veuillez m'excuser. Je dois tirer quelque chose au clair. J'espère que nous pourrons reprendre notre conversation plus tard."
- "Bien sûr." Me répond le vieil homme, troublé par mon comportement.

Je me dirige sans hésiter vers Rolf. Ce dernier me suit du regard sans bouger.

- "Vous écoutiez notre conversation?" Je lui demande de but en blanc.
- "Je suis navré." Répond-il. Il a une voix chaude et calme. "Je dirai plutôt que, malgré moi, j'ai entendu quelque chose que vous disiez et cela a attiré mon attention. Je ne voulais pas me montrer indiscret." Je fronce les sourcils.
- "A cette distance?" Il sourit.
- "J'ai l'ouïe particulièrement fine."

Il remonte nonchalamment une de ses mèches compactes derrière son oreille pour dégager son visage. Il m'a l'air vraiment jeune comparé aux barbares. Il a quoi? Vingt ? Vingt-cinq ans, tout au plus? Il dégage quelque chose d'étrange. Je ne vois pas de malice dans son regard et ma première impression est qu'il est un homme gentil. Il le porte sur lui. Pourtant, je sais qu'il ment. Il cache quelque chose. Cette force que son aura véhicule ne peut en aucun cas lui appartenir. A moins qu'il ait des pouvoirs magiques particuliers. J'aimerai interroger Garak sur le sujet, mais il m'a bien fait comprendre qu'il n'a pas le droit d'en parler.

- "Il paraît que vous vivez proche de la nature." Dis-je sur un ton amical.
- "Effectivement. C'est la voie druidique qui le demande. Nous vénérons l'arbre et le vent qui souffle. Nous respectons la terre et les créatures qui y vivent."
- "Mais vous êtes barbare aussi." Il sourit à nouveau.
- "Étions." Précise-t-il. "Ils sont nos racines profondes. Au fond de mon cœur, je me sens toujours barbare, mais ils nous ont renié, alors je n'ai pas le droit de me définir comme tel."
- "Pourquoi?"
- "Regardez-moi. Quel barbare je serai avec un corps pareil?"
- "Je pensais que vous étiez né, normal. Enfin je veux dire, avec une taille plus classique. Vous avez le physique de n'importe quel habitant du Khanduras."
- "Je suis né barbare. J'ai été aussi grand et large qu'eux." Il me montre un tatouage qui court sur son avant bras. "Nous autres druides avons gardé de nombreuses traditions barbares, comme celle de marquer sur notre peau les évènements marquants de notre vie. C'est notre héritage. Mais nous avons choisi une voie très différente de la leur."
- "Mais comment avez-vous fait pour changer ainsi?" Je demande perplexe.
- "Mon clan vit dans les forêts boréales, là où nul homme n'oserait vivre. Nous avons évolué. Nous nous sommes adaptés à notre environnement. Les corps des barbares sont puissants mais trop larges. Là où nous vivons, être aussi massif, c'est la mort assurée. Nous sommes obligés de changer pour survivre."
- "Ce qu'il ne dit pas, c'est ce qu'ils font pour y parvenir." Dit Garak que je n'avais pas vu approcher. Il regarde avec un certain mépris Rolf. "Ils se mutilent et se soumettent à la pire des tortures pour perdre ce qu'ils ont dans le sang." Ajoute-t-il avec dégoût. Le druide reste impassible et continue de sourire. "Ose dire que ce n'est pas vrai."
- "C'est parfaitement vrai. La formation que nous suivons peut s'apparenter à ce que vous décrivez." Avoue le jeune homme sans hésiter. Mon sang ne fait qu'un tour. "Mais ce n'est qu'un échange. Ce que nous perdons est largement compensé par ce que nous gagnons."
- "Parler aux animaux et aux plantes. Tu parles d'un échange équivalent." Je vois passer dans le regard de Rolf une lueur étrange. Il ne réplique cependant pas. "Je ne vois que de la souffrance inutile. Vous sacrifiez vos forces vives. Combien de vies perdues? Combien d'entre vous meurent chaque année dans vos rituels sacrés?"

Garak s'éloigne en secouant la tête de dépit.

- "Il a raison sur ce point." Dit le druide posément. "Il y a beaucoup de pertes tragiques. Nous ne survivons pas tous au rite de passage de notre vie barbare à notre vie druidique. Voire, parfois, nos femmes ne survivent pas à l'accouchement d'un enfant barbare dans les corps qui sont les nôtres. Mais il a tort sur la compensation. Il ignore ce que la nature nous offre en échange de ce sacrifice, parce qu'il est aveugle. Il ne peut pas voir la beauté et la force cachées du vivant."

Il touche le billot de bois sur lequel il est assis. Une lueur diffuse émane de sa main et je vois de la mousse se former sur l'écorce. Je me concentre sur l'aura du druide. Elle est inchangée. Il n'utilise aucune forme d'énergie que je connaisse pourtant, c'est bien de la magie.

Lorsqu'il retire sa main, une forme éthérée rougeoyante apparaît à l'endroit où il l'avait posée. La chose s'élève doucement dans les airs, comme du pollen porté par le vent. Lorsqu'elle arrive à ma hauteur, je sens mon corps se charger d'énergie. La sensation est similaire au cri des barbares mais en plus intense.

- "Qu'est ce que c'est?" Je demande dans un souffle.
- "La force vitale de l'arbre qui vivait dans ce tronc. Ils mettent longtemps à mourir lorsque nous les coupons. Vous sentez toute la vitalité qu'il a?" Je hoche la tête. "Et ce n'est qu'un morceau de bois mourant. Imaginez quelles forces fantastiques se trouvent autour de nous. Mon sacrifice m'offre le pouvoir de réveiller ces forces de bien des manières." Il se lève. La forme éthérée se fond en lui mais je sens toujours son influence. "Venez avec moi, je vous prie."

Je le suis sans discuter. Nous traversons le campement et sortons. Personne ne nous en empêche, comme si les sentinelles ne nous voyaient pas. Moi qui suis contrainte de rester dans le camp, je suis très étonnée de ne pas être remarquée.

Nous marchons jusqu'à l'orée de la forêt. La forme éthérée sort de son corps et flotte à côté de lui. Il pose ensuite sa main sur le tronc d'un arbre et la chose y pénètre. Je sens l'énergie me quitter. Il m'invite à toucher l'écorce. Je l'imite. Je sens palpiter la vie sous mes doigts.

- "Cet arbre sera robuste, s'il n'est pas coupé avant." Me dit-il avec un petit sourire. "Les barbares voient dans nos rituels pour entrer en communion avec la nature quelque chose d'impie. Je peux les comprendre. A bien des égards, c'est une violation de notre héritage ancestral. Des souffrances inutiles comme dit Garak. Mais ils ne voient pas ces sacrifices nous apportent en retour."

Je l'observe un moment. Le druide a l'air si serein, si paisible. De quelle souffrance parle-t-il ? Il ne semble porter aucune stigmate également.

Et pourquoi me dit-il cela? Je suis sûre qu'il a entendu le début de ma conversation avec Cain et probablement que comme les autres, il a vu ce que je suis devenue. Me suggère-t-il de continuer sur la voie destructrice qui est la mienne? Me dit-il qu'il est possible qu'il y ait une issue positive à mon autodestruction ?

Il se tourne vers moi. Je plonge dans ses grands yeux verts. Il y a quelque chose d'infiniment doux en lui et d'incroyablement bestial.

- "Pourquoi me dites-vous ça ?" Je lui demande perplexe.
- "Parce que j'aimerai vous aider. Votre part démoniaque hurle si fort, s'en est assourdissant." Il grimace. "Dans votre sang, vous êtes, en quelque sorte, mon opposé. Âme de démon et corps angélique." Je ne sais pas pourquoi je rougis légèrement.
- "Je n'ai pas une âme de démon." Je bredouille troublée. J'ai du mal à quitter son regard.
- "Ne le voyez pas comme quelque chose de mauvais. Avoir une âme de démon ne veut pas dire être maléfique. Comme avoir une âme angélique ne signifie pas être bon. Cela veut juste dire que vous tirez vos pouvoirs d'un ou plusieurs traits démoniaques. C'est à cela que répond votre corps éthéré pour manipuler les énergies qui nous entourent." Il se met à humer l'air. "Chez vous, c'est une colère dévorante qui vous habite. Elle occulte presque tout le reste. Vous la transformez en haine pour combattre."
- "Comment savez-vous ? Comment faites-vous?"
- "Je suis un druide." Me donne-t-il pour simple réponse avant de poursuivre. "Aussi disproportionnée soit votre part démoniaque actuellement, je sens votre part angélique et elle est forte aussi. Elle est simplement répartie d'étrange manière en vous, parce que vous avez nourri le déséquilibre pendant trop longtemps. C'est pour cela qu'elle vous échappe."
- "Il n'y a pas qu'à moi qu'elle échappe." Je ricane.
- "C'est normal. La vôtre est un trait de caractère commun, qui peut sembler insignifiant ou plutôt banal. Et vous l'avez tellement réprimé ces derniers temps qu'il peut sembler invisible aux yeux des autres, même des meilleures d'entre vous." Il a compris que je me référais à Akara. "Mais moi je peux le sentir. Ma perception n'est pas basée sur les mêmes principes que vous. Si je peux trouver la vie dans le bois mourant, alors je peux voir ce qui vous anime également. Je souhaite vous aider à la voir aussi." J'ouvre en grand les yeux.
- "Comment?"
- "Répondez avec sincérité à mes questions et vous comprendrez. Je n'en doute pas."

J'hésite un instant, mais je me prête au jeu. L'enseignement des sœurs ne suffit visiblement pas et elles m'ont livré à moi même. Qu'est-ce que je risque d'essayer de nouvelles choses ? A la vérité, en temps normal, j'aurai fui. Ce Rolf ne m'a-t-il pas éloigné des miennes? Je suis presque certaine qu'il pourrait me tuer facilement. Mais, il a ce je ne sais quoi en lui qui me fait dire qu'il est un homme bon.

- "Pourquoi nourrissez-vous votre haine?" Demande-t-il, me tirant de mes réflexions à son sujet.
- "Elle me rend plus forte."
- "Comment?"
- "Mes sens sont plus aiguisés et je peux utiliser plus facilement les arcanes."
- "Pourquoi souhaitez-vous cela?"
- "De quoi? Devenir plus forte?" Je demande. Il acquiesce. "Pour protéger mes sœurs."
- "Ce n'est pas totalement vrai. La raison est bien plus égoïste." Je blanchis. Il est plutôt clairvoyant. "Allez, dites-le." M'encourage-t-il. Il me faut pourtant du temps pour lui répondre.
- "Je veux me venger." Il sourit.
- "De qui?"
- "De mon ancienne maîtresse. Elle est passée du côté des forces du mal." Je bredouille. Je sens le sceau en moi me titiller. Je n'ai pas le droit de trop en dire.
- "Pourquoi voulez-vous vous venger d'elle?"
- "Je viens de vous le dire." Il secoue la tête.
- "Ce n'est pas la raison qui vous concerne. C'est la justification que vous trouvez à vos actions. Pourquoi voulez-vous vous venger d'elle?" Répète-t-il.

De nombreuses images de l'attaque du monastère repassent dans mon esprit. Toute la peine qui sommeille au fond de moi remonte soudainement. Les larmes me viennent.

- "La voilà votre réponse."

Il pose la main sur ma poitrine, au niveau de mon cœur. Étrangement, je ne suis pas gênée par ce contact très familier.

- "Vous voulez vous venger parce que vous pensez que cela soulagera votre cœur." Je le regarde hébétée. "Cela ne marchera pas si vous restez dans cette perspective. Vous devez trouver la paix d'abord."
- "Je ne sais pas comment faire." Je bredouille. "Je n'arrive pas à pardonner."
- "Je ne vous crois pas." Je cligne des yeux, surprise. "Votre façon d'agir prouve le contraire."
- "Jusque là ma façon d'agir n'a montré que mon instabilité." Je rétorque avec un soupçon de sarcasme.
- "Et pourtant vous continuez de suivre les ordres de celles que vous haïssez, étrange, ne trouvez-vous pas?" Je pince les lèvres. "Vous savez au fond de vous que celles qui sont à vos yeux responsables de votre malheur et de celui de vos sœurs sont aussi celles qui ont tout fait et font encore beaucoup pour sauver ce qui peut l'être. Vous savez que l'erreur est humaine et que vos supérieures ont le droit aussi de se tromper, aussi dures soient les conséquences. Mais mieux que cela, vous arrivez à voir la lumière cachée dans les ténèbres. C'est ce qui vous pousse également à croire que votre voie de la haine pourrait être bénéfique. Ce trait est ancré en vous profondément. C'est un instinct presque animal. Physique."

Je n'ose rien dire. Cet inconnu est entré dans ma tête sans la moindre difficulté. Suis-je si facile à lire ou a-t-il un don? D'ailleurs comment sait-il pour Kashya et Akara? Il poursuit son explication sans détour.

- "Il existe une Ange qui croit parfois dans l'impossible parce qu'elle sait voir ce que d'autres ne voient pas. Elle est la gardienne d'un sentiment profond qui anime les âmes qui s'accrochent sur cette terre. Pour certains, sa lumière est une force qui fait traverser les pires épreuves. Pour d'autres, elle incarne la folie de celui qui croit aveuglément. Son nom est Auriel et elle est la personnification de l'espoir." Conclut-il.

Je suis parcourue de frissons. Je le sens... C'est comme si par ces mots, il venait de réveiller cette part de moi que ma haine dévorante avait étouffée. Il a raison. Toujours, j'ai gardé l'espoir. Oui. Il y a cette flamme qui m'anime. Même aujourd'hui alors que j'ai focalisé mon esprit sur ma haine pour devenir plus forte, je cherche un avenir meilleur. Que ce soit pour moi-même à travers cette vengeance ou que ce soit pour mes sœurs que je veux protéger. Je suis prête à me jeter corps et âme dans les ténèbres pour que la lumière jaillisse enfin.

Rolf sourit. Je crois qu'il sait ou qu'il sent qu'il vient de raviver la flamme en moi.

Sa main quitte ma poitrine. Je sens encore la chaleur de ses doigts sur ma peau.

- "L'espoir n'est-il pas vain?" Je demande d'une petite voix.
- "Pourquoi dites vous cela?"
- "Si je crois aveuglément en de fausses certitudes, qu'accomplirai-je réellement. Ne vais je pas voir tout s'écrouler autour de moi. Toujours?"
- "Peut-être. Ou vous tracerez votre propre route envers et contre tout. C'est le risque que nous prenons tous lorsque vient le moment de faire un choix drastique qui va à l'encontre de l'ordre établi."
- "M'encouragez vous à emprunter la voie du déséquilibre alors? Comme vous autres les druides?" Je fronce les sourcils.
- "Nous abandonnons un équilibre pour un autre. Plus fragile. Je vous invite plutôt à trouver quelle proportion de haine et d'espoir vous permettra d'accomplir le but que vous vous êtes fixé. Vous pourriez être surprise de ce que le mélange de vos deux moitiés peut produire."
- "Qu'est-ce qui vous anime, vous?"
- "La même chose que vous en partie. Je suis un enfant né imparfait, même en temps que barbare. Ma part angélique ne provenait pas des premiers habitants de Sanctuaire, mais de plus haut dans les cieux. Ce qui est assez rare. Devenir druide est ce qui m'a finalement apporté l'équilibre."
- "Et cet ange est?"
- "Auriel comme vous. C'est pour cela que je la reconnais en vous. Mon âme et votre cœur se font écho. Ce trait de caractère est commun à tous les hommes. Tout le monde peut ressentir de l'espoir à un moment donné de sa vie. Et il est si facile à oublier lorsque les événements nous terrassent. Ce qui fait qu'il définit qu'une personne est habitée par l'aspect d'Auriel est plus subtile à détecter, surtout si comme vous, il réside principalement dans votre corps et pas dans votre esprit."
- "Comment l'espoir peut-il siéger dans le corps?" Je ricane.
- "De la même manière que les anges et les démons primordiaux sont l'incarnation physique des concepts qu'ils représentent. Mais certains signes ne trompent pas." Il me scrute. "Je devine en vous une grande résilience physique. Vous vous êtes souvent dépassé au-delà de ce que votre corps devrait être capable de supporter. Je dirai même de manière extrême."

Mon sang ne fait qu'un tour. Je repense soudainement à ma résurrection. J'avais abandonné la lutte, mais mon corps s'acharnait à vivre. Comme s'il avait sa volonté propre. J'oscillais entre deux extrêmes : l'acharnement de mon corps à survivre et mon désir que tout s'arrête. Jusqu'au dernier moment mon corps avait résisté, jusqu'à ce qu'il ait dépassé toutes les limites. C'est lorsque j'ai bandé ma volonté sur le désir de vivre en dépit de la souffrance que cela me procurerait que j'ai réussi à déjouer la mort. Et mon corps a répondu si pleinement. Je me souviens de ma première respiration et de mon cœur qui battait si fort que j'avais l'impression que quelque chose me transperçait la poitrine. Avec l'aide d'Akara, j'ai dû repousser les limites physiques si loin pour revenir.

- "Ca y est, vous le voyez." Le druide me sourit. "Pour le reste, c'est à vous de décider ce que vous ferez de tout ceci. Rentrons maintenant. Votre absence va finir par être remarquée."

Je suis dans un état second. Beaucoup de choses tournent dans mon esprit. Nous refaisons le chemin à l'envers. Personne ne remarque notre retour. Rolf me quitte au milieu du campement et repart s'asseoir dans un coin, comme s'il attendait simplement que le temps s'écoule.

Je passe les jours suivants à réfléchir à tout ce qu'il m'a dit et j'interroge Cain sur l'Ange Auriel. Ce qu'il m'apprend sur elle est révélateur et je commence à nourrir une certaine admiration pour cette créature céleste. Mon désir de vengeance brûle toujours en moi mais j'entrevois désormais un après. Un après Moiraine. Un après Andariel. Peut-être même, un après Diablo. Un espoir a germé dans mon cœur.

Je me vois sur la route, loin d'ici, portée par ma mission. Défendre le Sanctuaire… Cette prise de conscience que Rolf m'a fait avoir, m'a fait réaliser à quel point je suis une sœur. Je le sens maintenant au plus profond de moi. Et je veux le vivre pleinement.


Note:

Rofl est un personnage qui me tient à cœur, autant, si ce n'est plus, que Jarzeth. Son importance pour Annor va s'affirmer plus lentement que celle d'Astrid, mais prenez garde aux graines que je sème le concernant :P.

J'aimerai parler plus sur la manière dont j'ai développé les druides dans cet univers (donc Rolf :P), mais je ne veux rien dévoiler alors je vais en rester là pour aujourd'hui.