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Acte 2 - Deuxième partie : Départ vers l'Est
Chapitre 3 : Amère victoire
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Lorsque je me réveille, il fait jour. Nous ne sommes plus dans le cimetière. Sans doute, Astrid et Rolf m'auront-ils transporté plus loin. Je suis enveloppée dans une peau de bête, que le druide m'aura prêtée pour dormir. Je tourne la tête. Il est assis en tailleur près de moi et semble méditer. Astrid monte la garde un peu plus loin et nous tourne le dos. Je me redresse doucement, le druide ouvre les yeux et me sourit gentiment.
Progressivement, les souvenirs de la veille me reviennent. J'ai l'impression que je sors d'un mauvais rêve, mais lorsque je vois le masque et l'arc de Moiraine à mes pieds, je comprends que tout était bien réel. Nous avons tué ma sœur. L'envie de pleurer et de crier me submerge à nouveau, mais cette fois je ravale tout.
- "Comment vous sentez-vous?" Me demande Rolf.
- "Morte en dedans." Je lui réponds d'une voix éraillée.
Astrid se retourne à son tour.
- "Je vous comprends." Elle marque une courte pause avant d'ajouter. "Votre sœur était exceptionnelle. Ce qu'elle fait avant de disparaître en est la preuve." Elle parle probablement du désenvoûtement du cimetière. Je sers les dents. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir retenir encore mes larmes. "Je vous dois aussi la vie. Je n'aurai jamais pu la vaincre sans votre intervention. Vous avez été exemplaire. Merci." Ce merci là est une brûlure amère. Je détourne le regard.
- "Merci à vous deux au nom de mes sœurs." J'articule difficilement.
Je ne pense pas un mot de ce que je viens de dire mais je sais que je dois le faire. Je ne referai pas deux fois la même erreur en leur manquant de respect.
Je me lève et rends au druide sa peau de bête. Le cœur lourd, je ramasse les effets de Moiraine. L'arc enchanté vibre dans mes mains. J'essaye d'ignorer l'enchantement, car cela fait remonter des souvenirs que je ne désire pas pour le moment. Je le fixe dans mon dos avec le mien. Je regarde un moment le masque de khasdra avant de le serrer contre moi.
- "Retournons au campement, s'il vous plaît."
Nous faisons la route inverse dans un silence pesant. Nous arrivons en fin de matinée au campement. Kashya nous attend à l'entrée. De loin, elle semble nerveuse. Lorsqu'elle me voit, je vois briller dans ses yeux des larmes de joie. Je la fusille du regard. Voilà que ce sentiment terrible de haine vient brûler mon cœur à nouveau. Je soupire.
Elle s'approche de moi pour me prendre le masque des mains. Je refuse. Temps que je verrai cette émotion là dans ses yeux, elle ne le méritera pas.
Je vois dans son expression qu'elle ne comprend pas ma réaction. Elle s'habille donc de son éternelle impassibilité et nous amène séant à Akara. Cette dernière ne montre pas la même allégresse que ma maîtresse d'armes, à mon grand soulagement.
Astrid raconte succinctement ce qui s'est passé. C'est pour moi une épreuve de repenser à ce combat. Ensuite Akara remercie chaleureusement mes compagnons avant de leur demander de partir poliment. Il ne reste plus que nous deux.
Lorsqu'elle est certaine que personne ne nous voit ni ne nous entend, elle ouvre les bras et attend que je fasse le premier pas. Sur le coup, je ne comprends pas. Puis je réalise qu'elle me propose simplement un câlin. La Grande Prêtresse si martiale se montre soudainement aimante. Je suis déstabilisée. Mais d'un autre côté, je crois que j'ai bien besoin de cela. J'hésite un instant puis j'accepte l'offre. Je m'écroule dans son embrassade. Je pleure à nouveau comme la première fois.
- "Je suis tellement désolée que tu ais dû vivre cela." Me dit-elle au creux de l'oreille, en me caressant avec douceur les cheveux. Je sers toujours le masque contre moi. Ses cornes nous gênent, mais nous ne rompons pas l'accolade. "Je sais ce que tu ressens. J'ai le même sentiment pour chacune des sœurs que j'ai dû tuer pour nous permettre de survivre. Je suis désolée que tu ais du vivre cela. Il n'y avait pas d'alternative... Pardon..." Elle me sert un peu plus fort. "Pardon!"
Ma haine à son égard s'envole totalement. Je la comprends sincèrement pour la première fois. Mon administration pour elle en est renouvelée. Je réalise qu'elle est restée si forte, tout ce temps... qu'elle n'a jamais cédé à sa propre douleur... pour nous. Il fallait qu'elle reste notre guide et notre mentor contre vents et marées.
- "Je vous demande pardon pour mon comportement." Je murmure entre deux sanglots. "Je n'avais pas idée."
- "Ce n'est rien." Me dit-elle. Elle me repousse gentiment pour mieux me voir. Je croise ses grands yeux gris qui ont perdu de leur froideur. "Ce n'est rien…" Répète-t-elle doucement avant de m'embrasser sur le front. "J'ai eu si peur de te perdre aussi, tu sais? Mais je n'avais pas d'autres choix que de te laisser y aller. Pour nous et pour toi aussi..." Elle tremble légèrement. "Je suis heureuse que tu sois revenue saine et sauve. Mais il va falloir que tu sois très forte les jours qui viennent." Me dit-elle l'air grave. "La mort de Moiraine va être fêtée par la plupart de nos sœurs. Tu vas être leur héroïne. Peu de gens comprendront la douleur que nous ressentons toutes les deux." Elle me sourit tristement. "Peu de gens connaissaient Moiraine comme nous la connaissions."
- "Kashya…" Je murmure.
- "Elle ne comprend pas encore qu'elle va ressentir une grande douleur. Ou peut-être l'a t-elle déjà reléguée dans les informations inutiles à traiter. Dans le premier cas, il est à craindre qu'elle craque à un moment ou un autre. Dans le second, il faudra que je sois très attentive à son évolution. J'ai peur qu'elle s'éloigne trop de nous émotionnellement. C'est la première fois que sa psychologie particulière est un problème pour moi. Je me fais beaucoup de souci pour elle." Me répond-elle en soupirant. "Quoiqu'il en soit, elle risque de te blesser. Peut-être plus que les autres."
- "Je ne veux pas être en sa présence pour le moment." Dis-je d'une petite voix.
- "Je comprends. Je vais faire en sorte que vous vous croisiez le moins possible pendant quelque temps."
- "Est-ce que vous pouvez garder ça aussi? Ne les lui donnez pas. S'il vous plaît."
Il me faut faire un effort pour lui donner le masque et un plus grand encore pour lui donner l'arc. Akara acquiesce en acceptant les reliques de Moiraine. Je vois son regard s'embrumer légèrement lorsqu'elle les prend. Elle tenait beaucoup à elle. J'aimerai connaître leur histoire commune. Mais ce n'est pas le moment. Ni pour elle, ni pour moi. C'est trop tôt.
- "Repose-toi. Aère-toi. Nous nous verrons plus tard pour la suite." Me dit-elle finalement.
Je me lève et retourne dans le campement. Je vois des sourires sur le visage de mes sœurs. La nouvelle aura fait le tour rapidement. Akara a raison. Ça fait mal. Je m'assois près du feu de camp et essaie de me vider la tête. Cain vient me voir. Le vieil homme me sourit tristement, mais ne dit rien. Il attend que ce soit moi qui fasse le premier pas.
- "Je croyais que la vengeance me soulagerait. Regardez-les. Ça a l'air de marcher pour elles." Je lui dis de but en blanc en désignant mes camarades d'un geste du menton. "Pour moi, c'est pire qu'avant."
- "Aucune vengeance n'apporte la paix, même si elle peut soulager certaines personnes." Me répond le vieil homme. "Je parie que déjà votre cœur réclame qu'une autre tête tombe."
Je souris amèrement. Il a raison. Je veux déjà prendre la tête d'Andariel qui est la démone derrière la chute du monastère et la corruption de Moiraine. C'est certainement elle qui lui a refusé la mort et l'a envoyée dans ce cimetière pour nous harceler. Même si je n'ai pas encore d'idée sur comment m'y prendre, l'idée germe lentement dans mon esprit.
- "Ne pensez-vous pas que nous venger de la créature infernale qui nous a mis à genoux soulagera tout le monde ?" Je tente.
- "C'est possible. Un peu du moins. Sans doute pas plus que le soulagement que vous avez apporté à vos sœurs. Mais si vous ne faites pas la paix avec votre mémoire, ces ennemis que vous abattez pour le bien de tous, ils vous hanteront toujours. Qu'importe le nombre de vengeances, la plaie sera toujours ouverte et le désir d'aller toujours plus loin dans la destruction de ce qui vous fait du mal pourrait vous être fatal."
Je pince les lèvres.
- "Que peut-il y avoir après la destruction du mal absolu sinon que la paix?" Cain sourit.
- "C'est ce que pensait Anu. Vous pensez faire mieux? S'il avait réussi dans son projet d'éliminer ce qu'il considérait comme mauvais, nous ne serions pas là à discuter du bien fondé ou non du désir de vengeance." Je grimace.
- "Quelle est la bonne voie alors?" Je demande penaude.
- "Celle de l'humanité qui concilie depuis toujours les deux parts d'Anu. Vous êtes jeune et impatiente. Apprenez à prendre le temps. Vous verrez que vous guérirez doucement. Faites votre deuil. Et il viendra un jour, j'en suis sûr, où vous prendrez les armes pour défendre ce qui vous tient à cœur sans ce désir de vengeance." Je baisse la tête. "Regardez tous ces compagnons qui nous ont rejoint au campement. Ils sont venus de loin pour aider dans le combat qui est le vôtre en faisant abstraction de leur griefs ou de leurs origines. Qu'avez-vous ressenti lorsque les barbares sont arrivés? Que pensez-vous d'Astrid qui a quitté les siennes parce qu'elles s'étaient enfermées dans un esprit de vengeance vis-à-vis de votre sororité? Cherchez de ce côté là. Je pense que vous apprendrez beaucoup sur vous même en comprenant les autres."
Je tourne la tête pour qu'il ne voit pas mes larmes. Son petit discours m'a touché en plein cœur. Pendant quelques secondes, je veux être aussi paisible que Rolf dont j'ignore presque tout mais qui exsude de sérénité, aussi forte que Astrid à l'aura d'or, aussi généreuse que les barbares qui donnent sans rien attendre en retour, et peut-être aussi sage que Cain qui semble avoir déjà vécu mille vies.
Et puis je sombre à nouveau. La peine est trop fraîche. Le vieil homme se lève.
- "Vous êtes forte Annor. Vous êtes intelligente. Vous trouverez votre voie." Me dit-il calmement. Je l'entends s'éloigner.
J'espère qu'il a raison.
Apprendre à gérer ce sentiment et ses émotions va être un énorme défi pour Annor.
Je vais changer un peu la publication, car il y a plusieurs chapitres de cette taille qui s'enchainent et qui forment une longue transition. Prochain chapitre vendredi.
Des bisous
