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Acte 2 - Troisième partie : Luth Golheim

Chapitre 4 : Les dessous de la cité

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Cain semble connaître un peu les lieux. Nous passons rapidement devant le palais du vizir. Encore une fois, j'ai à peine le temps d'admirer l'incroyable bâtiment qu'il nous emmène à travers un boyau de rues étroites jusqu'à une petite place moins animée que le centre. Il n'y a que quelques terrasses ombragées par des plantes verdoyantes et quelques échoppes aux devantures chargées mais peu fréquentées.

- "Ce quartier-ci ne semble pas trop avoir changé." Dit le vieil homme avec un petit sourire coincé.

Je sens quelque chose de pesant pourtant ici, comme partout ailleurs. Je déploie ma vision intérieure. Je ne vois pas de trace d'influence démoniaque a proprement parlé, mais clairement, il y a de l'énergie arcanique qui circule en masse. Je baisse la tête. Sous nos pieds. Je porte mon regard plus loin. C'est alors que je remarque quelque chose d'inattendu. Je distingue une légère brume s'échapper d'un caniveau. Je pensais qu'elle était naturelle, mais il fait bien trop chaud ici pour que la terre exhale de cette manière.

- "Lorsque vous êtes venu à Luth Golheim pour la dernière fois, est-ce qu'il arrivait que la magie circule dans les égouts ?" Je demande à voix basse.
- "Non pourquoi ?"
- "Il y en a en grande quantité sous nos pieds." Je réponds en pointant l'endroit d'où s'échappe la brume. "Ce n'est pas naturel." Rolf hume l'air.
- "C'est très étrange." Dit-il. "Cela ne ressemble à rien que je ne connais. "Ça sent l'humain. Je ne saurai dire pourquoi."
- "Si les murs n'ont pas changé, je ne reconnais plus la Luth Golheim de mon passé." Dit Cain attristé. "Ce qu'a suggéré Warriv est très inquiétant. Comprenez qu'il y a toujours eu des jeux de pouvoir importants ici, mais s'il craint moins la mort que la pègre, c'est qu'il y a quelque chose d'extrêmement mauvais qui se trame et que potentiellement toutes les personnes influentes de la cité sont impliquées. La magie qui s'écoule sous nos pieds est peut-être un indice." Il se frotte la barbe. "J'ai quelques anciennes connaissances ici. Enfin, si elles sont toujours là. J'aimerai me renseigner auprès d'eux, si vous le voulez bien."
- "Je vous accompagne." Propose le druide. "Je ne suis pas rassuré de vous laisser seul." Cain acquiesce.
- "J'essaierai aussi nous trouver un lieu pour dormir. La garde est peu commode avec les personnes qui se promènent de nuit."
- "Pouvez vous prendre nos affaires?" Demande Astrid en posant son sac au sol.
- "Je m'en occupe." Dit Rolf. Je lui tends mon ballot également.
- "Où se retrouve-t-on et quand ?" Je demande à mon tour.
- "Ici, dans une heure ou deux." Propose Cain. "Cela devrait suffire."

Nous acquiesçons. Le vieil homme et le druide s'éloignent et disparaissent au coin d'une rue. Les vêtements du désert m'empêchent toujours de mettre mon arc dans mon dos, mais j'ai pu y caler mon carquois d'une manière plutôt efficace. Je jette un œil à Astrid. Sa rondache et sa lance en main, elle ressemble un peu aux gardes de l'entrée dans ces habits locaux.

- "Que dîtes-vous d'aller explorer un peu cette source de magie?" Me demande-t-elle avec un sourire en coin.
- "Allons-y." Je réponds en souriant également.

Si dans l'action, l'amazone est aussi froide que la pierre, en règle générale, elle est d'une nature plutôt gaie. Je lui donne à peu près le même âge que Moiraine ou Kashya - la trentaine passée - mais dans les moments de détente, elle a une légèreté juvénile qui faisait défaut aux deux autres. J'aime bien son énergie et avec le voyage mon malaise quant à sa ressemble avec Maeko est passé.

Je nous guide au travers des rues, en suivant la piste arcanique jusqu'à une impasse sombre. Ce n'est pas là que la magie est la plus forte mais, c'est une entrée discrète possible. Astrid se penche sur la grille de métal qui bouche l'entrée.

- "Il y a une échelle." Me dit-elle avant de poser ses armes au sol.

Elle soulève la grille puis elle m'aide à descendre. Sa force pour son gabarit m'étonnera toujours. De prime abord, elle n'a pas de sang barbare. J'aimerai connaître son secret. Il faudrait que je lui demande à l'occasion. Peut-être que moi aussi, je pourrai acquérir une force équivalente.

Elle me rejoint en bas. Les égouts puent mais ce n'est pas cela qui me gène le plus ici. La concentration arcanique est vraiment très élevée. Cela me donne presque le tournis. Mais comme le faisait remarquer Rolf, l'énergie est bizarre, pas vraiment démoniaque bien que malfaisante. Je commence à me demander si c'est une bonne idée d'aller enquêter.

Ma vision supérieure me permet de me diriger plutôt facilement bien qu'il fasse sombre. De plus, les bouches d'égouts à intervalles réguliers nous offre quelques cônes de lumière bienvenus. Au début de notre progression, nous croisons surtout des rats et quelques araignées de taille respectable, mais ils ne sont pas agressifs.

Puis, alors que nous nous enfonçons dans le réseau souterrain, j'entends des bruits étranges résonner sur les murs. Il y a aussi une sorte de râle grave, comme une respiration bestiale lente. Puis une odeur de charogne commence à se faire sentir.

- "Il y a une bête quelque part." Je chuchote à Astrid. Elle acquiesce.

Je vois sa posture changer alors qu'elle se prépare à un éventuel combat. J'encoche une flèche et commence une approche discrète de ce qui semble être le nexus arcanique et l'antre de l'animal. Au détour d'un couloir, j'aperçois enfin ce qui vit ici et mon sang ne fait qu'un tour. Éclairée en partie par une large bouche d'égouts au plafond, il y a une large pièce rectangulaire encadrée d'arches, comme si l'endroit ici était plus luxueux qu'ailleurs. Et au centre une pile de cadavres indéterminés sur laquelle est penchée une créature d'allure humanoïde.

Astrid et moi nous plaçons de chaque côté de l'arche qui forme l'entrée, à l'affût. La chose nous tourne le dos et semble se nourrir de ces chairs mortes. La vapeur émane de la grille au-dessus d'elle. Je tente de montrer à l'amazone ce que je viens de découvrir mais mon arc cogne la pierre alors que je tends le bras.

La créature réagit au quart de tour. Elle se redresse et se tourne dans notre direction. Je grimace devant l'horreur que je contemple. Elle ressemble à un grand homme d'une maigreur extrême, dont la tête est un crâne animal, sans doute canin. Des vestiges de vêtements recouvrent par endroit son anatomie difforme et elle semble porter des bijoux tribaux. De sa gueule osseuse s'échappe des volutes arcaniques plus denses que celles dégagées par la grille au-dessus d'elle. Ses orbites vides ne nous voient pas, mais la chose se met à humer l'air et s'approche lentement de nous.

Je bande mon arc et tire. Ma flèche se plante dans sa poitrine. La créature glapit de douleur. Le son me rappelle étrangement Rolf. S'agit-il d'un druide? L'homme animal se met alors à quatre pattes et ouvre la gueule en grand. S'en échappe un gaz dense. Le nuage arcanique se forme rapidement tout autour d'elle et nous englobe également. J'ai la tête qui tourne. Astrid ne semble pas aussi sensible que moi.

Alors que ma vision se dédouble, je la vois sa silhouette glisser dans le brouillard épais. Le vertige me surprend et je suis obligée de prendre appui sur le mur derrière moi pour ne pas tomber. J'entends des bruits de heurts et la créature qui grogne. Puis la brume s'illumine soudainement. Je comprends qu'Astrid a déployé son aura d'or.

J'entends un glapissement plaintif suivi d'un râle aigu. Après un petit moment, l'amazone sort du bouchon de brume et me rejoint. Elle me conduit plus loin dans le couloir où l'air est moins saturé. Je commence à reprendre mes esprits.

- "Vous l'avez eu?" Je demande en me massant les tempes.
- "Oui. Il ne s'est pas beaucoup défendu. J'ai l'impression qu'il a été mis là pour se débarrasser des gêneurs."
- "Comment ça?"
- "Les cadavres sont humains…" M'informe-t-elle l'air grave. "Il y a un peu de tout. J'ai vu dans les restes des bijoux et des tissus riches, mais aussi des uniformes de gardes et des guenilles." Je déglutis.
- "Vous pensez que c'est de ça qu'avait peur Warriv?"
- "Peut-être… Mais il y a pire." Elle regarde en direction du bouchon de brume arcanique. "Vous pensez pouvoir résister?"
- "En retenant ma respiration, je pense oui."

Elle m'amène sous la grille. La lumière qui émane du dessus n'est pas naturelle et à travers les barreaux, je distingue sans peine des murs richement décorés de carreaux de céramique peinte et de ferronnerie recouverte de feuilles d'or. Nous sommes sans aucun doute sous le palais…

Je jette un coup d'œil à la chose qu'Astrid a abattue. Le corps s'est liquéfié et ne reste plus qu'un squelette mi homme mi animal paré de ses rares vestiges vestimentaires et baignant dans une flaque gris marron. Je grimace de dégoût, mais quelque chose attire mon attention. Sous le collier de dents qui repose sur sa cage thoracique à nue, je vois quelque chose qui brille. Je me penche et retire délicatement le collier avant de prendre la petite pierre brillante qui flotte entre les côtes à la place où devait se trouver son cœur. La pierre se brise entre mes doigts et le nuage arcanique épais se dissipe. Je vois alors des ombres que je n'avais pas remarquées jusqu'ici glisser sur les murs et remonter par la grille dans le palais au-dessus de nos têtes. Astrid ne semble pas les avoir vues. J'entends un craquement sinistre et reporte mon attention sur le corps à mes pieds. Le squelette s'effrite à son tour et se dissout dans le liquide étrange dans lequel il baignait.

Je prends une grande inspiration maintenant que l'air est moins chargé et lance un regard inquiet à Astrid.

- "Je ne pensais pas que nous serions confrontées à une magie aussi noire si vite." Me dit-elle.
- "Moi non plus. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est que je ne reconnais pas la signature de Diablo. C'est autre chose. Je ne sais pas si nous devons suivre cette piste. Elle nous éloigne peut-être de notre objectif."
- "Retournons au point de rendez-vous. Peut-être que les hommes auront d'autres informations." Je hoche la tête. Mais avant de partir, je ramasse le collier de dents et ma flèche qui est intacte.
- "J'ai le sentiment que cette créature était un druide autrefois." Dis-je à Astrid qui m'observe perplexe. "Peut-être que Rolf pourrait nous le dire avec ça."

Nous rebroussons chemin et sortons des égouts à l'endroit où nous y étions entrées. A part nos chaussures sales et l'odeur qui s'est accrochée à nos vêtements, personne ne se douterait de ce que nous avons fait.

Nous sommes les premières à retourner au lieu de rendez-vous et l'attente est stressante. Les rares passants nous regardent de travers et j'ai sans cesse l'impression qu'ils vont appeler la garde.

C'est Rolf qui vient finalement nous chercher. Il grimace quand il s'approche de nous. L'odeur doit lui agresser le nez.

- "Ne me dîtes pas que…"
- "Si…" Souffle Astrid en faisant la moue..
- "J'espère que ça en valait la peine."
- "Oui…" Je réponds en produisant discrètement le collier de dents. Le druide fronce les sourcils.
- "Suivez-moi. Cain nous a trouvé un hôtel." Dit-il.

Nous le suivons dans un nouveau dédale de ruelles étroites jusqu'à un établissement nommé "la fleur du désert". La devanture est abîmée mais l'intérieur est bien entretenu. Cela me fait penser à la taverne d'Odgen dans le style local et les clients ivres en moins. Le gérant nous salue et après avoir reconnu Rolf, il nous amène dans un petit salon privé où se trouve Cain et un autre homme à la peau sombre et aux yeux d'ambre. Un Vizjerei sans aucun doute. Ils fument à tour de rôle à l'aide d'une étrange pipe reliée à une sorte de vase au milieu de la table.

- "Astrid, Annor, je vous présente Drogan. C'est un ancien camarade d'étude arcanique de ma jeunesse."

Je remarque que l'homme n'a pas l'air aussi âgé que Cain, bien que quelques rides marquent profondément son visage. Il nous sourit, mais nous regarde en biais.

- "Des femmes, Cain? Qui l'aurait cru?"
- "Faîtes attention à ce que vous dites, ancien camarade de Cain. Le fait d'être son ami, ne fait pas de vous le nôtre." Siffle Astrid qui comprend avant moi le sous-entendu. Je me retiens de sourire à la mine déconfite du mage.
- "Pardonnez-moi mesdames." Dit-il en posant sa main sur son cœur comme le faisait Jarzeth. Mais je n'ai pas le même sentiment de sincérité venant de sa part. "Disons que de tous les élèves de notre promotion, Cain était le seul marié à ses livres."
- "Nous avions compris la première fois, Drogan. Nous sommes des guerrières, pas des prostituées. Au cas où mon message n'était pas clair. Je dois dire que Luth Golheim commence à me déplaire fortement. J'ai connu d'autres villes dans le Sud Est du désert où les femmes étaient respectées et considérées comme autre chose qu'un objet sexuel. Est-ce la norme ici ?" Le mage pince les lèvres. Il est clair que l'amazone vient de le contrarier grandement.
- "Calmez-vous, je vous en prie." Gémit le vieil Horadrim qui voit cette réunion tourner au fiasco.

Je dois avouer que même si cela nous dessert, j'aime la manière dont Astrid gère l'affaire. Au moins, elle ne se laisse pas faire comme avec ce voyeur de Warriv. Je n'aime pas que ces individus peu scrupuleux nous rabaissent à de simple plaisir de la chair.

- "Au lieu de nous écharper, est-ce que nous pouvons nous reconcentrer sur l'essentiel?" Demande Cain. "Tu te doutes, Drogan, que je ne suis pas là simplement pour évoquer des souvenirs de jeunesse." Le mage hoche la tête. Nous nous essayons face à eux.
- "Je sais mais n'attends pas de moi des réponses claires. D'une part parce que je ne sais pas grand-chose. D'autre part parce que les risques sont trop grands."
- "C'est ce que nous avons cru comprendre effectivement."
- "Il se passe des choses bizarres en ville depuis plusieurs mois. Le mal qui a envahi le palais a de plus en plus de mal à être dissimulé. Les meurtres pour contenir l'information ne suffisent plus. L'évidence se répand sous nos pieds." Dit-il avec un geste élégant avant de prendre une bouffée de son étrange pipe.
- "Nous avons vu la brume dans les égouts." Je dis, comprenant à quoi il fait allusion. Drogan coule un regard dans ma direction.
- "La brume est une chose. Mais avez-vous vu les ombres ?"
- "Oui. Astrid et moi avons tué une abomination sous le palais qui se nourrissait de cadavres humains." Je vois Cain et Rolf se tendre. "Il y avait des ombres mouvantes." Astrid fronce les sourcils. Le Vizjerei me regarde circonspect.
- "Très rares sont les personnes capables de voir les ombres." Il met une inflexion bizarre sur le mot. "Il faut avoir lu des mots anciens."

Mon sang ne fait qu'un tour. La poésie traduite par Lazare. Je suis sûre que c'est de cela dont il parle. Les mots se mettent à tourner dans ma tête.

Je peux voir ce que tu ne peux.
De visions éthérées en cauchemars.
Du coin de l'œil disparaissent
Murmurant leurs chants secrets.
Alors verras-tu ce qui ne peut-être.
Ombres mouvantes où lumière devrait glisser,
Hors des ténèbres, au bord de la folie,
Projetées sur les couloirs de ceux qui ne voient.

- "Ces ombres? Qu'est-ce que c'est?" Drogan devient nerveux.
- "Peut-être qu'après tout, j'ai des choses à vous dire, mais c'est dangereux." Dit-il en tirant à nouveau sur la pipe.
- "Nous sommes là pour affronter ce qu'il y a de pire en ce monde." Souffle Rolf. Le mage lui jette un regard en biais. Il hésite encore quelques secondes puis se lance. Il se penche vers nous et parle à voix basse.
- "Anges et Démons possèdent cette faculté particulière d'incarner des idées, des concepts. Ils peuvent transformer leur volonté en énergie pure et accomplir des miracles. Plus ils sont puissants, plus cette volonté a des manifestations impressionnantes. Les démons peuvent corrompre les gens et faire pourrir la terre rien qu'avec cette volonté." Je déglutis. Il parle de l'influence démoniaque comme je la vois. "Mais cette force est toujours attachée à son hôte, quelque soit sa forme et aussi loin peut-elle s'étendre. Ces ombres-là…" Il me regarde intensément. "... sont issues la volonté d'un homme qui a voulu décoder les secrets de l'univers et a partiellement atteint son but. Mais aucun homme ne peut rivaliser avec les anges et les démons primordiaux et étendre son pouvoir si loin, pendant si longtemps. Les ombres sont ce qui s'est détaché de son influence. Comme des flaques laissées sur le bord du ruisseau au moment de la décrue. Elle obéissent toujours à sa volonté initiale, mais elles sont aveugles et s'en prennent indistinctement aux vivants lorsque certaines conditions sont réunies. Je ne sais pas ce qui déclenche leur agressivité et je ne tiens pas à faire l'expérience."
- "Qui est cet homme?" Demande Cain.
- "D'aucun dirait : Horazon." Le mot tombe comme une pierre.
- "N'est-il pas mort depuis plusieurs siècles?" Je tente, me rappelant de ce qu'avait dit Aziza.
- "C'est ce qu'on dit." Il tire à nouveau sur la pipe. "Les Anges et les Démons sont immortels, pas les hommes, mais leurs connaissances se transmettent. C'est une forme d'immortalité, si vous voulez mon avis."
- "Tu penses que quelqu'un se prend pour Horazon?" Drogan hoche la tête.
- "Mais j'ignore pourquoi il répète les erreurs de ce fou?" Il regarde nerveusement autour de lui. Je fais de même, comprenant qu'il cherche la présence d'ombres.
- "Elles vous font peur ?" Je demande. Il me dévisage.
- "Pas vous?" Je soutiens son regard, mais une rigole de sueur se forme dans mon dos.
- "Écoutez, je ne peux rien dire d'autre. Je suis navré, Cain." Il a l'air sincèrement désolé. "J'aimerai t'aider plus mais je ne peux pas."
- "Tu connais l'homme derrière ça, n'est-ce pas? Tu le crains." Drogan se lève. Il sourit mais cela ressemble plus à une grimace.
- "Je pensais le connaître… Je crains ce qu'il a engendré... pas lui. C'est… c'était un homme bon..." Dit-il en se dirigeant vers la sortie.
- "Si tu ne veux pas nous dire son nom, ni où il est. Donne nous au moins une piste." Le mage sert le chambranle de la porte, à s'en faire blanchir les jointures. Il se tourne vers moi.
- "Il n'est pas... ici…" Il déglutit. "Il est quelque part dans les ténèbres, au bord de la folie."

La piste ne fait pas de sens, mais je sais qu'elle m'est destinée. Je reconnais l'allusion à la poésie. Je crois qu'il m'invite à suivre les ombres. Il quitte la pièce précipitamment. Un silence pesant fait suite.

- "Je pense que je peux retrouver sa trace, mais est-ce bien ce que nous voulons?" Dis-je. Les autres se tournent vers moi. "Rolf, vous disiez qu'il y avait deux sources, l'une démoniaque et l'autre humaine. Clairement, nous avons trouvé la piste de l'humain, mais qu'en est-il de notre objectif?"
- "Vous avez raison Annor." Dit Cain. "Retrouver la piste d'Aidan est prioritaire malgré ce qui se passe ici. J'irai consulter les archives dès demain. Il reste peut-être encore d'anciens écrits Horadriques dans la grande bibliothèque. Nous devons trouver les ruines où la pierre d'âme a été cachée." Je hoche la tête. "En attendant, essayez de vous détendre un peu. Il y a des bains dans l'établissement. Profitez-en. Et..." il semble gêné. "Ne prenez pas rigueur du comportement déplacé de Drogan. Il a toujours eu…"
- "Ne vous inquiétez pas Cain, je pense qu'il a compris." Dit Astrid. Elle me fait un petit clin d'œil. "Bon je vais chercher la clé de notre chambre. On va s'installer et tu verras, les bains vont te plaire." Elle sourit. "En plus, on sent les égouts. Je ne veux pas rester avec cette puanteur." Je souris également, mais le cœur n'y est pas vraiment.

Elle quitte la pièce à son tour.

- "S'il vous plait, pouvez-vous me montrer à nouveau le collier?" Me demande Rolf. Je dépose l'objet sur la table avant d'expliquer ce qui s'est passé aux deux hommes. "C'est bien druidique." Confirme le plus jeune. "Et la description que vous me faites ne fait que le confirmer. Mais même dans les pires situations, un druide ne peut pas finir ainsi. Il a été transformé, sans doute par celui qui manipule les ombres."
- "Sans doute. Elles sont retournées dans le palais une fois que j'ai retiré l'espèce de cristal qu'il y avait à la place de son cœur." Rolf grimace lorsque je parle du cristal, mais il ne dit rien.
- "Encore et toujours le palais." Soupire Cain.

Au même moment, Astrid revient et agite la clé.

- "Allez, venez." Me dit-elle.

Je laisse le collier à Rolf et suis l'amazone jusque dans la chambre. Elle est assez spacieuse et la décoration exotique me plait énormément. La fenêtre en ogive n'a pas de carreaux, mais une sorte de large treillis en bois bloque la vue. Je sens passer un peu d'air chaud, mais globalement la pièce reste fraîche.

Astrid me donne une large serviette et se déshabille avant d'enrouler la sienne autour d'elle. Elle dépose ses affaires dans une grande corbeille, avant de m'inviter à faire de même. Nous laissons nos armes dans la chambre avant de descendre à l'accueil, avec notre linge. Elle donne le numéro de chambre au gérant et ce dernier fait venir plusieurs femmes pour s'occuper de nos vêtements.

- "Vous aurez votre linge propre ce soir." Nous assure-t-il. Avec la chaleur qu'il fait dehors je n'en doute pas.

Astrid m'explique le principe des bains pendant que nous nous y rendons. Nous laissons la serviette sur un banc avant de rejoindre les douches. L'eau chaude est agréable. Nous nous rendons ensuite dans une large pièce surchauffée emplie de buée. Plusieurs femmes s'y trouvent déjà. Certaines se trouvent dans l'eau, dans le large bassin au centre de la pièce. D'autres sont simplement assises sur les murets de pierre qui ceignent le lieu. Par réflexe, je déploie ma vision intérieure à la recherche d'éventuels yeux indiscrets. Je suis rassurée de n'en trouver aucun. Je m'installe à côté d'Astrid sur un muret.

La conjonction de la vapeur et de la chaleur me rend rapidement somnolente. Je me détends progressivement, presque jusqu'à m'endormir.


Drogan est un autre pnj pour lequel j'ai développé légèrement le personnage. Je précise qu'il n'est pas méchant dans le fond mais il est très indélicat dans sa première approche.

Dans mon univers étendu : Les Vizjereis sont rarement aussi polis que Jarzeth et dans leur société la femme est largement considérée comme inférieure. Remis à sa place Drogan ne cherchera pas à se montrer supérieur, il est plutôt modéré. Mais globalement la société Vizjerei est assez dure et intolérante. Vous le découvrirez plus tard. En tout cas, ça participe à leur mauvaise réputation.